Commentaires sur le rapport de Patrick Raude

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Commentaires sur le rapport de Patrick Raude

Mission sur le soutien aux salles Art et Essai rapport présenté par Patrick Raude

Le GNCR se félicite tout d'abord de la qualité du travail effectué par Monsieur Raude (rapport remis au CNC le 9 mai dernier). Il a su cerner la complexité des enjeux liés à l'Art et Essai aujourd'hui, un certain nombre de nos réflexions se voient d'ailleurs reprises dans son rapport. Patrick Raude fait, dans l'ensemble, des propositions tout à fait intéressantes, visant à une meilleure prise en compte du travail des salles Art et Essai pour la défense d'un cinéma pluriel. Mais, comme nous l'avons exprimé auprès du CNC lors d'un rendez-vous le 13 juin dernier,  nous souhaitons émettre des réserves sur quelques aspects du rapport. (ci-contre)

Tout d’abord, rappelons que bon nombre de propositions et réflexions menées par notre association a trouvé un écho et une formulation dans les préconisations du rapport.
Celles-ci renforcent dans l’ensemble les salles les plus méritantes qui font un effort dans l’exposition et l’animation des films les plus fragiles.
De même, le rapport propose de durcir l’obtention du classement pour les établissements généralistes en construisant un seuil plancher.

Patrick Raude souhaite aussi simplifier la procédure de classement en l’instruisant tous les deux ans, en supprimant un échelon entre commission régionale et commission nationale et en systématisant les cas les plus simples. Il préconise aussi la suppression du Comité de pilotage.

Il souhaite aussi qu’une commission spécifique de 15 membres étudie la recommandation Art et Essai des films n’ayant pas obtenus suffisamment de votes, en lieu et place du Conseil d’Administration de l’AFCAE. 

Enfin, au-delà même de l’aide Art et Essai, Patrick Raude fait d’autres propositions qui renforcent le soutien à la filière Art et Essai. Il propose d’élargir le périmètre d’attribution de « l’Aide à programmation difficile » , permettant ainsi aux salles privées de grandes villes de pouvoir être mieux soutenues face à une concurrence de plus en plus vive avec les grands groupes. Il encourage l’emploi d’animateurs Jeune Public dans le cadre des conventions CNC/Régions dites « un pour deux » et recommande que les salles dans les zones de moins de 50000 habitants puissent être dispensées de VPF en troisième semaine, leur facilitant ainsi l’accès aux films.

Le GNCR, lors de son dernier conseil d’administration, s’est penché un peu plus spécifiquement sur ces recommandations.

La première partie du rapport se porte sur les critères d’attribution de l’aide Art et Essai.

Nous trouvons qu’il serait préférable de supprimer le calcul de l’indice tel qu’il est fait pour les zones C, D et E et revenir à un pourcentage comme il est appliqué pour les établissements des catégories A et B. Le pourcentage reflète avec plus de justesse la proportion de l’exposition de l’Art et Essai dans un établissement. L’indice étant une addition de séances comparée à une moyenne, ce calcul fait la part belle aux établissements ayant plusieurs écrans. Nous souhaiterions revenir à un outil d’évaluation simple comme le pourcentage qui d’ailleurs est appliqué dans les grandes villes.

Cet abandon de l’indice simplifierait aussi les calculs. Un coefficient multiplicateur est actuellement appliqué au calcul de l’indice pour atténuer les effets pervers de l’addition des séances.

Le rapport d’ailleurs préconise l’application du pourcentage, mais, à défaut, renforce ce coefficient multiplicateur pour survaloriser les mono-écrans ainsi que les établissements de deux et trois écrans. Dans le même temps, ce coefficient minimise davantage l’effet additionnel pour les établissements de plus de 7 écrans.

Le rapport Raude souhaite aussi mettre un seuil-plancher pour l’octroi des aides Art et Essai pour tous les établissements. Ce seuil est de 20% de séances Art et Essai. Sa mise en application est assez complexe puisqu’elle tient compte d’une période de transition ou bien réduit la subvention pour les établissements n’atteignant pas ce seuil. 

Ce seuil-plancher est une nécessité car nous voyons ces dernières années de plus en plus de multiplexes généralistes implantés en zone C, D ou E obtenir le classement Art et Essai car les critères d’obtention sont bas et fondés sur cet indice qui favorise les établissements avec plusieurs écrans. Si les critères sont peu contraignants, c’est pour favoriser le classement des salles dans les zones rurales ou peu urbanisées, participant ainsi à la valorisation de l’aménagement du territoire.

Les multiplexes nouvellement implantés dans les périphéries des grandes villes, se retrouvant ainsi dans des zones peu urbaines, bénéficient donc d’un effet d’aubaine en demandant le classement Art et Essai. Ce seuil de 20%, pourtant déjà bien bas, devrait permettre d’éviter cet effet d’aubaine.

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Nous sommes particulièrement satisfaits de la valorisation des séances des films Recherche et Découverte à 1,5 pour les films sortis sur moins de 70 copies. Cette mesure est pour nous l’une des principales préconisations du rapport. Elle valorise les salles qui prennent véritablement des risques dans l’exposition des films les plus singuliers. Cette mesure était une proposition du GNCR datant de 2009, remise à l’époque à Nicole Delaunay.

Nous lui suggérions aussi la valorisation financière des labels que Patrick Raude reprend dans son rapport en attribuant un pourcentage de 3% pour le label Patrimoine, 5% pour le label Jeune Public, et 7 % pour le label Recherche et Découverte. Nous pensons qu’il serait mieux de valoriser à 3% le label Jeune Public, à 5% celui du Patrimoine et à 7% le label Recherche et Découverte.

Si ces critères sont retenus, il faudra redéfinir et renforcer les critères d’attribution des labels.

Si nous appliquons ces nouveaux critères, l’enveloppe budgétaire actuelle revue à la hausse de 500 000 euros ne suffirait pas ! En effet, nous avons fait des estimations auprès de quelques salles adhérentes ayant les trois labels et nous avons constaté que leurs subventions augmentent d’au moins 50% ! Il est facile de constater que si la salle a trois labels, sa subvention augmenterait de 15% (3%+5%+7%) sans modifier sa programmation, rien que par la valorisation financière des labels. Ensuite, si l’on rajoute les séances des films RD sur moins de 70 copies, cela fait augmenter le pourcentage et/ou l’indice de façon significative de plus de 30% pour un certain nombre d’établissements. Enfin, si nous ajoutons la valorisation du coefficient multiplicateur pour les mono-écrans, les 2 et 3 écrans, alors nous obtenons une majoration d’au moins 10%.

L’enveloppe de 16 millions préconisée par Patrick Raude n’y suffit pas ! Il faut donc attendre du CNC une révision à la baisse de tous ces critères. Le principe de réalité risque de nous voir déchanter ! A moins d’envisager d’augmenter l’enveloppe financière à 20 millions d’euros, comme nous le suggérions depuis quelques années. Mais ceci est un combat politique à mener sur le long terme.

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Nous avons été surpris de l’ajout des courts-métrages dans le label Recherche et Découverte. Cette proposition ne nous satisfait pas pour une raison simple : tous les courts-métrages ne sont pas Art et Essai et encore moins Recherche. Nous comprenons le souhait de valoriser les salles qui diffusent du court-métrage tout au long de l’année faisant ainsi découvrir les auteurs de demain à leur public, mais nous ne pouvons comprendre l’ajout d’un nouveau critère non qualitatif dans le label Recherche. Faut-il créer un label courts-métrages ? En créant un nouveau label, nous ne simplifions pas la procédure et nous pouvons craindre que de nouveaux labels soient revendiqués, diluant d’autant l’action culturelle des salles. Faut-il créer une commission de recommandation des courts-métrages au même titre que celle pour les films Art et Essai et Recherche ? Nous y sommes davantage favorables, confiant ainsi à l’Agence du court-métrage la gestion de cette commission.

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Le deuxième volet du rapport se porte sur l’organisation des commissions et propose des simplifications importantes.

En résumé, Patrick Raude préconise une seule commission pour l’examen des dossiers en distinguant les salles obtenant moins de 4000 euros, considérés comme cas simples, qui seraient instruits d’office par les services du CNC et vus de façon rapide en commission régionale. Les salles ayant une subvention entre 4 000 et 10 000 euros seraient étudiées en commission régionale et les salles ayant plus de 10 000 euros seraient examinées en commission nationale.

L’instruction se ferait tous les deux ans.

Si cette organisation est retenue, nous craignons une désaffection des commissions régionales des membres y participant, ne pouvant juger l’ensemble des dossiers dans une région, ne pouvant ainsi évaluer les salles au regard les unes des autres ou même en comparant avec les établissements les plus performants.

Nous préconisons un abandon pur et simple de la commission nationale, ne gardant que la commission régionale. La commission nationale se tiendrait uniquement comme une commission d’appel. Cette proposition aurait l’avantage de simplifier l’instruction tout en gardant une évaluation des établissements la plus opérationnelle. Le passage en commission d’appel pourra être demandé par tout membre de la commission régionale.

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Patrick Raude propose une nouvelle grille de nomination des membres des commissions ainsi qu’un nouveau découpage des 5 régions, préconisations qui nous semblent judicieuses.

La mise en place d’un coefficient de proportionnalité est une proposition très intéressante permettant de limiter la générosité ou la sévérité de certaines régions au détriment des autres. Toutefois, le calcul de l’enveloppe budgétaire d’une région peut être réévalué chaque année afin d’être au plus près de la diffusion de l’Art et Essai dans cette région.

Nous sommes aussi favorables à ce que l’examen des dossiers se fasse sur l’année civile. Nous serons particulièrement attentifs à ce que la fiche d’instruction préconisée par le rapport ne simplifie pas trop les outils d’analyse pour l’instruction des dossiers. Il est important que les membres des commissions aient la possibilité d’avoir accès à toutes les informations jugées nécessaires pour l’analyse des dossiers. De même la simplification des questionnaires ne doit pas se faire au détriment de la qualité d’analyse.

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Enfin, Patrick Raude soumet l’idée de renforcer la communication sur la « marque » Art et Essai et propose la création d’un label Art et Essai Premium.

Nous comprenons que des efforts de communication soient faits pour valoriser la diffusion et l’action culturelle menées dans les établissements Art et Essai, souvent bien méconnus du grand public. Nous serons attentifs à ne pas oublier les actions menées par notre association et les autres structures culturelles qui participent pleinement à la valorisation de l’Art et Essai sur le territoire ! La création d’un label premium est de ce fait reçue par nous avec étonnement !

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Le rapport revient aussi sur la recommandation des films Art et Essai. Il rappelle le fonctionnement du collège de recommandation. Il suggère que ce ne soit plus le conseil d’administration de l’AFCAE qui statue sur les cas litigieux mais une commission ad hoc. Le CNC souhaiterait  que les films soient recommandés Art et Essai avant leur sortie en salle facilitant ainsi l’application des engagements de programmation et de diffusion et les recours à la médiation du cinéma.

Nous sommes ainsi favorables à ce que les films Art et Essai porteurs, c’est-à-dire les films sortant dans plus de 175 lieux de diffusion en sortie nationale, puissent être recommandés avant par une commission ad hoc ou par le collège de recommandation actuel. Il y a un enjeu crucial pour les salles en forte concurrence de pouvoir réclamer une copie des films Art et Essai porteurs auprès de la médiation du cinéma ou bien en raison de l’application d’engagements locaux de programmation.

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Enfin, dans sa dernière partie, le rapport propose des axes de réflexion sur la filière Art et Essai qui sont de bon augure.

Patrick Raude souhaite un renforcement de l’aide à la programmation difficile en proposant d’ajouter 1 million d’euros à cette aide, fondée sur des critères économiques, tout en élargissant son champ d’application à de nouvelles agglomérations en province. Nous y sommes particulièrement favorables pour soutenir une exploitation spécifique qui se trouve en forte concurrence face aux grands groupes et qui réalise une part importante des entrées sur l’Art et Essai. Nous souhaitons dans le même mouvement que le déplafonnement du bonus dans les critères Art et Essai soit abandonné, car il ne se fonde que sur des considérations économiques et non culturelles.

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La deuxième proposition est de favoriser l’emploi dans l’animation des salles Art et Essai au travers des conventions Etat/Régions dites « un pour deux ». Cette proposition peut être une véritable aubaine pour les salles dans les régions qui souffrent chroniquement d’un manque de personnel pour développer l’action culturelle. Nous souhaitons ardemment que le CNC accompagne cette mesure qui pourrait développer des emplois. Toutefois, nous sommes dubitatifs sur la possibilité pour les salles de recourir au SFEIC pour financer ces emplois. Le SFEIC est principalement destiné aux investissements et non aux dépenses de fonctionnement. Cela modifierait considérablement la nature de cette aide et pourrait avoir des incidences sur l’état des salles à l’avenir. Nous sommes par ailleurs favorables à une nouvelle répartition de l’aide automatique davantage fléchée vers les salles de la petite et moyenne exploitation.

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Enfin, Patrick Raude souhaite que les VPF des films Art et Essai ne soient plus réclamés aux distributeurs au-delà de la troisième semaine, pour les salles dans des agglomérations de moins de 50 000 habitants. Cette dernière mesure aurait pour conséquence de raccourcir l’accès des films aux salles. Cette mesure qui reste intéressante, ne répond pas à la problématique générale de l’arrêt des VPF, du renouvellement du matériel numérique et de la question cruciale de la diversité des films sur les écrans.

En effet, nous rappelons sans cesse que la fin des VPF peut avoir pour effet de concentrer la programmation des salles sur les mêmes titres de films. Il nous semble primordial de réfléchir aux incitations vertueuses pour préserver la diversité des films sur les écrans, l’aide Art et Essai en étant un des maillons essentiels.

 

© GNCR