Le cinéma, un art contemporain

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Chantiers de réflexion

Le cinéma, un art contemporain

JOURNÉE PROFESSIONNELLE :  festival "Coté Court" à Pantin
LE CINÉMA, UN ART CONTEMPORAIN  
MÉTAMORPHOSES & POLYMORPHISMES FILMIQUES

JEUDI 13 JUIN 2013 > DE 10H À 18H > 3 TABLES RONDES
Une certaine tendance se fait jour avec de plus en plus d'insistance autour d'œuvres cinématographiques réalisées par des artistes plasticiens. Ces films sont en train de trouver une place inédite dans l'industrie des images en mouvement. En se libérant de leur schizophrénique appartenance au cinéma ou aux arts plastiques, ils génèrent leur propre formule. Ils refusent de prendre parti d'un coté ou de l'autre, ni même de se placer au milieu, par défaut. Ils ont assimilé les manières de faire à la fois du cinéma et des arts plastiques et voguent avec impertinence de l'un à l'autre. Mais ce n'est pas tant aux artistes qu'aux professionnels que ces films posent question. Comment les produire ? Comment les montrer ? Si la question de la réception et des lieux de monstration ne se pose que rarement durant le processus de création de ces films, elle est autrement décisive pour leur diffusion. Quelles sont les moyens et les conditions d'existence de ces films ? à quelles nécessités et attentes répondent-ils ? Quelle est cette tendance qui, plus qu'une mode, semble traduire une orientation radicale et qui opère en profondeur sur les modèles établis ? Comment engager une refonte des circuits qui accompagnent et valorisent les films ?

Dans un monde où les images en mouvement sont devenues omniprésentes, des écrans tactiles à la salle de cinéma, nos différentes expériences du médium filmique troublent les frontières entre les genres. C'est ce décloisonnement qui déconcerte et nous sollicite. Les théoriciens examinent avec beaucoup d'attention ces phénomènes de perméabilité. Pour autant, malgré toute la considération que les critiques de cinéma accordent aux films non destinés à la salle, ils ne cessent de toujours (re)définir ce qu'est le Cinéma en le barricadant dans ses carcans. Il ne s'agit ici pas tant du "Cinéma "que d'une certaine tradition que véhicule le cinéma. Nous souhaitons nous pencher sur des films qui se libèrent d'un certain académisme, des films qui s'émancipent du poids de l'héritage cinématographique, des films qui s'affranchissent de leur tautologie, des films qui défient un certain ordre établi. Le vocabulaire manque pour nommer avec précision ce type de film. Il existe quantité de termes qui ont tenté l'aventure d'une définition, sans qu'aucun ne soit suffisamment satisfaisant. Ces films sont plutôt ceux "qui tournent le dos à une instrumentalisation du cinéma au service d'une idée préalable" tel que l'écrit Dominique Païni. Ni mineures, ni marginales ces formes filmiques insoumises et décloisonnées entraînent désormais dans leur sillage de nouvelles manières de faire qui ne s'inscrivent qu'au prix d'un parcours chaotique dans les circuits traditionnels de l'industrie culturelle du cinéma ou des institutions de l'art. L'originalité de ces écritures nécessite de penser de nouveaux processus de production, de réalisation et de diffusion. Les mutations qui apparaissent dans le processus d'existence des films engendrent des transformations radicales dans l'essence même de ce qu'est le cinéma, à la mesure d'un de ces tournants historiques qui ponctuent son histoire. Peut-être faut-il repenser le cinéma dans sa forme et dans son faire ? Peut-être faut-il refondre l'ensemble des systèmes d'élaboration d'un film, de son financement à sa réception ? Peut-être faut-il repenser les institutions et l'institutionnalisation de processus qui se sont standardisés ? Ces mutations ne sont-elles pas les symptômes d'un monde lui-même en transformation ?

Cette journée sera la poursuite du chantier de réflexion "Cinéma «hors-circuit". Quels films pour quelles salles ?" entamé le 11 juin 2010.
Ce premier opus établissait un état des lieux et des perspectives de diffusion pour les films de types non-commercial. La journée du 13 juin 2013 sera l'occasion de poursuivre cette enquête et d'interroger l'émergence des nouvelles stratégies artistiques qui animent le cinéma contemporain. Organisée en trois temps, la journée s'ouvrira sur une table ronde autour des mutations de de production et de distribution. Elle se poursuivra par la mise en perspective des nouvelles pratiques de consommation d'image par le public et la place du web dans le développement de stratégies de diffusion inédites. Une dernière table ronde envisagera comment ces films d'artistes bouleversent l'académisme du cinéma.

Dominique Païni accompagnera l'ensemble de ces réflexions, et clôturera cette journée par une conversation avec Jacky Evrard

PROGRAMME

10h15 - OUVERTURE de la journée

10h30 - 12h30 - Table ronde - MUTATIONS DE PRODUCTION ET DE DISTRIBUTION

Comment diffuser les films d'artistes qui ont l'ambition de la salle ?

De la projection de spectacle vivant au ciné-concert, les salles s'ouvrent à de nouvelles formes filmiques. Elles renouvellent ainsi leur programmation en diffusant des films qui s'éloignent du Cinéma'. Si les films d'artistes trouvent leur place dans cette brèche sont-ils en mesure de pouvoir s'y nicher proprement ? Ces nouvelles programmations sont-elles signe d'un changement durable des systèmes d'exploitation ? Dans quelles directions ces mutations doivent-elles s'opérer ? Comment les films d'artistes trouvent-ils leur place en salle ? Comment les enjeux de la distribution agissent sur ceux de la production ? Comment les institutions culturelles tel que le CNC participent de ces changements ?

Dans le cadre de cette réflexion les artistes et cinéastes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, ainsi que Christian Merlhiot, la productrice Valentina Novati, Catherine Batôt, directrice du Lux, scène nationale de Valence et Camille Dauvin, chargée de mission à la direction de la création au CNC dresseront un état des lieux des enjeux de production et distribution du film d'artiste dans les circuits cinématographiques.
Cette table ronde sera animée par Jacques Kermabon, rédacteur en chef de Bref.

12h30 - 14h00 - Déjeuner

14h00 - 15h15 - Table ronde - MÉTAMORPHOSE DES REGARDS, MÉTAMORPHOSE DE DIFFUSION

Comment diffuser ailleurs et autrement qu'en salle ?

La donnée fondamentale dans l'équation de l'exploitant est celle du public. C'est la variable qui détermine l'ensemble du système. Or le vieillissement du public du cinéma est aujourd'hui un phénomène significatif. La question du renouvellement du public se pose alors pour les exploitants de salle. Qui plus est, la multiplication des écrans dans notre quotidien a profondément changé notre rapport aux images en mouvement et notre manière de regarder du cinéma. Comment et pourquoi renouveler l'offre d'une salle ? Comment répondre aux nouvelles pratiques du public de plus en plus individualisées ? Quels sont les nouveaux moyens de diffusion ? Quel rôle le web joue-t-il dans ces transformations ?

Les artistes Jacques Perconte, Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon (sous réserve de participation), ainsi que Michaël Bourgatte, sociologue, Dominique Toulat, directeur des cinémas de La Ferme du Buisson et Nawid Sarem, coordinateur de la plateforme de diffusion de films indépendants Eye on Films proposeront différents modèles de diffusion pour faire exister les films autrement. Dans la salle Jérôme Oliveira, rédacteur en chef de l'émission La 23ème Dimension et Julien Arnaud, chargé de mission pour le DICRÉAM au CNC seront les témoins de cet échange afin de réagir et répondre aux problématiques soulevées ici. 
Cette table ronde sera animée par Natacha Seweryn, chargée de programmation au festival Premiers Plans d'Angers. 

15h30 - 17h30 - Table ronde - POLYMORPHISME FILMIQUE

Quels sont les films et les formes que réalisent les artistes plasticiens ?

Il est utopique de vouloir cerner les formes filmiques produites par les artistes dans un genre ou une définition. Cependant une tendance à valoriser des films hybrides réalisés par des artistes se dessine distinctement dans de multiples lieux culturels. La reconnaissance d'Apichatpong Weerasethakul par une Palme d'or est symptomatique d'une porosité grandissante entre le champ du cinéma et des arts plastiques. Mais si ces deux secteurs se côtoient et s'inspirent, ils ne dialoguent pas tout à fait proprement. Les artistes engagent pourtant des travaux volontairement décloisonnés. Que trouve donc le monde du cinéma en valorisant des formes qui lui sont étrangères ? Quelles évolutions esthétiques les artistes sont-ils en train d'opérer ? Est-ce un renouvellement de la scène cinématographique ? Pourquoi ces films d'artistes trouvent-ils souvent un terrain de prédilection dans la veine documentaire ? Qu'est-ce que ces films nous disent de l'air du temps ?

L'artiste Gaëlle Boucand, les collectionneurs, Isabelle & Jean-Conrad Lemaître aux côtés de Mathilde Villeneuve, co-directrice des Laboratoires d'Aubervillers, Charlène Dinhut, chargée de programmation au festival Hors-Pistes et au Musée de la Chasse et de la Nature et Pascale Cassagnau, responsable des fonds audiovisuels et nouveaux médias au CNAP, Etienne Sandrin (sous réserve de participation), chargé de projet culturel au Centre Pompidou et Corinne Castel, productrice, feront état d'un cinéma prospectif.
Cette table rond sera animée par Maud Ramier, chargée de programmation filmique. 

17h30 - 18h00 - CONCLUSION


Festival Coté Court

Différent et résolument indépendant, le festival Coté court soutient depuis plus de vingt-deux ans de nouvelles formes cinématographiques et privilégie les rencontres, les échanges et les découvertes entre les publics et les professionnels. Fidèle à sa tradition, il offre d'année en année deux compétitions (Fictions & Expérimental-Essai- Art vidéo) qui se veulent le reflet d'un cinéma, vivant et contemporain. Aux cotés de sélections de films en compétition, le festival propose des rétrospectives exhaustives sur un auteur, un genre ou une cinématographie étrangère. Il permet ainsi de confronter les oeuvres contemporaines et le patrimoine français ou étranger.

www.cotecourt.org