7 ans

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Réalisation Jean-Pascal Hattu
Scénario et Dialogues Jean-Pascal Hattu, Gille Taurand, Guillaume Daporta
Image Pascal Poucet
Montage Anne klotz
Son Yolande Decarsin, Xavier Piroelle
Musique Franck Delabre
Producteur Justin Taurand, Les Films du Bélier
Avec la participation de Pyramide
Avec le soutien du Conseil Régional d'Auvergne
de la Région Limousin et du CNC
 

Jean-Pascal Hattu

Après dix années de journalisme en presse écrite puis à la télévision, Jean-Pascal Hattu fait sa rencontre avec le cinéma en étant assistant d’André Téchiné sur « Les Roseaux sauvages » et « Les voleurs ». Il réalise ensuite trois courts-métrages de fiction : « Coma » (1995), « Au- delà de la mer » (1997) puis  « Cadeaux » (2000). Il a signé également une dizaine de documentaires dont « Gardez le sourire », l’histoire d’une jeune gardienne de prison qui contribua à l’inspirer pour « 7 ans » co-écrit avec Gilles Taurand et Guillaume Daporta.

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM
Informations complémentaires: 

7 ans

Jean-Pascal Hattu
Distribution :: 
Date de sortie :: 
21/02/2007
France, 2006 ,1h26, couleur, 35 mm , 1,85, Dolby SRD
Maïté est mariée à Vincent qui vient d’être condamné à sept ans de prison. Le parloir est désormais leur seul espace d’intimité. Un jour, un jeune inconnu aborde Maïté à sa sortie de la Maison d’Arrêt. Il s’appelle Jean. Il lui tourne autour, lui propose de la ramener en voiture. Elle hésite puis se laisse faire. Elle offre son corps à cet inconnu. Il devient son amant. Ces moments de plaisirs ont un décor : un champ, une voiture. Ce ne seront que des moments volés. L'amant ne franchira pas la porte de chez elle. Un jour, Maïté découvre que Jean est gardien dans la prison et que Vincent est son « protégé ». Entre l’envie et la culpabilité, le plaisir et le devoir, Maïté se sent prise au piège d’un jeu à trois, dont personne ne connaît les règles.
Rien n'est plus émouvant que la révélation d'un auteur dont nous ignorons tout. Ainsi le Français Jean-Pascal Hattu, auteur de nombreux documentaires télé et de courts métrages, qui réalise avec Sept Ans son premier et impressionnant long. L'histoire est celle de Maïté (superbe et remarquable Valérie Donzelli) prise dans un étau sentimental entre son mari emprisonné et l'un des matons de celui-ci, qui la séduit (Bruno Todeschini et Cyril Troley, également excellents). Cette liaison dangereuse a été voulue par le détenu, sans qu'on ne puisse jamais y lire une perversité malsaine : le triangle, ici, permet surtout au lien de survivre par-delà l'absence et le manque physique. Parfaitement imprévisible, original sans effet de manche, Sept Ans est un film soutenu et attachant, frigorifique dans son climat mais brûlant dans sa détermination, parfois dans sa sensualité : il fait songer à un bloc sobre de roche volcanique durcie, au coeur de laquelle une lave amoureuse ne demanderait qu'à se réveiller. L'entrée de Jean-Pascal Hattu au pays du cinéma n'est pas celle d'une grande gueule, elle n'en reste pas moins stupéfiante de justesse et de rigueur.
Olivier SEGURET
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A propos de 7 ans

La prison
La première fois que j’ai été en contact avec la prison, c’est à travers l’histoire d’un ami qui a été incarcéré pendant plusieurs mois. Je suis allé le voir au parloir chaque semaine et j’ai également passé beaucoup de temps avec sa femme. Je me suis ainsi retrouvé témoin d’un couple qui, à cause de la prison, découvrait la frustration et se trouvait confronté à la difficulté de faire perdurer l’amour. J’ai été particulièrement frappé par tout ce que m’a raconté cette femme : le poids de chaque geste et de chaque regard au parloir, comment le désir parvenait à y circuler malgré l’interdiction formelle de se toucher, l’importance de certains rituels comme celui, hebdomadaire, du linge de son mari qu’elle lavait puis lui portait ensuite. Quelque temps après, j’ai réalisé un documentaire sur une gardienne de prison. Je me suis retrouvé immergé dans une Maison d’Arrêt avec une assez grande liberté de déplacement. A travers les conversations que j’ai eu avec les détenus, j’ai pu  recouper  les premières impressions  ressenties avec l’histoire de mes amis : la frustration générée par la prison ne produit pas autant de perversité qu’on pourrait le penser, elle amène surtout les couples à faire preuve de beaucoup d’imagination pour maintenir le lien entre eux. Il faut savoir que la moitié des détenus se sépare de leur compagne au cours de leur première année d’incarcération. Si certains veulent ainsi permettre à leur femme de refaire sa vie, beaucoup expliquent qu’il est moins douloureux de rompre que d’imaginer leur épouse avec un autre homme.

La fiction
Après le documentaire sur cette gardienne, j’ai souhaité en réaliser un autre sur les relations des détenus avec leur compagne. Je souhaitais à nouveau explorer cet univers pour y confronter mes intuitions sur le sujet. Mais l’administration pénitentiaire s’y est opposée. Ce refus a été, pour moi, un déclencheur. J’avais depuis longtemps, l’envie de mettre l’histoire d’un couple séparé par la prison au cœur d’une fiction, et je me suis dit que le moment était sans doute venu. J’avais  envie d’imaginer moi-même une histoire et la ramener vers le réel.

Le scénario

Avec Gilles Taurand, mon co-scénariste, nous nous sommes d’abord posé la question des personnages. Comment leur faire dire ce qu’ils ne peuvent pas exprimer de façon explicite, compte tenu de la situation d’enfermement dans laquelle ils se trouvent embarqués ? Il nous a semblé que cette impossibilité d’énoncer clairement ce qu’ils éprouvent, créait  tout au long du récit une vraie tension dramatique comme si les mots devenaient leur pire ennemi. Pour dire sa détresse et son amour, Vincent gifle Maïté. Brûler un stop à l’examen du code signifie probablement autre chose qu’un simple échec : Maïté a franchi la ligne jaune. Quand elle vole les clés de la voiture de Jean et se retrouve coincée par les gendarmes, un tel acte est loin d’être innocent. Une des difficultés majeures de cette écriture était de  montrer des personnages qui agissent et réagissent sans jamais s’expliquer. Il suffit que Maïté dise à Vincent « il faut que je te parle » pour qu’il lui réponde : « je t’ai rien demandé ». Nos trois personnages évoluent ainsi dans le non-dit, la rétention et le silence. Et quand la parole fait à ce point défaut, c’est la violence qui déborde, d’autant plus tragique que personne, dans cette histoire d’amour et de désir, n’est le maître du jeu.

Le désir
Que se passe-t-il dans la tête d’un détenu quand son désir pour la femme qu’il aime est condamné à sept ans d’abstinence, de frustration ? C’est le point de départ de ce film. Vincent et Maïté sont contraints de vivre leur sexualité sur le mode fétichiste et furtif : la culotte de Maïté, l’odeur de Vincent sur un pull, quelques gouttes de parfum…
Mais leur histoire ne peut pas se réduire à la seule répression du lien sexuel. Ils s’aiment, c’est incontestable, et pour se rapprocher davantage de Maïté, Vincent  utilise Jean comme un corps de substitution. « Moi je l’aime mais c’est toi qui la baise. » Jean se prête au jeu.
Le chaos des sentiments et la culpabilité, entremêlés,deviennent l’ennemi du plaisir. Maïté, affolée, doit vivre à la fois sa dépendance sexuelle à Jean et  sa peur de perdre l’homme de sa vie. Jean se met peu à peu à aimer Maïté, et de son côté, Vincent ne peut plus arrêter la machine infernale de ses fantasmes. Sans oublier l’étrange relation d’amitié qui lie le gardien de la loi au détenu. Tout en étant instrumentalisé, Jean a les pleins pouvoirs sur le corps prisonnier de Vincent, comme le montre cette scène où il le fouille. Qui possède qui ? Libre de ses mouvements, Maïté serait peut-être la seule à pouvoir décider de la suite. Que veut-elle ? Enchaînée à un enfant qui n’est pas le sien, guerrière à sa façon, elle essaie de faire face jusqu’au moment où elle prend la fuite.  J’ai voulu pousser mes trois personnages au plus loin de leur folie. À la montagne, abandonnée dans les bras de Jean, Maïté découvre à quel point ils partagent leur amour de Vincent.  Une telle circulation du désir, sexuel et amoureux, en fait des hors-la-loi. La transgression est manifeste pour le gardien de prison, qui en aucun cas n’a le droit de rencontrer des personnes qui ont un lien avec les détenus. Elle est tout aussi manifeste pour Maïté dès l’instant qu’elle accepte dans sa vie un amant complice de son mari. Trio infernal ? Perversion du désir ? J’aimerais que l’aventure des corps l’emporte toujours sur la psychologie. Dans ce jeu de miroir où chacun cherche sa place et son identité, il y a plus à perdre qu’à gagner. Et pourtant au bout de cette histoire, je crois, que chacun a fait un grand pas en avant.

L’enfermement

Les trois personnages, chacun à une place singulière, sont emprisonnés. Le jeune gardien rêve de pouvoir profiter du corps de Maïté pendant sept ans. Il semble ne pas comprendre au début qu’elle est « enfermée  dehors » et que sa liberté de mouvement n’est qu’apparente. Jusqu’au moment où lui-même est pris au piège, déchiré entre son amour naissant pour Maïté et sa soumission à Vincent. Son uniforme ne lui est plus d’aucune utilité.  Dans ce film, l’univers carcéral, avec les tours de clés, les appels des matons, les visites au parloir, les hurlements des détenus la nuit, est le contraire d’un décor. C’est un personnage à part entière…Si Vincent est le seul à être incarcéré, Jean et Maïté, même quand ils font l’amour en pleine campagne, sont obligés de revenir à la prison. C’est dans ce lieu que tout se joue.

Le trio
Dans ce trio, le détenu exerce une véritable fascination sur son gardien…Jean se planque derrière son uniforme car il se sait vulnérable. Avec Vincent, il se confronte à un homme plus âgé, plus aguerri, et qui, malgré sa situation, a dans le fond, plus d’autorité que lui. Il est fasciné par lui. Vincent en est bien conscient et il ne manque pas d’en abuser. Car il a besoin de Jean : c’est lui qui lui ouvre les portes, qui ordonne les douches et qui est susceptible de lui rendre la vie plus facile. C’est  son seul lien avec l’extérieur…
Il a tellement peur de perdre sa femme qu’il préfère la précipiter dans les bras d’un homme qu’il connaît et qu’il pense maîtriser plutôt que de l’imaginer dans les bras d’un inconnu. Dans le cas de Vincent, on peut dire qu’il fait preuve de beaucoup d’imagination. Ce n’est pas un pervers. C’est la prison qui va pervertir son désir.  il a eu le temps de réfléchir à la meilleure façon de maintenir le lien avec Maïté. Par son jeu de miroir avec Jean, il retrouve un peu de sa puissance.  

Maïté a voulu un amant et, en même temps, préserver son amour pour Vincent. Mais un amant, c’est aussi un être désirant. Une personne qui vous désire et vous fait l’amour, ce n’est pas rien. Il arrive un moment où Maïté se perd dans ses sentiments. Et Jean s’en rend compte, parce qu’il est lui-même dépassé par le jeu : c’est de l’amour qu’il finit par éprouver pour Maïté. C’est pourquoi il décide de tout arrêter. Il a eu l’illusion de rapprocher ce couple et il finit par se rendre compte qu’il est en train de le détruire. Ce n’est pas ce qu’il voulait. Il préfère partir. C’est, de sa part, un geste d’amour profond envers Maïté.

Pour Vincent, la fin de ce jeu est comme un coup de massue…Il avait l’impression de trouver une forme de satisfaction dans ce jeu à trois. Quand Jean se retire du jeu, il ne le supporte pas. Car, pour lui, ça veut dire  perdre la maîtrise du jeu. Il ne se rend pas compte à ce moment-là du service que Jean lui rend en arrêtant tout. Il n’en a qu’une vague conscience, et c’est ce que laisse entrevoir la scène du  rêve : quand il se voit avec Maïté, il est rattrapé par l’image de Jean ; il lui avait prêté sa virilité, mais Jean se l’est appropriée. A son corps défendant, il était temps que le jeu s’arrête pour Vincent aussi.

La distribution des rôles
Le rôle de Maïté exigeait  une énergie particulière. C’est une jeune femme déterminée et courageuse. Vincent est son idée fixe. Toutes ses actions, toutes ses pensées convergent vers le parloir. Mais ce n’est qu’une partie du personnage. Quand Jean déboule dans sa vie, quand elle prend conscience d’avoir été manipulé, elle vit une sorte de séisme. Un tel bouleversement, avec toutes ses conséquences, n’est pas facile à jouer. Je connaissais Valérie Donzelli depuis un certain temps et j’avais l’intuition qu’elle pouvait être une Maïté idéale. Valérie a une palette de jeu impressionnante. Elle a quelque chose de volatile. Elle passe d’un état à un autre avec une grande facilité.  

C’est en voyant Cyril Troley, que j’ai aussitôt abandonné l’idée commune qu’on peut se faire d’un gardien de prison. Il y a chez Cyril un mélange d’opacité et de féminité, quelque chose de fermé et de fragile avec un besoin constant de paraître plus fort. C’était le contre-emploi idéal pour un personnage muté, délocalisé dans une région qu’il ne connaît pas, sans autre attache que ce qui va se nouer dans un premier temps avec Vincent.

J’ai ainsi envoyé balader les clichés du surveillant sportif et sûr de lui et du détenu avec balafre et tatouages sur le bras. Mon choix s’est porté sur Bruno Todeschini dans le rôle de Vincent car il y a chez lui une dualité qui m’inspire beaucoup, entre, d’un côté, une vraie assurance et une aura évidente, et de l’autre, une très grande sensibilité.

Le travail avec les acteurs
D’une manière générale, je ne voulais pas qu’ils réfléchissent trop aux intentions de leur personnage. Durant le tournage, les trois acteurs m’ont souvent demandé si dans telle scène ou à tel moment, leur personnage ou celui de l’autre, savait ce qui était en train de se tramer. Je ne voulais pas leur répondre. J’avais envie de préserver ce vertige où chacun ment sans jamais savoir ce que l’autre sait. 
A Valérie, j’ai dit peu de choses, sinon qu’elle devait avoir son mari en tête quelle que soit la situation et qu’elle devait être toujours sur un fil, entre le désir et la culpabilité. Une fois que je lui avais rappelé ça, je me laissais guider par elle. Je voulais la laisser vivre le personnage comme elle l’entendait.
A Cyril, j’ai demandé de ne jamais oublier qu’il était un gardien, qu’il devait essayer de faire valoir son autorité quand il était à l’intérieur de la prison, et qu’au contraire à l’extérieur, il devait devenir un homme désirant puis amoureux d’une femme. Son jeu s’est organisé sur ces bases-là.
Avec Bruno, j’ai beaucoup discuté avant le tournage. La générosité de Bruno a beaucoup aidé à l’appréciation du personnage et à son évolution au fil de l’histoire. C’est un acteur qui cherche, qui identifie les contours et qui saisit très vite les limites de son personnage. Ensemble, nous avons très clairement identifié les moments où il devait basculer d’un état à l’autre. Entre ces moments de bascule, j’ai laissé Bruno très libre. J’ai juste veillé à ce qu’il négocie bien chacune des bascules. Voilà.  

La mise en scène
J’ai toujours tenté de tout ramener à mon sujet : la relation entre Maïté, Vincent et Jean.  La diversion me semblait superflue. A partir de là, les cadres du film se sont imposés à moi naturellement.  L’économie des plans aussi.  Ce que je voulais c’était filmer les gestes, les postures, les regards, les sourires, les visages qui mentent pour ne pas sombrer. Ces images devaient être autant de traces physiques, sensuelles, émotionnelles, d’un dialogue impossible.
Le choix des décors a eu son importance, aussi. La prison de Vincent, la maison de Maïté et la campagne…Ce sont les trois espaces où les personnages évoluent dans la durée. Plus je m’en tenais à ces lieux plus j’avais l’impression de coller à mes intentions : enfermement et liberté.
En ce qui concerne la lumière du film, je souhaitais retrouver les lumières que j’avais pu capter dans mes documentaires ou mon expérience dans les parloirs. Pascal Poucet, le chef opérateur a réussi à recréer parfaitement cette ambiance. Pour les extérieurs, ça s’est passé un peu de la même manière. J’ai voulu laisser la lumière naturelle s’imposer comme dans le documentaire. On a souvent joué avec la météo et la tombée de la nuit pendant tout le tournage sans rajouter de sources artificielles. Pour la fin du film, je voulais que la montagne soit comme un grand bol d’air, que le ciel soit très dégagé comme le paysage. On quitte l’enfermement. C’est à ce moment-là que la pensée de Maïté s’éclaircit. Je voulais qu’elle puisse reprendre sa respiration dans cette immensité.

Propos recueillis par Jean-Marie Charuau
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