Alimentation générale

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Scénario : Chantal BRIET
Image : Sophie BACHELIER, Sylvia CALLE
Son : Jean-Paul GUIRADO, Guillaume LE BRAZ
Montage : Benoît ALAVOINE, Nathalie CHARLES, Pascale CHAVANCE
Musique : Chansons de Akli Yahiatene, Aït Menguellet et Ali Zebboudj
 

Chantal Briet

Née à Roubaix en 1961. Après une licence de lettres modernes, elle suit une formation à l'ESRA. Elle co-réalise son premier film, Inch'Allah, en 1987 avec J.-P. Lenoir. Entre 1988 et 2002 elle réalise une dizaine de films (courts métrages et documentaires) dont Parlez-moi d'amour (1996), Un enfant tout de suite (2000), Printemps à la source (2001), Le Chemin de la Vierge (2002). Alimentation générale (2005) est son premier long métrage documentaire.

Réalisateur

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2011 FILM
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2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM
Informations complémentaires: 

Alimentation générale

Chantal Briet
Distribution :: 
Date de sortie :: 
01/11/2006
France – 2005 – 1h24 – vidéo – couleur – 1,33 – DTS LTRT
À la cité de la Source à Epinay-s/Seine, dans un centre commercial à l'abandon, l'épicerie d'Ali reste l'unique lieu d'échange, un refuge où peuvent se retrouver les habitants du quartier. En filmant le temps, le temps qui passe sur des êtres, des visages, et sur leurs destinées, cette chronique met en valeur l'importance d'un tel lieu : un petit commerce de banlieue où jaillissent encore, malgré les difficultés, la chaleur humaine, le rire, la convivialité.
Entretien avec la réalisatrice et les cinéastes Djamel Ouahab et Jean-Christian Riff
Comment est née l’idée de ce film ?
L ’idée première du film, sa racine, est attachée à ce mot-là : « Utopie ». C’est parti d’une réflexion proposée par le théâtre d ’Epinay- sur-Seine :« Existe-t-il encore, dans cette ville de la banlieue nord de Paris, des énergies, des comportements, qui se rapporteraient à l ’utopie ?». Alors, comme Don Quichotte, je suis partie à la recherche de l ’Utopie, et je suis revenue,avec, dans mes bagages, plusieurs rencontres des personnes de toutes conditions, plus ou moins allumées, passionnées, qui y croyaient encore, ou qui rêvaient encore, ou qui faisaient... Par la suite, je suis restée en contact avec Ali, car j ’ai senti que son épicerie pouvait être un lieu magnifique pour faire un film. L’utopie, c’est aussi « un pays imaginaire où un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux ». Et j ’ai trouvé,au sein même de la cité de la Source à Epinay,un petit commerce qui fonctionnait comme ce pays imaginaire,un modèle un peu idéal de société, un microcosme exemplaire : qu’on soit vieux, ou jeune, riche ou pauvre, ou d’une quelconque des nombreuses nationalités présentes dans cette cité, on peut avoir sa place dans cette épicerie, et venir acheter, ou bavarder, ou boire le café du matin, ou lire le journal,voila le lieu où je désire filmer. Même si c’est fragile, éphémère, et forcément pas toujours idéal dans la réalité...

Comment avez-vous écrit puis tourné votre film ?
Je n’habite pas en banlieue, mais j’y suis souvent et j ’aime y être. Dans toute situation de guerres, des crises, on retrouve des concentrations d’énergie, il y a de la vie. En banlieue, c’est un peu cela, on n ’est pas en guerre, mais on est souvent dans le drame, pas celui qu’on nous montre, un drame plus profond, plus caché, plus universel. Il y a tous ceux qui sont exclus économiquement des grandes villes, mais aussi tous ces gens arrivés en France parce que c’était vital, autant pour eux que pour nous, les Français. Pour résumer grossièrement, cette épicerie contient le monde, sa tragédie,mais aussi sa force de vie …

Il y a une dimension politique dans ce film ?
Dès qu’on filme la cité,on est dans la politique. La politique, c’est « la gestion de la Cité ». Filmer ce lieu unique comme une « utopie », c’est déjà une démarche politique. Aujourd’hui, on est dans le culte de la croissance, du « tout rentable ». J’ai voulu filmer le petit par rapport au gros, l’Alimentation générale par rapport à Carrefour …Dans cette épicerie, les gens viennent chercher quelque chose qui ne peut être pensé ni mis en place par les politiques ou par le « grand capital ».

Oui, il y a cette dimension-là,mais avant tout votre film atteint quelque chose de profondément humain, qui est rare …
Il me semble que j’ai commençé à comprendre et à atteindre mon film lorsque je suis allée rencontrer chez eux chacun des clients que j ’avais choisi de filmer durant ces quatre années. C’était une étape décisive. Ils ont senti que je ne voulais pas les filmer uniquement en situation de représentation (on est dans une « épicerie-théâtre », où l’on se joue, où l ’on se montre - l’épicerie est un peu une agora) mais que je cherchais quelque chose d’autre, qui avait à voir avec leur vie,avec leur être plus qu’avec leur paraître... En même temps, ils ne se racontent pas plus que ce qu’on peut exprimer en société, dans une épicerie, on est à la frontière de l’intime et du théâtre.

Est-ce que ce film a changé quelque chose pour eux ?
Il y a eu une projection à Epinay-sur-Seine, où tous les habitants de la cité ont été invités. Je  crois qu’ils se sont sentis reconnus. Après, on reste dans l’inconnu, dans les profondeurs : qu ’est-ce qu’un film change de l’image qu’on a de soi, de l’image qu’on a des autres, de notre représentation du monde ? Avec Ali, c’était un peu différent. On est partis sur l’idée commune qu’on faisait un film pour casser certains clichés qui existaient sur la cité. On a beaucoup discuté tous les deux. Si lui était le maître de son épicerie, moi je devais rester le patron du film. Progressivement, je l’ai amené à jouer le rôle d ’un « passeur », central, certes, mais qui allait me permettre de filmer d’autres personnages,les clients de son épicerie.

Ce qui est touchant c’est de voir un épicier aussi généreux. C’est lui le héros du film. On pense à la caverne d ’Ali Baba… on voudrait tous avoir près de chez soi un épicier comme lui !
Oui, Ali est généreux.Il garde les principes, les beautés de sa culture kabyle, de l’hospitalité. N’oublions pas tout de même que nous sommes dans un lieu de commerce, dans l’échange, rien n’est gratuit. En écrivant ce film, j’ai beaucoup travaillé sur les notions de don et de dette. Qu’est-ce qui se donne, qu’est-ce qui se prend ? Djama se révolte à un moment,quand la notion d’échange ne devient plus si évidente… Et, de la même manière, dans ma relation avec Ali, quel était le contrat moral, puisqu’il n ’y avait pas d’échange d ’argent ? Qu ’est-ce que j ’allais lui apporter en échange de ce que je lui prenais ? Une autre image ? A la racine du mot don, il y a « dosis », la dose de poison … Le propre du documentaire, c’est de filmer des êtres vivants, fragiles. J’aurais aimé, je ne pense pas avoir réussi, éviter l’écueil de faire d’Ali un héros, une icône. C’est forcément réducteur et dangereux, parce qu’après la vraie vie continue. Là, on se retrouve dans les questionnements et la complexité du travail de documentaire... En même temps, Ali est musicien, et aussi un très bon chanteur. Il est donc déjà dans le spectacle, et il rêve de pouvoir accompagner le film en chantant. C’est quelque chose de possible… J ’ai passé beaucoup de temps là-bas, à rencontrer les gens, à boire le café avec eux. Ça, c’est la première étape. Elle a duré longtemps, le temps de l’écriture et de la maturation du projet, plus d’un an. A tel point que les clients de l’épicerie ne me croyaient plus quand je leur disais que je venais pour préparer un film, c’est eux qui me réclamaient le tournage au final ! Ensuite on cherche, on se questionne Je voulais filmer la vie, mais comment filme-t-on la vie ? On pourrait placer une caméra de surveillance, et ensuite monter les images.Ça aussi,ce serait un film… mais pas le mien. Moi, je cherchais comment filmer des êtres en train de vivre dans ce lieu et comment en faire de vrais personnages de cinéma,auxquels on pourrait s ’attacher,avec lesquels on pourrait ressentir des émotions proches de celles qui sont vécues là-bas — là bas, dans ce petit monde d ’une épicerie de banlieue. Le documentaire classique s’inscrit souvent dans des conventions, rejette l’émotion, le rire. Moi, je voulais un film avec des personnages complexes et ambigus,comme dans la vie.

Comment avez-vous choisi vos personnages ?
Ils se sont choisis d’eux-mêmes. Il y a des gens qui, d’emblée, ne souhaitaient pas être filmés. Ils évitaient de fréquenter l’épicerie durant le tournage... Et puis il y a ceux qui ont compris et accepté le dispositif que je proposais : ce qui m’intéressait, c’était de les voir vivre et non pas de les interroger, comme ils s ’y attendaient au départ. Spontanément, Mamie, Janine, Djama, Ali et d’autres, se sont prêtés au jeu… Ça les amusait et ils se sont mis à vivre durant le tournage. Ils avaient envie de prendre leur place dans le film et ils la prenaient. Ils devenaient les personnages d’un film. C’est ça qui était passionnant.

TEXTE DE SOUTIEN DE L'ACID
consultez le site http://www.lacid.org/films_fiche.asp?id=436

Le film pourrait s'appeler « La Caverne d'Ali Baba » ou encore « Ali Baba et les quarante voleurs » ou tout simplement “Ali et son épicerie“. Chantal Briet, la réalisatrice du film, pose un regard politique et humain sur cette cité d'Epinay-sur-Seine. En effet, après ce film, on a envie de devenir épicier, non pas pour vendre des produits mais pour produire et donner de l'Amour, comme Ali, le protagoniste du film, qui en fabrique et en distribue gracieusement chaque jour dans sa petite boutique perdue au milieu de la cité. Il a fallu quatre ans à la réalisatrice pour percer le mystère de ce “carrefour“ où se croisent chaque jour des clients de tout âge, et de tout bord. Tout le monde se connaît ici, on se croirait en province. L'épicerie est devenue le coeur de la cité, où les gens peuvent se rencontrer, parler, rire, bref partager un vrai moment de bonheur et de vie. Le film de Chantal Briet est aussi un film politique, car il propose une véritable réflexion et pose des questions cruciales sur l'aménagement d'une cité. “Alimentation Générale“ en dit long sur les questions que nos politiques devront se poser à l'avenir avant de détruire ; et la concertation qu'ils devront avoir avec la population afin de ne pas briser la vie de gens qui ont déjà trente ou quarante ans d'existence dans la cité. Enfin, “Alimentation générale “ est un film universel, qui vaut pour toutes les cités du monde, et il y aura dorénavant toujours un peu de Ali lorsque j'irai chercher du pain ou du camenbert en plein milieu de la nuit chez mon Arabe du coin.
Djamel Ouahab.

Le quartier de la Source à Epinay-sur-Seine. Chantal Briet construit son récit autour d'un magasin d'alimentation générale tenu par Ali où le café est offert à toute heure (Il m'a rappelé Harvey Keitel dans « Smoke » de Wayne Wang). C'est le seul endroit où il y a encore un lien social dans cette cité ou la misère plane partout. La réalisatrice dresse une succession de portraits surprenants, comme celui de Jamaa écorché vif amoureux de littérature, ou de la vieille Jeanine qui n'aime que les polars parce qu'il y a du sang et de la tuerie. Avec ces personnages, Chantal Briet nous fait partager des moments d'intimité et d'émotion rares en intégrant, c'est toute la force du film, le regard qu'ils portent sur eux-mêmes - conscients, cyniques ou courageux - faibles, démissionnaires ou combatifs. Un très beau film qui propose un regard nouveau sur un sujet essentiel.
Amal Bedjaoui