Attente

Text Resize

-A +A

Réalisation : Rashid Masharawi
Co-auteurs : Hervé Delmare, Tarek Yakhlouf, Safi Eddine
Photo : Jacques Besse, Julien Perrin
Son : Bruno Auzet
Montage : Jacques Witta, Franck Nakache
Montage Son : Selim Azzazi   
Décors : Hussein Beydoun

 

Rashid Masharawi

Né à Gaza (Camp de réfugiés de Shati) en 1962.
Fondateur du Cinéma Mobile pour les camps de réfugiés et du Cinéma Production & Distribution Center à Ramallah en 1996.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE

LONGS METRAGES

2006      WAITING (ATTENTE, 87 min)
2005           ARAFAT, MY BROTHER (documentaire)
2003           TICKET TO JERUSALEM ( 90 min)
2001            LIVE FROM PALESTINE (documentaire, 57 min)
1995            HAIFA (75 min)
En sélection Festival de Cannes 1996, Meilleur film étranger Festival International du Film de Jérusalem 1996.
1993            CURFEW (73 min)
Pyramide d’or Festival International du Caire (Egypte) 1993, Prix Unesco Festival International du film de Cannes 1994, Meilleur film, prix du public et prix de la critique au Festival du film Méditerranéen de Montpellier 1994.
1991            LONG DAYS IN GAZA (documentaire)

COURTS METRAGES

2000          OUT OF FOCUS (documentaire, 15 min)
1998            TENSION (documentaire, 26 min)
1997            RABAB (documentaire, 15 min)




Réalisateur

Biographie ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Suspendisse rhoncus, velit quis pellentesque vulputate, odio eros elementum felis, sed rhoncus leo felis non lacus. Vestibulum ante ipsum primis in faucibus orci luctus et ultrices posuere cubilia Curae; Curabitur feugiat adipiscing ante, commodo venenatis lorem lacinia ac. Donec nec dignissim mauris. Morbi ac dui dapibus diam vehicula ornare. Nullam at nisi augue, et laoreet lorem. Suspendisse velit nisi, porta eget rhoncus accumsan, auctor id augue. Aliquam non lectus velit, vel lobortis nisl. Mauris fringilla felis in urna blandit eleifend.
 
2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Attente

Rashid Masharawi
Distribution :: 
Date de sortie :: 
10/05/2006
FRANCE/PALESTINE. 2005. 1h 30. 35mm. 1,85. Dolby SRD.
En Palestine, un cinéaste est engagé par un directeur de théâtre, afin de prendre la route. Direction la Jordanie, puis le Liban. Là, il doit superviser un casting. En compagnie d’une présentatrice de télévision et d’un technicien qui filme les auditions, il commence un périple où le premier obstacle repose sur la difficulté, dans une région où les postes-frontières sont sévèrement gardés, à pouvoir se rendre d’un point à l’autre. A cela s’ajoute de nombreuses incertitudes quant à l’objectif même de ces auditions : il s’agirait de demander aux candidats de jouer ou d’incarner l’idée de « l’attente ». Désarçonnés, ces derniers s’avèrent également peu concernés par le cinéma, mais plutôt par le désir de pouvoir retourner en Palestine sous un prétexte officiel.
ATTENDS TU ES PALESTINIEN !                                                
J’étais en Europe au  moment où j’ai commencé à écrire le scénario de mon film "Attente" car durant cette période, l’occupation israélienne m’empêchait de me rendre dans ma maison à Ramallah. En effet, en tant que palestinien possédant un passeport issu des accords d’Oslo, je ne pouvais me rendre en Palestine, en Syrie, et au Liban, pays où je devais tourner.
Je me trouvais donc dans une situation absurde, drôle et triste à la fois, puisque le sujet de mon film c’était aussi « l’attente ». Je ne voyais à cette situation qu’une seule issue : aller dans les camps de réfugiés en Palestine, en Syrie et au Liban où les gens attendaient depuis plus de cinquante ans.
Une fois que je suis arrivé chez ces réfugiés, je leur ai demandé qu’ils jouent  cette attente, ce qui en a amplifié le côté absurde et comique.
J’ai constaté que leurs vies ressemblaient à la mienne. Celle d’un « être » interdit de voyager, le fils d’un réfugié attendant quelque chose, comme si nous étions tous en train de tisser nos rêves nulle part.
Partir de la situation Palestinienne et de cette attente imposée au peuple Palestinien pour en faire un « road-movie » cela voulait dire inciter les personnes encerclées et enfermées à bouger malgré tout.
En principe, l’attente est passive, mais les rêves, l’espoir, et la persévérance de ces réfugiés peuvent parfois la transformer en grande et belle action.

Rashid MASHARAWI, réalisateur


Attente, Un film de Rashid Masharawi

Entre ironie et désarroi, une évocation des impasses de la communauté palestinienne, à travers un voyage chaotique et fragmentaire.

Composite et vindicatif, ce film de Rashid Masharawi adopte le ton et la forme du docu-fiction, afin d’aborder les multiples problèmes de la communauté palestinienne, et en particulier le sort des réfugiés, fatigués de s’en remettre à une quelconque forme d’espoir. A l’affirmation enthousiaste de son employeur (« Qu’est-ce que l’état palestinien s’il ne possède pas de théâtre national ? »), le réalisateur désabusé rétorquera : « Qu’est-ce qu’un théâtre national, s’il n’y a pas d’état palestinien ? ».
Alternant la confrontation à une observation teintée d’humour noir, propre à une situation kafkaïenne, la mission du trio, filmée au jour le jour, s’avère chaotique, entre manque de motivation et humeur chagrine : « Je voulais réaliser une comédie en Palestine, mais aujourd’hui, on ne veut financer que des documentaires sur les camps de réfugiés » constate le personnage du réalisateur, avec sarcasme et défaitisme. Mais elle donne également lieu à des séquences assez savoureuses, où les auditions produisent un effet comique né de l’absurdité, dans une veine proche des films d’Elia Suleiman (« Chronique d’une disparition » et « Intervention divine »). L’équipée se conclut aussi de manière abrupte, à l’image d’une situation politique dans l’impasse, où les jugements les plus péremptoires se heurtent immanquablement aux déconvenues.

Julien Welter - ARTE TV


LE MONDE - Israël-Palestine, mémoires plurielles
Article paru dans l'édition du 29.01.06

Entretien avec Rashid Masharawi, plasticien et cinéaste, réalisateur d'«Attente » : «Je ne fais pas un cinéma en réaction à l'actualité »


D'où est venue l'idée d'Attente ?
A la Documenta de Kassel en 2002, j'ai exposé une installation vidéo, avec des images d'acteurs palestiniens prises dans des camps de réfugiés à Amman. Je leur avais demandé d'improviser sur le thème de l'attente. J'ai eu envie d'approfondir cette recherche, à travers un film de fiction.
En tant que Palestinien, je n'ai pas le droit d'entrer au Liban ni en Syrie. J'ai obtenu une autorisation exceptionnelle et, pour la première fois de ma vie, j'ai rencontré ces réfugiés.
J'ai ainsi pu mettre ensemble dans mon film ces deux Palestine, celle du dedans et celle du dehors. Pour eux, la Palestine, ce sont les villes splendides de Jaffa et Haïfa, les orangers, les oliviers. Nous, ceux du dedans, ne parlons que mur, colonies, check-points. Et tous, quand nous évoquons la Palestine, nous parlons d'un rêve, de quelque chose qui n'existe pas.

L'attente, c'est une métaphore ?
Non, ce n'est pas En attendant Godot. C'est l'attente palestinienne. Nous sommes des professionnels de l'attente. Mes parents ont été expulsés de Jaffa en 1948. Ils sont arrivés au camp de réfugiés de Shati à Gaza, pensant y rester trois semaines. J'y suis né et, à leur mort, ils attendaient toujours d'en repartir. Si je savais ce que nous attendons ou qui nous attendons, si j'avais les réponses, je n'aurais pas fait ce film.

Vos films passent-ils sur les chaînes satellitaires arabes ?
Al-Arabia a diffusé Arafat mon frère, parce qu'il s'agit de la famille d'Arafat. D'autres ont programmé Derrière le mur, qui se passe dans la vieille ville de Jérusalem.
Mais ces chaînes ne sont pas prêtes à coproduire mes prochains films. Je veux continuer à faire un cinéma expérimental et personnel, non pas des films en réaction à l'actualité. Je ne laisserai pas l'occupation israélienne remplir aussi le coeur même de mes oeuvres.

Propos recueillis par Catherine Bedarida


LIBERATION - Casting pour un visa
par Samuel DOUHAIRE
édition du mardi 31 janvier 2006


Attente est l'oeuvre d'un réalisateur palestinien, Rashid Masharawi, dont l'essentiel de l'oeuvre filmée (fictions comme documentaire) est traversé par les conflits du Proche-Orient. Le héros du film est, lui aussi, un cinéaste né à Gaza. Ahmad, réputé pour son cinéma «militant», aimerait pouvoir réaliser une comédie sans passer pour «un traître national». Avant de partir à l'étranger, il accepte d'aider son ami directeur du nouveau Théâtre national palestinien à recruter des comédiens parmi les réfugiés disséminés dans tout le Moyen-Orient. Ahmad est accompagné par l'ex-présentatrice vedette de la télé palestinienne (détruite par les bombardements israéliens) et un cameraman issu d'une famille de «martyrs» de la cause fedayin. Les castings qu'ils organisent virent au pathétique: les aspirants comédiens qui se présentent recherchent moins une aventure théâtrale que la possibilité d'obtenir un visa pour retourner sur leur terre natale ou, plus simplement, de communiquer avec leurs proches de l'autre côté de la frontière israélienne. Récit initiatique sur la trajectoire artiste qui, peu à peu, redécouvre son pays, Attente vaut également pour sa part documentaire sur le dénuement des camps de réfugiés palestiniens en Jordanie et au Liban. Des camps où, explique Rashid Masharawi, vivent «les dépositaires de la mémoire de la Palestine, alors que celle-ci n'existe même plus à Gaza ou en Cisjordanie». Le propos d'Attente est souvent iconoclaste, sa forme originale. Dommage que l'audace d'Arte n'aille pas jusqu'à diffuser le film de Masharawi dans sa langue originale arabe: la version française est un désastre.


Journal l'Humanité - Temps palestinien
Article paru dans l'édition du 28 janvier 2006.

Dans l’Attente, le réalisateur Rashid Masharawi a voulu traiter de la nationalité palestinienne.
Pour recruter des acteurs pour le Théâtre national palestinien, une équipe auditionne des réfugiés dans les camps autour d’une thématique : l’attente. Entretien avec Rashid Masharawi.

Le film que vous avez réalisé est tiré d’une expérience personnelle. Laquelle?
J’attendais de pouvoir rentrer à Ramallah où je vis. Les Israéliens ne me laissaient pas passer la frontière. J’étais donc coincé en Jordanie. C’est là que j’ai décidé de filmer des Palestiniens, de leur demander d’improviser devant la caméra au sujet de l’attente. Exactement comme une des scènes du film. C’est d’ailleurs à partir de cette première expérience que j’ai eu l’idée du film. J’ai présenté ces vidéos dans une de mes installations au festival Dokumenta à Kassel. Et c’est à cette occasion que Pierre Chevalier, alors directeur de la fiction à Arte, a décidé de lancer le film.


Le théâtre y est plus un prétexte pour aborder d’autres thèmes, plus politiques...
Le théâtre dans le film est un symbole. Je voulais en réalité parler de la nationalité palestinienne, dans la mesure où la plupart des Palestiniens vivent en dehors de Palestine. Le personnage qui crée le Théâtre national de Palestine veut que ceux de l’intérieur comme de l’extérieur du territoire puissent participer à son projet. C’est de l’institution palestinienne qu’il s’agit dans mon film. Et plus particulièrement des problèmes des réfugiés. C’est pour cette raison que nous avons tourné en Jordanie, au Liban et en Syrie.

Pour écrire le scénario, avez-vous rencontré des réfugiés, récolté des témoignages?
J’avais déjà une idée précise de la vie des réfugiés avant de faire ce film?: j’en suis moi-même un. Je viens d’une famille qui a quitté Jafa en 1948. Au moment où mes parents sont partis, ils pensaient revenir au bout de trois semaines. Ils attendent toujours?: c’était il y a cinquante-sept ans. Les Palestiniens dans les camps de réfugiés, en Syrie, au Liban ou en Jordanie, ce sont les mêmes que ma famille, ils ont la même vie. Je suis venu filmer dans ces différents camps, parce que je voulais montrer ces différents pays.

Avez-vous connu des difficultés aux frontières pendant votre tournage?
Oui. En tant que Palestinien, je ne suis pas autorisé à aller en Syrie ni au Liban. Je peux seulement aller en Jordanie qui a un accord spécial avec Israël. Donc, six mois avant le tournage, j’ai dû raviver mes contacts et nous avons dû préparer énormément de paperasse. C’était difficile, mais pas impossible, puisque nous avons fait le film. Par exemple pour aller en repérages, j’ai pris contact avec le ministère de la Culture palestinien, et j’ai profité d’une délégation lors d’une rencontre avec son homologue libanais pour me rendre au Liban. Pour le tournage, je me suis rendu sur place en premier pour régler toutes les formalités des équipes avant de les faire venir.
Entretien réalisé par Anne Roy