Better Things

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Réalisateur/Scénariste Duane Hopkins
Producteurs Samm Haillay et Rachel Robey
Producteur exécutif Christopher Collins
Producteurs exécutifs Peter Carlton, Lizzie Francke et Paul Trijbits
Co-producteurs Helge Albers et Alastair Clark
Co-producteur Alexander O’Neal
Image Lol Crawley
Montage Chris Barwell
Décors Jamie Leonard
Musique Dan Berridge
Son Douglas MacDougall

 

Duane Hopkins

Né en Angleterre en 1973, Duane Hopkins a étudié la peinture et la photographie. Son premier court métrage, Field, a été présenté à la Semaine de la Critique à Cannes en 2001. En 2003, il signe son deuxième court métrage, Love Me Or Leave Me Alone . Ces deux films remportent une trentaine de prix dans plusieurs festivals internationaux. Better Things est son premier long métrage. Il a également créé la société Third Films avec son associé et producteur Samm Haillay. Outre son activité de réalisateur, Duane Hopkins poursuit ses travaux de photographie et crée des installations.

FILMOGRAPHIE
2008 BETTER THINGS
2003 LOVE ME OR LEAVE ME ALONE [cm]
2001 FIELD [cm]

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Better Things

Duane Hopkins
Date de sortie :: 
21/01/2009
Royaume-Uni – 20085 – 1h33 – scope – couleur – Anglais
Une petite communauté rurale en Angleterre, aujourd’hui.
Gail vit seule aux côtés de sa grand-mère. Elles tentent de se rapprocher l’une de l’autre afin de briser leur isolement.
Rob, adolescent renfermé, ne se remet pas de la mort de sa petite amie et se réfugie dans la drogue.
Après plus de soixante ans de vie commune, Mr et Mme Galdwin traversent une crise conjugale. Toujours amoureuse de son mari, Mme Gladwin essaie de renouer le contact.
Jeunes ou vieux, les protagonistes de BETTER THINGS font l’expérience de l’engagement sentimental et de la difficulté d’aimer. Chacun cherche sa voie gérant au mieux ses peurs et ses doutes face à l’avenir.
Entretien avec DUANE HOPKINS

BETTER THINGS et vos deux courts métrages, FIELD et LOVE ME OR LEAVE ME ALONE ont pour cadre l’Angleterre rurale. Y a-t-il une part autobiographique ?
C’est là que j’ai grandi. C’est de là que me viennent mes thèmes de prédilection et c’est vrai que jusqu’à présent j’ai situé mes films dans ce contexte particulier, bien que les thèmes dont je parle ne soient pas autobiographiques au sens strict. Je m’inspire de ma propre expérience pour démarrer un projet. Mais je ne serais pas à l’aise si je me contentais de filmer ce dont j’ai été témoin ou ce que j’ai vécu. Je préfère puiser dans mes souvenirs, ou m’appuyer sur des événements qu’on m’a racontés, pour élaborer d’autres histoires. A travers ces intrigues, j’ai l’ambition de donner un nouveau sens aux événements que je relate et d’impliquer le spectateur. J’essaie d’explorer une région et ses habitants, et mes seules anecdotes personnelles seraient bien trop limitées pour atteindre cet objectif.

Pouvons-nous parler de démarche politique de votre part ?
Je n’ai pas cherché à délivrer un message social, du moins pas consciemment. J’ai surtout voulu brosser un tableau sincère de l’Angleterre rurale. Tout le monde ne s’y reconnaîtra pas forcément, mais c’est pourtant une réalité qui existe. Je ne dirais pas que je fais du cinéma politique par militantisme, mais plutôt par les comédiens que je choisis, par ma direction d’acteurs et par les décors où je tourne. Cela devient du cinéma politique parce que mes méthodes s’éloignent légèrement de la norme.

BETTER THINGS s’inscrit-il dans la tradition d’une tendance sociale réaliste du cinéma anglais, à l’instar de Ken Loach, Alan Clarke ou Mike Leigh ?
Je pense que mon approche du réalisme social est différente, même si j’ai beaucoup regardé les films de Ken Loach, Alan Clarke et Mike Leigh dans ma jeunesse et que je revendique leur influence sur mon cinéma – Clarke tout particulièrement. Car je me reconnais largement dans l’Angleterre que ce dernier dépeint. Pour autant, il existe aussi une tradition du cinéma anglais consistant à détourner le réalisme social. Je pense à des cinéastes comme Bill Douglas, à Terrence Davies dans ses premiers films, à Michael Powell et Emeric Pressburger, ou encore à Lynne Ramsey aujourd’hui. Ils partent du monde réel, mais parviennent à dépasser la simple captation de leur environnement, en créant un univers personnel qui, grâce aux effets de montage, dévoile la vérité intérieure des personnages et du monde dans lequel ils vivent. Du coup, même si BETTER THINGS s’inspire nécessairement des films qui l’ont précédé et évoque un certain courant esthétique, j’ai tenté de lui donner une dimension que j’espère plus poétique et transcendante. J’ai davantage voulu créer une atmosphère que chercher à réaliser un film réaliste – ce qui n’empêche pas le film d’être imprégné de réalisme par souci de cohérence dramatique.

Vous jouez sur deux registres, naturaliste et stylisé (notamment grâce au montage et au travail sur le son). Comment travaillez-vous sur ces deux dimensions a priori peu conciliables ?
Pour moi, le cinéma se définit précisément par la confrontation et la juxtaposition entre ces deux approches. C’est comme cela qu’on crée une dynamique : il s’agit de réunir des images et des sons qui, une fois montés, produisent du sens. Je ne veux pas que mon cinéma se contente de raconter une histoire : il me faut une dimension plus inattendue qui soit davantage évocatrice qu’explicative. J’ai le sentiment que la juxtaposition du réel et de l’insolite – en trouvant le bon équilibre – offre un point de vue beaucoup plus original et intéressant. Cela résonne en moi
de manière bien plus personnelle. Pour y parvenir, j’utilise le montage. C’est ce qui fait que c’est du cinéma, et pas du théâtre filmé. On peut éprouver du plaisir à reconnaître des sons et des images familiers, mais lorsqu’ils sont détournés, puis montés, ils prennent une nouvelle forme et un nouveau sens. Pour moi (et je comprends bien que ce ne soit pas le cas de tout le monde), c’est là la nature profonde du cinéma. C’était aussi pour moi la manière la plus intéressante de réaliser un film choral. Et de créer des scènes qui, grâce au montage, fassent le lien entre les personnages et leurs histoires. La force dramatique du film vient de la tension croissante des séquences qui se répondent entre elles et qui brossent le portrait d’une région et de ses habitants.

La plupart des acteurs ne sont pas des professionnels. Comment les avez-vous choisis et dirigés ?
Je choisis les comédiens moi-même, avec l’aide de mon producteur. Mais étant donné qu’il y avait beaucoup de rôles de tous âges, cela a pris énormément de temps. Certains personnages sont toxicomanes, et comme je voulais trouver des interprètes qui soient passés par là afin d’apporter une grande authenticité à ces personnages, cela a demandé beaucoup de temps et a posé des difficultés vis-à-vis des assurances. Je cherche des interprètes dont le visage et l’expérience m’intéressent. Il faut d’abord qu’ils soient photogéniques, puis que leur expérience soit suffisamment riche : en effet, dans ma direction d’acteur, je me sers de ce que je sais des comédiens pour les pousser dans leurs retranchements et les aider à sentir leur personnage. J’essaie ensuite d’utiliser ma caméra comme
un microscope pour trouver un équilibre entre le personnage tel que je l’ai imaginé dans le scénario et leur personnalité. J’ai fait des répétitions avec certains, mais pas avec d’autres – cela dépendait entièrement du contexte de telle ou telle scène. On n’a jamais fait d’improvisation, et j’ai systématiquement donné la priorité au montage et à la lumière. Il y a une part documentaire dans la mesure où je m’inspire de la personnalité des acteurs – parfois après les avoir bousculés un peu – et où je m’en sers pour nourrir l’intrigue. Cela implique quelquefois que je modifie l’intrigue au montage, ce qui explique en partie pourquoi c’est un vrai défi de travailler avec des comédiens non professionnels. Il ne faut pas hésiter à aller au-delà du scénario.

Tandis que les personnages ne semblent pas avoir de mal à communiquer avec leurs amis, les couples ne se parlent presque pas. Comment expliquez-vous cette situation ? Cela correspond-il à votre vision des relations humaines ?
Je crois que les personnages ont autant de mal à communiquer avec leurs amis qu’avec leurs partenaires. Or, on s’attend le plus souvent à ce que la communication passe plus facilement au sein d’un couple qu’entre amis. C’est d’autant plus complexe que dans une relation amoureuse se jouent des intrigues et des stratégies beaucoup plus profondes. La souffrance occasionnée par une blessure d’orgueil ou une indiscrétion est parfois si profonde que l’on en vient à exprimer cette souffrance de manière totalement maladroite et contre-productive. Car on se livre alors à un être que l’on aime et avec lequel on se sent en sécurité, et on profite parfois de cette position privilégiée.

Avant tout, je voulais évoquer l’aspiration des individus à la sécurité et leur besoin de stabilité sentimentale et de bonheur – tout ce qui a trait au besoin de sociabilité. J’ai souhaité en parler à travers les thématiques de l’apprentissage de l’amour, de la quête de relations durables et de ses conséquences sur un personnage qui s’approche de la mort.

Je pense que le spectateur est habitué à voir la plupart de ces problématiques abordées au cinéma, mais surtout dans un environnement urbain où la toxicomanie s’inscrit normalement dans un contexte socio-politique. Je voulais aborder ces problématiques dans un cadre inhabituel et m’intéresser à des générations différentes qui sont toutes à la recherche du bonheur. Je souhaitais également évoquer les succès et les échecs d’une relation amoureuse, et parler de l’usage de substances artificielles dont le but est également de trouver le bonheur. En somme, la vie, l’amour, la perte et l’addiction.

Pouvez-vous nous parler de l’importance de la drogue dans le film ?
Dans ce milieu et pour cette génération, l’usage de la drogue est totalement banalisé. Cela ne me choque pas du tout : je montre seulement la manière dont ces personnages ont intégré la drogue à leur quotidien. Il n’y a rien de gratuit là-dedans, même si les scènes sont peut-être très crûes. C’est effectivement très réaliste et nous nous sommes pas mal documentés. Les personnages héroïnomanes ont tous plus de 20 ans, et sont donc adultes. J’imagine qu’ils ont commencé à se droguer à l’âge de 18 ans. Cela correspond à ce que j’ai observé. Chaque fois que je suis retourné dans la région où j’ai grandi (et où le film a été tourné), en gros tous les six mois, j’entendais parler d’un vieux copain qui était mort d’overdose, et puis mon petit frère a commencé à me raconter le même genre d’histoires sur ses propres copains. Il y a eu un moment où c’est devenu spectaculaire. Les journaux de la région en parlaient tout le temps. Je voyais des gamins dans les pubs du coin qui étaient visiblement accros. Au bout d’un moment, on s’habitue. Quant à l’ecstasy ou au cannabis, c’est une pratique quotidienne pour pas mal d’entre eux, du moins pendant une période de leur vie. Certains passent à des drogues plus dures, comme le crack ou l’héroïne, et d’autres décrochent. S’ils commencent si jeunes, c’est parce qu’ils s’ennuient, que la drogue est accessible et que cela les intrigue. De toute évidence, ils éprouvent une grande insatisfaction dans leur vie et la drogue permet de combler ce manque, même si malheureusement ils peuvent y laisser leur peau. C’est comme s’ils s’anesthésiaient pour se protéger du monde et de ses contraintes. C’est une sorte d’automédication qui leur permet de vivre dans un monde à eux où ils se sentent plus à l’aise. Au cours de nos   rencontres avec des toxicos, certains parlaient de la drogue comme de leur meilleur ami, de leur confident ou encore de leur amant. Ce qui est frappant, c’est qu’ils ont l’impression que rien ne peut leur arriver et que, même lorsqu’ils ont un copain qui meurt d’overdose, ils continuent à se fournir en héroïne avant et après l’enterrement de cet ami, en pensant que cela ne peut pas leur arriver. Ils ne comprennent pas vraiment ce qui se passe. Leur jeunesse leur donne le sentiment d’être immortel.

Beaucoup des personnages sont des adolescents, tout comme dans vos courts métrages. Qu’est-ce qui vous intéresse plus particulièrement dans cette période de la vie ? D’autre part, il y a très peu de personnages ayant la quarantaine ou la cinquantaine, comme si les adultes qui sont censés s’occuper des jeunes et des personnes âgées étaient absents. Pourquoi ?
S’agissant de mon intérêt pour les adolescents, je vous ai déjà en partie répondu. J’aime leur potentiel, leur capacité d’adaptation et leur comportement extrême. Dans mes courts métrages, je parle de ma fascination pour leur capacité à refuser les conséquences de leurs actes et de leur cruauté désinvolte – ce qu’on voit bien chez les amis de Larry.
Quant aux personnages âgés, je trouvais intéressante l’idée de les voir évoquer leur compagnon avec nostalgie au soir de leur vie, comme Nan par exemple, ce qui nous renvoie à la situation de Rob qui ne se remet pas de la disparition de sa copine. Cela me permettait aussi de faire un parallèle entre l’isolement de Gail et celui de Nan. Toutes deux sont cloîtrées chez elles – l’une à cause de son agoraphobie psychologique, l’autre en raison de sa fragilité physique. Elles ont cela en commun. D’autre part, j’étais intéressé par les frustrations qui restent dans le non-dit et les secrets quis’accumulent au fil des années chez un vieux couple. Il s’agit de l’histoire des Gladwin, qui me permet alors de faire le lien avec un couple plus jeune, Larry et Rachel. Je suis frappé de voir à quel point on peut être affecté et perdre pied avec la réalité lorsqu’on n’est pas aimé en retour ou qu’une personne aimée nous traite par le mépris. Quant aux quadra/quinquagénaires, j’avais prévu de les évoquer dans le scénario, mais je me suis ravisé. Cela déséquilibrait l’intrigue. Je trouvais qu’on mettait davantage en valeur les thématiques du film en nous focalisant sur le contraste saisissant entre deux générations aux antipodes l’une de l’autre.

Quelle est l’importance d’amour dans le développement de vos personnages ?
Il s’agit bien entendu de ce qu’ils recherchent tous, de ce à quoi ils aspirent et dont ils ont besoin, comme nous tous. Mais le film ne parle pas simplement de la possibilité de trouver et de rencontrer l’amour, mais de la question de savoir si on est à même de l’accepter. Soit parce qu’on a l’impression que telle ou telle personne n’est pas animée de sentiments sincères, soit parce qu’on ne se croit pas à la hauteur des sentiments amoureux dont on est l’objet. Les personnages attachent beaucoup d’importance à l’amour, mais cela ne signifie pas qu’il puisse régler tous leurs problèmes. Ils ne sont pas seulement en manque d’amour : ils ontaussi besoin de sécurité et de confiance en eux. Ils ont besoin desentir qu’ils sont capables de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’eux-mêmes tout en réglant déjà leurs propres difficultés. C’est unéquilibre très difficile à trouver.

Chacun semble avoir une façon d’oublier son  isolement, soit en se droguant, soit dans le cas de Gail en se plongeant dans la littérature sentvent-ils s’en sortir ?
Il est vrai que chacun s’est trouvé sa propre parade – qu’il s’agisse de la drogue, des relations amoureuses ou de la littérature sentimentale – et il est également vrai que chacune de ces «stratégies» risque d’aggraver les difficultés. Pour autant, cela leur permet aussi de survivre. Tant qu’ils ont ces dérivatifs, il y a de l’espoir. Quant à la question de savoir s’il y a une issue, non, il n’y en a pas, il n’y a pas de réponse simple, mais ils ont quand même la possibilité de faire des choix. Deux des personnages décident d’aller de l’avant – au sens littéral du terme. Les autres, à mon sens, obtiennent ce qu’ils veulent ou ont le potentiel d’y parvenir. Je pense que le film est optimiste et est empreint d’espoir, mais je ne voulais pas que cela sonne faux. Il serait absurde que tout soit réglé à la fin. Ce serait malhonnête. Le film offre un peu d’espoir aux personnages à la fin, mais il ne m’appartient pas de raconter ce qui leur arrivera par la suite.