Bienvenue à Bataville

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Scénario et réalisation : François Caillat
Image : Jacques Besse
Montage : Sophie Brunet
Son : Stephan Bauer, Jean-Jacques Faure, Gilles Guigue, Myriam René
Mixage : Philippe Grivel
Musique : Pascal Comelade
Musique pour choeurs et arrangements : Jean-Christophe Marti
Voix off : Jean-Marie Galey
Production : Unlimited, Ina, Les Films Hatari
Producteur exécutif et délégué : Philippe Avril (Unlimited)

 

François Caillat

Agrégé de philosophie, François Caillat réalise depuis une dizaine d’années des films documentaires ayant pour thème la représentation du passé dans notre quotidien. Il est l’auteur de plusieurs films de long métrage diffusés à la télévision (Arte) : La Quatrième génération, L’Homme qui écoute, Trois soldats allemands, L’Affaire Valérie… Parallèlement à ses activités de cinéaste, François Caillat dirige la collection Cinéma documentaire – publication de débats, textes critiques et scénarios – qu’il a créée aux éditions L’Harmattan (dernier ouvrage paru : Le style dans le cinéma documentaire, 2007). Il collabore aussi à différents organismes destinés à promouvoir le documentaire français et étranger (Gulliver, Addoc, Documentaire sur Grand Ecran, etc.). Bienvenue à Bataville est son premier long-métrage cinéma.

Réalisateur

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2011 FILM
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2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Bienvenue à Bataville

François Caillat
Distribution :: 
Date de sortie :: 
17/09/2008
France – 2007 – 1h30 – couleur – Beta numerique 16/9
Bienvenue à Bataville raconte l'histoire, exemplaire et désespérante, de l'usine Bata de Hellocourt-Moussey, en Lorraine. L'entreprise, qui a fermé ses portes à la fin 2001, a successivement incarné tous les modèles industriels de notre temps.
Elle a pris son essor comme affaire familiale, s'est développée aux heures de la prospérité nationale, a suivi les effets de la concurrence mondiale, est devenue un cas-type de redéploiement capitalistique dans une logique multinationale. Au final : licenciements et fermeture du site.
Bata, c'est une histoire lorraine aujourd'hui terminée. La liquidation de l'entreprise s'est faite au prix d'un long conflit et de luttes acharnées. Les salariés ont dû céder. Mais Bienvenue à Bataville n’est pas uniquement la chronique d’un échec industriel. Il raconte aussi une histoire affective, celle que les ouvriers entretiennent et continuent d’entretenir avec leur entreprise et leur cité.
NOTE D'INTENTION
Dans Bienvenue à Bataville, j’ai voulu raconter l’histoire d’une bulle : un monde parfait, un système idéal, une utopie patronale dont l’âge d’or nous replonge dans les années 1950/60. Bataville est le nom donné à la cité créée par Tomas Bata, le célèbre industriel de la chaussure tchèque, arrivé en Lorraine avant-guerre. En s’installant dans un coin de Moselle où n’existaient jusqu’alors ni traditions industrielles ni culture syndicale, Tomas Bata a voulu forger de toutes pièces un site qui lui serait entièrement dévolu, loin des influences contraires à la mission qu’il se fixait.
De cette création ex-nihilo est née l’idée d’une bulle harmonieuse, intégrant tous les ingrédients d’une « vie Bata » réussie. Ainsi Tomas Bata a-t-il disposé autour de son usine les différents modules de son projet : cité pour loger les ouvriers (bâtiments modernes et fonctionnels dans une architecture de cité-jardin), centres d’apprentissage (école et formation professionnelle), équipements sportifs de haut niveau (piscine et stade, avec performances en foot et basket de niveau national), lieux de divertissement et convivialité (cinéma, salle des fêtes avec orchestres prestigieux et fanfare locale), etc.
En intégrant tous ces services destinés à accompagner le Batavillois de sa naissance jusqu’à sa mort, Tomas Bata a organisé un système à la fois attractif et terriblement contraignant. Certes la conception du site visait au bonheur de tous, mais sa finalité ultime restait la fabrication de la chaussure Bata à meilleur prix. Dans ce monde trop parfait, toutes les critiques étaient écartées et les récalcitrants impitoyablement chassés. Le système, performant et rigide, a très bien fonctionné durant plus de soixante ans. Son apogée, coïncidant avec les Trente Glorieuses françaises, s’est située durant les deux décennies 1950 et 1960 évoquées dans le film. Bataville représentait alors un modèle inégalé de réussite industrielle (Bata était le premier fabriquant national de chaussures), de collectivité sociale (à travers les rites et usages de la vie batavilloise), et de culture idéologique maison, appuyée sur un corpus de textes et discours régulièrement remis à jour : le bataïsme.
Le film nous fait découvrir cette époque joyeuse, où chacun contribuait avec ardeur au bonheur de l’entreprise. On écoutera, sans doute avec quelque étonnement, cette ouvrière raconter sourire aux lèvres quel fut son plaisir à fabriquer onze millions de chaussures en quelques années sur sa machine bruyante ; on entendra le chef du personnel rappeler avec fierté comment « ses » employés venaient le trouver pour régler leurs problèmes domestiques, illustrant cette maxime fondatrice de l’entreprise : « Le personnel, ce qu’il veut, c’est être dirigé » ; on découvrira les témoignages et souvenirs de tous ceux-là qui ne regrettent rien… Le film explore cette époque en pointant ses évidentes contradictions : comment pouvait-on être heureux dans un environnement quotidien si normé ? Comment conservait-on un espace de liberté personnelle dans ce monde totalement créé à l’image de son fondateur et maître Tomas Bata ? Comment pouvait-on vivre, des années durant, sous la coupe d’un tel paternaliste ? Voilà bien le paradoxe que ce film veut découvrir et mettre en scène : la soumission plus ou moins consentie, la « servitude volontaire » dont parlait autrefois Étienne de La Boétie, l’aliénation où se conjuguent le bonheur et l’exploitation. De cet exemple batavillois, le film espère faire un paradigme.
D’autres exemples sont en effet nombreux, tout au long du XXe siècle, où une adhésion collective enthousiaste s’est mise au service de principes discutables. Les idéologies ne sont pas seules en cause. Il faut se demander comment des millions de gens ont pu participer, avec tant de ferveur et de conviction, à des systèmes qui finissaient par les broyer. Comment la volonté collective de partager des projets communs a pu se muer en entreprise totalitaire et destructrice. Si l’aventure de Bataville ne s’est pas terminée en désastre national, la fermeture définitive du site en 2001 a plongé des milliers de familles dans la misère et le désarroi. Elle a signifié que les meilleures intentions patronales, mêmes lorsqu’elles sont mises en oeuvre par des hommes de la trempe de Tomas Bata, finissent par buter sur l’injustice sociale. À Bataville, il ne suffisait pas de fabriquer des chaussures dans la joie quotidienne, il eût fallu aussi que le bonheur ne soit pas promu au bénéfice ultime du patron. François Caillat

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PREMIERS ÉCHOS
Dans un ton volontairement kitsch et humoristique, Bienvenue à Bataville dresse le portrait d’un microcosme social sans défauts et d’un monde idéal. Ouvrières, ouvriers et contremaîtres de l'ancienne usine nous font revivre la comédie du travail au son de la fanfare de Bataville et de choeurs lénifiants. Le film raconte l’invention de cette utopie patronale et son édifiante épopée. (…)
Laurent Roth (cinéaste, programmateur du Ciné Citoyen, ancien directeur artistique du Festival international du film documentaire de Marseille)

D‘emblée, le réalisateur choisit, non sans perversité, d’imposer la voix off du demiurge ressuscité, de retour sur les lieux d’un paradis perdu aujourd’hui rendu à la nature. Cette voix off est l’élément majeur d’un dispositif singulier qui va mettre au jour les failles d’une organisation sociale aux rouages bien huilés. Trop bien huilés. Plus mégalomane mort que vivant – il se prend pour Dieu – Tomas Bata pilote le spectateur dans tous les lieux archétypaux de la mythologie batavillienne : l’usine, la sale des fêtes, la piscine… Mais le temps a fait son oeuvre, et ces lieux ont disparu ou ont perdu de leur prestige. (…) Comment contester le bonheur lorsque le soleil brille, que les pelouses rutilent et que les hymnes à la gloire de Bata interprétés par la fanfare et la chorale retentissent à chaque séquence. A contrario, en contrechamp, les images lugubres des marais d’aujourd’hui où, plan du site entre les mains, les Batavillois errent désorientés… (…) Avec le verbe de Bata, le « piège » du dispositif filmique se referme : les hauts-parleurs ne s’éteignent plus, mitraillant des sermons apologétiques sur les bienfaits du travail et du sport, ou des slogans aux relents totalitaires (« Ne soyons pas en verre, mais en acier »). Témoignages sous contrôle, films d’archives complaisants, reconstitutions de scènes idéalisées… Le malaise se dessine. La polychromie éclatante des images, les flonflons de la fanfare finissent par rendre insupportable le paternalisme Bata. On se croyait chez Jacques Demy, on se retrouve dans la série Le Prisonnier… Perdue au milieu des champs, Bataville est plus que jamais une ville-prison. Ses anciens habitants ne pourront s’en échapper que pendant le sommeil de Dieu, la nuit venue, un flambeau à la main.
Isabelle Péhourticq, Hors Champ, 25 août 2007