Crossing the bridge

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Scénariste : Fatih Akin
Production : Corazon International, Intervista digital media
Photographie : Hervé Dieu
Ingénieur du son : Johannes Grehl
Monteur : Andrew Bird
 

 

Fatih Akin

Né de parents turcs, Fatih Akin étudie la communication visuelle aux Beaux Arts de Hambourg en 1994. Il commence dans le cinéma en tant qu'acteur tout en cherchant à passer derrière la caméra. Wueste Film lui donne cette chance en l'engageant. En 1995, son premier court-métrage Sensin - Du bist es! est remarqué au festival du court-métrages de Hambourg et reçoit le prix du public. Son deuxième court-métrage Getuerkt (1996) confirme son talent, et obtient plusieurs prix dans différents festivals internationaux. Ce qui lui permet de passer au long métrage avec Kurz und Schmerlos (1998), où il s'inspire du style de Martin Scorsese pour décrire l'univers de trois petits mafieux, amis d'enfance à Hambourg. Ce film est également récompensé, à Locarno notamment.
A la manière de Woody Allen, il tourne un film tous les ans. Il enchaîne donc très vite avec Julie en juillet où il aborde pour la première fois une histoire d'amour. Passionné par la thématique du déracinement, il s'intéresse à la vie d'une famille italienne en Allemangne dans Solino (2002). Puis il approfondit les relations amoureuses conflictuelles dans Head-on en 2003, qui le fait définitivement remarquer de la profession. Visiblement marqué par ce dernier film, il tourne un film sur le compositeur qu'il avait engagé pour la BO, Crossing the bridge - the sound of Istanbul, qui est présenté hors compétition dans plusieurs festivals prestigieux en 2005.
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Crossing the bridge

Fatih Akin
Distribution :: 
Date de sortie :: 
13/07/2005
TURC/ALLEMAND. 2005. 1h30. 35mm. 1,85. Couleur. Dolby SRD.

Alexander Hacke, musicien dans un groupe d'avant-garde allemand depuis plus de vingt ans, débarque à Istanbul pour composer la musique du film Head-on. Dans cette ville, il rencontre les membres d'un groupe néo-psychédélique, les Baba Zula. Lorsque leur bassiste les quitte, ils demandent à Alexander de la remplacer. Il accepte et essaie de capter la diversité musicale d'Istanbul pour l'intégrer à sa musique et la faire connaître au monde entier.


Crossing the bridge : La musique miroir social
Le cinéaste allemand Fatih Akin fait une déclaration d’amour à Istanbul.


Dès les premières images de son film Crossing The Bridge, sorti en salles cet été, Fatih Akin donne le ton. Musique mélancolique, désaccords sur l’eau, hip-hop et break dance des faubourgs asiatiques de Kadiköy ou européens de Bakirköy, rock rébellion punk sur des textes orientaux dans les caves de Beyoglu, derviches qui tournent au son du ney et de l’ordinateur, sous-culture des chanteurs des rues, mélopées kurdes..., la musique est organique à la ville. Byzance, Constantinople, Istanbul se contemplent, se mélangent, soupirent et respirent ensemble. Au-delà de l’espace et du temps, Fatih Akin nous emporte et nous fascine.

Comment expliquer que le rock, la musique de rue, le chant kurde, la musique arabesque ou l’usage du saz soient périodiquement interdits en Turquie ?

Fatih Akin. Le rock occidental, qui était une musique de résistance contre les courants dominants, est aujourd’hui commercialisé et banalisé. Alors qu’en Turquie la résistance existe toujours. Parce que d’abord le pays a pour voisins l’Iran, l’Irak, le Moyen-Orient..., tous pays connaissant les grandes crises du monde, et ensuite que les différents courants politiques turcs font que chacun veut combattre l’autre car il n’y a pas de figure dominante. Il y en avait une, Atatürk, mais son image en creux, ainsi que la façon dont il a pris le pouvoir à la suite d’une révolution comme dans beaucoup de pays européens et d’Amérique du Sud, est toujours très profondément ancrée dans la société turque. C’est à cause de cela que le gouvernement militaire est toujours présent et très puissant. Les Turcs ont toujours envie de se battre contre. Crossing The Bridge ne peut en aucun cas être un film avec un happy end.

Crossing The Bridge apparaît comme un film en mouvement, ainsi que peut l’être la Turquie d’aujourd’hui, la musique n’étant pas son sujet principal...

Fatih Akin. Absolument, la musique en est seulement la clé. Actuellement la Turquie change très vite. C’est une impression forte que j’ai essayé de capter dans mon film. Les comportements des gens, dans la rue même, sont en train de changer. Je voulais tirer une sorte de photographie de ce moment-là, à travers la musique. Par exemple : Erkin Koray, rocker du milieu des années soixante, est toujours persécuté par le gouvernement, qui le déteste parce qu’il provoque avec les paroles de ses chansons et sa musique. Les jeunes, encore aujourd’hui, l’aiment beaucoup. Ils connaissent ses chansons par coeur et chantent avec lui pendant ses concerts. Pour eux, dans un pays sans leader, c’est un leader. Sa vie n’est pas facile, et tout le système des sociétés de disques, labels et chaînes de télévisions l’évite, mais il est lui-même culte. Le gouvernement « soutient » les chanteurs qui chantent des chansons d’amour, de danse, dans la mesure où les médias leur sont acquis et le public assuré. MTV est une entreprise de vrai lavage des cerveaux, qui démobilise les gens par la musique. Cet aspect n’apparaît pas dans mon film, seulement en creux. J’ai au contraire porté mon attention sur des musiciens qui ne sont pas médiatisés. Ou bien sur Sezen Aksu, star très populaire, de même que Müzeyyen Senar, qui a aujourd’hui quatre-vingt-six ans, ou Orhan Gencebay, acteur idolâtré, chantre de la musique arabesque méprisée, qui sont des survivants, qui ont traversé les graves conflits des années soixante-dix. D’une manière très intelligente. Par exemple, cette chanson que l’on peut entendre dans le film, qui dit : « Tout le monde a des défauts », ressemble à une chanson d’amour (« Aime-moi avec mes défauts »), mais elle veut, bien sûr, dire autre chose. C’était l’époque pas si lointaine, trente ans à peine, où en Turquie on pouvait être tué dans la rue simplement pour avoir exprimé une opinion politique. Cela s’est conclu par le coup d’État militaire de 1980. C’était l’époque la plus sombre de l’histoire de la Turquie contemporaine, celle où Yilmaz Güney était en prison.

La musique semble, alors, la seule expression possible contre le racisme...

Fatih Akin. Bien sûr... Vous savez, la meilleure chose que j’ai gardée de mon éducation à l’école allemande, puisque mon pays a perdu la guerre, c’est que le racisme est un crime. Partout. Pendant le tournage du film, Sezen Aksu m’a appris à ne jamais avoir peur. De rien. Elle a été la première artiste vraiment populaire qui a donné, pendant la guerre civile, un concert avec le PKK pour les Kurdes. Tant qu’il y aura un racisme vis-à-vis des Kurdes, il n’y aura pas de happy end. Dans Crossing The Bridge, un des plus beaux moments est celui où Aynur Dogan, artiste kurde d’Istanbul, chante dans sa langue natale. Notre enregistrement, alors, était légal. Aujourd’hui, la voix magique d’Aynur est interdite. Tous les musiciens, dans mon film, sont des artistes indépendants... même les stars.

Entretien réalisé par Michèle Levieux