Désir(s) [Sehnsucht]

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Scénario et Réalisation Valeska Grisebach
Image Bertrand Keller
Décors Beatrice Schultz
Montage Bettina Böhler, Valeska Grisebach, Natali Barrey
Son Raimund von Scheibner, Olivier Göbel
Costume Birte Meesmann
Casting Christiane Lilge, Hannah Marquardt
Une production Rommel Film et GFP Medienfonds
En co-production avec ZDF et 3sat
Avec le soutien de BKM, FFA, Medienboard Berlin-Bredenburg, DEFA-Stiftung

 

Valeska Grisebach

Née à Brême en 1968, Valeska Grisebach étudie d’abord la philosophie et les lettres à Berlin et Munich avant d’intégrer l’Académie du Film de Vienne en 1993. Elle y réalise trois films documentaires Sprechen und Nichtsprechen en 1995, In der Wüste Gobi en 1997 et Berlino en 1999. Deux ans plus tard, son premier long métrage de fiction Mein Stern voit le jour, pour lequel elle reçoit de très nombreuses distinctions, dont le First Steps Award 2001, le Prix du meilleur film au Festival International du jeune cinéma de Turin en 2001 et le Prix de la Critique au Festival de Toronto en 2001.
Valeska Grisebach, qui vit et travaille à Berlin, est considérée de part son esthétique épurée quasi documentaire, sa thématique sociétale et ses choix d’équipe, comme appartenant à la nouvelle garde de l’École de Berlin. On retrouve ainsi dans son équipe technique le chef opérateur Bernhard Keller et la directrice artistique Beatrice Schulz, qui avaient déjà travaillé avec la réalisatrice sur son premier long métrage Mein Stern ainsi que sur L’imposteur, le long métrage de son collègue berlinois Christoph Hochhäusler.
Sehnsucht, son second long métrage, fut sélectionné dans de très nombreux festivals dont le Festival Paris cinéma 2006, le Festival du Film Européen de Bruxelles 2006, le Festival International du Film de Hong Kong 2007 ainsi qu’en compétition officielle aux Festivals de Berlin 2006 et Premiers Plans d’Angers 2007.



1995 : Sprechen und Nichtsprechen (documentaire)
1997 : In der Wüste Gob (documentaire)
1999 : Berlino (documentaire)
2001 : Mein Stern
2006 : Désir(s) - Sehnsucht
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Désir(s) [Sehnsucht]

Valeska Grisebach
Distribution :: 
Date de sortie :: 
03/10/2007
Allemagne - 2006 - durée : 1h28 - 35mm - 1.85 - couleur - Dolby Digital SR - visa n°118 393
Un homme et une femme vivent dans un village près de Berlin. Lui est serrurier-mécanicien et fait partie des pompiers volontaires. Elle fait quelques ménages et chante dans la chorale locale. Ils se connaissent depuis l’enfance et s’aiment d’un amour tendre. Ce qui suscite chez les autres un mélange d’étonnement et d’envie. Leur couple semble si innocent, leur quotidien si harmonieux, si parfait.
Un jour, l’homme part en stage de formation dans une ville voisine et se réveille un matin dans le lit d’une étrangère. La soirée de la veille, trop arrosée, a effacé tout souvenir de cette nuit. En cherchant à comprendre ce qui s’est passé, l’homme s’engage irrémédiablement dans une liaison passionnée avec cette inconnue de la ville. Tiraillé par sa culpabilité et son amour inchangé pour sa femme, il va se laisser gagner par le désespoir.

Note d’intention

Au delà de la vie concrète et réelle que l’on mène, j’ai toujours été touchée par toutes ces autres choses qui ne surviennent que dans l’imagination : si on était dans un autre lieu, qu’on avait rencontré d’autres personnes, qu’on s’était décidé autrement, qu’on avait osé…
« Sehnsucht » c’est pour moi quelque chose de très personnel. C’est comme une force sauvage, qui en dit long sur les hommes et qui porte en elle également un soupçon d’adieu, de renoncement. Parfois c’en est presque trop pour un seul homme.
L’homme de cette histoire est un personnage hautement romantique au sens désuet du terme, quasiment un homme d’honneur. Quelqu’un qui essaie de bien faire, de prendre ses responsabilités et qui échoue. Personne n’est à l’abri d’une telle expérience.

Entretien avec Valeska Grisebach


Remarque : La réalisatrice fera, lors de cette interview, souvent référence au terme allemand de « Sehnsucht », qui est également le titre original de son film. Ce terme n’ayant pas d’équivalent en Français, nous avons préféré conserver le terme allemand, que ce soit quand elle fait référence directement à son film ou quand elle évoque la singularité et la richesse sémantique de ce mot – il arrive parfois d’ailleurs que les deux se confondent. Si toutefois un ou plutôt des mots devaient être trouvés en Français pour rendre compte de « Sehnsucht », ils seraient les suivants : désir, impatience, aspiration, regret, attente, langueur. Notons que ce mot employé au pluriel a des significations autres : soupirs, élans de l’âme. Il s’agit donc d’un état de l’âme, faisant référence à l’amour, au désir ainsi qu’à l’impatience et la langueur qui en résultent. C’est quelque chose d’intérieur et de personnel pouvant être aussi bien assumé que refoulé, mais dont la sincérité et la profondeur sont les caractéristiques premières.

Quelle idée fut à l’origine de Sehnsucht ?
Dans mon premier film Mein Stern, il était question de ce moment à l’aube de la vie d’adulte, plein de promesses, où tout est possible, où on se dit : quand je serai grand… Dans Sehnsucht c’est un moment ultérieur qui m’a intéressée, ce moment où l’on est en plein dans cette vie d’adulte. Le moment durant lequel, la soif de vivre perdure ou s’éveille à nouveau, les « Sehnsüchte » [à comprendre comme aspirations / élans de l’âme] ne s’étant peut-être pas éteintes. Sehnsucht est devenu mon titre, sans doute parce qu’il exprime quelque chose de grand, une force positive, créatrice, qui nous confronte à nos propres limites. Quelque chose d’infini et en même temps l’expression de la finitude.

Le point de départ de notre travail fut une recherche autour du mot « Sehnsucht » qui déboucha plus tard sur l’écriture de cette histoire. Une part importante de notre travail fut les quelques 200 interviews que j’ai menées avec des femmes et des hommes, tous trentenaires, abordés dans la rue. Dans nos entretiens, il était question de l’image que l’on se faisait, enfant ou adolescent, de l’avenir et à quoi ressemble finalement la vie d’adulte et la situation actuelle : A quoi passe-t-on concrètement son temps ? Que sont les « Sehnsüchte », les rêves et les souhaits?
Ces entretiens m’ont beaucoup touchée, parce que d’une façon naturelle et détaillée pour les uns et très lapidaire pour les autres, il y avait tant de « Sehnsucht » qui se cachait dans cette vie apparemment bien ordonnée. Cette « Sehnsucht » était parfois assumée, parfois refoulée, mais parfois aussi, tout à coup, pleinement vécue. Pareille à une brise, elle ferait de chacun pour ainsi dire la star de sa propre vie. J’avais l’impression que les histoires d’amour devenaient souvent le théâtre de ces « Sehnsüchte ». Ce lieu où les vœux sont censés s’exaucer et des choses palpitantes censées se produire, ces choses qui nous rendent finalement vivants.
Cette recherche fut pour moi une étape importante dans l’écriture de cette histoire. Sans doute voulais-je trouver par-là un moment universel, comme un sentiment qui vous accompagne.

Comment l’histoire de Sehnsucht est-elle née ?
J’ai cherché pour cette histoire un moment dramatique qui serait l’expression de la « Sehnsucht », un moment où soudainement quelque chose se déchire, où la machine se bloque. Un événement sur lequel on ne peut revenir, durant lequel quelque chose comme le destin s’accomplit.
Les impressions récoltées lors des entretiens, se sont mêlées à une autre histoire que j’avais entendue dans un petit village de France. Un lieu dans lequel les gens semblaient plutôt renfermés, comme insensibles. Dans la maison d’en face habitaient un maçon et sa femme. Lui, je le voyais de temps en temps quand il quittait la maison pour aller travailler. Un type tout à fait normal. On m’a raconté, qu’il était tombé amoureux d’une autre femme lors d’un stage de formation. Sa femme s’en est rendue compte par une bête coïncidence et l’a quitté.
On raconte qu’il ne l’aurait pas supporté et que, par désespoir, il se serait tiré une balle dans le cœur avec un fusil de chasse. Il a cependant survécu.
Ce qui m’a particulièrement touchée dans cette histoire, c’est que dans ce lieu où les gens semblaient tellement insensibles extérieurement, un être ait soudainement révélé son vrai visage d’une manière si mélodramatique. Je me l’imaginais en héros romantique avec une cicatrice sur la poitrine, symbole de son rang. J’ai trouvé ça à la fois rassurant mais aussi irrationnel et juste qu’il survive : son acte était à la mesure de la violence de la situation – c’est pour cela que c’est bien qu’il puisse continuer à vivre. J’aimais ce moment laconique, tel un clignement d’œil. On voudrait mourir, et l’instant d’après on se prépare son casse-croûte et on va au boulot. Ce que j’aimais dans cette histoire c’est qu’elle était simple comme une chanson, une chanson de country, quelque chose qu’on puisse raconter, comme les enfants le font à la fin du film.

Comment avez-vous trouvé vos personnages principaux ?
Je voulais trouver des comédiens, qui construiraient l’histoire avec moi, qui vivraient véritablement l’histoire. Au départ je n’avais pas prévu de travailler avec des acteurs non-professionnels. C’est arrivé comme ça. Je pensais que le film pouvait gagner en acuité et en précision à travers le travail mené avec des interprètes apportant leur expérience, leur savoir et leur présence physique à une histoire mélodramatique. On ne serait pas habitué à voir ces protagonistes en tant qu’acteurs principaux dans un film. C’était aussi une façon de dire que chaque homme est capable de tout ressentir, qu’il peut être un héros, le personnage principal d’un film.
Pendant six mois, notre équipe de casting a cherché des comédiens. Nous avons plus fait attention à ce que dégageaient ces personnes qu’à des caractéristiques extérieures telles que blond ou brun. Le mari devait être un type calme, juvénile qui ne se dévoile pas entièrement tout de suite. Pour incarner sa femme il fallait trouver un type de femme aux allures de jeune fille mais très déterminée. C’est sous ces conditions que nous avons abordé des gens lors de fêtes de village, de pompiers ou dans des centres commerciaux de Berlin et sa région. Puis nous les avons conviés à des entretiens à Berlin.
Lors de la dernière phase du casting, il était important pour les comédiens et pour moi-même de déterminer si nous étions capables de vivre ensemble cette aventure, si nous avions pour ainsi dire une communauté d’esprit. C’était aussi une question de charge de travail, il fallait voir si on se supportait les uns les autres. Mais c’est la même chose avec des acteurs professionnels. Le terme de « comédiens amateurs » prête de toute façon à confusion. On pourrait croire que c’est un truc, genre : on va chercher des gens dans la rue, on les met dans un film et ça fait son effet… Mais ce n’est pas comme ça que ça se passe. Il est important que la performance, acquise par les trois personnages principaux durant le casting, soit comprise. Ils voulaient exprimer quelque chose, ils avaient de l’intuition et ont véritablement osé.

A quoi ressemblait votre travail avec les acteurs ? Y’a-t-il eu une longue phase de répétition ?
Les répétitions ont duré deux mois. Il s’agissait pour les comédiens de connaître l’histoire presque par cœur, d’en prendre possession. Je n’entends pas par là l’apprentissage par cœur du texte, j’essaie d’éviter cela, car souvent j’ai l’impression que ça bloque le cerveau et le bon sens. Il s’agit de prendre confiance les uns dans les autres, d’élaborer une histoire préalable, d’apprendre à connaître les personnes et les lieux. J’essaie de passer de nouveau en revue les scènes du film les plus importantes, afin qu’elles soient plus tard pareilles à des souvenirs auxquels on puisse faire appel. Après cela on a commencé le tournage à Zühlen, un petit village du Brandebourg.
Nous y avons été accueillis chaleureusement et les habitants nous ont apporté massivement leur soutien. Beaucoup d’entre eux jouent d’ailleurs dans le film et s’y sont engagés corps et âme.

Quelles ont été les réflexions qui ont présidé à la mise en scène de votre film ?
La mise en scène devait être quelque chose de simple et de sobre. Le film devait rester dans sa manière de raconter l’histoire accessible et banal, fait de plans fixes et de travellings, avec entre les deux des images semblables à des tableaux qui insisteraient sur le côté figé, presque standard de la situation. Je voulais une caméra calme qui ne donne pas l’impression, d’être là en ce lieu et en cet instant, mais qui essaie plutôt d’être atemporelle. On a toujours voulu alterner proximité et distance, opposer le cadre strict à un regard « documentariste ». Mais en même temps la caméra devait garantir aux acteurs assez d’espace pour se mouvoir. Nous voulions de nouveau tourner sur pellicule, pour souligner le côté un peu désuet de l’histoire. Les deux lieux principaux devaient être deux communes du Brandebourg – des lieux qui ne devaient pas être totalement refaits, mais juste partiellement assainis. Ainsi on voit dans un village se juxtaposer différentes époques. C’est comme un voyage dans le temps, il est possible d’associer différentes choses : le côté désuet d’un village allemand, la RDA, le Nouveau, le Moderne, l’Occident, qui s’est mélangé à cela. Dans le choix des lieux et de la mise en scène, nous avons toujours essayé de faire prévaloir le générique, l’atemporel. La maison, par exemple, n’était pas une maison spécifique, mais la maison de base que tout le monde pourrait avoir.

Comment considérez-vous les rapports Fiction / Réalité, Réalisme / Mélodrame?
Il était pour moi important même pendant le tournage de considérer les apports extérieurs, de chercher le hasard et de confronter l’histoire avec cela. Le tournage est une occasion unique de vivre et de découvrir, ce qu’il est possible de faire à cet instant, dans ce lieu, avec ces personnes et avec cette histoire, réunir tous les ingrédients. Parfois il faut se livrer volontairement à une situation incertaine de préférence réaliste ou imprévue. Une rencontre avec l’histoire et toutes les personnes concernées. Il faut ensuite la saisir au vol. De l’instant naît l’inspiration.
Le réalisme se soustrait de nouveau au mélodrame et au conte, et lui oppose son imposante rudesse, sa grossièreté. Grossièreté et laconisme. Le physique des interprètes et des lieux, leur essence pour ainsi dire joue également un rôle. Mais toutes ces choses, que l’on ne peut pas inventer, qui sont comme un souvenir qu’on aurait de la réalité, quelque chose qui n’est pas modelable, l’atmosphère, se soustrairaient de nouveau au mélodrame pour finalement le banaliser dans le bon sens du terme. Pour le dire de manière kitsch : chaque homme est finalement le héros mélodramatique de sa vie.