DR9 (Drawing Restraint 9)

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Scénario, mise en scène : Matthew BARNEY
Image : Peter STRIETMANN
Décors : Matthew D. RYLE
Costumes : Michiru MURUKAMI
Son : Dave PATERSON
Montage : Christopher SEGUINE
Musique : BJÖRK
Effets spéciaux : Gabe BARTALOS, Matthew WALLIN
MANTRON CORPORATION
Maquillage : Isao TSUGE
Post production : Christopher SEGUINE
Produit par : Barbara GLADSTONE
Matthew BARNEY
Producteur associé : Mike BELLON

 

Matthew Barney

Célébré dans le monde de l’art contemporain comme Björk peut l’être dans son propre domaine, Matthew Barney est un artiste visionnaire dont l’ambitieux travail multimédia englobe messages ésotériques et riches sensations esthétiques. Réputé pour son Cremaster Cycle, vaste séquence de cinq films tournés en l’espace de dix ans, Matthew Barney fait se rencontrer tous les médias à sa disposition dans la conception de son nouveau film : sculpture, performances d’acteurs, architecture, décors, musique, effets spéciaux... les films de Barney utilisent une large gamme de ressources cinématographiques au service d’une vision riche en significations. Le travail de Barney emprunte à la mythologie, à l’histoire, aux sports, à la musique et à la biologie. Le fondement de son approche mêle la sculpture et le cinéma : l’attention constante du détail et une esthétique somptueuse prête à chaque personnage, costume, objet, décor, architecture de l’œuvre, l’intemporalité de la sculpture - alors même que ces éléments sont soumis à des processus de rupture et de mutation au fil de

Réalisateur

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DR9 (Drawing Restraint 9)

Matthew Barney
Date de sortie :: 
29/03/2006
USA. 2005. 2h25. 35mm. 1,66. Couleur. Dolby SRD.
À bord d’un baleinier japonais dans la baie de Nagasaki, une énigmatique sculpture de vaseline est retenue par un dispositif de barrières pour en préserver la forme. Deux occidentaux sont accueillis à bord du navire, sont traités avec le plus grand soin, revêtus d’habits de fourrure inspirés des tenues de mariage de la tradition Shinto. Le vaisseau est pris dans un orage. Dans l’agitation, la sculpture perd sa forme et la vaseline liquide se répand, les deux invités se trouvent prisonniers des eaux... apothéose déchirante, les « Invités » enlacés, respirant par des orifices semblables à des évents, s’unissent dans une mutilation commune. Du bas de leur corps apparaissent des queues de baleines en devenir, ce qui suggère la renaissance, la transformation physique, la possibilité de nouvelles formes. Dans son état final, la sculpture « The Field » se réorganise en fin. Le navire sort de la tempête et navigue au milieu d’un champ d’icebergs. Dans le dernier plan du film, on peut voir deux baleines qui nagent derrière le bateau, en route vers l’Antarctique.
DR9 de Matthew Barney

Ciné-Cosmos par Jean-Michel Frodon - LES CAHIERS DU CINÉMA - MARS 2006

De lents préparatifs, un ballet comme suspendu d’ouvriers en cotte bleue et casque orange, un bateau qui vogue sur un océan d’anthologie, un homme, une femme, des signes, de la matière. D’abord indéchiffrable (ça va s’arranger), le premier film de Matthew Barney se place d’emblée sous le signe du cérémonial. Le premier film ? Oui. Si la distribution en salles de certains des cinq épisodes de Cremaster, composants audiovisuels d’un projet global d’exposition, était un contre-sens, cette fois Barney a fait du cinéma. Effet collatéral de cette longue et belle fable panthéiste, ce glissement n’est pas sans enjeu, au moment où le trafic à la frontière du cinéma et des arts plastiques atteint une intensité inconnue jusqu’alors, dans les salles comme dans les musées et galeries.
Un homme et une femme, interprétés par deux des artistes contemporains les plus en vue, Björk et Matthew Barney, embarquent donc pour accomplir une sorte de rite chamanique. Aux frontières de la cruauté et de la naïveté –du côté de l’enfance, donc– le projet du film déploie les grands drapés d’un sentiment cosmique. Tout se joue dans la capacité à mettre en scène, comme parties liées d’un même univers, les hommes et les bêtes, les sensations et la matière, le tout petit et l’immensité, les images et les sons. Projet mystique, si on veut, et cette dimension n’est pas absente du film, mais aussi bien projet esthétique (une mise en forme générale du monde), accompli ici avec les moyens du cinéma –disons : grâce aux modalités particulières d’articulation de l’espace et du temps que celui-ci permet.
Le récit est un anti-Moby Dick, odyssée d’une union entre les êtres (humains et non-humains) qui donnera naissance à un couple de baleines, au terme d’une mutation en forme de rite sanglant et grotesque, où se croisent l’ombre de Cronenberg et celle de Beuys. La musique (de Björk) et les costumes convoquent un ensemble de références à la culture japonaise (le Nô, le Shinto, mais aussi l’organisation nippone du travail ouvrier et la pêche traditionnelle aux baleines). Comme toujours chez Barney –mais comme trop rarement chez ses commentateurs, favorables ou hostiles – l’humour joue ici un grand rôle. Qui ne rit pas à, et de DR9 n’y comprend rien.
En vedette : un ambivalent, assez dégoûtant, mais quand même intriguant aux limites de la magie, énorme bloc de graisse animale, matière première, sculpture, référence plastique et matériau industriel. La gigantesque et instable statue de vaseline matérialise de manière exemplaire la singularité de l’expérience de cinéma intitulée DR9. Mais aussi bien l’exact mélange de splendeur et de ridicule des costumes archaïques portés par Björk et Barney à bord du navire voguant vers une tempête surnaturelle, ou la ligne de partage précisément tenue entre danse-gag piquée au dessin animé et chorégraphie chromatique des cercles orange (les casques), ou encore l’équilibre intenable et pourtant maintenu entre l’esthétisme et le gore des mutilations qui feront de deux invités occidentaux du bateau japonais chasseur de baleine deux nouveaux géants de la faune marine.
Barney y va, avec un aplomb amusé, mais qui ne galvaude rien de ce qu’il emploie. Images et sons savamment entrelacés, se met alors en place un univers étonnamment riche et cohérent, qui surprend et impressionne sans enfermer, laissant au contraire, par l’heureuse coordination de ses contradictions et assemblages bizarres, une place ouverte où chaque spectateur peut s’ébattre aussi librement que les cétacés du happy-end.

AUTOUR DU FILM

Nisshin Maru
Avec 129.5 mètres de long et 19.5 de haut, le Nisshin Maru est l’emblème la chasse à la baleine, ancrée dans la tradition japonaise depuis 5500 ans et considérée comme un symbole fort de la culture nippone. Seul baleinier toujours en exploitation, sa fonction est de produire et d’emmagasiner la viande des baleines capturées par la flotte de pêcheurs. Son exploitation a démarré en 1987, l’année où a été voté un moratoire international sur la chasse à la baleine par la commission internationale de la pêche. Les japonais ont néanmoins continué à chasser la baleine sous couvert de raisons scientifi ques, bien que le nombre et les espèces de baleines tuées soient régis par des quotas annuels. Ce même moratoire n’interdit pas au Japon de commercialiser la viande sur leur marché, ce qui fait du Nisshin Maru une cible fréquente d’associations de défense de l’environnement comme Greenpeace.