Dutch Harbor

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Réalisation : Braden King, Laura Moya
Producteurs : Braden King, Laura Moya
Production : No Choice Film Production
Compositeurs : The Boxhead Ensemble, Michael S. Krassner
Monteurs : Braden King, Laura Moya
Cadreur : Mark Hopkins

Réalisateur

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1998 FILM
1996 FILM
Informations complémentaires: 

Dutch Harbor

Distribution :: 
Date de sortie :: 
23/11/2005
ETATS-UNIS. 1998. 80min. 16mm/Beta. N&B.
Un documentaire poétique sur le port de l'île Unalaska. A la fois poème au ton méditatif sur un endroit d'une beauté sauvage et effrayante et documentaire prosaïque sur la vie et les sentiments d'une population qui occupe cet avant-poste américain.
ENTRETIEN AVEC BRADEN KING

Vous donnez l'impression de toucher à tout: vidéos musicales, installations vidéos, performances. Y avait-il une volonté d'accéder au cinéma? Commencer avec la vidéo, les performances puis passer aux films.
Je ne pense pas qu'il y ait eu une volonté précise. Je pense que tout ce dans quoi je me suis impliqué vient d'un intérêt personnel. Depuis le lycée je me suis toujours intéressé à différents médias, j'ai joué de la batterie, j'ai suivi des cours de photo. Toutes ces choses qui avec le temps m'ont conduites à me centrer sur le cinéma, qui me permet de combiner ces différents médias.
Vous vous considérez comme quoi, en premier?
Un cinéaste.
Cela a-t-il même une importance?
Je ne sais pas. Je pense que d'une certaine façon vous êtes forcé de choisir pour les autres. Je préférerais ne pas avoir à choisir, mais pour moi le cinéma est la priorité. Je pense que tout le reste nourrit le cinéma.
Quel a été votre parcours après vos études?
J'ai fait des trucs à droite et à gauche à Los Angeles, sur des plateaux télé, pour des photographes, joué dans un groupe punk les TVTV$. Grâce à des amis, j'ai travaillé sur des tournages en France. Puis je suis rentré aux Etats-Unis et me suis installé à Chicago. J'y ai encore fait de la musique, travaillé pour un label, puis peu de temps après, je suis parti pour l'Alaska tourner ‘Dutch Harbor’.
En arrivant à Chicago, y avez-vous rencontré une 'communauté du cinéma' dont vous ayez fait partie, ou vous sentiez-vous plutôt seul?
A Chicago je faisais toujours plutôt partie de la communauté musicale. C'est une des raisons pour lesquelles je me suis installé à New York après ‘Dutch Harbor’. J'avais l'impression de faire des films dans un certain vide. Ca a ses avantages, je me sentais très libre de faire ce que je voulais mais en même temps, j'avais le désir de partager ça avec d'autres, une sorte d'infrastructure cinématographique. Si j'avais vraiment voulu être totalement indépendant, Chicago aurait été le bon endroit, mais je m'y sentais un peu isolé.
Quand vous êtes arrivé à New York, y avez-vous en effet trouvé une famille? Beaucoup de gens critiquent New York, parce que ce mythe de famille du cinéma ne se réalise en fait jamais.
Cela a deux aspects. Il y a bien une 'scène cinématographique' à New York où je me sentais beaucoup plus à l'aise qu'à Chicago car les gens que j'y ai rencontrés, qu'ils viennent du documentaire, de la fiction ou du cinéma commercial, étaient sur la même longueur d'onde que moi: trouver une façon d'obtenir que les choses qu'ils avaient envie de faire se fassent. Ils ne passaient pas six mois à en parler, à essayer de signer avec un studio. C'est l’un des aspects.
L'autre aspect est que, paradoxalement, étant indépendant, vous passez tellement de temps à faire aboutir les choses que vous finissez par vous enfermer pendant des mois. Donc c'est vrai, il y a bien une communauté, mais tout le monde est si occupé que c'est souvent difficile d' échanger des choses.
Comment est né "Dutch Harbor" ?
Le film a démarré de façon très impulsive. Laura Moya et moi nous sommes rencontrés à un moment transitoire de nos vies. Nous avions travaillé ensemble lors du festival de Chicago. Elle avait plus une expérience de photographe. Je pense que trois choses se sont passées: la première est que nous avons découvert que nous avions beaucoup en commun quant à nos intêrets créatifs, nos influences . Nous mourrions tous les deux d'envie de faire quelque chose par nous-mêmes parce que nous avions travaillé trop longtemps pour les autres et enfin le fait que, étant entourés par tant de cinéastes, nous nous sommes dit que si ces gens le pouvaient, nous le pouvions probablement aussi. Etre entourés de tant de réalisateurs a en quelque sorte démystifié le processus.
L'idée est venue de Laura. Son petit ami était pêcheur à Dutch Harbour et elle avait entendu des tas d'histoires à propos de cet endroit. Elle avait ce projet de faire quelque chose là-bas, sans savoir si ce serait des photos, un essai en super 8. L'idée m'a d'abord plu au niveau de l'expérience personnelle de vie.
Huit semaines plus tard, nous étions en Alaska et commencions le film. Nous avions trouvé quelques sponsors, Ilford pour la pellicule, Eclair pour une caméra. Nous avons fait le film pour presque rien, à peu près 20.000 dollars, et nous travaillions sur place pour gagner de l'argent.
Est-ce-que le style de 'Dutch Harbor' est un choix d'économie plus qu'autre chose?
La décision, au niveau stylistique, de tourner en noir et blanc, a été assez intuitive du fait de nos expériences et le fait d'avoir cette pellicule offerte a consolidé ce choix. Nous aurions pu filmer les interviews en son direct mais nous ne le voulions pas. En son direct, le son est juste là, il ne vous laisse pas la liberté de flotter dans quelque chose d'autres, ou d'en faire quelque chose d'autre. Nous ne voulions pas non plus filmer les interviews en gros plans sur les visages.
L'autre élément stylistique de taille est la musique du Boxhead Ensemble. Comment est née cette idée?
Le groupe est né d'une idée du compositeur Michael Krassner qui était un ami du lycée et avec qui j'avais déjà travaillé en tant qu'associé dans le studio d'enregistrement que nous avions à Chicago. Michael était impliqué dans le projet depuis le début; il avait d'abord essayé de composer des morceaux et fut très vite frustré par le processus. Il trouvait que ce qu'il proposait ne collait pas avec le film. Il eut alors cette idée de réunir un groupe de musiciens pour improviser une musique, sur le modèle du tournage du film, qui d'une certaine façon avait été improvisé.
Nous avions appréhendé le tournage plus comme un reportage photo. Nous voyagions sur l'île et notions la liste des lieux que nous voulions filmer sans savoir comment toutes ces images se mêleraient à la fin. Au même moment nous faisions des interviews d'habitants de Dutch Harbor et ce n'est qu'au moment du montage que nous avons commencer à voir comment tous ces éléments se combineraient.
Michael a donc décidé d'imiter ce processus pour l'enregistrement de la musique. A cet époque, Chicago avait une scène musicale importante. Il y avait plein de gens différents faisant des choses intéressantes. Mais c'était une petite communauté où chacun se connaissait. Il était facile de se rencontrer.
Nous avons fait une liste des gens avec qui nous voulions travailler et nous les avons réunis en studio pendant quelques jours. Michael les divisa en groupe de deux ou trois. Nous passions des extraits du film en studio, avions suspendu de grands tirages d'images du film. Nous passions aussi des extraits sonores du film afin de les mettre dans l'ambiance, et d’étoffer les images qu'ils voyaient.
La musique a permis une évolution incroyable, quelque chose que nous n'aurions pu concevoir au commencement. Michael Krassner a vraiment fait preuve d'une grande prévoyance dans sa façon de chercher comment combiner ces différentes personnalités musicales et textures pour parvenir au résultat désiré. Tout ceci mené d'une main discrète, comme si cela se produisait naturellement, ce qui est très loin de la vérité.
Lors de la tournée, l'accompagnement musical suivait deux pistes: un accompagnement live du film et une autre session après, une improvisation en réponse au film.
Je me souviens d'une situation particulièrement délicate où à Zurich, nous devions présenter le film avec un accompagnement live, mais nous n'avions pas encore essayé et nous devions le faire le soir même.
Michael s'est mis au travail, a dressé une liste d'images et de séquences clefs et a donné a chaque musicien un numéro. Une fois le film lancé, il appellerait une combinaison de musiciens pour une séquence donnée par ce système de numéro (1, 6, 4 serait Will Oldham, Mick Turner, Jim O'Rourke). Le résultat fut une des plus belles et émouvantes représentations du film.
Nous étions à présent capables de présenter une version totalement nouvelle du film, dans un contexte qui ne pourrait jamais être reproduit. J'avais vraiment l'impression que nous avions abouti à une situation où se mêlaient un certain nombre d'événements évènements et une incroyable énergie grace à laquelle on accède parfois entre les membres d'un groupe et son public à une relation exceptionnelle.
A mesure que la tournée progressait, et que les membres du Boxhead Ensemble se familiarisaient avec leur rôle individuel, nous sommes devenus de plus en plus aventureux dans notre façon de croiser la bande son du film et l'interprétation live. J'ai commencé à traîner autour de la table de mixage, sur laquelle nous avions branché le projecteur audio, et je mixais des bribes de dialogues ou un passage musical ici ou là, auxquels les musiciens pouvaient réagir ou qu'ils pouvaient accompagner.
Qui étaient alors les membres du groupe?
Il y avait une douzaine de personnes. Will Oldham, Ken Vandermark, Jim O'Rourke, Doug McCombs (Tortoise), Rick Rizzo (Eleven Dream Day), Dave Pakovic, Joe Ferguson, Michael Krassner (Gastr del Sol), Charles Kim, David Grubbs...
Comment le film a-t-il été reçu au début?
Nous avons envoyé des cassettes à plusieurs festivals et avons été rejetés de partout. Le film a en fait commencé à voir le jour lors de la tournée que nous avons fait avec le Boxhead Ensemble. Ce fut vraiment une sorte d'accident. Nous n'avions jamais pensé distribuer la musique, ce n'est qu'une fois le mixage fini que le résultat nous en a donné l'idée.
Quand elle est sortie, ça a vraiment démarré. On a eu plein de bonnes critiques et à ce moment plusieurs des musiciens n'avaient jamais réellement joué ensemble. Il y a eu une sorte de 'buzz'.
Et comment cela s'est-il passé par rapport au film?
Nous avons été invités à présenter le film dans un festival près de Bruxelles et les organisateurs voulaient présenter une performance du Boxhead Ensemble après le film. Pour rendre cela financièrement viable, il nous fallait avoir d'autres dates pour pouvoir payer nos frais. Cela s'est terminé par une tournée de 24 dates avec un groupe de musiciens changeant quotidiennement en fonction des emplois du temps de chacun.
C'est comme ça que le film a commencé à être montré et étrangement, c'est à partir de là que les invitations pour les festivals ont commencé à arriver.
Le premier à nous inviter a été le London Film Festival.
Avez-vous été invités par un festival qui vous avez précédemment rejeté?
Oui. Le festival de Rotterdam. Alors que le film et sa bande son suivaient leur évolution, il en était de même pour Dutch Harbor. Dans les deux ans qui suivirent la réalisation du film, les routes de Dutch Harbor ont été pavées, des codes de construction ont été instaurés, et le Burger King le plus occidental au monde s'est ouvert.
'La vie reste crue là-bas, vous devez juste mieux le chercher. Les gens se battent toujours dans les bars, prennent du crack, gagnent beaucoup d'argent, et se noient dans la mer. C'est juste devenu plus une exception qu'une règle'.
(d'après un entretien avec le magazine Wiselephant)