Eastern Plays

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Scénario/Réalisation : Kamen Kalev
Direction photo : Julian Atanassov
Musique originale : Jean-Paul Wall
Son : Momchil Bozhkov, Boris Trayanov
1er Assistant Réalisateur : Ina Hadjieva
Maquillage : Elena Gavrilova
Décors : Martin Slavov
Montage : Kamen Kalev, Stephan Piryov, Johannes Pinter
Production exécutive : Maya Vitkova
Direction de Production : Marina Asenova
Production: Stephan Piryov, Waterfront Film (Bulgarie), Kamen Kalev, Frederik Zander, The Chimney Pot (Suède)
Co-Production : Anguel Christanov, Thomas Eskilksson
Ventes Internationales : Memento Films International




 

Kamen Kalev

Né à Burgas (Bulgarie) en 1975, Kamen Kalev est réalisateur de nombreux court-métrages, clips et films publicitaires. Après avoir commencé ses études dans son pays d'origine, il rejoint Paris pour sortir diplômé de la FEMIS en 2002. Ses premiers court-métrages sont primés à Berlin, Clermont-Ferrand, New York, Locarno et Stockholm. Il sera ensuite remarqué lors de sa sélection à Cannes 2005 pour le court métrage : Get The Rabbit Back. En 2009 son premier long métrage Eastern Plays est en sélection à la quinzaine des réalisateurs de Cannes.

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Eastern Plays

Kamen Kalev
Distribution :: 
Date de sortie :: 
10/03/2010
2009 - Bulgarie - 89 min - Couleur - 35mm - 1:85 - Dolby SRD

 Itso a pris ses distances avec ses parents jusqu’au jour où il secourt une famille turque, agressée par un groupe de néo-nazis. Parmi eux, se trouve son jeune frère Georgi, qui participe depuis peu à des ratonnades. En se rapprochant de Georgi et de la jolie Turque qu’il a sauvée, le tourmenté Itso entreprend un cheminement intérieur qui pourrait l’entraîner vers la voie du salut.

 

Quel est votre parcours de cinéaste ?
Je faisais de la photographie depuis l’âge de treize ans. Après le lycée et pour éviter l’armée, je suis entré à la fac où j’ai étudié les langues appliquées étrangères, options français et espagnol. Mais au bout de la deuxième année, ça m’ennuyait. J’ai passé un examen pour entrer à l’Ecole nationale du théâtre et du cinéma qui possède un département photographie. Après des cours préparatoires très académiques, je me suis dit que je ne voulais pas continuer. J’ai réussi le concours d’entrée du département images et c’est ainsi que j’ai rencontré le cinéma. Je regardais bien des films avant mais pendant la période communiste, nous n’avions accès qu’à des comédies idiotes. A cette époque, la Bulgarie traversait une crise sans précédent. Dans les magasins, on trouvait juste de l’huile d’olive. En gros, on ne parlait que de cinéma à défaut d’en faire, par manque d’argent. J’ai commencé à chercher une école en dehors du pays et via l’institut français de Sofia, je suis entré à la FEMIS. Dès la première année, j’ai réalisé mes propres court-métrages. Ensuite, je suis retourné en Bulgarie où j’ai réalisé des publicités pour la télévision. J’en faisais une par semaine et ça m’a énormément rapporté car il n’y avait pas beaucoup de réalisateurs sur le marché à cette époque-là. Pendant deux ans, j’ai enchaîné les tournages avec de grosses équipes. On filmait en 35mm et cette expérience a été très formatrice. J’ai ensuite co-réalisé deux court-métrages, sélectionnés en 2005 puis en 2007 à la Semaine de la critique. Comme j’en avais assez d’attendre des subventions, j’ai tourné mon premier long métrage, Eastern Plays, dans une logique de film « guérilla ».

Quelles ont été les retombées de la sélection de votre film à la Quinzaine des Réalisateurs ?
Énormes ! Eastern Plays a été acheté par Memento Films pour les ventes internationales. On ne s’attendait pas du tout à ce qu’il soit distribué car il était considéré comme un film à potentiel festivalier plus que commercial. Dans un contexte mondial très dur pour les distributeurs de films d’auteurs, on s’en  sort plutôt bien. Le film est actuellement distribué en France, en Belgique, en Hollande, en Suède, en Norvège, en Hongrie, en Turquie, en ex Yougoslavie. Il sortira aussi en Nouvelle-Zélande, en Australie et j’espère au Japon, où mon film vient de recevoir le grand prix, au Festival de Tokyo. Et puis il y a tout ce qui s’est passé en Bulgarie, très important à mes yeux. Des réalisateurs de ma génération, qui attendent des subventions depuis longtemps, ont pu voir qu’il était possible de faire autrement pour réaliser un film. Tout ceci a coïncidé avec un changement de direction au CNC bulgare avec lequel on a désormais des échanges directs. Du fait du succès du film dans les festivals, on a plus de latitude pour les futurs projets.

Aviez-vous la volonté de rendre compte, avec votre film, de la réalité de la Bulgarie aujourd’hui ?
Je ne considère pas Eastern Plays comme un film spécifiquement bulgare. Evidemment, Il reflète une partie de la réalité actuelle du pays mais son propos est universel. J’aurais pu aussi bien tourner cette histoire à Paris, à Berlin ou en Suède avec une famille marocaine qui se fait agresser. Par ailleurs, beaucoup de spectateurs se retrouvent dans le personnage principal, quelle que soit leur nationalité. Ils sont touchés par cet homme d’aujourd’hui qui nage en pleine confusion.

Votre film est dédié à la mémoire de votre acteur principal Christo Christov. Comment l’aviez-vous choisi ?
On se connaissait depuis longtemps, ayant grandi ensemble à Bourgas, ma ville natale. Nos chemins se sont séparés ensuite. Je suis parti faire mes études puis on s’est retrouvés il y a quatre ans. Je le savais toxicomanedepuis de nombreuses années mais je le croyais clean à ce moment-là. Malheureusement ce n’était pas le cas. On s’est rapprochés, il a commencé à se confier. J’ai écrit toute la structure du film en une matinée. Les décors se dessinaient dans ma tête : son appartement, son lieu de travail, le café qu’il fréquentait. On voit aussi sa vraie petite amie dans le film. Sauf que les rôles étaient inversés : c’est elle qui voulait le quitter en réalité. C’était un peu compliqué de maquiller ça parfois dans le film. Le squelette de l’histoire était donc là et il en était le moteur. Christo est mort avant la fin du tournage. J’ai dû utiliser des images que j’avais tournées pour la préparation de mon long métrage. Par exemple, la scène du concert : ce sont des plans que j’ai filmés en DV où l’on peut remarquer qu’il a les cheveux courts. La fin a été modifiée en conséquence. On a décidé de refermer le film sur quelque chose de plus simple et de plus lumineux.

Comment avez-vous travaillé la mise en scène expressive du film ?
Nous voulions avoir à l’image les points de vue des trois personnages principaux. Celui de la Turque, Isil, est par exemple très différent sur Sofia. Georgi et Christo évoluent dans des milieux opposés. Je voulais mesurer les effets de l’environnement sur eux et établir un parallèle entre les deux frères comme s’ils étaient un même personnage, à des stades différents. Georgi, le cadet, incarne le début de l’aliénation. On ne va pas très loin dans la description des parents, ni dans celle du groupuscule néo-nazi : il s’agit juste d’un environnement. Il suffisait de montrer que les parents sont morts spirituellement pour comprendre pourquoi Georgi suit les néo-nazis ; même s’il n’adhère pas totalement à cet endoctrinement. Pour moi, il représente Christo jeune.

Vous accordez une place importante à la musique live dans Eastern Plays. Qu’insuffle-t-elle à votre film ?
Elle correspond au milieu violent dans lequel évolue le jeune frère. J’ai filmé des groupes underground, inconnus en Bulgarie, que je suis allé dénicher dans des rades. La chanteuse à l’accordéon que l’on voit à l’écran s’appelle Ronnie et joue dans le groupe Nassecomix. Je souhaitais, dès l’écriture du scénario, que ce groupe prenne part au film. Il avait ce titre Inject Me With Love qui collait parfaitement au film, comme si ce morceau avait été écrit pour lui. J’en ai tiré une scène primordiale pour mon histoire. J’écoute de tout sinon. En ce moment, Fela Kuti, Led Zeppelin, et un groupe turc génial, BaBa ZuLa. C’est du rock psychédélique mélangé à de la musique traditionnelle qu’on entend à la fin de mon film.

La scène, très forte, entre le psy et Itso rend compte des tourments du personnage. Il dit qu’il « se sent plus attiré par le feu que par l’espoir » mais surtout qu’il a « besoin de trouver une vérité et d’y croire ». La trouve-t-il comme une rédemption à la fin du film ?
On ne peut pas comprendre une vérité mais au mieux, la subir. C’est ce qui arrive à Christo avec le vieux monsieur. Cette rencontre l’inspire et lui donne le déclic pour cesser de tourner en rond. C’est un pas qu’il franchit. La fin est ouverte et lumineuse. Cette scène avec le psy était compliquée. J’avais assisté à une vraie séance de thérapie de Christo Christov et je savais qu’à l’issue de chacune d’elles, il pleurait. Cette séquence n’était pas écrite dans le scénario, on avait juste des repères. Ce n’était pas son vrai psy mais bien un thérapeute croyant. Je voulais que son discours soit très décalé et n’aide pas le personnage. Quand Christo Christov a appris que le psy était croyant, il a dit que ça n’irait pas du tout. J’attendais beaucoup de cette confrontation car je savais qu’elle aurait un impact fort. J’ai réussi à les faire rentrer tous deux dans la pièce et j’ai laissé la caméra tourner. Deux prises plus tard, à l’extérieur, toute l’équipe était en pleurs.

Comment percevez-vous la ville de Sofia où vous vivez aujourd’hui ?
C’est une ville pleine de contrastes qui m’inspire beaucoup. Richesse et pauvreté s’y côtoient. Il s’y passe des choses surréalistes, belles, douces ou mauvaises. La scène où Itso ne trouve pas de bière bulgare au restaurant est un clin d’oeil à la prégnance culturelle de l’Occident. Après, toutes les questions liées à l’identité nationale me paraissent dangereuses. Il est important de trouver sa voie intérieure, en dehors de la langue ou autre. On est le produit de son environnement. Mais la clé de tout, c’est de savoir déconstruire ça. C’est là le sujet de Eastern Plays : échapper à son environnement, remplir ce pourquoi on est fracassé, insatisfait et dans une quête perpétuelle frénétique. Quelque part, c’est aussi le sujet de mon prochain film, envisagé dans une forme radicalement différente.
Propos recueillis à Paris par Sandrine Marques