En chantant derrière les paravents

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Scénariste : Ermanno Olmi
Production : Pierre Grise Productions
Photographie : Fabio Olmi

 

Ermano Olmi

Ermanno Olmi, issu d'un milieu modeste de paysans venus à la ville, entre au lycée des Beaux Arts puis à l'Accademia d'Arte Drammatica de Milan. Il est ensuite engagé par la compagnie Edison-Volta où il gère les activités de loisirs des salariés. Jusqu'en 1961, il y réalise plusieurs courts métrages en 35 mm. Il transforme l'un deux, Le Temps s'est arreté en long métrage de fiction en 1959.
Ermanno Olmi commence alors à réaliser indépendamment de la structure d'Edison-Volta mais ne s'écarte pas du thème du travail avec L' Emploi réalisé en 1961. Ce film lui vaut un accueil chaleureux de la critique, réitérée pour son troisième long métrage Les Fiances (1962). Le cinéaste crée alors sa société de production "22 Diciembre". Parallèlement à ses activités de producteurs, Ermanno Olmi tourne des documentaires et des fictions pour la télévision. Il revient au cinéma en 1968 avec Un Certain jour. En 1978 L' Arbre aux sabots, fresque historique sur les paysans, reçoit la Palme d'or.
Dès lors Olmi affiche une prédilection pour les sujets chrétiens et métaphysiques avec A la Poursuite de l'étoile en 1982 et La Legende du saint buveur, Lion d'Or à Venise en 1988. Très affaibli par une maladie dans les années 80, Olmi espace ses longs métrages, qui restent circonscrits à l'Italie comme Il segreto del bosco vecchio en 1993, et met tout de même en scène plusieurs opéras. Il fait un passage remarqué à Cannes en 2001 avec Le Métier des armes, puis tourne En chantant derrière les paravents avec Bud Spencer. En 2005 sortira Ticket, un film qu'il co-réalise avec Abbas Kiarostami et Ken Loach.

Réalisateur

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En chantant derrière les paravents

Ermano Olmi
Distribution :: 
Date de sortie :: 
15/12/2004
ITALIE. 2003. 1h40. 35mm. Couleur.


Sur la scène d'un cabaret chinois, un spectacle chanté et dansé, raconté par un vieux capitaine, illustre l'histoire de la célèbre veuve Ching.
La puissance de l'évocation est si intense que les spectateurs sont transportés dans la réalité de la Chine du XIXe siècle.
A l'assassinat de son époux, la veuve Ching prend le commandement de ses troupes pour laver son honneur et le venger. Elle écume les mers et n'hésite pas à attaquer les bateaux de l'Empereur qui, pour mettre fn à ses méfaits, lui envoie sa puissante flotte de guerre.
Encerclée, la pirate s'apprête à livrer sa dernière bataille...


Entretien réalisé par Michèle Levieux
Un film manifeste pour la paix


Adapter au cinéma un conte chinois du XIXe siècle, le faire interpréter par des acteurs japonais parlant eux-mêmes italien, y ajouter Bud Spencer, le compère de Terence Hill dans les Trinita, sur fond de jonques et de batailles navales sur un lac du Monténégro, semble surréaliste. Mais lorsque le metteur en scène s’appelle Ermanno Olmi (palme d’or à Cannes, en 1978 avec l’Arbre aux sabots, lion d’argent avec Longue vie à la signora en 1987, et lion d’or avec la - Légende du saint buveur, en 1988 à Venise), une magie de génie s’installe. Pour notre plaisir esthétique et - intellectuel.

Après le Métier des armes (en compétition à Cannes en 2001), Olmi aborde, en d’autres temps, le métier de la paix avec l’histoire de la veuve Ching, une femme pirate entourée « d’honnêtes hors-la-loi », qui régnait sur la mer de Chine et le fleuve de la Perle. Alors qu’elle s’apprêtait à livrer son ultime combat, elle reçut de son ennemi l’empereur un énigmatique message de paix.

Film politique, de beauté et d’actions, l’oeuvre d’Olmi tire son titre évocateur du chant du poète chinois Yuentsze Yunglun : « Et c’est ainsi que les hommes enfin en paix purent vendre leurs épées et acheter des boeufs tandis que les voix des femmes égayaient le jour en chantant derrière les paravents. »

Nous avons rencontré Ermanno Olmi à Annecy, où il est venu présenter son film, de manière exceptionnelle, en ouverture du festival du cinéma italien.

Dans le livre de Gianni Amelio (1), il est dit dans un texte qui a pour titre « Apprendre d’Olmi », que savoir filmer prend une semaine mais qu’écrire un bon sujet prend des années. Pendant combien de temps En chantant derrière les paravents vous a-t-il hanté ?

Ermanno Olmi. Il y a plus de trente ans que j’ai eu connaissance du texte de Yuentsze Yunglun, écrit à partir d’une histoire réelle et documentée, sous forme de poème. Comme Homère chantant la guerre de Troie, il a raconté les gestes de personnages pris dans une situation de conflit qui aurait dû se terminer en une guerre tragique et trouve sa résolution dans la paix. Comme lui, je pense que la guerre n’est pas un mal inéluctable. Comme lui, j’ai eu envie de faire de ce fait historique un hymne à la paix. Cette histoire m’est revenue à l’esprit le 11 septembre où j’ai senti que le monde était en train d’entrer dans une phase de guerre totale. Avec, pour première victime, l’innocence.

Mon film est né, non pas d’un sentiment improbable pour une belle histoire de femme ou pour une situation cinématographique, mais d’une réelle nécessité. Je l’ai fait avant tout pour me sauver moi-même et pour continuer à croire en l’utopie. C’est pourquoi ce film est dédié à ceux qui, comme moi, ne renoncent pas à vivre, à ceux qui ont encore foi en l’homme, en celui qui peut décider selon les circonstances d’effectuer des actes de courage comme celui de renoncer à la guerre.

Votre film a une signification d’autant plus grande qu’en Italie, où le gouvernement est engagé dans la guerre, le peuple est contre...

Ermanno Olmi. Qui aura le courage, aujourd’hui, de dire qu’en Italie il y a un régime démocratique ? Personne, car la volonté du peuple est ignorée. D’autre part, j’ai beaucoup de suspicion vis-à-vis de ce pays, qui abrite une des plus grandes Églises du monde, qui proclame que la valeur suprême de la religion chrétienne est la paix. Le Seigneur a dit : « Va et que la paix soit avec toi ! » Je pose la question : « Que faisons-nous dans ce haut lieu de la religion chrétienne ? » J’ai la sensation que nous sommes tous pris dans une tourmente tragique, que la seule liberté qui nous reste est d’accrocher le drapeau de la paix à nos fenêtres. La vraie question reste tragique : que faisons-nous pour être en paix avec ceux avec qui nous vivons ? C’est plus facile de faire un film sur la paix que de faire la paix.

Je reviens au livre de Gianni et à son texte. Il dit que le cinéma ne peut être enseigné mais être appris auprès des grands maîtres. Quels sont les vôtres ?

Ermanno Olmi. Le cinéma est une forme d’art qui peut être assimilé à faire du pain. Faire bien le pain est une question de morale. Mes maîtres sont ceux qui m’ont aidé à transposer sur l’écran les questions que les gens se posent, en me sentant responsable des questions que la réalité me pose. À aller de la réalité de la rue à celle du cinéma, à être capable de réfléchir ensemble à ces questions. C’est une question d’harmonie que de mettre notre vie au service de la qualité des questions posées. C’est physiologique. Mes maîtres sont tous ceux qui répondent aux questions des gens de la rue. Parce que quand je sors dans la rue le matin et que je regarde le monde, je ressens beaucoup de questions. Sans compter les vôtres.

La deuxième question, à propos du texte de Gianni, est comment apprendre le cinéma ? C’est important pour vous qui avez créé l’école de Bassano del Grappa, Ipotesi cinema, aujourd’hui située à Bologna.

Ermanno Olmi. Je n’avais pas l’intention, au départ, de créer une école. Mais beaucoup de jeunes sont venus pour apprendre le cinéma. Comment le faire sans créer un atelier, à l’image de ceux des artisans, pour déjà apprendre à regarder. Pour ne pas être discriminatoire, j’ai proposé de faire des petits films ensemble, puis d’en parler. Voilà pourquoi l’école s’appelle Ipotesi, hypothèse. En quoi cela consiste ? D’abord, nous observons la réalité, puis la filmons avec des petites caméras. Mais quelle réalité ? Il faut apprendre à choisir une réalité qui nous parle, dont nous conservons le souvenir. Par exemple, lorsque nous rentrons à la maison le soir, nous racontons aux personnes chères avec qui nous vivons ce que nous avons vu dans la journée. Mais nous ne racontons que les choses qui nous ont frappés. Il faut donc sélectionner les plans qui vont nous permettre de communiquer avec les autres. Ensuite, nous avons de quoi faire un film.

Vous venez de travailler avec Abbas Kiarostami. Il dit que faire un film c’est trois pages d’écriture et quatre ans de réflexion. Êtes-vous d’accord avec lui ?

Ermanno Olmi. Absolument, mais pourquoi écrire autant de pages ! J’ai rencontré Abbas à Rome et ai tout de suite eu envie de faire un film avec lui. Puis, j’ai proposé Ken Loach comme troisième compagnon de voyage. Nous avons pensé qu’il fallait faire trois films, qui fonctionneraient ensemble et se passeraient dans un train. L’humanité en marche, nous sommes tous en voyage et de passage. Nos visions sont imaginaires mais ce qui est sympathique est que certains personnages de nos films peuvent « entrer » dans la fiction de l’autre. Par exemple, mon histoire « tourne » autour d’une famille d’émigrés albanais, et tout à coup on peut voir cette famille albanaise dans le film d’Abbas. Elle apparaît dans son histoire lorsque le train arrive à Rome. On s’est beaucoup amusés ensemble. Nous avons filmé des séquences les uns des autres, heureux comme des gamins qui font l’école buissonnière.