L'intrus

Text Resize

-A +A
Mise en scène : Claire Denis
Produit par : Humbert Balsan
Scénario : Claire Denis et Jean Pol Fargeau
Assistant : Jean Paul Allegre
Photographie : Agnes Godard
Son : Jean Louis Ughetto
Montage : Nelly Quettier
Montage son : Christophe Winding
 

Claire Denis

Quelques mois après la naissance de sa fille à Paris, la mère de Claire Denis retourne au Cameroun, où son mari travaille comme fonctionnaire. Après une enfance passée en Afrique, la fillette, malade, est contrainte de rentrer en France. Adolescente solitaire et rêveuse, elle s'enferme dans sa chambre, à Marly-le-Roi, pour lire, écouter la musique diffusée sur les radios britanniques, et prend bientôt goût au cinéma. Elle se marie très tôt à un photographe qui lui suggère de s'inscrire à l'IDHEC, école dont elle sort diplômée en 1972 après avoir réalisé plusieurs courts métrages de science-fiction.

Assistante de réalisateurs tels que Rivette -auquel elle consacrera plus tard un documentaire-, Rouffio, Jarmusch ou encore Wenders, Claire Denis trouve, dans les paysages désertiques du tournage de Paris, Texas l'inspiration pour son premier long métrage. Histoire semi-autobiographique de tension raciale dans l'Afrique coloniale des années 50, Chocolat est présenté au Festival de Cannes, nommé aux Césars et acclamé par la critique américaine. Avec S'en fout la mort, plongée dans l'univers des combats de coq en banlieue parisienne, puis J'ai pas sommeil (1994), évocation de la dérive du tueur en série Thierry Paulin, la cinéaste construit un univers très personnel, âpre et nocturne.
Fidèle à ses comédiens, d'Alex Descas à Béatrice Dalle en passant par Vincent Gallo et Grégoire Colin, la réalisatrice décroche le Lion d'argent à Venise en 1996 pour Nénette et Boni, exploration de Marseille en compagnie d'un pizzaïolo et de sa soeur fugueuse. Déclarant aux Cahiers : "Je me reconnais dans un cinéma qui fait confiance à la narration plastique", elle se lance ensuite dans des projets singuliers, caractérisés par une attention portée aux corps et un refus des dialogues explicatifs : Trouble every day, film de vampires sensuel et sauvage, qui remue la Croisette en 2000, et Vendredi soir, récit minimaliste d'une rencontre amoureuse, avec Valérie Lemercier dans son premier rôle dramatique. On retrouve cette exigence dans les deux films en forme de voyage commandés par Arte : Beau travail, portrait de la légion étrangère à Djibouti, puis L' Intrus, errance entre nord et sud, inspirée d'un récit du philosophe Jean-Luc Nancy.

Réalisateur

Biographie ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Suspendisse rhoncus, velit quis pellentesque vulputate, odio eros elementum felis, sed rhoncus leo felis non lacus. Vestibulum ante ipsum primis in faucibus orci luctus et ultrices posuere cubilia Curae; Curabitur feugiat adipiscing ante, commodo venenatis lorem lacinia ac. Donec nec dignissim mauris. Morbi ac dui dapibus diam vehicula ornare. Nullam at nisi augue, et laoreet lorem. Suspendisse velit nisi, porta eget rhoncus accumsan, auctor id augue. Aliquam non lectus velit, vel lobortis nisl. Mauris fringilla felis in urna blandit eleifend.
 
2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM
Informations complémentaires: 

L'intrus

Claire Denis
Distribution :: 
Date de sortie :: 
04/05/2005
France. 2004. 35mm. Couleur. Cinémascope. Dolby SR et Dolby Digital.
Louis Trebor (Michel Subor) seul vit dans le Jura avec ses deux chiens. Amoureux de la nature, il connaît des élans telluriques passionnés. Il entretien néanmoins des relations sexuelles avec une pharmacienne (Bambou) mais garde ses distances avec son propre fils (Grégoire Colin). Malade du cœur, Louis décide d’un voyage qui l’emmène tout d’abord à Genève pour une greffe, puis en Corée du sud jusqu’en Océanie...

Critique de
Olivier Bombarda
Après «Vendredi soir» (2002) mais surtout un court-métrage dans le cadre du film collectif « Ten Minutes Older » intitulé « Vers Nancy » dans lequel la cinéaste accompagnait en train le philosophe Jean-Luc Nancy, Claire Denis poursuit avec « L’Intrus » un travail éblouissant sur la notion d’ « étranger », du temps qui passe et son éclatement, la maladie, les paradoxes et la sensualité des êtres. A l’origine ce nouveau film est directement inspiré d’un texte du philosophe français (« L’intrus » aux éditions Galilée) où il expose l’expérience d’une greffe du cœur, un cœur qui n’est pas le sien et qui lui permet de continuer à vivre, un intrus qui finit par s'immiscer dans un corps étranger au point de devenir un autre lui-même. Par extension, Nancy s’interroge sur la notion d’étrangeté et d’étranger, touche à l’idée de mutation et par essence, fait état d’une idée de l’homme universel « qui dénature et refait la nature, qui recrée la création, qui la ressort de rien et qui, peut-être, la reconduit à rien. Un homme capable de l'origine et de la fin ».
Eprise de ce texte, Claire Denis y mêle sa passion pour un acteur, Michel Subor, avec lequel elle voulait tourner tout de suite après la réalisation de « Beau Travail » (1999) sans succès. Elle réalise son souhait aujourd’hui et fait ainsi de cette «montagne-homme» le centre pulsionnel de « L’intrus » qu’elle saisit dans le cadre d’une proximité proprement captivante. Elle est aidée en cela par Agnès Godard, la directrice de la photographie de tous ses films depuis « Keep it for yourself » (1991) et qui est devenue au fil des ans, l’iris même de la cinéaste. Cette dernière produit ici une esthétique de la magnificence, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’enregistrement de la nature mouvante qui environne Louis, les paysages d’automne et d’hiver des vastes espaces du Jura jusqu’au contours irradiés de soleil de Corée ou de Tahiti. Claire Denis, par le montage, joue aussi du contraste saisissant qu’opèrent la juxtaposition de ces instants temporels, façonnant ainsi, à l’image même des propos de Nancy, un monde en soi. Plus encore, pour accentuer cette temporalité éminemment personnelle, elle use d’images retrouvées d’un film de Paul Gégauff (le « Reflux » réalisé aussi à Tahiti) dans lequel Michel Subor apparaît jeune.
Le voyage de Louis revenant sur les pas de sa jeunesse prend dès lors le sens d’une étrange métamorphose. Sa trace s’évalue à l’aune de la disparition progressive de la cicatrice qu’il porte après l’opération de la greffe, tout en lui révélant l’importance de sa quête, retrouver un fils perdu, une partie intégrante de sa propre chair. Alors que Louis vit l’assimilation de ce cœur nouveau, un corps étranger, faisant à juste titre un « autre lui-même », Claire Denis lui impose une conclusion stupéfiante (que l’on ne saurait déflorer ici) bouclant la boucle de cette histoire avec une infinie subtilité.