La Sirga

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Alicia : Joghis Seudyn Arias
Oscar : Julio Cesar Robles
Flora : Floralba Achicanoy
Gabriel : David Guacas
Fredy : Heraldo Romero

LISTE TECHNIQUE
Réalisation : William Vega
Scénario : William Vega
Direction Artistique : Marcela Gomez Montoya
Image : Sofía Oggioni
Montage : Miguel Schvedfinger
Son : César Salazar
Producteurs : Contravia Films (Oscar Ruiz Navia), Film Tank (Edgar San Juan – Jaye Galicot), Ciné-Sud Promotion (Thierry Lenouvel) et Puntoguionunto (Issa Guerra – Sebastian Sanchez)

 

 

William Vega

William Vega est diplômé en Communication Sociale et a obtenu en 2008 une licence en scénario à l’Université TAI de Madrid. Son premier court métrage, Amnesia (2001) a été primé aux Césars colombiens (Meilleur scénario et Meilleure photo). Il réalise ensuite deux autres courts métrages, Sunrise (2003) qui remporte de nombreuses récompenses en Colombie et Tricolor Soccer Club (2005), distribué dans plus de 250 salles en Colombie. Il intègre en 2004 Telepacifico, où il dirige la série EducaTV produite par le Ministère de l’Education puis un an plus tard Señal Colombia, une autre chaîne culturelle, où il est l’un des réalisateurs de la série Juan Mochilas. Il devient en 2009 assistant réalisateur sur La Barra d’Oscar Ruiz Navia. 
Depuis La Sirga, il a achevé Simiente, son quatrième court métrage, dont l’action se déroule dans la même région.

Informations complémentaires: 

Quinzaine des Réalisateurs - Cannes 2012

La Sirga

William Vega
Distribution :: 
Date de sortie :: 
24/04/2013
Colombie, Mexique, France / 1h34/ couleur / 1.85 / Dolby 5.1 DCP/35mm/

Fuyant la violence armée qui lui a fait perdre ses êtres les plus chers, Alicia atterrit à La Sirga, une auberge lacustre appartenant à Oscar, le seul membre de sa famille encore vivant. Là, elle tente de se reconstruire. Mais le retour de Freddy, le fils qu’Oscar a attendu pendant des années, et son possible lien avec cette guerre sans nom, ravivent les craintes d’Alicia.

ENTRETIEN AVEC WILLIAM VEGA

Parcours
Quand je suis sorti de l’Université, j’ai travaillé pour une télévision locale, puis, en 2006, j’ai rejoint une chaine nationale qui lançait une émission sur la vie en milieu rural. Ce qui m’a amené à voyager dans tout le pays. Par moi-même et sans intermédiaires, j’ai découvert en profondeur notre monde rural et surtout la Cocha (la lagune) au sud-ouest de la Colombie près de la frontière de l’Equateur. Travailler dans ces conditions était aventureux voire dangereux. Malgré notre présence dans des zones de guerre, nous n’y avons jamais été confronté en direct. Elle relevait du ouï-dire. Après ce premier travail pour la télévision, j’ai suivi une formation d’écriture au scénario en Espagne. Toujours habité par la lagune, ces cours m’ont permis de théoriser tout cet acquis. A mon retour, je suis retourné à nouveau sur place et j’ai acquis la certitude que je devais en tirer mon premier long métrage

Alicia
J’ai fait le pari d’avoir un personnage principal porté par le vide. Elle est silencieuse, quasiment mutique. Je lui ai donné une certaine force apparente, car j’ai tenu à ne pas la victimiser. Le sort d’Alicia est le résultat de la barbarie des hommes. Sa maison a été rasée, tout comme son village. Et sa famille a été massacrée. Alicia est un personnage détruit, mais cette destruction demeure abstraite. J’ai délibérément mis de côté les artefacts de la guerre. Le film ne prend pas parti pour un groupe ou un autre. Il est comme Alicia, au milieu de tout et de nulle part.

L’Auberge
Cette auberge, c’est une métaphore de la Colombie. Le toit est abîmé, les murs sont fragiles, construits en terre meuble, à partir de la boue argileuse extraite de la lagune (dans une autre version du scénario, la maison s’effondrait dans la lagune, NdT). Ce qui compte pour moi, c’est l’aspect inachevé du lieu. Les personnages, la maison, le village, le pays vivent dans une situation précaire, transitoire. La quête des personnages qui travaillent autour de La Sirga s’apparente à celle de Sisyphe poussant sans fin son rocher. D’où la structure cyclique du film. Ce n’est pas la situation régnant en Colombie aujourd’hui qui est visée par le film. Ce serait plutôt l’éternelle répétition de l’histoire de la Colombie, un pays mis à sac au long des siècles.

La Langue
Dans La Sirga, les gens parlent un espagnol marqué par le respect. Ils se vouvoient tout le temps. Il est important pour eux de marquer une distance permanente entre les personnes, de maintenir présent un élément qui crée une tension. J’ai adopté immédiatement cette relation à la langue. Le vouvoiement signifie que la jeune fille n’est pas la bienvenue. Il n’y a pas d’affection dans la relation oncle/nièce. Ce qui explique le climat dans lequel se déroule l’arrivée d’Alicia chez son oncle. Certains Colombiens sont en exil forcé à cause la guerre. Chacun le sait. Personne ne les empêche de venir. Mais rien n’est fait pour bien les accueillir. Et cette problématique se pose dans tous les pays d’Amérique latine.

La Lagune
La lagune est un endroit sacré. C’est une divinité très puissante et pas uniquement pour les habitants de la région où l’on a tourné. C’est un lieu qui dégage beaucoup d’énergie et de spiritualité comme les pyramides du Pérou ou du Mexique. Une légende de la lagune veut que « la totora », une motte de terre recouverte d’herbe qui se détache et flotte sur le lac, soit le signe annonciateur d’une noyade.

Le Casting
J’ai cherché des personnes ayant des traits proches de ceux des indigènes mais qui ne soient pas spécifiquement des acteurs. Julia Cesar Robles, qui interprète Oscar, est un pêcheur et un agriculteur qui a une forte personnalité. Floralba Achicanoy, qui joue la gouvernante, est tisseuse. Elle vend sa production artisanale et traditionnelle. Je choisis mes interprètes après avoir discuté avec eux, mais je ne fais jamais d’essais filmés. J’attends qu’une fusion s’opère entre mes personnages et la personnalité des gens que j’ai choisis. Je tiens également à conserver un certain mystère autour de mes personnages. Je n’ai jamais montré aux interprètes le scénario dans sa totalité. Je leur demandais de croire en ma démarche et de se laisser porter. Je me méfie toujours du sur-jeu des acteurs, comme au théâtre en particulier. Pour moi, « le propriétaire » du personnage est le réalisateur et non pas l’acteur. C’est pour cette raison que le stade du montage est fondamental.

La Musique
Jean-Luc Dardenne dit à propos de la musique dans les films : « Je n’ai pas mis de musique pour ne pas vous boucher les yeux ». J’aime beaucoup cette formule. La musique dans La Sirga n’est liée qu’aux événements se déroulant dans le film comme les chants improvisés pour célébrer le démarrage de la coopérative d’élevage de truites. C’est un moment de joie qui, en même temps, va révéler la peur d’Alicia face à ce groupe d’hommes inconnus. Alicia a peur de la violence dont les hommes sont capables. Cet épisode permet d’éclairer un peu le passé d’Alicia, d’évoquer sans le dire ce qui est arrivé à certains de ses proches.
Entretien réalisé par Jean-Pierre Garcia