La sociologue et l'ourson

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Réalisation : Etienne Chaillou & Mathias Théry
Image, Son, montage : Etienne Chaillou & Mathias Théry
Construction : Alix Boillot & Fanny Laplane, Matisse Wessels, Marta Rossi, Chloé Bucas
Manipulations principales : Carole Croset, Alexandre Gazzara
Tests marionnettes : Samuel Beck
Assistantes tournage : Marie Bottois, Young Sun Noh
Bruitage : Maxence Riffault
Mixage : Cédric Meganck, Matthieu Cochin
Étalonnage & post-production image : Jean-Christophe Levet
Musique originale : Mathieu Lamboley
Direction de production :  Dan Weingrod
Production : QUARK PRODUCTIONS – Juliette Guigon & Patrick Winocour
Coproduction :  UNIVERSCIENCE – Alain Labouze & Isabelle Péricard
Avec la participation de l’AMCSTI

 

Étienne Chaillou et Mathias Théry

Étienne Chaillou et Mathias Théry se sont rencontrés dans les ateliers de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris où l’un s’était spécialisé en cinéma d’animation et l’autre en vidéo.
Ils réalisent la plupart de leurs films ensemble depuis 2006, prenant en charge l’écriture, le tournage, et le montage.
Ils aiment s’appuyer sur une observation du réel et explorer diverses formes de narration, en utilisant notamment le dessin animé, la photographie, la peinture ou ici la marionnette.

  • 2016 : LA SOCIOLOGUE ET L’OURSON premier film pour le cinéma.
  • 2014 : L’OEIL DU VOISIN web-série documentaire pour Arte. 28 pays, 28 films animés où les européens se dépeignent (peinture animée).
  • 2012 : J’AI RÊVÉ DU PRÉSIDENT web-série documentaire pour Arte. Quand les français rêvent de leur dirigeant (dessin animé).
  • 2010  : LES ALTANS moyen-métrage pour France 3. Qui sont les animaux ?
  • 2008 : CHERCHE TOUJOURS moyen-métrage pour Arte. Que se passe-t-il dans la tête d’un chercheur ? Grand prix London International Documentary Festival 2009  – Grand prix festival A nous de voir, Oullins 2008 – Prix du jury jeune festival A nous de voir, Oullins 2008 – Mention spéciale festival du film d’éducation de Evreux 2008
  • 2008 : BOYS IN INDIA moyen métrage La rencontre de jeunes de cités et d’enfants des rues de Calcutta.
Informations complémentaires: 

PRIX DU PUBLIC, Festival des Images aux mots, Toulouse, 2016
PRIX DU PUBLIC DOCUMENTAIRE, Festival Vues d’en face, Grenoble 2016

La sociologue et l'ourson

Étienne Chaillou et Mathias Théry
Distribution :: 
Date de sortie :: 
06/04/2016
France - 2016 - 1h14

De septembre 2012 à mai 2013, la France s'enflamme sur le projet de loi du Mariage pour tous. Pendant ces neuf mois de gestation législative, Ia sociologue Irène Théry raconte à son fils, réalisateur, les enjeux du débat.
De ces récits nait un cinéma d’ours en peluches, de jouets, de bouts de cartons. Portrait intime et feuilleton national, ce film nous fait redécouvrir ce que nous pensions tous connaître : la famille

DE L’ « ENGAGEMENT 31 »
À LA CÉLÉBRATION DU PREMIER MARIAGE DE MÊME SEXE 


 

  • Mai 2012 : Élection de François Hollande.
    « L’engagement 31 » de son programme électoral prévoit l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe.

Hollande

  • Juillet 2012 : La Ministre de la famille Dominique Bertinotti annonce la préparation du projet de loi.

Bertinotti

  • Août 2012 : A l’occasion de l’Assomption, la Conférence des Evêques de France appelle à prier contre le projet du gouvernement.
  • Septembre 2012 : Christiane Taubira, garde des Sceaux, révèle les grandes lignes du projet dans la presse. Les représentants des trois religions monothéistes réagissent contre le projet.
  • Octobre 2012 : Premières manifestations des opposants.
    « Fronde des maires » : 1700 maires s’engagent à ne pas marier les couples homosexuels. Le gouvernement annonce une loi sans l’accès à la PMA pour les couples de femmes. L’examen du projet est repoussé pour faire place au débat.

marierai pas

  • Novembre 2012 : Le projet est adopté en Conseil des Ministres. La Commission des Lois de l’Assemblée Nationale entame ses auditions.
    Premières manifestions menées par
    Frigide Barjot et le nouveau collectif la Manif pour Tous. François Hollande évoque « la liberté de conscience » pour les maires qui refuseraient de célébrer les mariages homosexuels, puis corrige ses paroles suite aux nombreuses réactions.

REEL manif anti barjot

  • Décembre 2012 : Manifestations de soutien au Mariage pour tous dans de nombreuses villes de France, à l’appel des associations LGBT et partis de gauche.
  • Janvier 2013 : Deuxième grande manifestation de la Manif pour Tous, suivie d’une nouvelle manifestation de soutien au projet de loi.
    Le 29, Christiane Taubira ouvre les discussions à l’Assemblée Nationale, elles dureront onze jours. 5000 amendements sont déposés par l’opposition.

REEL assemblee

  • Février 2013 : Le projet est adopté en première lecture à l’Assemblée.
  • Mars 2013 : Troisième grande manifestation de la Manif pour Tous sur les Champs-Élysées, le ton monte, premiers heurts avec la police, premiers signes de dissension au sein de la direction de ce collectif.

manif devant assemblee

  • Avril 2013 : Multiplication des actions des opposants, veilles, comités d’accueils, manifestations, pétitions etc.
    Les violences homophobes augmentent. Le 8, le visage tuméfié de Wilfred de Bruijn, agressé en plein Paris, fait le tour des réseaux sociaux.
    Le projet est adopté par le Sénat et, le 23 avril, par le vote solennel de l’Assemblée Nationale.
  • Mai 2013 : Le Conseil constitutionnel valide le texte et le 17 François Hollande promulgue la loi : le mariage est ouvert aux couples homosexuels.
    La Manif Pour Tous, désormais sans Frigide Barjot, annonce de nouvelles manifestations.
    Le 29, célébration à Montpellier du premier mariage de même sexe en France.

couple hommes


 

ENTRETIEN AVEC ETIENNE CHAILLOU ET MATHIAS THÉRY


Qu’est-ce que l’expérience de vie et de réflexion d’une sociologue pouvait apporter à votre projet ?
MT Une phrase d’Irène nous avait marqué : « Le problème des économistes, c’est que les gens croient qu’ils ne pourront jamais rien comprendre à l’économie. Celui des sociologues de la famille, c’est que les gens croient qu’ils ont déjà tout compris d’avance à la famille, juste parce qu’ils en ont une. » Le travail du sociologue est de nous faire redécouvrir ce que l’on croit déjà connaitre. C’est un enjeu excitant pour des cinéastes ! Aux côtés d’Irène, nous avons compris que le monde ne peut pas se regarder uniquement de façon linéaire, comme une simple succession d’événements. En réalité les individus sont au coeur d’un tissage d’éléments qui sont le quotidien, la politique, mais aussi l’histoire collective, l’héritage d’un droit très ancien, la lente évolution des moeurs, un passé disparu et qui pourtant influence nos façons de parler, de penser. Cette absence de linéarité rend cela très compliqué à raconter. L’enjeu du film est donc devenu de trouver un équivalent cinématographique à cette complexité.
EC Filmer la famille demande des temps longs. Pour comprendre comment elle fonctionne, il faut plusieurs semaines, plusieurs mois. Choisir l’angle d’une sociologue condense ce temps. Le rend plus lisible.

En parlant de temps, le film est très précis sur son déroulé chronologique. Pourquoi resituez-vous systématiquement les débats dans leur calendrier ?
MT Nous avions l’envie de faire un film qui soit un document historique, un morceau d’histoire. Il était important qu’il se déroule pendant les événements, qu’il respecte la chronologie.
EC C’était aussi pour structurer un débat qui nous semblait partir dans tous les sens… Ça avait une telle intensité… Parfois on ne savait plus si la France était pour le mariage pour tous ou contre !
MT Mais c’est aussi un film sur le changement. De la loi, des moeurs, de la société, des individus et des mentalités. Puisque nous suivions l’actualité de ce sujet de près, nous avons noté que le sujet du débat se modifiait au fil des mois : d’abord le mariage homo puis l’adoption, les enfants puis la PMA, la GPA... Nous avons voulu retranscrire ce mouvement. Il y a eu une vraie violence homophobe, on la sent monter dans le film, mais ces affrontements ont aussi amené des gens à mieux connaître l’homoparentalité, à comprendre pourquoi plus de droits étaient nécessaires. La réalité, c’est que ce débat a été pour tout le monde l’occasion d’évoluer. Cette chronologie permet de mesurer le travail mais aussi la fatigue d’Irène. Une fatigue qui semble presque renforcer sa pugnacité.
EC Cela permet aussi de montrer comment s’édifie le travail d’une intellectuelle. Le montrer sous plusieurs facettes. Sa difficulté. Capter ces moments où il faut s’accrocher même si, dès le départ, Irène savait que ce serait très compliqué. L’autre but du film c’était montrer ce dont se nourrit un ou une intellectuel(le).
MT Des intellectuels, nous avons habituellement l’image où ils sont invités sur les plateaux pour déposer une lecture intelligente des choses. Et nous n’avions surtout pas envie d’une voix off qui nous explique le monde. Bien au contraire. L’envie était de montrer l’intellectue(le) en mouvement, au quotidien. C’est ainsi qu’est née l’idée des échanges téléphoniques qui créent à l’écran une sorte de voix off mais qui est en fait une véritable conversation.

Pourquoi avoir recours aux marionnettes qui, par rapport aux propos tenus, ne sont jamais ni redondantes ni démonstratives…
MT L’actualité des débats sur le mariage pour tous possédait déjà une forme de théâtralité. Il y avait des rebondissements tous les trois jours… Nous voulions regarder tout cela avec distance, les marionnettes permettent de prendre du recul.
EC Le paradoxe de la loi sur le mariage pour tous, c’est qu’à la fois c’était écrit d’avance et que personne n’aurait imaginé les mois qu’on a vécus en France. En s’appuyant sur le précédent du PACS, et avant même que les débats commencent, Irène nous avait annoncé pas mal de choses qui allaient se passer. Comme un dramaturge qui écrirait une pièce de théâtre. Pourquoi alors filmer quelque chose qui est déjà écrit ? Et c’est là que l’idée de la théâtralisation, puis de la marionnette, est née… D’autre part nous voulions illustrer ce que nous appelions les « histoires d’Irène », de manière très simple, juste pour donner de l’image. Mais nous nous sommes rendu compte qu’en filmant des personnes réelles, cela semblerait bizarre. Faire réinterpréter des réalités sociologiques par des gens avec en arrière fond la voix off d’une sociologue nous gênait. Cela aurait un côté « rats de laboratoires analysés par une intellectuelle ». Et lorsque l’idée de la marionnette est survenue, cela a tout de suite collé, car, un peu comme au théâtre, les personnages devenaient alors des symboles. Des symboles du citoyen, de l’enfant, de la femme au fil des générations, du couple homosexuel… mais sans se désincarner pour autant.
MT Nous avons pensé le récit comme des rencontres inattendues de deux univers : celui du fils et celui de la mère, celui des marionnettes ludiques et celui de la sociologie sérieuse, celui du présent en couleur et du passé en noir et blanc, celui de la narration très découpée des marionnettes, proche de la fiction, et celui du cinéma du réel en plans séquences caméra épaule. Ainsi le film est devenu un dialogue. Rien que le choc des esthétiques raconte quelque chose.

Tout de même ces peluches, ces jouets d’enfance et ces doudous pour évoquer un tel sujet, sur le plan de la psychanalyse, c’est une savoureuse piste à suivre…
EC Une fois l’idée de la marionnette posée, nous sommes passés par différentes étapes : des marionnettes très abouties, de vieilles chaussettes… et rien ne fonctionnait. Et l’idée de la peluche, du doudou, qui ramène à l’enfance, nous a semblé plus pertinente.
MT Que fait le fils ? Il écoute sa mère, puis retourne dans sa chambre et avec ses anciens jouets rejoue les histoires qu’elle vient de lui raconter. C’est peut être cela la transmission : on apprend ce que l’on sait à ses enfants et ils s’en emparent pour en faire leur propre récit.
EC Nous avons infantilisé le fils. Nous avons fait de ce garçon de 35 ans un candide. Et l’univers de la chambre d’enfant allait avec cette idée. La marionnette permet de donner plusieurs sens à l’image. Et je crois que, de cette manière-là, on entend mieux ce qui est dit. Si on voit une personne connue parler à la télévision, on écoute « l’avis de... » et moins le fond des arguments. Le débat sur Europe 1 qui se situe à la fin du film et qui vire au Muppets Show, si on l’entend dans sa voiture, il fait sourire un moment puis il nous indiffère. Alors que là cela devient un petit spectacle de l’absurde.

Comment avez vous déterminé quelles séquences seraient en temps réel ou « reconstituées » en marionnettes ?
EC Le réel représente le temps présent. Il est filmé en plan séquence car nous voulions des morceaux du présent. Qu’il ait du sens. En revanche, les séquences en marionnettes sont beaucoup plus montées comme si nous avions voulu prendre une distance temporelle sur les choses. Comme si nous les regardions dans cinquante ans et choisissions ce que nous souhaitions en garder.
MT C’est le moment où nous pouvions nous permettre de prendre en main l’écriture. Comment faire exister Frigide Barjot ? Quelle entrée dans le débat allions nous choisir pour elle… nous l’avons croisée sur le tournage deux ou trois fois. Nous savions ce que nous avions envie de garder certains de ces moments là. Mais comment faire pour qu’elle existe déjà dans le film ?
EC Il fallait donner des indices au spectateur pour qu’il apprécie au maximum les morceaux de réel choisis. Lorsque Irène et Frigide se rencontrent dans la loge, il faut préparer cette séquence pour lui conférer toute sa teneur. Ce fut l’une des fonctions des marionnettes. Nous leur donnons presque une fonction pédagogique à l’intérieur d’un débat souvent complexe.

Comment avez vous choisi les interventions qui articuleraient le film ?
EC Les débats évoluaient très vite. Mois après mois tout changeait. Comme si l’ensemble de la société se nourrissait de l’expérience acquise. Du coup, cette structure du « fur et à mesure » est aussi devenue celle du film.
MT Il était important que le film se fasse au présent. Qu’il ne soit pas rétrospectif. Les coups de fils que l’on entend dans le film correspondent très précisément à la chronologie réelle. L’idée est de prendre de la distance sur un débat alors qu’on a le nez dedans. Irène, grâce à son recul et à son travail, nous permet cela à chaque instant. Etienne et moi étions dans la découverte des sujets, du débat, et nous avions besoin de son regard, de son analyse.

C’est aussi un film sur la démocratie en marche. Comment elle fonctionne…
EC C’est une des toutes premières envies. C’est ce qui a motivé le film, avec un côté presque scolaire. Quel est le parcours d’une loi ? Comment ça se passe ? Quelles sont les différentes étapes ?
MT Ce fonctionnement législatif demeure une inconnue pour pas mal d’entre nous. Quand vient la loi ? Quel rapport entre loi et moeurs ? Et comment une loi peut faire bouger les moeurs ?

C’est donc beaucoup plus un film citoyen que militant
EC Disons que nous avons voulu peser les arguments. Même si nous ne cachons pas notre position pour le mariage pour tous, nous avons voulu débarrasser les propos de la couche de communication ou de propagande qui brouillait le débat et cela de part et d’autre. Nous avons voulu garder des arguments qui nous paraissaient valables pour ceux qui les émettaient, mais aussi pour nous d’une certaine manière.
MT Peut être que nous préférons l’engagement à la militance... Plutôt que d’asséner nos vérités nous préférons affronter le débat, mettre en scène la discussion pour mieux convaincre ou changer d’avis. Notre militance à nous, c’est de faire des films qui ne sont pas du prêt-à-penser mais qui réfléchissent pendant la projection, avec le spectateur.

Comment travaillez-vous ensemble ?
EC Jusqu’ici, pour tous nos films nous discutons, et surtout nous débattons beaucoup. Le principe est de chercher à convaincre l’autre. C’est vraiment du ping-pong. J’ai une idée, je te la passe, l’autre s’en empare, elle revient…
MT Il n’y a pas de poste attitré. On se passe le bébé en permanence. Et on ne conserve que ce qui est vraiment bien structuré, bien échafaudé. Idem au montage puisque nous montons nous-mêmes.
EC Le seul inconvénient, c’est que nous n’allons pas chercher des choses instinctives ou inconscientes car nous sommes toujours contraints de justifier nos idées face à l’autre. Mais pour La sociologue et l’ourson, ce fut différent de par la proximité de Mathias avec le sujet principal du film : sa mère. Jusque-là, nous ne nous étions jamais mis en scène.
MT Cette fois, l’un est exposé, l’autre dans l’ombre. Étienne m’envoyait en mission. Et nous avons utilisé ce double statut au service du film.
EC Un exemple concret : lorsque j’étais présent, le ton d’Irène changeait. Ce n’était plus celui qu’elle pouvait employer lorsqu’elle se retrouvait seule avec son fils. On a donc alterné, parfois Mathias filmait seul, parfois nous étions en équipe.
MT Je rencontrais ma mère, rapportais les rushes à Étienne qui avait le recul et l’esprit critique nécessaire pour les regarder. Une distance que vous ne pouvez pas avoir lorsque vous débarquez chez vos parents, un matin, caméra à la main. C’est violent. On ne sait pas gérer les silences, les blancs dans la conversation. Alors qu’Etienne, qui me demandait de ne pas faire de coupes, de filmer dans la longueur en plans séquences me disait au contraire que telle ou telle gêne pourrait être utile au film. C’est là où notre double cerveau était indispensable.

Comment s’est passé le montage ?
EC Trouver le bon équilibre entre le réel et la marionnette a sans doute été le plus compliqué. Dans nos films précédents, nous avions testé le mélange animation images réelles, nous n’étions donc pas novices sur cette utilisation de deux matériaux différents. Mais l’équilibre est fragile.
MT Nous avons vite compris que le burlesque de la marionnette ne nuisait pas au sérieux du réel. Et que la rencontre des deux pouvait donner des choses intéressantes. L’enjeu du film, c’est comment l’histoire intime et L’histoire nationale dialoguent. Ne jamais se faire piéger par le moi je et toujours être attentif au débat et à son importance. Mais cet aller-retour entre la grande et la petite histoire, c’est Irène qui nous l’a enseigné. C’est sa démarche de s’intéresser à la fois au passé et aux problèmes du quotidien…

Justement Irène montre d’emblée sa crainte, pour ne pas dire son refus, d’être la figure centrale du film…
MT Elle ne voulait pas être la star. Elle disait que ce n’était pas son combat. Elle voulait que nous filmions la vie des autres. Leurs histoires. Elle aurait Rêvé que nous fassions un film sur les familles homoparentales. Elle était convaincue que le cinéma aiderait à les comprendre.
EC Et puis elle a évolué. Au départ, elle ne voulait pas parler d’elle, de son histoire personnelle. Et à la fin du tournage elle a confié à Mathias qu’elle s’octroyait enfin le droit de parler d’elle, de sa grand-mère, et que cela pouvait d’une certaine manière aider ses interlocuteurs.
MT Elle n’a vraiment découvert ce qu’on faisait qu’au visionnage du film – on ne lui avait jamais parlé des marionnettes pour éviter qu’elle ne se projette – Je pense qu’elle a apprécié le film car elle a retrouvé des points communs entre notre cinéma et sa sociologie : savoir qu’on est pris dans une histoire qui change constamment, ne pas se mettre en dehors de ce dont on parle tout en veillant à garder son regard à distance.