Le génie Helvétique

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Réalisateur : Jean-Stephane Bron
Scénariste : Jean-Stephane Bron
Producteur : Robert Boner
Compositeur : Christian Garcia
1er assistant : Adrian Blaser
Photographie : Eric Stitzel
Chef monteur : Karine Sudan

 

Jean-stéphane Bron

2003 : Le Génie helvétique
1999 : La Bonne Conduite
1997 : Connu de nos services

Réalisateur

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Le génie Helvétique

Jean-stéphane Bron
Distribution :: 
Date de sortie :: 
03/11/2004
SUISSE. 2003. 1h30. 35mm. Couleur.
Au Palais fédéral, derrière les portes de la salle 87, une commission parlementaire est chargée d'élaborer une loi sur le génie génétique. L'accès est interdit au public. Les débats d'une commission doivent rester secrets. Mais rien n'interdit à une équipe de cinéma patiente et curieuse d'attendre, dehors, devant la porte...
Entretien avec Jean-Stéphane Bron

Jean-Stéphane Bron, pourquoi avoir décidé de faire un film sur ou au Palais fédéral ?
Même si je ne l’ai jamais formulé aussi explicitement, la question était pour moi au départ « comment ça marche, le Palais fédéral ? ». Mais contrairement à ce que l’on pourrait fantasmer, le Palais fédéral est un non-lieu dramaturgique. Quand vous entrez au Palais fédéral, vous voyez des gens qui portent des cartons, des ombres furtives, vous entendez des bruits de pas qui se perdent à l’infini... Et quand vous assistez à une séance plénière, là, vous ne comprenez carrément plus rien. Rien ne fait sens pour le profane, rien n’est interprétable : il n’y a pas de récit qui s’impose.

A partir de là comment avez-vous procédé ?
Pour répondre à la question du « comment ça marche », même d’une façon lacunaire, je devais trouver quelle histoire raconter et comment la raconter. Mais cela m’a plutôt rassuré : quand au premier abord vous tombez quelque part ou « rien ne se passe » « rien n’est visible », il y a très certainement quelque chose à faire... Mon intuition a été que pour que quelque chose émerge de ce chaos soft et mortifère, j’aurais besoin de temps et que ce temps devrait être utilisé pour aborder un sujet par lequel le spectateur se sentirait directement concerné.

D’où le choix de l’élaboration de la loi sur le génie génétique ?
En effet. Suivre l’élaboration de cette loi répondait à mes deux intuitions de départ : un temps de tournage important serait nécessaire (la commission travaillerait au moins une année, nous le savions), les organismes génétiquement modifiés ne laissent personne indifférents.
Puisque tout naît d’une envie de raconter et de faire comprendre, il fallait trouver et prendre comme fil rouge un sujet qui implique émotionnellement le spectateur.

N’aviez-vous pas peur au vu de l’importance de l’enjeu de vous voir refuser l’accès à ce qui se passait ?
Au contraire mon parti pris a été de parier sur le fait que l’importance de l’enjeu rendrait les mécanismes plus visibles pour un non-spécialiste.

A partir du moment où vous avez choisi de suivre les travaux de la commission quelle a été votre façon de travailler ?
J’ai décidé de construire toute la première partie du film sur un principe strict de hors-champ : ce sont les acteurs de la « pièce » qui témoignent d’une réalité qui est toujours hors de notre portée. Cela laisse libre cours à l’imaginaire du spectateur pour réinventer ce qui se passe de l’autre côté de la porte. Comme si vous mettiez des spectateurs dans la coulisse du théâtre et demandiez aux acteurs de venir leur raconter ce qu’ils jouent sur scène. Avec cette comparaison, vous comprenez qu’il n’est pas ici question de poser les bonnes questions, mais de se mettre dans une situation pour pouvoir dire et redire encore, « alors qu’est-ce qui se passe ? ». J’ai donc décidé de respecter cette règle que je m’étais imposée et de faire tout le film derrière la porte de la salle de la commission, excepté pour la partie du plénum naturellement... J’ai des fantasmes raciniens.... à défaut d’unité de temps, il y a dans ce drame, unité de lieu et unité d’action...

Comment avez-vous convaincu les « acteurs » de venir vous raconter ce qui se passait de l’autre côté de la porte ?
Les parlementaires viennent derrière la porte nous parler parce que nous sommes là. Tout naît donc de notre présence. Comme j’ai choisi les personnages principaux avant même que les travaux de la commission ne débutent, j’avais l’avantage d’avoir eu l’occasion de les rencontrer, d’établir un rapport de confiance, même si au départ il était très fragile. Etablir un rapport de confiance signifie aussi établir un contrat moral, une sorte de deal à la fois formel et informel avec les personnages que vous filmez. Un deal qui dit : nous irons le plus loin possible dans le processus de dévoilement, mais je ne vous trahirai pas.

Il y a un moment où tout bascule et sans qu’on ne le dise jamais, les gens que vous filmez sentent qu’ils doivent/peuvent/pourraient devenir... acteur d’eux-mêmes. Ils entrent alors dans leur propre « rôle », ce qui est une manière d’accepter d’être à la fois soi-même et un personnage reconstruit par le regard de quelqu’un. C’est un moment très stimulant quand vous sentez que vous y êtes. Si vous arrivez à cela, vous pouvez demander aux témoins que vous filmez de jouer ou re-jouer une « scène » sans qu’à mon sens, il n’y ait le moins du monde trucage ou manipulation. Il y a quelque chose de l’ordre du réaménagement du monde dans une optique de mieux rendre compte de sa réalité. Toutes les ficelles que nous autres réalisateurs avons à notre disposition sont utilisées, naturellement : séduction, apitoiement, fausse innocence, j’en passe et des meilleures... Mais, si vous êtes dans un rapport de confiance vraie avec les protagonistes tous ces trucs, toutes ces astuces, sont exclusivement à leur service.

Comment construisez-vous le rapport de confiance que vous parvenez à établir avec les protagonistes de vos films ?
En fait on est là assez près du coeur de ma façon de faire : il ne m’importe pas d’avoir des à- priori sur les personnages que je filme, mais de montrer ce qu’ils font pour comprendre ce qu’ils sont. Pour se faire j’ai juste besoin de très bien les connaître. Et je ne peux bien connaître que des gens que j’aime.

Cette proximité/intimité avec vos personnages comment l’utilisez-vous ?
Comment les choses sont dites m’importe plus que ce qui est dit. Les personnages choisis ont des arguments somme toute sans surprise. Ce qui m’importe est de montrer comment les personnages bougent, parlent, se déplacent, se touchent ou ne se touchent pas, se regardent ou ne se regardent pas pour ré-entendre leurs arguments, Cela n’a l’air de rien, mais quand vous mettez l’accent sur comment ce qui est dit est dit à de très grosses implications sur comment vous filmez : caméra à l’épaule ou non, personnage en mouvement ou non, gros plan ou non, etc... Pour anticiper le bon plan vous avez besoin à la fois d’être proche de vos personnages (il faut qu’ils sentent que ce que vous voulez n‘est ni plus ni moins que de donner à ce qu’ils disent un maximum de chance d’être entendu) et assez loin d’eux pour garder une distance apte à vous faire faire les bons choix. Souvent les choses se passaient très vite et il fallait vraiment rester très concentré, parfois après des heures d’attente, mais sans jamais perdre une certaine décontraction, une certaine légèreté. C’est ce que j’appelle la méthode Colombo. Toujours se mettre en dessous de son interlocuteur, l’air de rien, mais avec une intention très précise en tête.

A la fin de ces 2 ans de travail « Le génie helvétique » est un film qui raconte quelle histoire ?
Jusqu’à la fin du film y compris dans toute la partie des votations en plénum, il me semble avoir non pas montré avec nostalgie la « bonne démocratie » ou quoique ce soit de ce genre.
Mais il me semble avoir répondu à la question de « comment ça marche, le Palais fédéral ».
Et la réponse donnée à travers l’histoire de ce film pourrait être résumée ainsi : « ça marche parce que des gens de bonne volonté et pas forcément d’accord les uns avec les autres parlent encore et toujours jusqu’à pouvoir se dire les uns aux autres « avec ça tu peux vivre et moi aussi, je peux vivre ». C’est ça mon film, Je crois que c’est une histoire qui dit ce que c’est que de vivre ensemble, qui remet la politique à un niveau humain, qui nous rappelle que la politique ce sont des hommes et des femmes avec des défauts et des convictions qui cherchent des solutions, les questions fussent-elles trop compliquées, parce que sans solutions négociées il n’y a pas de vivre ensemble.
Raconter son pays n’est pas un but en soi. Mais c’est en racontant une histoire très spécifique qu’on peut parvenir à faire surgir de cette histoire des clés de lecture universelle. Car au fond ce qui m’intéresse, c’est de faire de chaque récit un modèle dont les principes s’étendent à d’autres réalités…