Le voyage perpétuel

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Le voyage perpétuel

Date de sortie :: 
09/04/2008
Finlande - 2007 - 1h18 - 35mm - couleur et N&B
La vie quotidienne des Nenets dans la toundra du Grand Nord. Une ample méditation silencieuse sur la présence des hommes dans ce désert de glace. Une méditation sur l’essence de cette vie emportée régulièrement ailleurs par les saisons, par le lien charnel au troupeau. Une vie entièrement vouée à une rudimentaire survie, mais où chacun de ces actes élémentaires (manger, s’occuper des bêtes, monter la yourte, faire bouillir l’eau pour le thé) semble un geste sacré dans ce grand rituel engagé entre l’homme et la nature. Long poème élégiaque qui chante la lente disparition d’un peuple à travers celle de sa langue, de sa culture.
Bol d'air froid avec Markku Lehmuskallio
Dans cette atmosphère polaire, la révélation de l'année est à l'aise, se grattant une barbe qu'il a longue, abondante, poivrée, dubitatif face à un climat qu'il imaginait plus adapté à sa Finlande natale. Markku Lehmuskallio a bientôt 70 ans, et depuis trente ans, après avoir été forestier, il tourne des documentaires sur les forêts, la nature et les peuples les plus septentrionaux d'Europe et d'Asie.
 
Son père était capitaine au long cours dans les mers glacées, et la forêt du nord, la toundra, est son élément vital depuis l'enfance. Il est parvenu à en faire une véritable forme de cinéma. Ses premiers films, "La Danse du corbeau", "La Nourrice bleue", notamment, sont de magnifiques odes à la forêt, retrouvant sa sauvagerie, son mystère, ses lumières, ses mouvements, comme révélée par les corps qui y chassent, qui y dansent, qui osent s'y aventurer.
 
La nuit totale, le jour sans fin, suivant les saisons, sont rendus ici avec un lyrisme affolant, selon une poésie de la matière qui fait de Lehmuskallio un héritier inventif du Flaherty de "L'Homme d'Aran". Depuis une quinzaine d'années, le cinéaste a découvert une autre terre d'élection, à l'extrémité nord et orientale de la Sibérie, sur la presqu'île de Jamal.
 
Là, vivent les 20000 derniers descendants de la communauté des Nenet. Lehmuskallio, guidé par sa Nenet à lui, Anastasia Lapsui, devenue sa compagne et sa collaboratrice, a filmé une sublime trilogie en ces lieux où la température courante tombe à - 47 °C.
 
Certains connaissaient "Les 7 Chants de la toundra", sorti en France il y a cinq ans, mais "Mères de la vie" (2002) et "La Fiancée du septième ciel" (2003) sont aussi beaux, sorte de complainte de la toundra à travers les faits, gestes, musiques, récits du peuple Nenet, dont l'élégance seigneuriale et la ruse légendaire transcendent le 7e art et semblent faire marcher naturellement toute caméra malgré la température ambiante.
 
Lehmuskallio filme entre Homère et Malaurie: il chante la poésie d'une matière brute, celle d'un des derniers peuples nomades de l'extrême froid.
Antoine de Baecque, rue89.com
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« Il n’y a ni début ni fin. » Le rapport au temps que décrit cette sentence, édictée par une actrice et réalisatrice intervenant au tout début de Sami (« Lapons », en français), réalisé en 2006, s’applique tout autant au film lui-même, à la culture de ces peuples du nord du cercle Arctique qu’au travail conjoint de Markku Lehmuskallio et Anastasia Lapsui. Découvert en France avec les Sept Chants de la toundra (2000), le couple qu’ils forment à la ville se retrouve depuis une dizaine d’années au montage à quatre mains d’une lignée de longs métrages qui confronte une culture plurimillénaire, dont descend Anastasia Lapsui, aux séismes contemporains. Le Festival international du film de La Rochelle a coutume de proposer des regards inédits sur le monde, portés par des écritures cinématographiques singulières. Pour sa trente-cinquième édition, l’hommage à ce cinéma venu de Finlande ne fait pas exception.
 
Rencontre d’une culture et d’un regard, aucun de ces films ne se clôt sur lui-même, pouvant ainsi poursuivre le dialogue avec le suivant et tous les autres. On ne saurait trouver mieux pour définir oeuvre cinématographique. Mères de la vie date de cinq ans. Cela se situe dans la toundra russe enneigée balayée par les vents. Les seuls habitants de cette terre, dont l’inhospitalité a constitué leur protection pendant des milliers d’années, sont les aigles, oies,
 
renards…, et les rennes domestiqués par l’homme. On y suit la destinée de femmes esseulées avec leurs enfants, un mari mort, un frère tué par un Russe un soir de beuverie, recueillies par une fratrie guère plus chaleureuse que l’environnement hivernal. Sami est le dernier opus de Lapsui et Lehmuskallio. La suite de l’histoire sans fin est faite de villages où l’on se fixe, de réserves de pêche saccagées, de la religion arrivée et d’une langue imposée, de supermarchés qui s’implantent ici. Ailleurs on aura vu des raffineries et le pillage des ressources du sous-sol. Air connu.
 
Cette description est nécessaire pour poser une réalité vue sans fard dans la violence de l’ultime avatar marchand de la lutte ancestrale entre peuples nomades et sédentaires. Les grands espaces se rétrécissent et pourtant ils vivent et la culture des peuples lapons ou nenets résiste, se ressource, se transmet. L’imaginaire s’est nourri des marches sans fin dans la neige et le vent qui efface les traces, et fonctionne à leur rythme. Le souvenir des mythes fondateurs, dont les meurtres originaux éclairent les aléas contemporains, les chants qui les transmettent acquièrent une force matérielle inouïe sous la tente posée au milieu de nulle part.
 
Ni réalisme magique ni naturalisme documentaire, la poésie qui affleure à chaque instant est portée autant par cette culture que par la composition des plans et leur assemblage. Aux mythes fondateurs, l’on pourrait imaginer un pendant cinématographique qui serait un retour à la magie réactualisée du muet et du noir et blanc. À leur réactualisation correspondrait un montage de plans brefs, visages, paysages, animaux, terre et ciel traités avec un respect semblable, ponctués des mélopées chamaniques ou d’une voix off qui mène un récit non linéaire. Le sens advient alors d’une écriture qui creuse en rhizome ses galeries souterraines. Comment être Lapon au temps de la mondialisation et du tourisme de masse imbécile ? Sami y répond de belle manière et on en retiendra deux portraits. Une femme, partie au Vietnam, raconte comment elle s’est réapproprié sa culture en découvrant, en Namibie, celle des Bushmen. Un jeune homme, Mikkâl Morotajja, investit le rap dans sa langue natale. Avec pareils rapports à l’espace, au temps et à l’imaginaire, on devine une belle capacité de résistance, et de résurgence de ce qui pourrait disparaître. On souhaiterait que pareille oeuvre soit prise au sérieux par des « décideurs » culturels, de France ou d’ailleurs, autant qu’à La Rochelle ces jours-ci, pour qu’elle trouve le chemin d’autres salles.
Michel Guilloux – www.humanite.fr