Les Lendemains

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Audrey Pauline Parigot, Nanou Pauline Acquart, Le père d'Audrey Marc Brunet, La mère d'Audrey Hélène Vauquois, Julia Fanny Sintès, Thibault César Domboy

Scénario Emmanuelle Mougne, Bénédicte Pagnot, Producteur Gilles Padovani, Directeur de production Laurent Harjani, Repéreur-régisseur Stéphen Seznec, Chef opérateur Matthieu Chatellier, Assistant opérateur Julien Guillery, Ingénieur du son Corinne Gigon, Monteur son Alexandre Hecker,, Directrice de casting Christel Baras, Assistants réalisateur Valentin Dahmani Liza Guillamot, Scripte Marilyne Brulé, Costumes Virginie Bauchet, Décors Marine Blanken, Montage Marie-Hélène Mora, Mixage Christophe Vingtrinier, Musique originale Médéric Collignon
 

 

 

Bénédicte Pagnot

Bénédicte Pagnot a fait ses études à l’ESAV (École Supérieure d’Audiovisuel de l'université Toulouse le Mirail). Elle a été assistante de réalisation, régisseuse et chargée de casting sur des tournages en Bretagne où elle a choisi de s’installer après ses études. C’est en 2001 qu’elle réalise son premier court-métrage, LA PETITE CÉRÉMONIE, primé par huit festivals. Puis elle écrit et réalise deux autres fictions courtes, LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS (2008) et MAUVAISE GRAINE (2010), et trois documentaires DERRIÈRE LES ARBRES (2004), AVRIL 50 (2006 et MATHILDE OU CE QUI NOUS LIE (2010). En parallèle de son activité de réalisatrice, elle intervient dans des ateliers en milieu scolaire, universitaire et pénitentiaire. LES LENDEMAINS est son premier long-métrage de fiction.

Informations complémentaires: 

Prix du Public - Festival Premiers Plans -Angers 2013

Les Lendemains

Bénédicte Pagnot
Distribution :: 
Date de sortie :: 
17/04/2013
France / 1h55 / DCP / 1.85 / son 5.1

En partant à la fac, Audrey s’éloigne de son cocon familial, de son amie d’enfance, de son copain. Avec sa nouvelle co-locataire, elle découvre le militantisme politique. De désillusions en difficultés, Audrey croise le chemin des jeunes du GRAL, un groupe de squatters qui lui propose de vivre autrement et lui offre une nouvelle vision du monde. Audrey choisit de partager leur expérience, de plus en plus radicale…

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE

Comment est née l’idée du film ?
Un des points de départ n’était pas un fait divers, mais une idée de scène. J’étais dans un supermarché dans une petite ville et je me suis imaginé deux filles, deux copines d’enfance qui n’auraient pas pris le même chemin. Elles fument toutes les deux dehors, devant la vitrine. L’une travaille au supermarché et l’autre voit sur le badge de sa copine que c’est son vrai prénom qui est écrit, alors qu’elle ne l’appelle que par son surnom. S’ensuit une discussion sur le fait qu’on ne peut pas mettre son diminutif sur un badge de caissière. La scène a été longtemps dans le scénario mais je l’ai retirée avant le tournage et l’ai transposée dans un dialogue. A cette scène fondatrice s'est ajoutée mon envie de raconter un parcours politique d'une jeune fille d'aujourd'hui. Le film raconte l'histoire de celle qui est partie faire des études, celle qui n'a pas été obligée de devenir caissière.

Qu'est-ce qui vous intéressait justement dans ce parcours de jeune fille?
C'était le basculement, la confrontation avec un autre monde. Souvent les personnages des films doivent quitter leur petite ville, ils arrivent dans une grande ville, posent leurs affaires et voilà! comme si c'était toujours simple. Quitter son cocon, changer d'univers, faire des rencontres, c'est évidemment une ouverture, mais ce n'est pas toujours facile et les petits décalages peuvent devenir d'immenses fossés. Dans le film, par exemple, l'écart se creuse entre Audrey et sa co-locataire, Julia, qui ne jure que par les produits bio, alors qu'elle est obligée d'acheter des produits très bon marché. Ça n'a l'air de rien, mais c'est énorme.

Vous confrontez Audrey à d'autres milieux (l'université, le travail...) mais surtout à la politique...
J'ai participé activement au Mouvement des chômeurs en 1998 : j'étais donc immergée dans plein de questions politiques. La question du chômage est toujours d'actualité, plus que jamais même, mais toutes mes interrogations de l'époque aussi : comment agit-on ensemble pour peser sur le monde ? Quand on se réunit, on croit qu'on est tous d'accord pour réinventer le monde, mais c'est forcément plus compliqué, parce que le politique c'est aussi une addition d'individualités. Avec le parcours d'Audrey, j'avais envie de mettre en scène des questions qui m'intéressent toujours : les clivages sociaux, le collectif, l'utopie.

Vous prenez votre temps pour montrer Audrey en spectatrice. Son basculement dans l'action n'en est que plus violent...
Je voulais un passage de spectatrice à actrice, de la découverte à la décision. Je suis très sensible aux personnages spectateurs du monde comme ceux de JUILLET de Didier Nion ou BEPPIE, la petite fille du documentaire éponyme de Johan van der Keuken. Longtemps le projet s'est appelé UNE FILLE SANS HISTOIRES, parce que c'est comme ça qu'on pourrait décrire Audrey au début du film - ou comme ça que les journaux pourraient titrer au moment de son procès.

Il y a d'ailleurs une nette coupure stylistique dans le film entre la partie « Audrey spectatrice » et celle « Audrey en action »...
La première partie est volontairement claire et explicative. La deuxième est plus elliptique parce que tous les repères d'Audrey partent en fumée, d'où le fait que les parents d'Audrey et Nanou, sa copine d'enfance, y sont presque toujours hors-champ. Pour moi, le basculement d'Audrey se produit juste après la réunion familiale de Noël où elle regarde son père, devenu chômeur, fumer une cigarette seul dehors. Elle ne supporte pas la souffrance silencieuse de son père.

Pauline Parigot est idéale dans le rôle d'Audrey, entre insouciance et dureté. Comment l'avez-vous dénichée?
Elle correspondait parfaitement au personnage. Elle est originaire de Rennes, ville où mon producteur Gilles Padovani et moi-même vivons et travaillons. Elle avait eu son bac un an plus tôt et, après quelques mois dans un IUT de logistique à Saint-Nazaire, elle a décidé d'aller à Paris avec l'envie d'être comédienne, puis elle a passé le casting dirigé par Christel Baras. Elle avait gardé l'insouciance, le côté « j'ai mon bac, c'est énorme ! » mais apportait une grande force au personnage et un pétillement grâce à son regard et son sourire. Les comédiennes âgées de quelques années de plus que Pauline disaient comprendre très bien la seconde partie du film, mais être moins intéressées par la première. Pauline m'a dit exactement le contraire ! Elle m’a demandé : « pourquoi Audrey fait ça dans la seconde partie? ». C'est pour cela qu'on a tourné le film dans la chronologie, pour coller à ce basculement, à ce sourire des débuts qui disparaît, à ce regard qui s'assombrit.

Vous avez le goût du documentaire, du réel. Comment avez-vous fait passer cela dans la mise en scène ?
Le film est très écrit et j’avais un peu peur de l’illustration pure du scénario. Du coup, je voulais aussi un peu de liberté, que l’on ressente ça. Je demandais aux acteurs si les scènes sonnaient juste, et on cherchait ensemble, même dans les scènes les plus anodines – comme lorsque le petit ami d’Audrey visite son appartement, par exemple. Dans les scènes au squat, tout a été retravaillé sur place, réinventé avec les comédiens, réadapté au décor qu'on avait trouvé, improvisé à partir de situations réelles. Dans la scène de discussion après la manifestation, j’ai donné des amorces de dialogues aux acteurs et ilsdisaient ce qu’ils voulaient. J’ai aussi modifié les personnages en fonction de mes rencontres : par exemple, Audrey devait initialement découvrir les squatteurs quand ils collent des affiches, mais en rencontrant Victor Guillemot, j'ai changé le personnage de Gwen et le contexte de leur rencontre : Gwen ferait du jonglage et Audrey le regarderait ; ça allait dans le sens de l’idée d’Audrey spectatrice. Les regards des comédiens sont très importants pour moi. Je ne voulais pas de caméra qui bouge tout le temps. Je voulais qu’on se pose, qu’il y ait des longs regards, des silences. 

Les scènes dans le squat sont le noeud du film…
On a tourné le film en Bretagne mais pour Le squat j'avais besoin d'être ailleurs, de ne pas rentrer chez moi le soir, de vivre avec l'équipe une expérience collective, de retrouver une forme de liberté dont je m'étais moi-même privée dans la première partie du film. Le décor qu'on a trouvé m'a beaucoup inspirée et la taille réduite de l'équipe (moins de 10 sur le plateau) m'a permis d'avoir une grande proximité avec le groupe d'acteurs.

Ce squat incarne votre idée du politique, qui est d’en pointer les nuances et les contradictions…
C’est la force du cinéma de pouvoir raconter des histoires complexes, de mêler un parcours individuel et une réflexion politique. Je veux croire en la politique mais il y a un problème de temporalité : je sais que c’est long de changer les choses, comme répartir le travail ou investir dans l’éducation, mais dans le même temps, le monde va très vite. D’où ces confrontations entre plusieurs attitudes et générations dans le film : l’attentisme des parents, les étudiants, le syndicalisme à l’ancienne, l'autogestion… Quand on est désespéré ou qu'on a du mal à trouver sa place, oui, on peut choisir la radicalité.

Dans la note d’intention du film, vous citez Anne-Marie Schwarzenbach : « la caractéristique de la jeunesse n’a-t-elle pas toujours été de vouloir l’incroyable, d’essayer d’atteindre l’inaccessible, de juger possible l’impossible ? » Comment lire la dernière scène du film à l’aune de cette citation ?
Il faut la voir comme de l’espoir, pour Audrey et la jeunesse en général. Même si c'est dur, tout n’est pas bouché. Au tournage, j’ai demandé à Pauline d’avoir le regard frondeur. A la fin du film, elle a forcément changé, mais elle n'est pas soumise et nous oblige à nous interroger.