Lettre à la prison

Text Resize

-A +A
Scénario : Marc Scialom
Image : Marc Scialom
Montage : Marc Scialom
Musique : Musique de luth (“boussoq”).Matar Mohamed
restauration et mixage son : Gaëlle Vu (Film flamme-Marseille) et Fred Bielle (Elison-Paris)
 

Marc Scialom

Juif Italien, né à Tunis en 1934, Marc Scialom est aujourd'hui retraité.  Après avoir tenté de réaliser quelques films, il se lance dans l'enseignement. En 1984, il obtiendra un Doctorat d'État et sera chargé de cours à la Sorbonne puis maître de conférence d'Italien à l'Université de Saint-Etienne. Entre autre travaux universitaires, il rédige une traduction de la Divine comédie (publiée par Le Livre de Poche).  Aujourd'hui Marc Scialom se consacre à l'écriture. Après avoir publié en 1967 un court roman : Loin de Bizerte (Éditions Mercure de France), il achève actuellement l'écriture de son second roman intitulé La Machine réalité.

Filmographie
Lettre à la prison 1969
La Parole perdue 1969
Exils 1966 [cm]
D'après La Divine comédie de Dante.
Lion d'Argent à la Biennale de Venise en 1972.
En silence  1957

Réalisateur

Biographie ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Suspendisse rhoncus, velit quis pellentesque vulputate, odio eros elementum felis, sed rhoncus leo felis non lacus. Vestibulum ante ipsum primis in faucibus orci luctus et ultrices posuere cubilia Curae; Curabitur feugiat adipiscing ante, commodo venenatis lorem lacinia ac. Donec nec dignissim mauris. Morbi ac dui dapibus diam vehicula ornare. Nullam at nisi augue, et laoreet lorem. Suspendisse velit nisi, porta eget rhoncus accumsan, auctor id augue. Aliquam non lectus velit, vel lobortis nisl. Mauris fringilla felis in urna blandit eleifend.
 
2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM
Informations complémentaires: 

Lettre à la prison

Marc Scialom
Distribution :: 
Date de sortie :: 
02/12/2009
France -1969 - 70 min - 35 mm - 1.37 - DTS SR
En 1970, un jeune Tunisien débarque pour la première fois de sa vie en France, où il est chargé par sa famille de porter secours à son frère aîné, accusé à tort d'un meurtre et emprisonné à Paris. Il fait d'abord halte à Marseille. Là, il rencontre des Tunisiens étrangement différents de ceux qu'il croisait en Tunisie, des Français qui lui paraissent énigmatiques et une ambiance générale assez inquiétante à ses yeux pour le faire douter peu à peu de ce dont il était sûr, c'est-à-dire de l'innocence de son frère, de sa propre innocence, de sa propre intégrité mentale.  Réalisé en 1969, abandonné, oublié, puis retrouvé 40 ans plus tard, ce film est un témoin inégalé de l'histoire de l'immigration en France : un film de fiction ayant valeur de documentaire, réalisé par un émigré (exilé) entre Tunisie et France.
Le film Lettre à la prison a été réalisé en 1969, entre Tunis et Marseille. A l’époque, sans aucun soutien financier, le réalisateur franco-tunisien, Marc Scialom, a du s'arrêter avant le tirage d’une copie.
Le film a été retrouvé par Chloé Scialom, fille de Marc Scialom et réalisatrice elle-même. Il a été restauré à Immagine ritrovata, le laboratoire de restauration de la Cineteca de Bologne.

Autour du film

Lettre de Jean François Neplaz
(Cinéaste, co-fondateur de Film flamme)
Marc Scialom a émigré de Tunisie en France après l’indépendance. En 68-69, il entreprend entre Tunis et Marseille la réalisation d’un film de fiction avec le soutien de Chris Marker (qui prête le matériel du tournage). Bientôt, il se rend compte de son manque de moyens et se donne alors pour objectif de montrer ce qui serait alors une “maquette” à un producteur pour financer un “vrai film”. Là, les portes se ferment. L’aventure se clôt avec le silence de Chris Marker et les critiques de son entourage : “Pas assez politique”.
Pas assez ou trop ? En vérité, le film n’a pas l’évidente clarté du message de ceux qui affirment : “Nous sommes tous des Juifs Allemands”. Le chemin initiatique (et marseillais) de son héros ne conduit pas à l’innocence ! Il est inacceptable en 1969. La voix pourtant unique d’un émigré tunisien (Juif parlant par la bouche d’un Musulman) ne sera pas écoutée... Et pourtant si ! Jean Rouch projette le film et salue un des rares films surréalistes de l’histoire du cinéma... français.


Film flamme a porté la sauvegarde du long métrage franco-tunisien Lettre à la prison. L’association a reçu pour cela le soutien de la Région PACA et du Conseil Général des Bouches du Rhône.

Bien sûr, quand nous avons compris que la quasi totalité des originaux de Lettre à la prison étaient perdus, nous avons eu des doutes… Peut-on gonfler en 35mm une « copie travail » avec ses rayures et ses souffrances ?
Un film qui porte vive la trace du travail, de ses doutes, de ses savoirs et de ses ignorances… Et son rejet même, au final, par la dispersion des négatifs, l’absence de copies, de montage négatif… Nous avons décidé d’aller au bout… De montrer ce film comme trace vivante de notre histoire commune, avec ses conflits et ses contradictions.
Notre travail autour du film ne fut que d'accompagner Marc Scialom pour qu’il ne rejette pas à son tour cette résurgence altérée de son rêve. Pour que sa souffrance d’autrefois, qui s’était apaisée avec le temps et que nous remettons à vif, ne l’entraîne pas à espérer un film qui, sous sa forme d’origine, n’existera plus jamais.

Marc a participé à cette « non restauration » numérique « où l’on peut tout faire », comme on dit toujours en parlant d’informatique, et dans le tout on inclut généralement le rien… Il espérait retrouver les lumières et les noirs de son exil. Il n’a retrouvé que le reflet dégradé de ses espérances.
Ses exigences de cinéaste aujourd’hui sont intactes : se remettre devant une table de montage lui fait venir des pensées vives, clés de son écriture… Il dit par exemple : « le montage me permet de me contredire moi-même, de contredire l’évidence qu’il y a dans les images tournées ».

Ce film nous lègue une première question… En 1970, la modernité pouvait-elle venir de Tunis ? Ou plutôt : pouvions nous accepter de voir alors ce qui aujourd’hui est l'évidence ? Et le politique d’alors est-il celui d’aujourd’hui ? Ou plutôt, le politique n'avait-il pas disparu derrière l’idéologique ?

… Pour le présent
Étranger au formalisme et à l’idéologisation, Lettre à la prison est un film qui n’a rien à renier. Et sans doute était-il, au contraire, un film politique des exilés. Au-delà de la générosité parfois intéressée des cinéastes militants, il prend la parole sans qu’on la lui donne, il revendique le cinéma comme poétique appartenant à tous… Il entend dans le son un chant qui n’est pas que parole, il prend au-delà de la parole ce qui appartient à tous… Le langage commun à venir. Le cinéma comme langage commun… Plus proche de Fernand Deligny que de Marker… Plus proche de Pasolini théoricien que de Pasolini cinéaste… Marc Scialom affirmait là une confiance totale dans le son et l’image.

Ce film rejoint la cohorte des films « qui ne sont pas du cinéma » en leur temps mais que nous revendiquons comme le passé cinématographique le plus pertinent de notre présent.

Le geste qui fut celui de Marc Scialom est un geste ouvert, moderne, léger, dynamique, qui prend aussi racine dans cette culture méditerranéenne qui est la nôtre, dans la riche histoire de l'immigration, dans la richesse des pays pauvres.

Marc était un autodidacte… et la gueule enfarinée il a prétendu « faire du cinéma » en toute liberté comme on écrit un poème avec une pointe Bic et un bloc de papier… C’était un crime de lèse-majesté.
Et aujourd’hui ça l’est encore.

La mémoire, dit-on… Mais quelle mémoire ?
Au nom de la mémoire, c’est souvent l’oubli et le détournement de la mémoire qui sont à l’œuvre. Surtout quand il s’agit de mémoire populaire : on a « offert » au peuple la vidéo pour lui confisquer sa mémoire. Ce qui sera sauvé ce ne seront pas les archives des familles, les films militants, les expériences de jeunes cinéastes, la mémoire des quartiers, les cinémas marginaux : ce seront les archives du pouvoir.

Chloé Scialom a voulu savoir un jour ce qu’il y avait dans les boîtes de métal que son père prétendait jeter lors d’un déménagement. Lui, avait choisi d’interrompre le cycle de la mémoire; elle, a profité de son passage au Polygone étoilé pour aller chercher sur la table de montage ces signes du passé qu’on lui refusait.
D’une certaine façon Marc pensait que ce passé ne méritait pas d’être transmis. Le rejet qu’il avait vécu en était une cause importante sans doute, mais au-delà se pose la question de la dynamique sociale de la mémoire.

Il est important (peut-être unique) que la Région PACA et le Conseil Général des Bouches du Rhône aient donné ce signe fort d’accompagner un geste venu de la marge pour tirer      « in extremis » de l’oubli où il allait disparaître, le travail refusé de Marc Scialom…

Lettre à la prison est le film d’un cinéaste italo-tuniso-français de culture juive parlant par la voix et le corps d’un Algérien musulman... Car il fut un temps où ces catégories n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Il ne nous semble pas rien de mettre à jour ce moment de notre imaginaire commun.
Jean-François Neplaz


Entretien avec Marc Scialom par Claude Martino
(Critique, scénariste)

Quel est le cinéma qui vous a marqué ?
A bout de souffle, quand je l’ai vu, je suis allé le revoir trois fois. Parce que ça me paraissait fondamental du point du vue du découpage et du montage. Et, dans un autre ordre d’idée, Le Cuirassé Potemkine, mais un peu pour les mêmes raisons, parce que c’étaient des plans courts, heurtés, l’intensité la plus forte étant à l’endroit de la collure. C’était là que ça se passait, c’était ça que j’avais envie de faire. J’avais l’impression que le cinéma c’était ça. Le cinéma, ce n’était pas ce qui se passe à l’intérieur d’un plan, mais ce qui se passe au moment où deux plans s’entrechoquent et se succèdent, c’était ça qui m’intéressait.

Est-ce-que vous aviez un bagage, une culture cinématographique ?
Une culture cinématographique un peu comme tout le monde. A ce moment en tout cas, rien de plus. Un peu plus tard, j’avais préparé et réussi le concours de l’IDHEC, puis j’avais laissé tomber car je recevais des lettres de ma mère qui me disait “Ton père a du sucre dans le sang parce que tu veux faire du cinéma”. J’étais jeune et idiot et j’ai laissé tomber. D’autant plus que j’avais rencontré Jean Renoir qui présentait Le Fleuve au cinéma Le Rennes, rue de Rennes, et qui m’avait dit “Si vous voulez faire du cinéma, laissez tomber l’IDHEC, prenez une caméra et tournez”. Ce qui était un très mauvais conseil à mon sens. Et je l’ai suivi.

Vous l'avez suivi tout de suite ?
A peu près. (...) Lettre à la prison, quand je l’ai tourné, étant donné les difficultés que je venais de connaître, car cela avait toujours été très difficile, je m’étais dit je vais le tourner avec mon propre fric, parce que le scénario n’avait intéressé personne. J'ai montré le film et cela n’a intéressé personne. Et cela a dormi dans un placard pendant près de 40 ans.
(…) Quand je le tournais, je me disais : ça ne restera pas ce que c’est. Je me disais : on fera mieux la prochaine fois, quand on aura du fric.

Et mieux cela aurait été quoi ?
Il me semble que j’aurais été fidèle au scénario tel que je l’avais écrit. J’aurais largement développé l’aspect politique de la chose. Parce que dans le film, tout est onirique et psychologique. C’est d’ailleurs ce qui m’a été reproché par des amis de Marker. Marker ne m’a rien dit. Je lui ai montré le film, je lui ai demandé : qu’est-ce-que tu en penses ? Il ne m’a pas répondu. Et des copains de Marker m’ont dit “pas politique”. En particulier, j’aurais donné plus d’importance à ce frère auquel Tahar écrit, et qui lui répond. Car ce frère, on l’aurait vu quand il était à Marseille avant d’aller à Paris, et on l’aurait vu avoir une dimension autre, politique précisément. Alors c’est là que je voudrais vous dire quelque chose. Dans le film tel qu’il est, à un certain moment, dans cette lettre imaginaire que Tahar veut écrire à son frère et qu’il projette de lui écrire tout au long du film, il lui dit : “j’ai peur de connaître une chose que tu connais.” Et à la fin du film, lorsque le frère est censé lui répondre par une autre lettre, il lui dit “ne viens pas me voir tant que tu es innocent.”
Alors il me semble que ces deux choses-là se répondent. Cette chose que tu connais, et qui fait que, si moi je ne la connais pas, je suis innocent, c’est quoi ? Dans mon esprit à moi, c’est la véritable raison pour laquelle lorsqu'un Tunisien qui vient en France, en très peu de temps il devient un autre. C’est le thème du film.

Pourquoi on devient un autre ? C’est pour des raisons politiques, et non pas seulement psychologiques. Derrière cet univers psychologiste, il y a autre chose, il y a des réalités politiques, qui n’apparaissent pas dans le film. Et c’est ça sans doute que j’aurais développé.

Est-ce-que vous aviez tout tourné ?
D’une part je n’ai pas tout tourné car il y avait des choses intournables, trop difficiles, du fait du peu d'argent que j’avais. D’autre part, il y a des  choses que j’ai tournées et qui se sont retrouvées surexposées et que j’ai jetées à la poubelle. Et finalement, j’ai fait avec les restes. Je me suis retrouvé avec des rushes que je n’ai pas vus pendant un an. Parce qu’après avoir tourné, étant donné que je n’avais pas d'argent, je ne pouvais les développer. J’ai attendu une année, j'ai fait des économies.

Les comédiens, c’était leur première expérience à l’époque ?
Oui, bien sûr. Alors, Tahar, moi je pense qu’il est mort. Il est retourné en Algérie peu de temps après ce tournage, ça a coïncidé avec l’époque à laquelle il y avait des massacres dans les  villages. On était très copains et il m’avait dit : “Dès que je suis là-bas je t’écris, je te donne mon adresse, tu viendras me voir, on mangera le couscous ensemble.” Il ne m’a jamais écrit, et je n’ai plus eu de nouvelles du tout. Ce qui me paraît impossible. Alors je me dis qu’il est mort. Ça c’est Tahar. Il y a deux femmes dans le film, dont l’une, celle qui relève ses cheveux, est la mère de Chloé (ma fille qui a retrouver le film). L’autre, la jeune fille qu’on voit au bord de la mer, c'est Martine Biérent, qui avait joué dans le film précédent, En silence, qui n’existe plus.

Est-ce-que finalement, le fait que le film ait été tourné à Marseille et en Tunisie, c'est-à-dire loin du pôle de création de l’intelligentsia, n’est pas aussi nuisible à l’époque pour un cinéaste autodidacte ?
Je ne crois pas, je ne le pense pas du tout. Quand je m’interroge sur les raisons pour lesquelles cela n’a pas été reçu, je me dis probablement d’une part que les critiques faites indirectement par Marker à travers ses copains étaient sans doute justifiées, car le film ne s’inscrivait pas dans un cinéma militant qui existait fortement, surtout après 68. D’autre part, ce n’était pas un film “pittoresque”, qui pouvait intéresser l’autre bord. Cela ne s’inscrivait nulle part. L’aspect onirique pouvait gêner aussi.
C’était Jean Rouch qui m’avait dit : film surréaliste. Pour moi ce n’était pas surréaliste. Enfin, lui l’avait vu comme ça. Je crois que ça ne devait pas plaire, ça non plus. Je crois que le film n’avait aucun créneau qui lui corresponde.

La première confrontation avec vos images, 35 ans après ? (…) Ce sont les images qui vous ont remis en mémoire le processus du film ?
Le film s’est surtout fait au montage. Le tournage a été ce qu’il a pu. Mais le montage a été réfléchi, longtemps, lentement. J’ai mis une année à le monter, mais une année en travaillant uniquement la nuit. Comme je n’avais pas de pognon, et que ma femme de l’époque, Simone, était monteuse, elle me filait les clés de ses salles de montage. Et j’y allais la nuit, en douce, sans que personne ne le sache, pour monter à l’œil sur des Atlas.
J’ai commencé par présenter le scénario à divers producteurs. Qui m’ont dit : “Qu’est-ce-que vous voulez qu’on fasse avec ça ?” Voyant que ça traînait, et que je n’arrivais à rien du tout, je me suis dit : je le tourne. J’avais quand même un tout petit peu d'argent, j’essayais de gratter les fonds de tiroirs. J’ai tourné. Je le tourne, mais évidement ce ne sera pas le film. Ce sera une manière un peu plus imagée de présenter le scénario. J’avais envoyé deux fois de suite au CNC le scénario après l’avoir retouché. Une deuxième tentative désespérée. La réponse a été négative une seconde fois. Je me suis dit : basta ! Une grande croix sur le cinéma ! Je n’avais pas de quoi bouffer, j’étais dans une merde noire. Et je me suis reconverti à l’enseignement. Donc, j’ai mis le film au placard, et mes projets cinématographiques au placard également. Plus qu’au placard : jetés à la poubelle. Et j’ai attendu 35 ans.

Ça fait sens par rapport à votre expérience passée ?
Vous dites qu'on a stagné, dans la faisabilité des films ?

Le cinéma est une industrie, comme dit l’autre. Je ne sais pas travailler dans le cadre de cette industrie. J’espère savoir un petit peu faire des films, mais tout l’aspect “public relation”, je suis nul. Demander de l'argent, je ne sais pas. Trouver des gens qui ont du fric, pour leur dire donnez m’en, je ne sais pas dire ça. Donc je crois que c’est là que ça a foiré à chaque fois. Si le film Exils a pu être tourné en 35 mm, ce qui était somptueux, c’est parce que Marker m’avait aiguillé vers Argos Films. Mais moi j’aurai été voir Argos films avec mon scénario, ils m’auraient répondu merde, je suppose. (...) Le film que je tourne actuellement est un mixte de fiction et de documentaire. Et c’est vrai que je suis beaucoup plus à l’aise dans le documentaire que dans la fiction. Dans la fiction, je n’aime pas que les choses m’échappent, dans le documentaire si ça m’échappe c’est très bien. Je ne demande que ça.