Los Salvajes

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RÉALISATION Alejandro Fadel SCÉNARIO Alejandro Fadel
IMAGE Julián Apezteguía
MONTAGE Andrés P. Estrada et Delfina Castagnino
SON Santiago Fumagalli
DÉCORS Laura Caligiuri
MUSIQUE Sergio Chotsourian et Santiago Chotsourian
INTERPRÈTES Leonel Arancibia, Roberto Cowal, Sofía Brito, Martín Cotari, César Roldan
PRODUIT PAR Agustina Llambi Campbell - La Union de los Rios

 

Alejandro Fadel

Né en Argentine en 1981, Alejandro Fadel a réalisé ses premiers court-métrages à l’Université du Cinéma (FUC). En 2004, il entame une carrière de scénariste pour le cinéma et la télévision. Il a notamment travaillé avec Pablo Trapero et signe les scénarios de Leonera (Compétition à Cannes en 2008), Carancho (Un Certain Regard en 2010) et Elefante Blanco, ainsi que le court-métrage inclus dans le film collectif 7 días en La Habana, interprété par Emir Kusturica. Les deux films ont été présentés à Cannes cette année dans la section Un Certain Regard. Il travaille maintenant sur le prochain film de Walter Salles avec Gael García Bernal, Terra. Los Salvajes, sélectionné à La Semaine de la Critique, produit par sa société La Unión de los Ríos, est le premier film réalisé par Alejandro Fadel.

Informations complémentaires: 

Prix ACID/CCAS - Semaine de la Critique Cannes 2012

Los Salvajes

Alejandro Fadel
Distribution :: 
Date de sortie :: 
27/03/2013
ARGENTINE - 2012 - 119’ - VOSTF - DCP

Quelque part en Argentine, cinq adolescents s’évadent d’un centre de détention pour mineurs. Déterminés à fuir même si la destination est incertaine, ils commencent une longue marche à travers la pampa. Ils tuent et pillent les rares personnes qu’ils rencontrent sur leur route, chassent pour se nourrir, se droguent pour s’oublier. Ils s’enfoncent dans un paysage de plus en plus hostile et accidenté et finissent par se perdre. Le groupe se disloque, et chacun devient une menace pour l’autre. La sauvagerie, jusqu’alors apanage des bêtes chassées, les contamine petit à petit…

A côté des splendeurs attendues, comme des fiascos inopinés, le Festival de Cannes dispense aussi la saveur rare de la pure découverte, le sentiment de sidération provenant d'une sorte d'ovni tombé du ciel cinématographique. Ces oeuvres fragiles, à nulles autres pareilles, procurent des sensations qui marquent peut-être davantage et plus durablement que telle ou telle Palme d'or.
Ce fut le cas, voilà quelques années, de la rencontre marquée au fer rouge, en tout début de Festival, avec les premiers films du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul ou de l'Argentin Lisandro Alonso. Le premier éblouissement de cette édition 2012 n'a pas tardé : c'est un premier long-métrage argentin intitulé Los Salvajes ("Les sauvages"), présenté dans le cadre de la Semaine de la critique.
Son auteur, Alejandro Fadel, 32 ans, n'est pas un inconnu. Il a travaillé comme scénariste avec son compatriote Pablo Trapero, figure de proue du nouveau cinéma argentin, sur Leonora (2008) et Carancho (2011). Il se révèle d'emblée comme un grand cinéaste, sans doute moins redevable sur le plan esthétique à Trapero qu'à l'inquiétante étrangeté et aux dérives barbares d'Alonso. Le prologue liquide d'ailleurs l'hypothèse de la sociabilité et du rachat. Dans un centre de redressement pour jeunes marginaux, délinquants ou orphelins, cinq ados (quatre garçons, une fille) préparent une évasion. Ils sont armés, déterminés, impavides.


Mordre la poussière
Deux morts, qui n'auront pas eu le temps de demander leur reste avant de mordre la poussière, salueront la réussite de leur plan. Il y en aura d'autres, non moins innocents, non moins prestement et gratuitement exécutés. Comme dans un western, dont le décor naturel du film, d'une somptueuse et âpre virginité, ravive la mythologie, et dont nos héros, coiffés à l'iroquoise, percés de ferraille, le corps tatoué et le doigt sur la détente, seraient les méchants sauvages.
Le film ne sera plus, dès lors, consacré qu'à leur longue pérégrination à travers montagnes et bois, champs et rivières, jour et nuit, vers le possible et lointain refuge offert par un parent. On s'avisera assez rapidement qu'il n'y a pas plus de refuge que de beurre en branche. Que l'horizon du film n'est pas tant le destin de ces personnages que l'énigme de leur présence au monde. Un mystère qui fait scandaleusement cohabiter la monstruosité du mal qu'ils commettent et l'innocence absolue de leur intégration à la beauté de la nature environnante.
Tourné en cinq semaines, dans des conditions aussi aventureuses que celles que décrit le film, avec de jeunes acteurs partageant la condition de leurs personnages, Los Salvajes est un film de pure mise en scène, qui substitue au discours signifiant et à la raison commune une puissance expressive et poétique rare. Un film qui réconcilie la sérénité et l'horreur, la violence et la tendresse, l'humanité et la bestialité, à l'image de personnages dont on pressent d'autant plus fortement que leur destinée manifeste est l'anéantissement. Du moins auront-ils choisi de consentir librement à ce sort, entraînant le spectateur dans la saisissante contemplation du feu qui les dévore.
Jacques Mandelbaum
LE MONDE | 17.05.2012 à 16h16 • Mis à jour le 23.05.2012