Nocturnes

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scénario et réalisation HENRY COLOMER
production DENIS FREYD
musique originale JACOPO BABONI SCHILINGI
image JEAN-JACQUES BOUHON, A.F.C.
son XAVIER GRIETTE
décors RAYMOND SARTI
costumes CAROLINE TAVERNIER
montage STÉPHANE FOUCAULT
montage son SÉVERINE RATIER
mixage ANNE LOUIS
assistante réalisation MARIANNE FRICHEAU
direction de production THOMAS ALFANDARI
coproduction Archipel 35 - Institut National de l’audiovisuel
avec le soutien de: Centre Images - Région Centre et la participation du Centre National de la Cinématographie

 

Henry Colomer

Né à Perpignan en 1950, Henry Colomer a fait des études de philosophie, puis de cinéma à l’IDHEC et au Dramastiska Institutet, Stockholm (diplôme de réalisation et de prise de vue). De 1980 à 1985, il réalise des courts métrages, des magazines pour l’INA et écrit deux scénarios de fiction réalisés par Lam Lê : Rencontre des nuages et du dragon et Poussière d’empire. De 1986 à 1996, il réalise des documentaires dont Salvador Espriu et Primo Levi, produits par Archipel 33, ainsi que Monte Verità qui reçoit le prix du documentaire historique au festival de Pessac (1997) et le prix du documentaire de la SCAM (1998). En 1996, conception de CDRom pour la BNF, et réalisation avec le plasticien Xavier Philippe d’un CDRom diffusé en librairie : Une Trêve.
De 1998 à 1999, il écrit pour ARTE, France 2 et la RAI, les scénarios de six dessins animés, d’après les bandes dessinées d’Hugo Pratt. Il crée avec Xavier Philippe l’association Docks. A partir de 2000, il reprend la réalisation de documentaires : Optimum, et Marseille au long cours. En 2001 il réalise pour ARTE une série de dix films de trois minutes, diffusés pour la fête de la musique : Tempo ! (danse et animation). En 2002 il réalise un portrait de Victor Hugo, L’exilé, diffusé sur ARTE (52’). De 2003 à 2005 il travaille à l’écriture de scénarios dont Nocturnes, Magus, longs-métrages de fiction, et Harlem in  Montmartre, long-métrage documentaire qui sera réalisé par Dante James pour PBS en 2007.

Réalisateur

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2011 FILM
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2000 FILM
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1996 FILM

Nocturnes

Henry Colomer
Distribution :: 
Date de sortie :: 
25/04/2007
France / 2006 / 1h15 / noir et blanc / 35 mm / 1.85 / Son Optique - DTS
A la fin des années 50, neuf moments privilégiés de la vie d’un enfant, et la chronique du monde qui change autour de lui. Sans prévenir, la grande Histoire s’invite dans le petit univers fragile où il évolue. C’est la guerre de l’autre côté de la mer, en Algérie. Son père devient soldat, les murs d’une caserne remplacent les terrains d’aventures. L’enfant pressent qu’il tient sa vie entre ses mains... Il a devant lui le royaume de l’imagination, et derrière, le trésor inaliénable de ses souvenirs.
NOTE D'INTENTION J’aime croire que chaque chose et chaque être diffusent une petite lumière pour ceux qui veulent bien la chercher. Avec Nocturnes, j’ai voulu me glisser dans les sensations d’un enfant, explorer avec lui la trame d’un monde où tout résonne, tout fait signe, tout se déploie dans un réseau de correspondances mystérieuses. Mystères de toutes tailles, de tous ordres, et mystères multipliés pour cet enfant le jour où sa vie change radicalement, son père étant devenu soldat au milieu d’une guerre. De ce changement, et de tant d’autres, j’ai tenté de rendre compte par les archives  insérées dans la trame du récit : l’entrée dans un monde de machines aux puissances décuplées, d’armes apocalyptiques, à une époque où subsistaient encore tant de vieux rituels pour apprivoiser le cours des choses. Longtemps après, la part d’enfance qui est en nous continue à demander « Pourquoi ? … Mais pourquoi ? ». Elle voudrait que soit suspendu le décompte mécanisé des horloges et que nous soient rendus les temps immémoriaux du conte, de la légende ; ceux qui nous parlent des origines, de la mort, de notre petite place au milieu des autres, au milieu des grands cycles. L’enfant se projette dans les aventures de Voyage au centre de la terre ; l’adulte qui se souvient de cet enfant entreprend un autre voyage, au centre de lui-même.

Neuf moments Neuf Petites épiphanies, un titre qui m’aurait plu s’il n’était pas « déjà pris » par des textes de Caio Fernado Abreu. Autres candidats éliminés :
Les Transmutations imperceptibles que Méliès avait tourné aux Etats-Unis, juste avant The clockmaker’s dream.
Élégie des lucioles : mais il y a les Élégies de Sokourov, la partie de son oeuvre que j’admire le plus.
En catalan, Llumetes (petites lumières) serait bien venu.
Je m’en tiens à Nocturnes, qui fait résonner la tradition des musiques de la nuit (on entend spontanément les sourdines, on devine le si bémol mineur, les pppp des phrases pianissimo).

Bébé Lune Nous choisissons avec Jacopo, le compositeur de la musique d’accentuer le côté enfantin des grands jouets avec lesquels les adultes entendent déployer leurs pouvoirs et “faire avancer l’histoire“. Aux séquences de la « Grande Histoire » (le Spoutnik, la bombe atomique, etc.) sera donc affecté un friselis musical qui devrait rendre perceptible ce sérieux naïf : petites percussions métronomiques sur des baguettes, chimes, broderies de glockenspiel doublées par une harpe, comme moulinées par un joujou, une boîte à musique.

Pourquoi… que només passem … qui ne faisons que passer…“ . Gisela, qui joue la grand-mère, a un choc en découvrant son texte, les paroles littérales que lui disait sa propre aïeule. Je crois que toutes nos grand-mères nous inculquaient ce sens du passage. Elles le faisaient en catalan, une langue — perdue pour moi — que j’ai voulu retrouver parce qu’une présence maternelle s’était éloignée de ma vie, une façon d’accentuer musicalement des comptines, des proverbes, des poèmes, tout ce qui nous rattache au plus ancien, au vieux socle, aux questions que nous n’en finissons pas de poser, de génération en génération.

Mais pourquoi ? Gérard, qui joue le gardien de phare, écrit et chante en catalan des ballades mélancoliques qui me font penser à Léonard Cohen. Il a recueilli des milliers d’histoires dans les villages et peut scotcher un auditoire d’enfants pendant une soirée entière. Idéal pour le gardien de phare qui donne une “leçon de choses“ aux deux frères dans cet endroit magique. Mon grand-père était l’ami de l’ancien gardien, aujourd’hui c’est un gardien itinérant qui fait la tournée des phares et qui assure leur maintenance. Je crois que c’est pendant les longues soirées passées dans ce phare que j’ai pris goût à une scansion lente et rythmée, qui donne par exemple son assise inimitable aux films d’Ozu.

Une décision Le petit jardin que le père et le fils vont irriguer se trouve aujourd’hui à proximité immédiate d’une voie rapide. Pour pratiquement tous les plans, un déplacement de la caméra de quelques centimètres fait entrer dans le champ un immense panneau publicitaire, un hypermarché, ou une barcasse qui promène les touristes le long de la côte. J’ai l’impression de faire un travail d’archéologue. L’époque — si proche — où se déroule le récit est celle du grand passage qu’Olmi a filmé de façon inoubliable dans son premier long-métrage : Il posto.

Les adieux Pendant le voyage en train vers la caserne, le continuo des petites percussions rejoint l’autre thème musical, celui de l’histoire intime de l’enfant. Moment de bascule, où la Grande Histoire rattrape sa vie fragile. Pour ce thème de la vie fragile, Jacopo a placé un couple de micros quasiment dans le piano, afin d’obtenir un son aussi éloigné que possible du “pianisme virtuose“, comme si on entendait la respiration secrète de l’instrument. La clarinette, proche de la voix humaine, s’est imposée pour dialoguer avec le piano.

Un autre pays Les lucioles, après le poisson rouge, la tortue, le cachalot, sans oublier l’ostinato des grillons : je sais bien que si j’en avais eu les moyens, j’aurais transformé le film en Arche de Noë. (Pas de séquence sur les têtards ? Je m’y suis pris comme un manche !) « Il existe au coeur de l’enfance une disposition encyclopédiste sauvage qui est amour du monde. Le monde et la nature crépitent de partout, bruits et silences passionnants, phénomènes incompréhensibles et très beaux […] Élan premier, communication première avec les choses et les secrets, les mots science et poésie sont encore synonymes. » Pierre Péju – La petite fille dans la forêt des contes

Nuit d’attente Quand nous tournons la scène du mikado, Quentin (l’aîné) et Zacharie (le cadet) sont devenus amis malgré leur différence d’âge. Un tournage, ça rapproche ou ça clive, assez radicalement. Ce sont les enfants - leur énergie et en même temps leur patience inespérée - qui me permettent de tenir le coup en dépit de toutes les restrictions auxquelles nous voue l’économie du film. À quelque chose malheur est bon : Raymond Sarti à la déco et Caroline Tavernier aux costumes remplacent les moyens qui nous manquent par leur capacité de viser juste, d’aller à l’essentiel, ils font des miracles avec trois fois rien. Et avec Denis Freyd, nous pouvons conduire librement le film où nous le souhaitons.