Opéra Jawa

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Réalisation : Garin Nugroho - Scénario : Garin Nugroho, Armantono Image : Teoh Gay Hian - Son : Pahlevi Indra C. Santoso - Montage : Andhy Pulung Décors : Nanang Rakhmat Hidayat - Costumes : Samuel Watimena Musique : Rahayu Supanggah Producteur : Garin Nugroho - Producteurs exécutifs : Simon Field, Keith Griffith Production : Set Film Workshop, New Crowned Hope
 

Garin Nugroho

Né à Yogyakarta (Indonésie) en 1961, Garin Nugroho étudie le cinéma et la télévision à l’Institut des arts de Djakarta et obtient son diplôme en 1995.
Il réalise de nombreux documentaires avant de passer à la fiction avec CINTA DALAM SEPOTONG ROTI (LOVE ON A SLICE OF BREAD, 1991) suivi d’un “docu-fiction”, SURAT UNTUK BIDADARI (LETTER TO THE ANGEL, 1993). Il poursuit avec BULAN TERTUSUK ILALANG (AND THE MOON DANCES, 1994), un drame réaliste, chronique des relations entre un vieux maître de musique, son élève et une jeune danseuse.
FEUILLE SUR UN OREILLER, 1998 - présenté à Cannes la même année dans la section “Un certain regard”, met en scène un groupe d’orphelins qui cherchent refuge auprès d’une femme délaissée par son mari. Parmi ses réalisations, on retrouve notamment TEPUK TANGAN (1986), ICON SEBUAH PETA BUDAYA (2002), BIRD MAN TAIL (2002), OF LOVE AND EGGS (2004) et SERAMBI (2006). Il a reçu de nombreuses distinctions internationales aux Festivals de Berlin, Tokyo, Taormina et Taïwan.
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Opéra Jawa

Garin Nugroho
Distribution :: 
Date de sortie :: 
26/03/2008
Indonésie - Autriche - 2006 - 2 h - 35mm - 1: 1.85 - VOSTF - Couleur
Setio et sa femme Siti gèrent une poterie traditionnelle. Dans leur jeunesse, ils fréquentaient Ludiro, un homme riche et despotique de la région. Celui-ci, amoureux de Siti depuis toujours,veut profiter d’un voyage de Setio pour tenter de séduire la jeune femme, qui ne peut résister à ses assauts. Profondément touché, Setio prépare sa vengeance.
« Un requiem pour une culture qui va mourir. »

« Brodant à partir de la grande tradition du gamelan indonésien, OPÉRA JAWA révèle les riches aspects du théâtre, de la danse et de la musique de Java. Cette joyeuse célébration de la diversité culturelle indonésienne est en même temps un requiem de douleur pour toutes les effusions de sang dans le monde, un reflet de nos vies aujourd’hui, où les problèmes se résolvent dans la cruauté et la tragédie. »

Garin Nugroho

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OPERA JAWA est un film à grand spectacle qui reprend une légende traditionnelle indonésienne : le RÂMÂYANA
LE RÂMÂYANA Le Râmâyana (en sanskrit “Le parcours de Râma” est un poème épique composé entre le IIIème siècle avant et le IIIème siècle après J.-C. Texte fondamental de l’hindouisme, à la base de nombreuses oeuvres artistiques asiatiques encore aujourd’hui, ce poème de 48 000 vers, à l’image de L’Iliade, voit se succéder récits légendaires et cosmogoniques, drames amoureux, longues épopées, voyages aux longs cours, intrigues de palais, guerres cruelles et interventions divines. Râma est le fils de Dasaratha, roi d’Ayodhya, mais il est surtout la 7ème incarnation de Vishnu, envoyé sur terre pour contrer les machinations du roi des démons, Râvana. Héroïque et courageux, Râma gagne l’amour de Sità en parvenant à bander l’arc de Shiva. Dès lors, parfaitement dévoués l’un à l’autre, le couple représente l’amour conjugal parfait. Dasaratha vieillit et Râma s’apprête à lui succéder sur le trône. Mais suite à de complexes intrigues de palais, le souverain est contraint de l’envoyer en exil. Râma se met donc en marche, accompagnée de Sità et de son frère Lakshamana. Dix ans plus tard, le trio s’installe à Panchavati. C’est alors qu’une démone ourdit un plan pour se venger de la froideur de Râma devant ses avances. Elle convainc Râvana de conquérir Sità, car elle lui attirera la faveur des dieux. Alors que les deux frères sont éloignés par ruse, Sità est capturée et enlevée. Hanuman, général de l’armée du royaume des singes retrouve la belle dans le jardin d’Asoka, près de Lanka – généralement identifié au Sri Lanka actuel. Un pont magique permet aux troupes de traverser l’océan et une guerre sanglante oppose alors nos héros aux hordes de démons.
A leur retour au royaume d’Ayodhya, la fidélité de Sità est sévèrement remise en question. Râma doit la bannir. Recueillie dans la forêt par un ermite du nom de Vâlikimi – à qui on attribue la paternité du Râmâyana – elle met au monde des jumeaux. Douze ans plus tard Râma rappelle Sità auprès de lui. Afin de lui prouver sa pureté, celle-ci implore la terre de l’engloutir en cas de fidelité absolue de sa part. Aussitôt le sol s’ouvre et la belle sacrifiée disparaît.

Source : dossier de presse Trigon-Films

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ENTRETIEN AVEC GARIN NUGOHO
Le Râmâyana est un grand livre de la culture indienne. Quel est son statut en Indonésie et pourquoi l’avez-vous choisi pour en faire un film plutôt qu’un autre récit légendaire comme le Mahâbhârata par exemple ?
Le Râmâyana est populaire bien au-delà de l’Inde, au Sri Lanka, en Indonésie et même au Vietnam. Il existe dans ces pays dans des versions différentes. Par exemple au Sri Lanka c’est Râvana qui devient le héros et non Râma comme en Inde. J’ai choisi cette histoire classique parce qu’elle a une dimension symbolique et en même temps elle est très complexe. C’est un livre toujours vivant pour les gens parce qu’il repose sur des structures de récits simples comme un amour triangulaire : deux hommes désirant la même femme tout en étant en rapport avec ce qui se passe dans leur pays aujourd’hui. Chaque artiste interprète cette légende à sa manière. Dans OPÉRA JAWA par exemple, j’ai voulu que Râvana représente le pouvoir économique – ce pourrait être les Etats-Unis – et Râma la pauvreté. Sità, c’est la terre qui est aujourd’hui un problème majeur à la fois objet de convoitise parce qu’elle contient le pétrole et sujet de préoccupations écologiques. Râvana, comme tout homme de pouvoir, est amené à prendre des positions extrêmes et utilise la violence. De même, Râma qui est exploité se sert de son arme.

Vous avez changé leurs noms : Râma est devenu Setio, Sità, Siti et Râvana, Ludiro.
Ce sont des noms javanais. Setio veut aussi dire loyal. Comme Râvana vient du mot Roh qui veut dire sang en sanscrit je l’ai appelé Ludiro qui a le même sens en javanais. Quant à Siti comme Sità, ils viennent du sanscrit sinda.

Quels sont vos rapports avec le théâtre ?
Quand j’étais jeune, j’ai mis en scène des pièces et j’ai même été acteur. Mais j’ai fait ensuite des études et je n’ai plus du tout été actif dans le théâtre. Mon père dirigeait des spectacles d’art traditionnel javanais et, enfant, j’assistais chaque semaine dans ma maison à des représentations de ballets inspirés par le Râmâyana. Par ailleurs, mon père éditait des livres en langue javanaise et mon frère aîné faisait des études d’art contemporain. Dans ma famille se mêlaient donc l’art classique et l’art moderne mais aussi la politique.

Votre film OPÉRA JAWA reflète ce mélange de cultures puisqu’on y trouve des marionnettes et la participation de comédiens qui ont travaillé avec des metteurs en scène à la pointe de la modernité comme Peter Brook, Peter Sellars et Bob Wilson.
Ce fut très compliqué car je travaillais aussi avec des créateurs contemporains. Parmi les auteurs d’installations avec qui j’ai collaboré, trois avaient représenté l’Indonésie à la Biennale de Venise. Il fallait gérer tout le monde et aussi les danseurs. Mais je crois profondément qu’un metteur en scène de cinéma est comme un zéro, un réceptacle vide qui reçoit toutes les contributions. De par mon histoire familiale, je connaissais aussi bon nombre de ces artistes comme celui qui a créé la statue et qui est un spécialiste des images de terreur. Sunario, l’auteur du tapis rouge, est un habitué des constructions monumentales. Ils ont tous une personnalité très forte et tout mon travail consiste à combiner leurs talents – y compris les responsables de happenings - un peu comme le capitaine d’une équipe de football qui dispose ses joueurs sur le terrain et leur laisse ensuite une grande liberté. Il est possible que vous ayez des difficultés avec eux mais en fin de compte ce sont des maestros et ils sont capables de vous donner des choses que vous ne pouvez pas prévoir. Par exemple, il y a deux ans j’ai entendu un choeur de deux cent personnes qui chantaient magnifiquement et j’ai décidé d’avoir des danseurs qui les accompagnent. Cette collaboration multiculturelle crée une nouvelle énergie. J’ai réalisé au moins vingt cinq documentaires et j’en ai tourné un sur ce choeur. Cette activité de documentariste m’a mis en rapport avec de nombreux artistes folkloriques que je connais maintenant très bien. Par contre au début du film, le gros homme qui chante avec un autre qui prie étaient inconnus de moi car l’un était originaire de Sumba dans l’Indonésie Orientale et l’autre de Solo dans le centre de Java. Ils se sont mis à chanter ensemble une sorte de rap et la combinaison de leurs talents venant de deux cultures différentes fut, même pour moi, le metteur en scène, une totale surprise.

Vous avez dû faire beaucoup de préparations ?
Surtout pour la chorégraphie. Les répétitions ont duré trois mois pour mettre au point les soixante danses, les soixante dix nouveaux chants et les sept installations, ainsi que le temps pour faire les repérages. Par contre, le tournage n’a duré que deux semaines. L’ensemble a beaucoup ressemblé à un happening.

Dans cette légende très ancienne, le Râmâyana, vous introduisez des thèmes politiques qui vous sont chers, puisqu’on connaît votre engagement dont témoigne en particulier votre film : A POET
Les marionnettes représentent de manière symbolique les problèmes sociaux et
politiques. L’une fait référence à l’Amérique l’autre à l’Irak, le troisième à l’Afghanistan etc… J’ai essayé de comprendre la logique de ces opérations militaires, celle de Al Quaïda contre le World Trade Center, celle des Etats-Unis contre l’Irak et la certitude pour chacun de détenir la vérité. L’absence de partage des idées me frappait et aussi que la foi se transforme en violence. Je voulais aussi parler de la colère de la nature – sous la forme de tsunamis – parce qu’on assiste à la destruction de l’écosystème. La démocratie ne se manifeste plus dans son rapport à l’humanité mais en terme de victoire ou de défaite. D’où la présence de tant de camps d’extermination dans mon film.

La palette chromatique d’OPÉRA JAWA est également symbolique.
J’ai demandé à mon chef opérateur Teoh Gay Hian de s’inspirer de l’intérieur des maisons de Java, mélanges d’obscurité, de mysticisme, de rêves et de réalité. Je lui ai aussi conseillé de rendre visite aux marchés traditionnels, où l’on peut remarquer l’influence du post-modernisme. Dans la demeure des habitants, on peut voir coexister les pierres mégalithiques avec lesquelles on fabrique les tombes et les paraboles sur les toits. Le passé, le présent et le futur sont intimement liés. Pour moi, ces symboles de la religion, du capitalisme, de la beauté qui cohabitent, expriment le paradoxe de l’Indonésie.

Quelle est cette tradition du gamelan indonésien sur lequel vous avez brodé votre récit ?
Je n’en connais pas la signification mais le gamelan est un type d’orchestre avec un nombre variable de musiciens, une trentaine dans notre film. Il y en a un dans chaque village qui joue une musique traditionnelle et le nôtre est l’un des meilleures du pays. Une partie de la musique a été enregistrée en son direct, une partie à la post-synchronisation.

Vous avez dans votre film des mouvements de caméra très complexes qu’il a fallu régler malgré une durée de tournage restreinte ?
J’aime me ménager un espace pour que la caméra suive les déplacements des acteurs dans la continuité comme on le voit dans OPÉRA JAWA ou THE POET. Selon moi, la langue implique des concepts de mise en scène différents. Les mouvements du corps, la démarche des javanais, des français, des indonésiens ne sont pas semblables et exigent des représentations distinctes. Le style d’un film est issu de la culture à laquelle l’oeuvre appartient.

Le film fait parti d’un groupe de long-métrages produits par New Cromned Hope à Vienne et qui ont tous un rapport avec Mozart. Le vôtre se présente comme un requiem ?
J’ai rencontré Peter Sellars, l’initiateur du projet au Festival de Rotterdam et nous avons évoqué l’assassinat du réalisateur Théo Van Gogh par un fondamentaliste musulman. C’était en 2004 et nous avons parlé de l’extrémisme politique. Je lui ai parlé du gamelan et du Râmâyana qui me permettaient d’évoquer tous ces problèmes contemporains. Ce fut une conversation très brève de quelques minutes et lui et Simon Field m’ont tout de suite donné carte blanche sans même me demander de lire le scénario. Je savais que ce film touchait des zones profondes de ma culture et que les spectateurs à Java seraient susceptibles de pleurer en le voyant tant il évoque des souvenirs douloureux. J’ai d’ailleurs dit à mon équipe en commençant le tournage que nous en étions à la dernière phase de la culture ancienne javanaise qui allait bientôt mourir. C’est en ce sens que je vois mon film comme un requiem.
Peu après la fin du tournage, un tremblement de terre a détruit tous les lieux où nous avions tourné et aussi ma maison. OPÉRA JAWA avait donc quelque chose de prémonitoire comme mon autre film FEUILLES SUR UN OREILLER où j’évoquais le futur. Même si le reste de l’Asie connaît une prospérité économique comme Hong-Kong ou la Chine aujourd’hui, la distribution des richesses créera des inégalités encore plus grandes, et le continent peut décliner.

Quelle a été votre formation ?
J’ai suivi mes cours d’école élémentaire au sein d’Islamic, un cercle musulman traditionnel, une institution religieuse comme il en existe chez les catholiques. Au début des années 70, je suis né en 1961, mon père m’a envoyé dans un établissement catholique parce que nous vivions dans un village où l’environnement était précaire avec un certain nombre de gangsters locaux. Quand je me suis retrouvé avec les prêtres, ils m’ont aidé financièrement pour faire du théâtre. En 1978, j’ai écrit une pièce qui s’appelait COMPUTER, une parabole sur le pouvoir. Au lycée, j’ai écrit cinq autres pièces. A la fin de mes études secondaires, je suis entré à l’Institut des arts de Djakarta pour suivre des cours de cinéma et en même temps je me suis inscrit à la faculté de droit. J’ai également publié des critiques de films à cette époque là. Mon premier travail pour le cinéma fut sur des films documentaires et des courts métrages. J’ai tourné pour l’UNICEF des films pour des enfants et aussi mon premier court métrage qui a été perdu.


Par Michel Ciment
Extraits de l’entretien réalisé au Festival de Venise le 6 septembre 2006,
traduit de l’anglais et à paraître en intégralité dans Positif en avril 2008