Pork and Milk

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Réalisation : Valérie Mréjen
Image : Céline Bozon
Son : Yolande Decarsin
Traduction simultanée : Anat Safran
Traduction et sous-titres : Emmanuel Pinto
Montage : Anne Weil
Mixage : Myriam René
Produit par : Charlotte Vincent - Aurora Films
Assistée de : Jean-Christophe Reymond
Coproduit par : Institut national de l’audiovisuel
(Direction des Programmes de Création)
Anne Schuchman
Administrateur Pascale Ponsoda
Producteur Sylvie Blum
ARTE France
Unité de programme Thierry Garrel
Distribution : Documentaire sur Grand Ecran

 

Valérie Mrejen

Née en 1969 à Paris. Vit et travaille à Paris.
Oct. 2002 - mars 2003 : résidence à la Villa Médicis, Rome
1989 – 1994 : Ecole National d’Arts de Cergy-Pontoise
DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique)

FILMOGRAPHIE
2004 : Pork and milk - (52’, 35mm, couleur)
Entrevues de Belfort 2004, Festival Images en Région de Vendôme 2004, FIPA à Biarritz 2005, Festival International de Kiev 2005, Festival du moyen-métrage de Brive 2005, Festival de la Rochelle 2005 - Présélectionné pour le César du meilleur court-métrage 2006
2002 : Chamonix - (13’, 35 mm, couleur)
Prix Jameson au Festival de Clermont-Ferrand 2003
2001 : La Défaite du rouge-gorge - (23’, 35mm, couleur) Prix du jury de la presse au Festival Côté-court de Pantin 2001

VIDÉOS
2006 : Manufrance (5’)
2004 : Dieu (12’) - Collection musée national d’Art Moderne, centre George Pompidou, Paris
2003 : Portraits filmés 2 (8’) - Collection musée d’art moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg
2002 : Portraits filmés (13’) - Collection Fonds national d’art contemporain
Quinzaine des réalisateurs–Cannes, Festival de Rotterdam, Festival de La Rochelle, Chicago International Doc Film Festival, Côté Court-Pantin, Festival du film d’Ottawa-Ontario
Oops : (6’, vidéo) Exposition Forwart, Bruxelles
2000 : Des larmes de sang, La Poire, Elisabeth, Le Goûter, Eric, Titi ou Les Kiwis, Marianne, Blue bar –
1999 : Valérie, Le Projet, Il a fait beau, Yves et Sylvia, C
1998 : Maïté et Philippe, Sympa, Anne et Manuel, Jocelyne, Huguette - Comment aider votre mari à réussir dans la vie
1997 : Bouvet, Au revoir, merci, bonne journée, Une noix, Tonie et Etienne, Michèle et Aurore, Scali/Margot
Quinzaine des Réalisateurs-Cannes, VideoLisboa-Lisbonne, Festival du court de Bilbao, Internationale Kurtzfilmtage d’Oberhausen, Festival de la Rochelle, Coté Court-Pantin, Premiers Plans d'Angers, Festival du film de Moscou, Festival du nouveau cinéma et des nouveaux medias-Montréal, Videoart-Locarno…

Réalisateur

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2011 FILM
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2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Pork and Milk

Valérie Mrejen
Date de sortie :: 
29/03/2006
FRANCE. 2004. 52min. 35mm. Couleur.

On ne cesse en ce moment de parler du "retour au religieux", d'expliquer comment des individus que rien n'y prédisposait deviennent subitement intégristes. Valérie Mréjen a choisi le parti pris résolument inverse. Elle est allée en Israël pour rencontrer ceux qui, élevés dans l'orthodoxie la plus sévère, ont décidé un jour de rompre avec le fanatisme religieux, ceux dont on dit en hébreu qu'ils ont choisi "d'aller vers la question".

A propos du film par Valérie Mréjen

En 2002, une galerie de Tel-Aviv m’a contactée pour me proposer une exposition. L’idée était de passer du temps sur place et d’y élaborer un projet lié au pays. Par hasard, quelques jours plus tôt, j’avais discuté avec une amie rentrée depuis peu à Paris après avoir vécu six ans en Israël ; nous avions entre autres évoqué les religieux, leur façon de s’habiller, leur vie organisée, leur attitude fermée et rigoriste. Elle me disait s’être un jour perdue en voiture dans les rues de Méa Sharim, le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, un vendredi en fin de journée alors qu’elle faisait visiter la ville à ses parents. Instantanément, les gens étaient apparus aux fenêtres et s’étaient mis à crier “shabes ! shabes ! shabes !” (Shabbat en yiddish). Une femme religieuse qui rentrait chez elle leur avait conseillé de fuir au plus vite en indiquant une direction. Quelques secondes de plus et ils se seraient sans doute retrouvés sous des nuées de pierres, assaillis de toutes parts.
Pour avoir souvent traversé ce quartier lors d’un séjour là-bas, j’avais été frappée par ces hommes habillés en noir, ces jeunes garçons aux crânes rasés avec de longues mèches sur les tempes, ces mères aux regards indifférents et aux perruques invariablement coiffées en brushing, ces fillettes portant des collants opaques sous les robes de leurs soeurs aînées. Dans le bus ou aux arrêts, un religieux ne viendrait jamais s’asseoir à côté d’une femme. Si une femme s’installait sur sa banquette, il se déplacerait aussitôt pour aller à côté d’un homme. Il ne daignerait pas adresser la parole à un non-pratiquant, se laisserait encore moins aborder par un goy.
Les enfants religieux me faisaient de la peine. Je les voyais marcher en rangs à côté de leurs mères derrière une poussette, toujours sages et disciplinés, ne courant pas partout, ne se chamaillant pas, n’ayant pas l’air d’avoir été jamais joueurs ou turbulents. J’essayais de me mettre à leur place et me demandais ce que j’aurais fait si j’étais née de parents orthodoxes. Une seule question me venait à l’esprit : comment aurais-je fait pour m’en échapper ?
J’ai décidé de faire un film sur les anciens religieux devenus laïques. Il fallait commencer par en chercher, en rencontrer, leur poser des questions, présenter mon travail, décrire ce que je voulais faire, leur demander, enfin, s’ils seraient prêts à raconter un souvenir lié à cette expérience.
Après avoir tourné une première vidéo (Dieu, 12’) dans laquelle chacun racontait, face à la caméra, la transgression d’un interdit, j’ai eu envie de continuer, de filmer plus longuement. Les anecdotes étaient toutes assez éloquentes et décrivaient des peurs irrationnelles liées à la première fois (“J’étais sûr que Dieu lui-même allait descendre et m’arracher le coeur. J’attendais qu’un éclair me foudroie. Elle pensait que ses doigts s’enflammeraient et que Dieu viendrait lui régler son compte…”), mais cela donnait envie de ne pas s’arrêter là, de travailler sur une autre durée. J’ai demandé à certains s’ils voudraient bien participer à un documentaire plus long, et m’accorder, pour cela, des entretiens approfondis et détaillés.
De retour à Paris, j’ai commencé à écrire le projet en essayant d’imaginer une forme différente du court-métrage en vidéo. Afin de commencer la préparation et de revoir toutes les personnes ayant accepté de participer, il fallait retourner sur place et continuer les entretiens. J’avais d’abord imaginé poser à tous la même série de questions, mais me suis vite rendu compte que cela risquait de réduire et d’orienter le discours. Il était surtout important de créer des liens, de bavarder sans trop chercher à cadrer les conversations. J’allais chez les uns chez les autres, certains préféraient me donner rendez-vous au café lorsqu’il n’était pas possible de se voir chez eux – Shlomi, le jeune soldat, qui habitait chez ses parents, Menahem Lang, l’acteur, qui était installé provisoirement chez des amis, Gali et Tzachi qui ne venaient que les samedis et partageaient avec un autre couple un minuscule appartement à Tel-Aviv. Beaucoup privilégiaient les bars des centres commerciaux : ils sont climatisés et sûrs grâce au service de sécurité à l’entrée. David préférait que nous nous retrouvions chez lui le soir tard où il buvait du brandy et fumait beaucoup. Hagaï, qui devait emmener son fils à l’école avant de partir travailler, était de bonne heure à la terrasse au coin de sa rue…


PORK AND MILK

Témoignages de jeunes israéliens qui ont rompu avec l’ultra-orthodoxie

    Le film de la plasticienne et romancière est empreint de sérénité : le calme qui succède aux cris, aux larmes et aux disputes, la tranquillité des choix enfin assumés. Tous ceux qui témoignent face à sa caméra –dix jeunes gens de Tel-Aviv (Israël)– s’expriment posément. Pas d’excès, guère de débordements d’émotion, juste un voile de tristesse dans le regard. Le prix à payer : la rupture totale avec la famille et le bannissement de la communauté pour avoir renoncé aux pratiques religieuses de leur milieu ultra-orthodoxe, délaissé leur costume noir et coupé leurs papillotes. Ils voulaient faire du patin à roulettes, lire des magazines, regarder la télévision, fumer ou simplement ne pas subir un mariage arrangé à 16 ans.
    Un jeune homme, aujourd’hui cuisinier a quitté le foyer familial à 14 ans et demi, le jour où ses parents n’ont pas accepté qu’il abandonne ses études talmudiques à la yeshiva pour un enseignement général dans un établissement scolaire. Ses deux sœurs cadettes ont trouvé refuge chez lui pour avoir refusé le fiancé qui leur était proposé. Tous ont été traités d’apostats (« dos »). Certains ont été raillés par leurs camarades du service militaire. Quitter un monde pour un autre, celui des laïques, a suscité chez chacun des interrogations d’étranger. « Faisait-on l’amour dans ce monde-là comme chez les religieux ? » s’est même demandé l’un deux. Comment se déprendre de la notion de péché lorsqu’on conduit sa voiture le jour du shabbat ou lorsqu’on fait un tour de manège ?
    En contrepoint de ces récits de jeunes gens, Noam, 43 ans, raconte son histoire. Son chemin vers le doute l’a conduit à perdre tout contact avec quatre de ses six enfants. A l’âge de 20 ans, à New York, Noam s’est mis à respecter les préceptes de vie et la philosophie spirituelle des Loubavitchs. Il s’en est écarté lorsque son fils aîné, âgé de 12 ans, lui a dit qu’il était interdit de regarder un arc-en-ciel. En hébreu, « quitter la religion » se dit littéralement « aller vers la réponse », rappelle en préambule Valérie Mréjen, qui signe avec Pork and Milk un documentaire d’une belle sobriété.
Macha Séry -  LE MONDE - Décembre 2004