Pour l'amour du peuple

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Scénariste : Eyal Sivan, Audrey Maurion
Production : Arcapix, Zero Films
Compositeurs : C. Steyer, N. Becker
Photographie : Peter Badel
Monteur : Mirjam Strugalla, N. Gundelwein
Chef monteur : Audrey Maurion
Mixage : Martin Steyer
Monteur son : Audrey Maurion
Sur une idée de : Gilles-Marie Tiné
Adaptateurs : Eyal Sivan, Audrey Maurion, Aurélie Tyszblat

 

Eyal Sivan

2004 : Pour l'amour du peuple
2003 : Route 181
1999 : Un specialiste, portrait d'un criminel ordinaire
1997 : Dans la cage de verre
1996 : Itsembatsemba, Rwanda, un genocide plus tard
1995 : Aqabat-jaber, paix sans retour
1993 : Itgaber
1991 : Israland
1990 : Izkor
1987 : Aqabat Jaber, vie de passage
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Réalisateur

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2011 FILM
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1998 FILM
1996 FILM

Pour l'amour du peuple

Eyal Sivan
Distribution :: 
Date de sortie :: 
13/04/2005
France/Allemagne. 2004. 1h28. 35 mm. 1,66. Couleur et N/B. Dolby SR
Monsieur B. a travaillé pendant vingt ans comme fonctionnaire “au service du public”. Par amour. Un amour inconditionnel et absolu pour son peuple. Un amour aveugle et destructeur. Il avait fait sienne la devise : “La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux.”
Lorsque le vent tourne et que le régime dont il a fait partie change, il est rejeté et son environnement social s’effondre. Licencié de ce qui fut sa maison, Monsieur B. se retrouve alors sans perspective ni avenir. Il est seul dans ce bureau qui n’est désormais plus le sien. Lorsqu’il aura passé la porte, il ne reviendra plus....
En février 1990, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin, le démantèlement du Ministère pour la Sécurité d’État est-Allemand est entamé. C’est la fin de la STASI.
Le major B. était l’un de ses officiers.
Il livre alors un récit détaillé sur sa vie et son travail depuis vingt ans au sein de cette institution.
Pour l’amour du peuple est construit autour de cet exceptionnel témoignage et d’images d’archives souvent inédites ; c’est un film sur la surveillance et l’aveuglement, sur la croyance

Entretien avec Eyal Sivan :

Pour l’amour du peuple » s'inscrit sur le même mode d’un cinéma du réel qui caractérise vos précédents films. Comment définiriez-vous démarche de cinéaste ?

Eyal Sivan: Le champ d’expression de la réflexion politique est l’écrit, l’action, et aussi le cinéma. L’image et le son composent des phrases au même titre que l’écrit ou la parole. La question du Mal en politique m’intéresse. En travaillant avec le réel, en filmant des images, en sélectionnant des rushes, on fabrique des archives. Donc, d’une certaine manière, cela nous impose un devoir. Ma démarche est celle d'un citoyen, éventuellement celle d'un illettré, mais ce citoyen a une conscience politique, et peut-être un savoir faire dans son regard et son approche des évènements. Je n’ai pas de message. Comme dit Kurosawa, "Quand j’ai un message à adresser, je l’envoie par la poste". Mais je crois au mouvement des idées, c’est-à-dire que comme les particules de Brown, les idées ont un mouvement.
Vous dites, « Tout a déjà été filmé, il faut re-regarder. »
Oui, je ressens une nécessité à citer et à relire ce qui a déjà été fait pour le proposer avec mon propre regard, mais il existe une dictature des sujets dans le documentaire. À peu près 70 % des films de fiction traitent d'histoires d’amour. Quand vous proposez un scénario autour d’une histoire d’amour auprès des chaînes de télévision ou de tel ou tel fonds de soutien, personne ne vous dira : "Encore une histoire d'amour… Mais ça déjà été fait ! " Par contre, si vous proposez un documentaire sur l’Allemagne de l’Est, on vous dit, " On l'a déjà vu mille fois", sans tenir compte de votre point de vue, de votre approche du sujet. On n’invente rien, évidemment, tout a été filmé, tout a été pensé, mais je crois qu’il faut re-penser, il faut re-regarder, car je peux peut-être présenter une vision des choses différente de celles qui ont déjà été données.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à un flux incessant d’images vis-à-vis desquelles se pose de plus en plus la question de leur « vérité ». Quelle est précisément votre mise en question à propos de cette utilisation et de ce pouvoir de l’image ?
D’abord, on est responsable parce que l’on participe, comme acteurs, agents actifs à la fabrication de ces images. La question qui se pose est, comment lutter pour à la fois, offrir le maximum de points de vue, tout en étant vigilant quant à l’effet d’opacité, ou de « noyer le poisson », que cette accumulation d'images peut engendrer. Si on empile de splendides diapositives l’une sur l’autre, on obtient une image opaque. Ensuite, l’image n’a pas une vérité intrinsèque, ce n’est pas un objet sacré. Par contre, il y a une interprétation de l’image, une proposition de discours. Déjà cadrer signifie couper, ne pas montrer, et à présent, plus on rentre dans la technologie, avec le montage, la communication, plus on est dans la censure. Devant des images filmées en temps réel par l’armée américaine opérant la nuit à Faloudja, des images verdâtres, peut-on vraiment dire que l'on voit la guerre en Irak ! L’image est toujours un fragment de la réalité, un fragment de la vérité, ce n’est jamais « La Vérité », même si cette image est vraie.
Montrer, "Une image juste, juste une image ", dit Godard.
Cette citation est devenue un cliché, mais son sens est profond. Une image de cinéma, c’est en réalité 24 images secondes, donc chaque image est vue. Je dis toujours à mes élèves, « Voir, est donné à tout être humain, mais le regard est déjà une sélection. Observer, c’est prendre le temps de se poser la question, " Qu’est-ce que je vois ? Et donc, qu’est-ce que je ne vois pas ?" » Il y a un contrat entre le faiseur d’images et le spectateur. Moi je cache, à vous de vérifier ce que je cache.
Comment recréer le réel en respectant les images ?
Je peux tout faire avec l’image, je peux me permettre de truquer, de recadrer… Alors, quelle est l’éthique du cinéaste ? Je crois qu’il ne faut jamais cacher dans le travail présenté à l'écran qu’il y a montage, recadrage, etc. Il n’y a pas de méfiance par rapport aux images d’un cinéaste qui fait semblant de montrer la réalité. Si la question du statut de l’image est soulevée à propos de mon travail, c’est parce qu’il y a hésitation. Je ne cache pas que je cache ! Alors pourquoi devrait-on m'attaquer sur ce point ?
Vous avez consacré plus de neuf mois au montage de "Pour l'amour du peuple". Le montage est une partie essentielle de votre travail.
Dans chacun de mes films, le montage est un long travail sur l’image, un montage d’idées et de sens. La salle de montage est un laboratoire de pensées qui donne lieu à des actes : sélectionner les images, changer, déplacer, etc. L’écriture du scénario se fait réellement en salle de montage, c’est-à-dire en échafaudant des hypothèses. Le montage est le lieu de l’hésitation, des choix, des mises en question. Après des mois de réflexion, on espère parvenir à formuler la bonne question, mais on ne croit pas donner la bonne réponse. Au sujet de votre question sur ma démarche de cinéaste, j’ajouterais que je propose mon point de vue sur le réel, non pas comme une réponse sur ce qu'est le réel, mais comme la formulation d’une question que peut-être d’autres n’ont pas encore énoncée, en tout cas de cette manière-là. Il faut sortir de l’idée que l’intellectuel ou l’artiste donne les bonnes réponses. Non, il pose des questions. Ce film a, je l’espère, autant de questions que de réponses.
Le fait de vivre en Israël et à Paris influe-t-il sur votre travail ?
Oui, tout simplement parce que je vis dans une situation extrême, surtout ces temps-ci où l'on comprend de plus en plus que la passivité citoyenne, la non-confiance dans les politiques peut amener au crime. Ce qu’on appelle la criminalité de la politique Israélienne ne vient pas du fait qu’un gouvernement décide en haut lieu, mais parce que nombre de citoyens ne croient pas qu’ils peuvent avoir- mêmes changer les choses. Vivre dans le monde, c’est être un acteur politique de ce monde. La politique est une tentative permanente de construire un monde commun. Les gouvernements israéliens ont réussi à abolir la confiance des citoyens dans leur possibilité de changer le cours des choses. Quant à la France, certains intellectuels ont tendance à remplacer une tradition, une culture, une histoire juive, par le sionisme, et ils deviennent nationalistes. Alors que s’il y a quelque chose que l’on peut qualifier de tradition juive, c’est d’être en permanence dans le questionnement.
Comment souhaitez-vous que soit perçu votre travail ?
Je ne cherche pas à faire d'un film, un "objet de mémoire". Goethe dit, "Quand j’entends le mot mémoire, je me pose la question de savoir ce qui a été oublié". On oppose toujours le mot mémoire au mot oubli, mais mémoire et oubli vont ensemble. Là où il y a mémoire, il y a oubli. Mes films sont plutôt des objets de réflexion. De réflexion politique. " Pour l'amour du peuple" est un objet qui utilise le passé. Ce un film s'ouvre à différentes réflexions, sur la télévision, sur la surveillance, sur la sécurité, sur la guerre contre le terrorisme, sur les chefs d’entreprises… J’espère aussi que ce film est un spectacle. Même si c’est un spectacle dont on sort épuisé de questions, comme on peut dire qu’on est épuisé mais content, quand on sort d’un match ou d’une salle de sport !
Propos extraits du dossier de presse.