Pour l'éternité

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Martin Serner Le Prêtre • Jessica Louthander La Narratrice • Tatiana Delaunay et Anders Hellström Le Couple volant • Jan Eje Ferling L’Homme dans les escaliers • Bengt Bergius Le Psychiatre • Thore Flygel Le Dentiste
 
Réalisation et scénario Roy Andersson • Image Gergely Pálos • Décors Anders Hellström, Frida E. Elmström, Nicklas Nilsson • Costumes Julia Tegström, Isabel Sjöstrand, Sandra Parment, Amanda Ribrant • Mixage son Robert Hefter bvft  • Producteurs Pernilla Sandström, Johan Carlsson • Co-producteurs Philippe Bober, Håkon Øverås • Producteurs exécutifs Sarah Nagel, Isabell Wiegand • Produit par Roy Andersson Filmproduktion AB • En coproduction avec 4 ½ Fiksjon AS, Essential Films • En association avec Parisienne de Production, Sveriges Television AB, Arte France Cinéma, ZDF/Arte, Film Capital Stockholm Fund • Avec le soutien de Swedish Film Institute, Eurimages Council of Europe, Nordisk Film & TV Fund, Norwegian Film Institute, Film- und Medienstiftung NRW, Medienboard Berlin-Brandenburg
 

Roy Andersson

Roy Andersson est né en Suède à Göteborg en 1943. Son premier long métrage, Une histoire d'amour suédoise a remporté le principal prix au festival de Berlin 1970; son deuxième film a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 1976. En 1975, il a commencé à réaliser des publicités insolites couronnées de succès qui ont remporté un total de 8 Lions d'Or à Cannes. En 1981, Roy Andersson a fondé le Studio 24 afin de produire et réaliser ses films en totale indépendance. A la suite de Quelque chose est arrivé (1987) et Un monde de gloire (1991), deux courts métrages qui lui ont valu les plus prestigieuses récompenses (notamment à Clermont-Ferrand), il a réalisé Chansons du deuxième étage dans son studio (entre mars 1996 et mai 2000) et obtenu le Prix Spécial du Jury à Cannes en 2000. Nous les vivants est son quatrième long métrage. Ces films ont forgé son style personnel, caractérisé par des plans fixes et des tableaux soigneusement conçus, par la comédie absurde et une humanité essentielle. En 2009, Roy Andersson a été distingué par une exposition au Musée d’Art Moderne de New York, qui a présenté non seulement son oeuvre intégrale, mais aussi plusieurs films publicitaires. Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence est son cinquième long-métrage et le dernier chapitre de la trilogie des vivants, dont la réalisation s’est étalée sur quinze ans.

Longs métrages :
Pour l'Eternité (2019)
Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence 
(2015)
Nous, les vivants (2007)
Chansons du deuxième étage (2000) 
Giliap (1975)

Courts métrages :
Une histoire d'amour suédoise (1970)
Monde de gloire (1991)
Quelque chose est arrivé (1987)
 
Informations complémentaires: 

Lion d'Argent du Meilleur Réalisateur  - Festival de Venise 2019

Pour l'éternité

Roy Andersson
Distribution :: 
Date de sortie :: 
25/11/2020
Suède/Allemagne/Norvège - 2019- 1h16

Pour L'éternité nous entraîne dans une errance onirique, dans laquelle des petits moments sans conséquence prennent la même importance que les événements historiques : on y rencontre un dentiste, un père et sa fille sous la pluie, un homme dans un bus, un couple dans un café, des jeunes qui dansent, Hitler ou encore l’armée de Sibérie…
Une réflexion sous forme de kaléidoscope sur la vie humaine dans toute sa beauté et sa cruauté, sa splendeur et sa banalité.

ENTRETIEN AVEC ROY ANDERSSON


Certains des thèmes de POUR L’ÉTERNITÉ sont présents dans vos autres films : l'optimisme représenté par la jeunesse, mais aussi la guerre et le désespoir, et l'absence de Dieu. Ici, vous montrez un prêtre qui ne croit pas en Dieu. Diriez-vous qu'il y a toujours un équilibre entre l'espoir et le désespoir ?
Le thème principal de mon travail est la vulnérabilité des êtres humains. Et je pense que c'est un acte plein d'espoir que de créer quelque chose qui montre la vulnérabilité. Parce que si vous êtes conscient de la vulnérabilité de l'existence, vous pouvez devenir respectueux et attentif à ce que vous avez.
Je voulais souligner la beauté de l'existence, du fait d'être vivant. Mais bien sûr, pour y parvenir, il faut créer un contraste. Vous devez montrer le mauvais côté, l’aspect cruel de l'existence. Dans l'histoire de l'art, par exemple, beaucoup de peintures sont tragiques. Mais même si elles représentent des scènes cruelles et tristes, en les peignant, les artistes ont en quelque sorte transféré de l'énergie et créé de l'espoir.

Pour chacun de vos films, vous vous êtes inspiré de peintures. Quelles ont été vos influences pour POUR L’ÉTERNITÉ ?
Je m'intéresse aux artistes de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit, mouvement artistique allemand des années 20) en raison de la force de leurs peintures que je trouve extraordinairement nettes et détaillées : tout y est très clair et très distinct. On ne trouve pas cette netteté dans les films de cinéma, car l'arrière-plan reste souvent flou. C'est pourquoi je trouve ces peintures très inspirantes pour mes scènes : tout est net, même les moments grotesques de la vie. Je suis souvent jaloux de la peinture parce que je voudrais vraiment que les films soient aussi riches
que la peinture peut l'être.

Y a-t-il un tableau en particulier qui vous a inspiré pour ce film ?
J’aime énormément le Portrait de la journaliste Sylvia von Harden d'Otto Dix.

Le mouvement de la Nouvelle Objectivité a eu lieu dans les années 1920, juste avant l'apocalypse qu’a été la deuxième guerre mondiale. Diriez-vous que POUR L’ÉTERNITÉ se déroule également juste avant l'apocalypse ?
J'espère que non. Il serait très pessimiste de penser que nous vivons un tel moment. Je ne pense pas qu’Otto Dix lui-même croyait qu'une apocalypse était imminente, mais il nous mettait tout de même en garde contre cette éventualité. Toutes ses peintures peuvent être considérées comme des avertissements. C'est également vrai pour les anciens maîtres - ils dépeignent notre existence mais nous avertissent aussi de sa brièveté : “ Rappelons-nous que la vie n'est pas éternelle. Il faut être reconnaissant pour le temps qu'il nous reste ”.

Vous avez également mentionné l’influence de l’architecture, et le fait que le mouvement du fonctionnalisme suédois des années 50 a été un élément esthétique inspirant pour vos films. Quel est le lien entre le fonctionnalisme et POUR L’ÉTERNITÉ ?
J'avais l'ambition de montrer l'existence sous tous ses aspects : cela inclut le fonctionnalisme, le modernisme, le stalinisme. C'est un mélange de multiples ambitions pour créer des maisons, pour créer des sociétés. Je n'avais pas l'ambition de créer un style pur, je voulais montrer notre époque, et en Suède, le fonctionnalisme était très populaire et utilisé abondamment.

Vous avez dit que la présence d'un narrateur dans le film est inspirée du personnage de Shéhérazade dans Les Mille et Une Nuits . Est-ce aussi pour cette raison que vous avez choisi une femme pour être la conteuse ?
Oui, c'était un choix. J'ai d’abord hésité : j'ai essayé avec un homme, et même avec ma voix, mais j'ai finalement trouvé plus intéressant de choisir une femme. Elle est comme une fée, très intelligente, peut-être même éternelle. C'est la première fois que j'utilise une voix off, c'est nouveau pour moi. J'ai été influencé par la voix dans HIROSHIMA MON AMOUR. Dans certaines scènes, le personnage principal décrit ce que le public voit à l'écran en même temps. Et j'ai vraiment aimé ça. Vos films comportent toujours des scènes historiques, pourquoi est-ce si important pour vous ? J'ai toujours été très intéressé par l'Histoire. J'étais particulièrement intéressé par les deux guerres mondiales. Par exemple, j'ai été fasciné par les images de la Première Guerre mondiale que j'ai vues quand j'étais adolescent.

Dans le film, les scènes de guerre représentent les perdants. Pourquoi ?
Les gagnants ne sont pas intéressants. Parce que nous sommes tous des perdants dans un certain sens. Il est important d’admettre qu'à la fin, personne n'est gagnant. Je ne suis pas pessimiste, mais le fait est qu'il n'y a pas d'espoir. La vie est une tragédie. Je ne suis pas la première personne à le dire.

Vous montrez également à voir l’orgueil démesuré de personnage comme Charles XII, ou Hitler.
À certaines périodes de votre vie, surtout quand vous êtes jeune, vous ressentez cette arrogance. Vous pensez que vous êtes invulnérable, que vous gagnerez toujours. C'est très caractéristique des personnes jeunes et fortes. J'ai moi-même ressenti ce sentiment, surtout lorsque j'avais 25 ans et que je venais de faire A SWEDISH LOVE STORY. C'était ma période d'orgueil, quand je pensais que je serais toujours un gagnant, que je ne perdrais jamais si je me battais et si je travaillais assez dur.

Qu'est-ce que la jeunesse représente pour vous ?
La jeunesse, c'est très beau, la plupart du temps. J'aime particulièrement regarder les enfants : ils ont tellement d'idées, d'espoir et de vitalité, c'est beau à regarder. Tant qu'on est jeune, on garde cet espoir, mais petit à petit on le perd, en grandissant.
Par exemple, j'aime beaucoup la scène montrant le père et la fille sous la pluie, en route pour une fête d'anniversaire. Le père perd son parapluie pour l'aider, dans un acte d'altruisme, alors que la fille veut juste avoir ses chaussures attachées, et c'est très joli à voir. De même, dans la scène où les filles dansent, je trouve charmante la vitalité de ces jeunes gens qui sont très heureux d'exister ; elles aiment danser, donc elles dansent. Il y a quelque chose de contagieux dans leur énergie.

Vous avez un sens de l'humour très particulier. Que trouvez-vous drôle ?
Je pense que la vérité est très souvent drôle. Quand j'ai commencé ma carrière, j'ai été inspiré par Milos Forman, Jiri Menzel et d'autres cinéastes tchèques. Ils nous ont montré l'existence sur un ton très humoristique. Ils dépeignent des gens qui sont un peu perdus, pour ainsi dire. Pas des perdants, mais un peu perdus. Et j'aime beaucoup ces films, qui nous montrent ce genre d'humour : de petites histoires mais très drôles. Beaucoup de cinéastes tentent de mettre en scène ce type d’humour mais il est très facile d’échouer. J’échoue souvent moi-même, mais je n’abandonne pas.

Avez-vous tout filmé dans votre studio ?
Oui. À part un extérieur, la scène avec l'armée allemande en marche, qui a été tournée en Norvège. Quelles ont été les scènes les plus difficiles du film, d'un point de vue technique ? Ce doit être la scène du couple volant. Même en mettant de côté la fabrication de la ville modèle de Cologne, cela nous a pris beaucoup de temps. L'échelle est peut-être de 1/200. La cathédrale, par exemple, fait un demi-mètre de haut. Toute la ville est un énorme décor. Il a fallu un mois pour la construire.

Que signifie cette scène pour vous ?
C'est une terrible réminiscence de l'Histoire : une belle ville a été bombardée et détruite. Malgré cela, je voulais montrer que la vie continue. L'amour, la tendresse, la sensualité continuent d'exister. Il était important de montrer ces aspects de l'existence au-dessus d'une ville détruite.

Malgré ces scènes historiques, il y a un sentiment d'intemporalité dans vos films et, ici, cela est également lié au titre.
Oui, je voulais que ces scènes soient très intemporelles ; que l’on ressente un sentiment d’intemporalité, même si l’on voit que c'est le mois de septembre, qu'il neige, ou qu'il s’agit d’une scène historique. Encore une fois, je suis inspirée par la peinture, les œuvres qui nous parlent à notre époque et qui ont parlé à d'autres il y a deux cents ans, ou plus. Elles suggèrent que nous, les êtres humains, sommes assez semblables à travers les âges et le temps. “L'éternité" du titre n'a rien à voir avec l'espace sans fin. Ce n'est pas en termes de science, l'infinité dans ce film concerne l'infinité des signes de l'existence, les signes de l'être humain.