Premières neiges

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Réalisatrice AIDA BEGIĆ
Scénario AIDA BEGIĆ, ELMA TATARAGIĆ
avec la collaboration de NOEMIE DE LAPPARENT
Image  EROL ZUBČEVIĆ
Montage  MIRALEM S. ZUBČEVIĆ
Son FRANK BUBENZER, BRANKO NEŠKOV
Musique IGOR ČAMO
Décors VEDRAN HRUSTANOVIĆ
Costumes SANJA DŽEBA
Producteurs ELMA TATARAGIĆ, BENNY DRECHSEL, KARSTEN STOETER, FRANÇOIS D’ARTEMARE
une coproduction MAMAFILM – Sarajevo / ROHFILM – Leipzig / LES FILMS DE L’APRES-MIDI – Paris
Avec le soutien de CINEMA FUND SARAJEVO, FEDERATION OF BOSNIA AND HERZEGOVINA, FONDS SUD CINEMA, EURIMAGES, MDM, DOCUMENTARY AND EXPERIMENTAL FILM CENTER – IRAN, FTV

 

Aida Begic

Née à Sarajevo en 1976, Aida Begić est diplômée de la Sarajevo Academy of
Performing Arts en 2000. Son film de fi n d’études FIRST DEATH EXPERIENCE est présenté en sélection offi cielle à la Cinéfondation au Festival de Cannes 2001 etremporte de nombreux prix à travers le monde. En 2003, elle réalise son second
court-métrage NORTH WENT MAD. Aida Begic enseigne aujourd’hui la réalisation à la Sarajevo Academy of Performing Arts et réalise de nombreuses publicités et spots vidéos. En 2004, elle fonde MAMAFILM, société de production indépendante avec Elma Tataragic. PREMIÈRES NEIGES est leur premier long-métrage.
fi lmographie
1995 AUTOBIOGRAFIJA doc. C.m.
1997 TRIUMPH OF THE WILL doc. C.m.
2001 FIRST DEATH EXPERIENCE c.m.
2003 NORTH WENT MAD, c.m.
2008 PREMIÈRES NEIGES

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Premières neiges

Aida Begic
Distribution :: 
Date de sortie :: 
08/10/2008
BOSNIE / ALLEMAGNE / FRANCE / IRAN / 2008 / 1h39 / 35 MM / 1.85 / COULEUR
Bosnie, 1997. Quatre jeunes femmes, deux vieilles dames, quatre fillettes, un vieil homme et un jeune garçon vivent à Slavno, un village dévasté par la guerre. Leurs familles ont été tuées et les corps n’ont jamais été retrouvés. À force de vivre en présence de leurs disparus, les femmes du village se sont créées un monde très particulier dans lequel ce qui n’est pas là est bien là. Alors qu’elles essaient de vivre en maintenant intacts leurs souvenirs et leurs rêves, elles ont fait de leur village un pays idéal, sans même s’en rendre compte.
Un jour, deux hommes d’aff aires rendent une visite surprise aux villageois et leur proposent de quitter le village contre une forte somme d’argent.
note d’intention de Aida Begić
La guerre est l’une des situations les plus terribles qu’il est donné à vivre, à cause de la proximité constante de la mort. Si la mort vous poursuit en temps de paix, alors la paix devient une situation de même essence que la guerre. Les temps de paix sont parfois plus compliqués que les temps de guerre. Le matérialisme reprend vite le dessus et vous commencez à oublier toutes les choses essentielles que vous avez pu apprendre pendant la guerre. Les gens se battent pour une place au soleil, découvrant que la Terre n’a pas arrêté de tourner entre-temps. Nous ne pouvons pas oublier le passé et le futur ne peut pas l’effacer. Vivre dans l’illusion n’aidera personne à acheter son billet pour l’Union Européenne, car le mensonge se répandra comme une tumeur et consumera tout être vivant.
Ces relations entre la vie et la mort, la guerre et la paix, le passé et le futur créent beaucoup d’absurdités dans la vie des gens de mon pays. Elles suscitent beaucoup de questions sans réponse. La douleur et la joie, l’amour et la haine, l’Est et l’Ouest nous arrivent en même temps et s’entrechoquent. Tout cela rend mon pays et ses habitants très spéciaux, mais il n’est pas toujours facile de trouver son chemin dans la confusion et l’injustice de l’après-guerre. Comme il n’est pas facile d’avoir des rêves et de croire qu’ils peuvent se réaliser.
Les habitants de Slavno trouvent la force de résister et d’avoir leurs propres rêves, même s’il s’agit parfois de cauchemars. La liberté, c’est de pouvoir choisir et ils lutteront pour elle. Si vous imaginez un village complètement détruit recouvert de fleurs magnifiques, de fruits énormes et d’eau pure, alors vous comprendrez l’essence de cette poésie qui montre que la construction est bien plus puissante que la destruction. Peut-être qu’aujourd’hui, en 2008, cela semble excessivement romantique d’entendre qu’il vaut la peine de se battre pour la vérité et la liberté. Mais sans doute avons-nous seulement besoin qu’on nous le rappelle. Si l’art ne s’en charge pas, qui donc le fera ?

entretien avec Aida Begic
Vous êtes née et avez grandi à Sarajevo. Comment avez-vous été amenée à raconter une histoire de villageois de l’est de la Bosnie ?
Après la guerre, beaucoup de gens se sont retrouvés sans leur famille ou leurs proches. Beaucoup de ces femmes habitaient des villages. La Bosnie est surtout constituée de villages, de petites villes et d’une seule grande ville, Sarajevo. Du jour au lendemain, ces femmes ont perdu leurs maris, leurs enfants, et ont dû tout assumer seules, faire un pas de près de deux siècles en avant. Je me suis toujours demandée à quel point cela a dû être un choc pour elles. La plupart ont grandi dans un environnement patriarcal où elles ont été à la fois protégées et opprimées. En plus d’avoir à soigner leur âme, elles ont dû assumer ce changement de vie énorme. Pour moi, cette petite communauté isolée du monde extérieur est fascinante. L’isolement rend les relations entre les membres de la communauté plus intenses. J’ai eu cette expérience lors du siège de Sarajevo. Cet isolement génère aussi une série d’illusions et de mensonges, qui ne peuvent être révélés que par des éléments extérieurs. J’ai d’abord voulu montrer que la vie continue malgré les horreurs passées. Mon propos n’est pas politique.

Le film débute comme une réunion de famille. On croit d’abord que ce sont les membres d’une même famille, et pas d’un village.
D’une certaine façon, ils sont une famille. Quand j’ai fait des recherches pour ce film, j’ai rencontré beaucoup de femmes qui ont connu les mêmes drames. C’est entre elles qu’elles se comprennent le mieux. Il est diffi cile de ressentir la douleur des autres. La plupart du temps, nous ne voulons pas la ressentir non plus. Ces personnes se sentent mieux ensemble, parce qu’elles peuvent partager des souvenirs et entretenir la mémoire et la présence de leurs proches qui ont disparu. Ces femmes s’occupent aussi des enfants orphelins. Ce sont des liens très forts qui les maintiennent unies. Je pense que cette importance de la famille et de la communauté a disparu des sociétés occidentales, alors qu’en Bosnie nous maintenons encore cette valeur.

La situation particulière que ces femmes vivent les amène à se détacher du schéma patriarcal. Elles n’ont pas choisi de vivre seulement entre femmes.
La réalité est que l’armée serbe tchetnik a intentionnellement tué les hommes pour livrer les femmes à elles-mêmes et détruire leurs vies. C’est commun à beaucoup de guerres. D’un autre côté, l’esprit patriarcal est encore présent. Même si elles sont très fortes et qu’elles peuvent gagner leur vie sans les hommes, ce n’est pas une communauté normale. Les hommes leur manquent comme un corps à qui il manque une main.

Comment avez-vous trouvé les lieux du tournage ?
Nous les avons cherchés pendant deux ans. Nous avons voyagé un peu partout en Bosnie. Nous n’avions pas assez d’argent pour construire un village et la plupart des villages en ruines existant en Bosnie sont infestés de mines. C’est très dangereux, voire impossible, d’y tourner. Finalement, nous l’avons trouvé dans l’est de la Bosnie, dans un lieu qui a subi le pire nettoyage ethnique et génocide de la Bosnie. Nous avons trouvé un village qui avait connu une histoire similaire à la nôtre. C’était assez incroyable et cette réalité a porté toute l’équipe.

Quelle est la part d’improvisation des acteurs ? Dans quelle mesure le film est-il fidèle au scénario ?
Le scénario était très strict. Nous avions juste 30 jours de tournage et nous avons finalement tourné tout le fi lm en 5 semaines. Je n’avais pas le luxe de tourner 10 scènes supplémentaires que j’aurais coupées au montage. Tout était précisément préparé à l’avance, et je savais exactement quelle scène se positionnerait après l’autre. Les acteurs n’ont pas eu accès à la toute dernière version du scénario. Ils avaient juste leurs scènes la veille du tournage. Je voulais obtenir d’eux un sentiment de liberté, ne pas les stresser avec la technique. J’ai d’ailleurs beaucoup utilisé la caméra à l’épaule pour aller dans ce sens.

Vous vous intéressez à beaucoup de personnages à la fois. Comment éviter qu’ils soient unidimensionnels ?
Il n’y a pas une réponse unique et juste à la situation de l’après-guerre en Bosnie. Cette situation amène beaucoup de questions et peu de réponses. C’est pourquoi notre but était de donner à voir les problèmes et les possibilités de vivre en Bosnie. Parfois, dans la même journée, vous pouvez passer par des sentiments complètement opposés. Dans la matinée, vous pensez que vous devez quitter ce pays car tout y est horrible. Dans l’après-midi, vous réalisez que vous êtes tellement attaché à ce pays que vous ne pourriez vivre nulle part ailleurs. C’est très complexe, très contrasté. Cette dualité qui traverse chacun d’entre nous contribue à une tension générale. Chaque personne en Bosnie peut faire l’objet d’un film. C’est pourquoi nous avons essayé de considérer les personnages aussi sérieusement que possible, et de ne pas leur donner qu’une seule dimension. Je comprends par exemple le personnage de Sabrina, qui est amoureuse d’un étranger, et qui veut quitter ce trou que représente son village. D’un autre côté, je comprends aussi Alma qui veut rester là, persuadée qu’elle ne trouvera pas ailleurs ce à quoi elle tient dans sa communauté en Bosnie. Le monde extérieur n’est pas un conte de fées. Il est très diffi cile de vivre en dehors de son pays.

Alma, votre personnage principal, pousse les autres à rester et à reconstruire le village. Son personnage semble le plus proche de votre point de vue de réalisatrice…
Alma est comme ces nombreuses femmes qui se sont mariées très jeunes avant la guerre, et qui n’ont passé qu’un ou deux ans avec leur époux. La guerre a éclaté et a tué leurs maris. Elles sont encore très jeunes, gardent cet amour pour le défunt, mais ont en même temps besoin de continuer leur vie. Elles vivent une jeunesse où le passé récent et le futur s’entrechoquent. Le personnage d’Alma est comme cela, et elle est assez forte pour penser que ses rêves peuvent se réaliser. C’est là où je la rejoins. Je pense moi aussi qu’il y a beaucoup de choses superbes en Bosnie, et que si on se donne les moyens, on peut vraiment faire de notre pays un endroit agréable où vivre normalement. Mais nous devons beaucoup travailler et résister à de nombreuses tentations qui sont devant nous. PREMIÈRES NEIGES est aussi une histoire sur la mondialisation parce que chacun d’entre nous, habitant en Europe est confronté au jour le jour à ces dilemmes. Devez-vous accepter une off re pour conforter l’aspect matériel de votre vie, mais en vendant votre âme ? Devez-vous vivre vos propres rêves, tout en sachant qu’ils pourraient être cauchemardesques ? Je pense que ce sont des questions que chaque européen, ou même citoyen du monde, se pose aujourd’hui. En ce sens, la réaction d’Alma à l’off re que les hommes apportent au village constitue une réponse possible à la question de comment garder son identité dans le monde capitaliste, matérialiste et cruel dans lequel nous vivons. Si nous ne résistons pas, nous ne serons plus qu’une partie ridicule d’une machine sans signifi cation qui nous détruira et détruira tout ce qui donne du sens à cette vie.

Safija, la belle-mère d’Alma, peut plus facilement vivre son deuil qu’Alma puisque sa propre vie est plutôt derrière elle. Comment expliquez-vous qu’elle semble refuser à Alma le droit de continuer sa vie ?
C’est une attitude logique et plutôt courante. Alma est son unique lien vivant à son fils, sa seule famille. Elle n’est pas très gentille avec elle, mais à la fin nous  comprenons pourquoi. Si elle recherche de manière si possessive à la garder avec elle, c’est parce qu’elle a peur de rester complètement seule. Je pense que les gens liés par la mort d’un proche vivent des relations très complexes. Tous vivent dans une illusion. La mémoire du passé et des personnes défuntes crée de nombreux mensonges auxquels ils se mettent à croire. Et ces deux hommes venant de l’extérieur pour acheter le village brisent cet isolement et les obligent à aff ronter la vérité. Par exemple Safi ja doit accepter que sa belle-fi lle vive sa vie, mais cela ne signifiera pas nécessairement que cette dernière la quittera. Elles auront simplement des souvenirs à la fois merveilleux et tristes en commun. C’est aussi une position universelle, pas forcément liée à la guerre, lorsqu’on est obligé de faire face au passé.

Pour quelle raison ces deux hommes serbes cherchent-ils à acheter le village ?
Cela arrive tous les jours en Bosnie. La Bosnie est un endroit parfait pour blanchir de l’argent européen ou international. Il y a un marché noir, énormément de corruption et beaucoup d’étrangers sont liés à cette chaîne d’aff aires. D’autre part, ce Serbe sait que les femmes du village ont été témoins de ses crimes. Même si personne ne découvre jamais qu’il était lié aux meurtres pendant la guerre, ces femmes lui rappelleront toujours qu’il l’a été. Donc son but caché est de se débarrasser d’elles. Aujourd’hui, dans la Republika Srpska (république Serbe de Bosnie), à l’est de la Bosnie, le programme de retour des habitants, qui consiste à faire revenir chez eux ceux qui ont été chassés pendant la guerre (des Musulmans et des Croates) est un échec complet. Quand ces gens reviennent chez eux, on leur tire dessus, on les insulte, on les menace. Personne ne veut qu’ils reviennent.

Vous ne croyez pas à une possibilité pour les diff érentes communautés de vivre ensemble dans cette partie de la Bosnie ?
Je ne sais pas. C’est très dur. Même dans un endroit comme Srbrenica, ce n’est pas facile pour les femmes de revenir. Même si le monde entier sait qu’un génocide y a eu lieu, que 10 000 hommes ont été tués en une seule journée. Même si Radovan Karadzic vient d’être arrêté, d’autres tels que Ratko Mladic sont encore libres. Ces criminels de guerre peuvent marcher tranquillement dans les rues, et ces femmes peuvent les reconnaître. Elles croisent des hommes qui les ont violées ou torturées dans les camps. Certains d’entre eux travaillent même pour la police ou occupent des postes importants au gouvernement. Le système dans son entier empêche le retour des femmes chez elles.

Les autorités bosniaques partagent une part de responsabilité également…
Oui, les autorités bosniaques ne s’occupent pas bien de ces femmes. De nos jours, elles ne bénéficient toujours pas d’un statut social adéquat, et ne sont toujours pas protégées par la loi. Ces femmes sont des activistes : elles font appel à la communauté internationale, elles demandent à la Cour de justice de La Haye d’arrêter les criminels de guerre. Mais elles sont seules dans ce combat. Personne ne les traite de manière juste, parce que personne n’en a besoin. Elles sont comme une cicatrice que vous ne voulez pas soigner et cherchez à cacher. Elles sont des témoins et des rappels à tous de ce qui s’est passé pendant la guerre.

Lors de la tempête, une bâche avec le sigle de l’UNHCR (United Nations High Commissioner for Refugees ou HCR, Haut commissariat aux réfugiés) vole en éclats… Selon vous quel rôle a tenu la communauté internationale en 1997, à l’époque où se passe le film ?
Les forces de l’ONU ont regardé tous ces massacres se perpétrer sous leurs yeux. Ils étaient au courant de ce qui se passait et n’ont rien fait pour l'empêcher. A Srbrenica, il y avait un bataillon entier de l’ONU qui regardait les Serbes tuer tous ces gens. C’est impossible qu’ils ne les aient pas vus car ils étaient partie prenante et d’une certaine façon ils les ont aidés car ils n’ont pas réagi. Leur responsabilité est énorme, de même que la responsabilité de chaque gouvernement d’Europe qui aurait pu faire quelque chose pour arrêter ces trois années et demie d’agression en Bosnie. Ils nous ont regardés mourir sans agir. Même François Mitterrand qui, après être venu à Sarajevo, a fermé l’aéroport. Ils nous ont mis sous embargo pour les armes, nous n’en avions aucune et nous nous sommes retrouvés comme des animaux pour la boucherie. De nos jours aussi, ils ne font pas preuve de grande initiative pour résoudre cette situation de criminels de guerre se baladant dans les rues. Le tribunal de La Haye est le plus souvent ridicule. Des gens qui ont tué 130 hommes à eux seuls sont condamnés à 10 ans, et au bout de 7 ans sont libérés. Ce type d’injustice et ces mauvais traitements n’apporteront pas un futur sain à l’Europe et vivre dans ces mensonges et ces illusions non plus. On ne peut pas prétendre que ces femmes de Srbrenica n’existent pas, et croire qu’après leurs morts, nous aurons une vie meilleure. Cela restera comme une tumeur ineffaçable.

Vous êtes une femme réalisatrice, vous portez le foulard quel sens cela revêt-il pour vous ?
C’est simplement mon parcours personnel. J’ai eu l’expérience de réaliser des films avec et sans le foulard. Aucune de ces positions n’est vraiment tenable dès que vous êtes une femme. Si vous ne portez pas de foulard, la plupart de l’équipe, des hommes, vous regardent comme un morceau de viande. Si vous le portez, ils vous regardent comme une arriérée. Ils croient que vous êtes oppressée, que c’est votre mari qui vous y oblige, ou que quelqu’un vous paie pour ça. Ils détruisent immédiatement votre personnalité et n’acceptent pas que ce soit juste votre choix. C’est difficile pour une équipe de tournage d’accepter que leur boss est une femme qui porte le foulard, car la place de ce type de femmes, c’est d’être à la maison, de faire à manger, d’être silencieuse et d’être battue. C’est un stéréotype et un préjugé vis-à-vis des femmes musulmanes. C’est aussi une propagande qui cherche à montrer les femmes musulmanes comme oppressées, retardées, stupides, et sans droits. Mais ce n’est pas la vérité. Il y a plein de cas de femmes maltraitées indépendamment du fait qu’elles soient musulmanes ou non.

Le cinéma bosniaque est plutôt un milieu restreint. Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres réalisateurs ?
PREMIÈRES NEIGES est le seul film produit en Bosnie l’année dernière. La quantité de productions est très faible, mais nous avons de beaux films qui ont remporté des succès. Le succès de mes collègues m’aide beaucoup et la présentation de mon film à Cannes et son Grand Prix de la Semaine de la Critique les aident également. Nous sommes une petite communauté basée à Sarajevo qui fonctionne plutôt bien. Il y a très peu d’argent partagé par le gouvernement entre les diff érents projets. Nous nous connaissons, nous parlons de nos projets, nous travaillons ensemble. Mon premier assistant était mon collègue à l’école, et il prépare maintenant son court-métrage. Je connais aussi des réalisateurs de Croatie ou de Serbie, dont j’apprécie le travail. Nous parlons des mêmes enjeux régionaux, de laboratoire de mon dernier court-métrage ont été réalisés en Croatie. Dans les équipes de tournage il y a aussi des Serbes, dans mon film, la maquilleuse était Slovène. Nous coopérons tous ensemble.

Un mot sur les conserves que font les femmes du village ?
L’une d’elles s’appelle « besti ». C’est une confi ture de prunes. C’est une spécialité bosniaque. Vous cuisez tout simplement des prunes. Le « hajvar » est aussi un produit bosniaque. Vous mettez des poivrons, des oignons, des aubergines, vous les cuisez ensemble et cela a très bon goût. La Bosnie a plusieurs choses qu’elle pourrait vraiment exporter, dont ces deux spécialités qui sont excellentes. Mais nous n’avons pas les ateliers ou usines adéquates pour la fabrication et l’exportation. Nous avons pu le faire par le passé, mais plus aujourd’hui. Personne ne prend plus d’initiative pour cela.