Salle N°6 - Tchékhov

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Karen Shakhnazarov

2009 - Salle N°6 - Tchékhov 
2008 - L'Empire disparu 
2004 - Le Cavalier de la mort 
2001 - Poisons ou l’histoire universelle des empoisonnements 
1998 - Le Jour de la pleine lune
1995 - La Fille américaine 
1993 - Rêves 
1991 - L'Assassin du tsar 
1988 - La Ville zéro  
1986 - Le Garçon de courses 
1985 - Soirée d’hiver à Gagry
1983 - Nous sommes du jazz 
1979 - Les Bonnes gens 

Réalisateur

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Salle N°6 - Tchékhov

Karen Shakhnazarov
Distribution :: 
Date de sortie :: 
05/05/2010
Russie - 83mn - 2009
La Salle n°6 est réservée aux fous sous la surveillance négligente du Docteur Raguine. Indifférent au sort des malades qu’il considère comme condamnés, Raguine se lie pourtant d’amitié avec l’un d’eux, Gromov. Sous la coupe de Gromov, le médecin sombre peu à peu jusqu’à rejoindre la Salle n°6.
Note d’intention du réalisateur :
« Nous avons écrit le scénario il y a plus de vingt ans avec Sasha Borodiansky. Nous devions le tourner en Italie avec Marcello Mastroanni qui était partant pour tenir le rôle de Raguine. Mais la production italienne voualit un film dans l’esprit des Yeux Noirs que Nikita Mikhalkov venait de finr avec Mastroianni. Pas nous. J’ai laissé le scénario de côté et ces dernières années j’ai cherché qui pouvait incarner Raguine. Dans mon film précédent, L’Empire Disparu, Vladimir Ilyn jouait de tel façon que je tenais le Raguine de Salle n°6.
Nous avons conservé les dialogues de Tchékhov et transposé l’action dans la Russie contemporaine. Il était pour moi plus intéressant de tirer Tchekhov vers la vie réélle.
L’univers de Tchékhov reste aujourd’hui très moderne. Le film est tourné dans un véritable hôpital psychiatrique, un ancien monastère près de Moscou avec des acteurs professionnels et de vrais patients. C’est ce qui donne sa force au film ».
Karen Shakhnazarov, 2009

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Preuve parmi d'autres du profil atypique de Karen Shakhnazarov: il a un point commun avec Ernst Lubitsch. Parallèlement à leur activité de cinéaste, chacun d'eux s'est retrouvé à la tête d'un studio au nom glorieux (Paramount pour l'Américain, Mosfilin pour le Russe). Et malgré un emploi du temps chargé, Shakhnazarov continue de se présenter comme réalisateur avant tout, sa double casquette lui permettant simplement « d'qffrir le meilleur outil de travail à ses confrères et de détecter lespoints de la chaîne de production où nous devons encore faire des efforts ».

Robes blanches et fines moustaches
Tout informé de la réalité économique de son métier, le réalisateur avenant que nous avons en face de nous n'a pourtant rien du tycoon et sa filmographie déjà fournie (treize longs métrages depuis 1979) mais exportée avec parcimonie (Salle n° 6 est seulement le troisième qui atteint nos écrans) accueille plutôt les ovnis que les produits. Sans les avoir vus, on se souvient de quelques titres (Ville zéro en 1988, L'Assassin du Tsar avec Malcolm McDowell, retenu en sélection officielle à Cannes en 1991) qui venaient garnir les rangs d'un hypothétique « cinéma de la perestroïka » (Pavel Lounguine, Vitali Kanevsky, Valery Todorovsky) dont l'engouement est retombé comme un soufflé. C'est de cette fin des années 80 que date le premier projet de Salle n°6, écrit alors pour Marcello Mastroianni.
Paraissant aux yeux des coproducteurs italiens « trop  éloignés des clichés - datcha, robes blanches et fines moustaches= avec lesquels on met toujours Tchekhov en scène », le projet n'aboutit pas et dut attendre encore vingt ans avant de se concrétiser. « Il ajuste fallu une petite remise à jour pour passer de 1989 à 2009 » mais sans doute est-elle moins importante que celle que la société russe a subie dans le même temps, tant l'a temporalité de la nouvelle de Tchekhov s'avère finalement plus forte que sa transcription contemporaine. Il est pourtant une dimension propre à Shakhnazarov, celle d'un aspect documentaire lié à l'esprit des lieux.
« Je voulais absolument tourner dans un vrai asile. On peut reconstruire des pavillons eIt studio mais pas recréer l'atmosphère de ces lieux-là. Vladimir Ilvn [qui joue le Docteur Raguine] a vécu un mois dans cet hôpital. Les comédiens ont passé du temps dans l'asile sans essayer de jouer quoi que ce soit, juste de parler le même llangage que les malades, qui les ont d'ailleurs très bien acueillis. »

Asiles et monastères
Ce processus d'immersion pourrait s'apparenter à un prétournage sans caméra dans la mesure où cette mise au diapason des affects permet d'économiser les prises. « Les circonstances psychologiques étaient très compliquées pour les comédiens et je ne pouvai pas Leur demander plus de deux prises. À la troisième, c'était toujours moins bon. Si ce n'était pas réussi, j'essayais autre chose. De toute façon, il y a tellement de gestes, de sourires et aussi une séquence de danse qui ont été inventés en s'adaptant.»
La confiance dans le cinéma se double d'une curiosité qui révèle de nouvelles facettes au socle de la nouvelle et tire celle-ci vers le fantastique. « Beaucoup d'asiles sont construits dans les murs d'anciens monastères. Dans celui où nous avons tourné, personne ne connaissait son histoire. Je suis allé à la bibliothèque locale et j'ai découvert un récit mystique lié à sa fondation, qui est venu s'intégrer naturellement au film. Rien n'a été inventé. Tout est tiré des archives de la ville. »
À voir cette façon de mêler document brut, fantastique et complicité avec les acteurs, tout porte à croire que Shakhnazarov a derrière lui une expérience fournie tant dans le documentaire qu'au théâtre.
Mais: « Absolument pas. C'est la première fois que j'aborde la part documentaire du cinéma. Tout- vient de la nouvelle. C'est un texte qui permet d'aller dans tous les sens tout en gardant Ime certaine homogénéité », soit la définition exacte d'un guide. Et quand on demande à Shakhnazarov quels sont ses projets, il évoque une mystérieuse « histoire de guerre avec beaucoup d'effets spéciaux, adaptée d'un écrivain de 35 ans », mais se reprend vite. « on est encore trop tôt pour en parler. J'ai parlé de Salle N° 6 à tout le monde, Mastroianni l'a aussi évoqué en interview et il m' a fallu vingt ans pour le réaliser. Là.je veux moins attendre alors j'en dirai moins ».

Joachim Lepastier
CAHIERS DU CINEMA
www.cahiersducinema.com

Une autre mélancolie est possible !
Quand bien même celleci demeure tchekhovienne, elle recouvre, entre les murs de cette Salle n° 6, son sens psychiatrique, celui d'un pessimisme foncier qui déconnecte irrémédiablement l'homme du monde. Entre satire de l'institution, penchant pour le grotesque et peinture d'un monde où les
plus fous sont finalement les plus sages, cette adaptation contemporaine d'une nouvelle de 1892 s'inscrit dans une tradition qui évoque davantage le grinçant et l'absurde de Gogol que les nuances et demi-tons du dramaturge.
Au diapason du parcours de son héros, médecin qui choisit de rejoindre la communauté des malades qu'il doit soigner, Shakhnazarov -et c'est sa grande force- pousse la logique de renversement des valeurs jusqu'à sa propre pratique de cinéma. Bien que jouant la carte de la fidélité au texte, il refuse de prendre son contenu pour argent comptant, et commence à le mettre à l'épreuve d'une démarche documentaire appliquée aussi bien aux lieux du film (un hôpital psychiatrique abritant un secret mystique) qu'à ses protagonistes (une part importante du casting est composée d'authentiques
malad s). Loin de susciter le malaise, la témérité d'une telle approche permet une validation du propos de la nouvelle.
Ce travail de mise en actes émerge d'interactions réciproques entre documentaire, adaptation littéraire, confrontation entre acteurs concentrés sur leur technique et d'autres qui en sont totalement dépourvus. Qu'importe si cette collision entre Wiseman de poche et Stanislavski artisanal dégage par moments un parfum théâtral daté et si quelque enchaînements paraissent hasardeux. Ces scories ne sont que le dommage collatéral d'une méthode très sûre, toute entière tendue vers un seul but: que ses arrière-plans littéraires et historiques (outre Tchekhov, le film est parcouru par le récit d'une légende du XV siècle) produisent l'alchimie d'un film profondément hanté, transmuant sa noirceur et son vérisme par l'avènement d'une concrétude onirique. Vous qui entrez dans la salle n° 6, ne perdez pas toute espérance, mais préparez-vous, tout au moins, à un attractif
brouillage de vos repères.
J. L. CAHIERS DU CINEMAS  mai 2010