Sous-Sols

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Réalisation Ulrich Seidl  • Sur une idée de  Ulrich Seidl et Veronika Franz • Image Martin Gschlacht • Caméra additionnelle Hans Selikovsky • 2nde  caméra additionnelle Wolfgang Thaler • Son Ekkehart Baumung • Montage Christoph Brunner • Production manager  Louis Oellerer, Max Linder • Direction de production Konstantin Seitz • Production Ulrich Seidl

AVEC
Fritz Lang, Alfreda Klebinger, Manfred Ellinger, Inge Ellinger, Josef Ochs, Alessa Duchek, Gerald Duchek, Cora Kitty, Peter Vokurek, Walter Holzer…
 

 

Ulrich Seidl

Ulrich Seidl, né en 1952, habite à Vienne (Autriche). Ulrich Seidl est à l’origine de nombreux documentaires récompensés maintes fois lors de festivals internationaux (dont « Good News », « Animal Love » et « Models » ). Werner Herzog, qui le compte parmi ses dix réalisateurs préférés, a déclaré à propos de « Animal Love » : « Aucun film ne m’avait encore jamais offert une telle vue plongeante sur l’enfer. » « Dog Days », le premier film de fiction de Seidl, a reçu le Grand Prix du Jury au festival de Venise 2001. Deux ans plus tard, le réalisateur a fondé Ulrich Seidl Filmproduktion GmbH et produit « Import Export », film qui fut en compétition au festival de Cannes 2007.

FILMOGRAPHIE
2014 SOUS-SOLS 
2012 PARADIS: ESPOIR 
2012 PARADIS: FOI 
2012 PARADIS: AMOUR 
2007 IMPORT EXPORT 
2006  BROTHERS, LET US BE MERRY (court)
2004  OUE FATHER
2003 JESUS, YOU KNOW
2001 STATE OF THE NATION
2001 DOG DAYS 
1998 MODELS
1998 FUN WITHOUT LIMITS (TV)
1997 THE BOSOM FRIEND (TV)
1996 PICTURES AT AN EXHIBITION (TV)
1995 ANIMAL LOVE
1994 THE LAST MEN (TV)
1992 LOSSES TO BE EXPECTED
1990 GOOD NEWS
1984 LOOK 84 (fragment)
1982 THE PROM (court)
1980 ONE FORTY (court)



 

 

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Sous-Sols

Ulrich Seidl
Distribution :: 
Date de sortie :: 
30/09/2015
Autriche – 2014 – 1h22

C’est un film qui parle des gens et des caves, et de ce que les gens font dans leurs caves. C’est un film sur les obsessions C’est un film sur une fanfare et les airs d’opéra, sur les meubles qui coûtent cher et les blagues désuètes, sur la sexualité et les salles de tir, sur la santé et le nazisme,  sur les fouets et les poupées.

Après sa trilogie Paradis, Ulrich Seidl revient à la forme documentaire avec ce film à la fois drôle et tragique : un voyage qui nous entraîne dans les tréfonds de l’âme autrichienne.
 

ENTRETIEN AVEC À ULRICH SEIDL

Beaucoup de personnes ont un sous-sol, mais très peu le montrent. Quelles recherches avez-vous faites pour le film ? Cherchiez-vous des lieux spécifiques ?
En réalité, il est difficile d’avoir accès aux gens et à leurs sous-sols. On peut bien sûr en trouver des normaux, banals, inoffensifs. Beaucoup sont heureux de vous présenter  leur sous-sol, mais ce sont surtout des espaces pour leurs loisirs, comme des ateliers, des salles de fitness ou de fêtes, ou même des pièces entières utilisées pour des maquettes de trains ou des collections de bières. Mais à vrai dire, je cherchais plutôt les abîmes, et le moyen de les trouver. Comment trouver quelqu’un qui a quelque chose à cacher ? Après plusieurs semaines de recherches, qui consistaient surtout  à frapper de porte  en porte, les résultats étaient tellement frustrants  que nous avons commencé  à  nous concentrer sur des thèmes plus précis : les armes ou les salles de tir souterraines, par exemple, et nous avons exploré le monde SM. Cela nous a pris un an et demi avant de pouvoir commencer à filmer.  Puis la recherche de personnes et lieux supplémentaires s’est prolongée sur une très longue période. Maintenant que c’est terminé, je sais que Sous-sols est un film qu’on pourrait tourner sans fin, sans jamais arriver au bout du sujet.

Que ressort-il des sous-sols pour les Autrichiens en particulier et le monde en général ?
Pour les Autrichiens, le sous-sol a une signification qui n’existe peut-être pas dans les autres pays. Les Autrichiens y passent souvent leur temps libre. Hommes, femmes, couples ou enfants peuvent s’y sentir ce qu’ils veulent être. Ils peuvent s’y adonner à leurs besoins, hobbies, passions, obsessions. Le sous-sol est un lieu de loisirs, un lieu privé. Mais pour beaucoup, c’est aussi le lieu de l’inconscient, un endroit sombre et effrayant. Pour certains, ça vient de l’expérience personnelle, pour d’autres de souvenirs d’enfance. En fait, le sous-sol a été et est toujours un lieu où l’on cache, un lieu de crime secret, un lieu de violence et de viol, un lieu de captivité, de torture et d’abus.

Après votre trilogie Paradis, pourquoi revenir à la forme documentaire avec ce film ?
Personnellement et artistiquement,  il m’est essen- tiel de replonger constamment dans la réalité. Mes films de fiction en sont nourris et souvent inspirés. Découvrir d’autres personnes et d’autres univers a toujours été et reste encore très enrichissant. Ce qui ne veut pas dire que cela soit toujours plaisant. Il faut souvent s’approcher de la vie et des destins, et assister aux pièges dans lesquels les personnes sont nées ou ont glissé. L’humanité ne cesse jamais de me surprendre : ce que font les gens pour assouvir leurs désirs, accomplir leurs obligations, pallier leurs insuffisances, atteindre  leur besoin de pouvoir ou réprimer leur sexualité. Ou comment les gens se battent pour leur dignité, pour un peu d’affection,  pour un minimum de bonheur. Souvent, ce à quoi j’assiste me saisit, et je referme la porte, encore secoué. Je suis souvent consterné par les images de ce que font les personnes aux autres, généralement sans mauvaises intentions. C’est la norme. On ressent des abîmes qui ont été enfouis, et dans le meilleur des cas, on ressent ses propres abîmes aussi.

Dans tous vos films, la réalité et la fiction sont intimement liées. Pouvez-vous nous en parler davantage ?
Comme toujours dans mes films, je commence par un voyage vers l’inconnu, vers des lieux et des per- sonnes  inconnus. Vous avez certaines  idées, certains  concepts  à l’esprit,  et  avec  ce  bagage, vous vous immergez dans la réalité. Mon intention n’est  pas d’illustrer cette  réalité  de  mon  propre point de vue, mais de la découvrir avec celui des personnages. Votre perspective sur la réalité se fait par ce regard filmique qui la façonne. À travers ce regard, j’essaye de montrer  ce que je vois, ce qui me touche,  ce que je veux révéler au spectateur. C’est par ce regard que j’essaye d’approcher mes protagonistes  et d’assembler des fragments filmiques de la réalité, aucun n’est  jamais complet ou définitif.
La femme avec les poupées nourrissons, par exemple, montre  la façon dont  la narration peut être parfois inventée. Le film raconte qu’elle a plusieurs « bébés » cachés dans sa cave et qu’elle leur parle tous les jours. Même si elle a effectivement l’une de ces poupées, au réalisme étrangement surprenant, dans son appartement et non au sous-sol, c’est une histoire inventée. Seul le lieu est vrai, les  scènes étaient tournées dans son propre sous-sol.

Les principales conversations du film viennent de personnes dont les passions et intérêts sont loin d’être socialement acceptables, tandis que des représentations plus traditionnelles des sous-sols sont montrées par des tableaux très caractéristiques du « style Seidl ». Pourquoi favorisez-vous l’extrême ?
Ce n’est pas le cas. Certes, peu de personnes ont des peintures  d’Hitler accrochées  aux murs, mais le rejet et la haine, ou l’indifférence envers l’Autre, peuvent se trouver partout.  Le « socialement acceptable  » comme vous dites, est uniquement un revêtement. Sous ce revêtement, il y a le privé, le vrai, le réel. Si les extrêmes portent  le film, c’est, je crois, parce que cet « extrême » d’une forme ou d’une autre, modifiée ou diluée, s’applique à nous tous. Personne n’est à l’abri de la xénophobie, chacun a ses peurs et ses abîmes, que ce soient un penchant fasciste, des tendances  refoulées à la violence, des envies inexprimées de pouvoir ou des fantaisies sexuelles qui dévient de ce qu’on appelle la norme. Pourquoi la violence et les abus, physiques ou psychologiques, se produisent dans toutes les institutions sociales, publiques et privées, religieuses et  laïques progressistes ?  Partout où les gens ont la possibilité d’exercer un pouvoir sur les autres, on retrouve de l’oppression, de l’humiliation, de l’exploitation et des abus.

Les crimes de Wolfgang Přiklopil et Josef Fritzl, pédophiles notoires qui ont chacun séquestré une jeune fille pendant des années et décennies, ont provoqué une vision déformée de l’Autriche et de ses sous-sols.
Est-ce cela qui vous a conduit à faire ce film, ou qui aurait pu vous en dissuader ?

Ni l’un ni l’autre, l’idée de ce film est née bien avant que ces crimes soient connus. C’était à l’époque de Dogdays (2001), où nous étions avec mon équipe dans les banlieues, en train d’explorer et de fouiner les lotissements  en construction,  les déserts urbains, les rangées de maisons, les ghettos d’habitations pour famille unique. Plus je visitais de maisons, plus je découvrais de sous-sols, et je réalisais que c’est vraiment là que se trouvaient souvent les lieux les plus intéressants, que les habitants préféraient souvent leur cave à leur salon, et que c’est là qu’ils passaient  davantage  de temps.
Le salon avait seulement un rôle de représentation. C’était une découverte pour moi. Puis, au cours des dernières années, comme nous le savons, l’Autriche a acquis une regrettable noto- riété  mondiale  pour  ses  sous-sols.  Des  choses qu’on n’aurait jamais osé imaginer étaient  une réalité. Il faut donc accepter  qu’indépendamment de ce que montre  mon film et de quelle manière, peu importe d’ailleurs le film que l’on peut faire sur ce  sujet,  dans  l’esprit  du  spectateur,  les cas de Fritzl et Kampusch seront toujours présents.

Malgré la rigueur de la mise en scène et la force émotionnelle de ses histoires, Sous-sols est également plein d’humour. Plusieurs des protagonistes racontent des blagues à la caméra. Dans votre univers, l’agréable et le désagréable vont de pair.
L’humour est important dans chacun de mes films, mais ce qui est  nouveau ici, ce sont  les blagues obscènes des hommes. Elles aussi, dans un certain sens, décrivent des réalités. Elles dissimulent fan- tasmes    sexuels,   racisme,   sexisme   sous   une soi-disant couverture humoristique qui les rend socialement acceptables. Souvent en tournant  les scènes, je me suis demandé : Je dois rire ou plutôt pleurer, là ? Peut-être devrais-je faire un film uni- quement composé de blagues obscènes d’hommes.

Interview par Markus Keuschnigg