Terre promise

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Réalisateur : Amos Gitaï
Scénaristes : A. Gitaï, MJ Sanselme
Producteurs : Amos Gitaï, Michael Tapuach
Photographie : Caroline Champetier
Chef décorateur : Eli Zion
Chef monteur : Isabelle Ingold

 

Amos Gitaï

Etudiant en architecture en Israël, Amos Gitaï réalise ses premiers courts métrages dès sa formation universitaire. Après avoir participé, encore étudiant, à la Guerre du Kippour en 1973 dans une section de sauvetage, le cinéaste poursuit sa formation d'origine à l'université de Berkeley aux Etats-Unis.
En 1977, il commence à travailler pour la télévision israélienne. En 1982, son documentaire Journal de campagne, tourné pendant la Guerre du Liban, déclenche une violente polémique qui oblige le metteur en scène à quitter Israël pour s'installer à Paris, où il restera jusqu'en 1993, avant de repartir en Israël, où il séjourne depuis.
1980 HOUSE – doc • 1981 WADI – doc // IN SEARCH OF IDENTITY – doc // AMERICAN MYTHOLOGIES – doc • 1982 FIELD DIARY – doc • 1983 ANANAS – doc • 1984 BANGKOK-BAHRAIN – doc • 1985 ESTHER  • 1987 BRAND NEW DAY – doc • 1989 BERLIN-JERUSALEM // BIRTH OF A GOLEM – doc • 1991 GOLEM, THE SPIRIT OF EXILE // WADI, TEN YEARS LATER – doc • 1992 METAMORPHOSIS OF A MELODY – doc • 1993 QUEEN MARY – doc // THE PETRIFIED GARDEN // THE WAR OF TH ESONE OF LIGHT AGAINST THE SONS OF DARKNESS – doc // IN THE VALLEY OF THE WUPPER - doc // KIPPUR WAR MEMORIES – doc • 1994 IN THE NAME OF THE DUCE – doc // GIVE PEACE A CHANCE – doc • 1995 DEVARIM  • 1996 THE ARENA OF MURDER – doc // MILIM - doc • 1997 WAR AND PEACE IN VESOUL doc • 1998 A HOUSE IN JERUSALEM – doc // ZION, AUTO–EMANCIPATION – doc // YOM YOM • 1999 KADDOSH • 2000 KIPPOUR  • 2001 EDEN // WADI GRAND CANYON – doc • 2002 KEDMA • 2003 ALILA • 2004 PROMISED LAND • 2005 FREE ZONE • 2006 NEWS FROM HOME / NEWS FROM HOUSE - doc
 
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM

Terre promise

Amos Gitaï
Distribution :: 
Date de sortie :: 
12/01/2005
FRANCE/ISRAEL. 2004. 1h30. 35mm. 1,85. Couleur. Dolby SRD.
Une nuit dans le désert du Sinaï, au clair de lune, un groupe d'hommes et de femmes se réchauffe autour d'un feu de camp. Les femmes sont d'Europe de l'Est, les hommes sont des bédouins. Demain, ils passeront la frontière en secret et les femmes seront vendues aux enchères. Elles passeront de main en main, victimes d'un réseau international de traite des blanches.
Une nuit, dans un club, Diana fait la connaissance de Rose. Elle la supplie de l'aider. Leur rencontre est un signe d'espoir dans la descente aux enfers de ces femmes.
AMOS GITAÏ - INTERVIEW

De simples marchandises

Quand j’ai commencé à m’intéresser aux réseaux du crime qui traversent les frontières du Moyen-Orient, je me suis aperçu que le trafic de femmes, cette nouvelle forme d’esclavage, était en plein essor. Pour ces réseaux internationaux qui font de la traite des blanches, comme on dit, les femmes sont de simples marchandises. Elles sont transportées depuis leur pays d’origine, la plupart du temps l’Europe de l’Est, via le Sinaï en Egypte. Elles passent très facilement la frontière israélienne et sont ensuite réparties dans différentes villes israéliennes ou dans les territoires. Au milieu de tout ce bombardement médiatique auquel est soumis le Moyen Orient, j’avais envie d’adopter un point de vue personnel sur cette question, d’opposer à cet aspect exotique une vision iconoclaste de la Terre Promise.

Des centaines de pages de témoignages

Avant le tournage de TERRE PROMISE, j’ai passé beaucoup de temps à me documenter grâce aux rapports émanant d’ONG qui s’occupent en Israël et ailleurs de défense des droits de l’homme. Des centaines de pages de témoignages de victimes de la traite des blanches qui montrent dans le détail comment ces réseaux internationaux opèrent. Je m’en suis servi pour déterminer la zone de réalité que je voulais traiter sous forme de fiction.

Faire sentir l’inhumanité

Mon problème, dans TERRE PROMISE, c’était la question de la nudité, du sexe, de la violence. Comment les montrer, comment les utiliser, comment les limiter au strict nécessaire, aux moments où c’est vraiment indispensable pour que le public sente l’inhumanité de ce que ces femmes subissent. Il fallait absolument éviter que ce soit « gratuit ». Et en même temps, les témoignages et les rapports vont bien au-delà de ce qui est à l’écran. J’en ai discuté avec toute l’équipe. Comment allons-nous montrer cette descente aux enfers ? Comment pouvons-nous l’exprimer en termes de cinéma ?

Sans inhibitions

Certaines femmes croient qu’elles vont pouvoir échapper à la misère grâce à ce genre d’arrangements. Elles essaient de se persuader que c’est seulement pour un moment et qu’ensuite, elles auront un peu d’argent. Elles sont abusées à tous les niveaux, sur le plan physique, sur le plan émotionnel, à un point inimaginable. Mais la plupart du temps, elles se font dépouiller et se retrouvent quasiment sans rien. C’est à fendre le cœur. Pour le montrer, j’avais besoin de la coopération totale des actrices. Il fallait qu’elles acceptent pleinement le projet. Qu’elles acceptent de vivre certaines situations difficiles pour être plus proches de ce que vivent ces femmes, en particulier cette errance, ces déplacements permanents, cette perte progressive de contrôle de son propre destin. Les actrices ont complètement intériorisé la profonde souffrance de ces femmes. Leur façon de jouer franche, directe, en est le reflet. Ce qu’elles voulaient, c’était montrer le destin de ces femmes. Sans inhibitions.

La vente aux enchères

On sait que les ventes aux enchères de femmes ont lieu dans toutes sortes d’endroits. J’ai choisi de filmer la vente aux enchères de nuit, dans le désert. Les femmes sont encerclées par un groupe de voitures, comme dans une arène, pour créer une sensation de claustrophobie. Il est évident que l’intimidation et l’humiliation sont utilisées sciemment par les systèmes qui font du trafic. Ce sont des méthodes pour faire des femmes des marchandises qui seront vendues, abusées et violées.

Exotisme et prostitution

Le cinéma a contribué à créer une sorte d’exotisme de la prostitution.  Beaucoup de films proposent une vision très XIXe siècle des bordels et des call girls. Mais la vérité, c’est que les techniques de vente de la prostitution sont devenues aujourd’hui des mécanismes extrêmement brutaux de commerce d’esclaves. Il n’y a rien de romantique dans ce que vivent ces femmes. Dans TERRE PROMISE, je voulais montrer de façon concrète, réaliste, en quoi consistent réellement le trafic de femmes et la prostitution.


Rose

D’une certaine façon, Rose nous représente, nous, la société. Au début, elle est présente à la vente aux enchères, elle observe, elle est intéressée presque comme une voyeuse. Ce qu’elle voit lors de la vente aux enchères la fascine et elle essaie d’aller au club d’Eilat où les filles sont mises sur le marché. Lorsque Diana, l’une des filles, essaie de l’approcher et lui demande de l’aider, Rose n’est pas encore prête à s’engager. Elle essaie même d’éviter Diana. Et quand elle se retrouve dans le même camion que les filles, elle décide de se joindre à elles, de les suivre de plus près. Finalement, il se crée une sorte d’affinité, de solidarité, d’amitié entre elle et Diana. Chacune peut enfin raconter son histoire à l’autre. Le personnage de Rose évolue. Elle finit par accepter de s’engager et de se lier d’amitié avec Diana.

Une sorte d’apocalypse

La fin du film est une sorte d’apocalypse, de chaos total. Mais c’est de ce chaos que naît la liberté pour Diana. Dans un sens, le chaos de certaines situations permet d’ouvrir une brèche dans la nature répressive de certaines formes de pouvoir. Comme une façon de proposer un autre chemin et peut-être même la liberté.

Eclairages simples et directs

À l’origine, on avait décidé de construire des tours pour éclairer les décors, il avait même été question d’un gros ballon qui diffuserait de la lumière pour faire le clair de lune, mais j’avais une préférence pour des systèmes d’éclairage plus simples et plus directs. Pourquoi ne pas utiliser simplement des torches pour éclairer les visages, pour leur donner un aspect un peu dramatique, comme des masques vénitiens ? Pourquoi ne pas utiliser les phares des voitures pour donner cette ambiance un peu mystérieuse et une sensation de claustrophobie ?

Trouver la cohérence au sein du chaos

Ce qui m’intéresse en tant que cinéaste, c’est de me fixer à chaque fois de nouvelles limites. J’essaie de trouver la cohérence au sein de situations chaotiques ou imprévisibles. Mais bien sûr, quand on fait un film, c’est très difficile de créer un niveau précis de chaos. J’ai envie de construire quelque chose, mais je ne veux pas que ça devienne trop structuré, ce qui est l’une des caractéristiques de la mise en scène. La question, c’est de savoir comment mettre en scène tout en gardant un côté brut, exposé, et sans tomber dans un autre type de cinéma qui proposerait des images plus léchées, plus formelles. Cette liberté de travail me fascine, mais c’est également épuisant et exigeant. Ce qui prend aussi beaucoup de temps, c’est de construire une bonne équipe, dont le travail consiste à construire un ordre, et de leur demander de collaborer à un voyage complètement imprévisible et par moments bordélique.

L’expérience du déplacement

Le fil directeur de TERRE PROMISE, c’est le destin de ces femmes. Nous les suivons tout au long de cette route où elles sont transportées d’un endroit à l’autre. On change constamment de lieu dans TERRE PROMISE. De Tallinn à Haïfa, du Caire à Ramallah en passant par Eilat, les femmes passent de main en main, du désert aux parkings, de l’immense aquarium construit sous l’eau dans la mer Rouge aux différents véhicules, aux camions, aux autoroutes etc. J’ai tourné TERRE PROMISE en fonction de la continuité géographique, du désert à Eilat et de Eilat vers le Nord. Pour toutes les scènes tournées au Moyen Orient, on a utilisé seulement des voitures, on n’a pas pris l’avion. Je voulais faire l’expérience de ces déplacements pour pouvoir les mettre en scène et composer le film au fur et  mesure.

Capter un nerf à vif

J’ai eu besoin de deux caméras qui décrivent simultanément la même action, pour ensuite, au montage, passer d’un point de vue à un autre. Je voulais que le passage d’un lieu à l’autre soit très fluide. Je voulais aussi capter les nuances des relations entre les personnages. Il fallait donc élaborer une stratégie de filmage proche du direct. Grâce à ces petites caméras digitales, on a pu s’approcher très près et donner au film cette sensation de proximité. C’est ce côté brut qui permet de créer une sensation  d’urgence. La caméra était toujours prête à capter une sorte de nerf à vif, ça m’a fasciné. C’est comme si la caméra elle-même avait décidé de contribuer à révéler cette histoire. Cette façon de travail est intéressante, mais elle oblige à redéfinir et réarticuler sans cesse tous les paramètres chaque jour, et parfois même à chaque instant.