The Father

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Kristina Grozeva et Petar Valchanov

Kristina Grozeva est diplômée de la Sofia State Universityy et a travaillé comme journaliste sur une chaîne de télévision bulgare. Par la suite, elle fut diplômée en réalisation de films à la National Academy for Theater and Film Art en Bulgarie. Son court métrage de fin d'études a reçu plusieurs prix à l'International Student Film Festival. Actuellement, elle sort son premier long métrage The Lesson.

Petar Valchanov (1982, Plovdiv, Bulgarie) est diplômé en 2008 en tant que réalisateur à la National Academy for Theatre and Film Art à Sofia, en Bulgarie. Le documentaire Parable of Life (2009) marque le début de sa carrière en réalisation en collaboration avec Kristina Grozeva. Leur film Jump (2012) est le premier court métrage bulgare à être nominé aux European Film Awards. The Lesson est leur premier long métrage.

The Father

Kristina Grozeva et Petar Valchanov
Distribution :: 
Date de sortie :: 
02/12/2020
Bulgarie, Grèce- 2019 - 1h27

Vasil vient de perdre sa partenaire de longue date, son épouse Ivanka. Quand, lors des funérailles, une femme déclare qu'Ivanka a appelé son téléphone portable, Vasil demande l'aide d'un medium bien connu pour contacter sa femme. Son fils Pavel tente de le ramener à la raison mais Vasil insiste obstinément pour faire les choses à sa manière…

Après The Lesson et Glory, le duo de réalisateurs bulgares formé par Kristina Grozeva et Petar Valchanov change de rythme et de ton dans leur troisième long-métrage, The Father, en compétition au Festival international du film de Karlovy Vary (28 juin-7 juillet). Bien soutenus par les performances engagées des acteurs principaux, Ivan Barnev et Ivan Savov, le film explore les réactions d'un homme et son père après la perte inattendue d’un être aimé.

Dès les premières images, ce ton plus sombre est établi : on entend un sermon de funérailles prononcé par un prêtre orthodoxe. On voit la défunte, une femme âgée aux cheveux blonds, et on se rend compte que l’homme nerveux dans l’assemblée doit être son mari. Le fils, Pavel (Barnev), entre alors en scène, et son père lui demande immédiatement de prendre des photos du cercueil ouvert, ce que Pavel n’a pas très envie de faire. Ce n’est que la première interaction inconfortable entre les deux héros, car on apprend vite d’un voisin hystérique que la défunte vient de l’appeler au téléphone. Ce que le père décide de faire en réponse à cette situation marque le début du récit le plus absurde que Grozeva et Valchanov aient jamais composé.

The Father ne contient peut-être pas le commentaire social qu’on trouvait dans The Lesson et Glory, mais c'est tout à l'honneur des réalisateurs d'avoir adopté ici, sur le sujet du deuil, une approche plus personnelle. Qui plus est, The Father est plus ouvert à l'interprétation du spectateur : il sera forcément différemment reçu et perçu par les uns et les autres, selon leurs expériences personnelles. Si les films précédents des réalisateurs restaient ancrés dans l'ancien bloc communiste, ou dans l'univers des pays qui continuent de se battre pour consolider la stabilité de leur démocratie, The Father est une histoire plus universelle, à laquelle on se rapporte davantage. Comme les deux héros semblent portés à se retrouver dans des situations gênantes et absurdes, le film pourrait aussi attirer les aficionados de comédie, même si l'agglomération de moments drôles est parfois artificielle et forcée.

Là où le film fait mouche et conquiert le public, c'est qu'il montre bien que nous réagissons tous différemment face au chagrin, et qu'on peut être prêt à faire les choses les plus folles pour sentir une fois de plus ce lien puissant qu’on avait avec l'être aimé qu’on a perdu, un lien qui pourrait être bientôt perdu pour toute l’éternité. Tout en se concentrant sur les deux héros – le père qui, guidé par son chagrin, se fiche des conventions sociales et le fils qui fait son de son mieux pour le consoler et le réconforter, ce qui l'oblige à improviser continuellement et à être constamment poussé en dehors de sa zone de confort –, les réalisateurs explorent un sujet nouveau et vaste qui va tous nous concerner au moins une fois dans nos vies.

Le film est formidablement porté par les performances impressionnantes de Barnev et Savov. Après avoir déjà partagé l’écran dans The Lesson (dans les rôles du mari et du père de l'héroïne, jouée par Margita Gosheva), les deux acteurs sont maintenant jetés dans le drôle de tango d’actions et de réactions qui se joue entre ce père devenu incontrôlable et son fils, déchiré entre son devoir filial et son propre confort psychologique. Barnev est un choix excellent pour le rôle de Pavel, un homme qui veut tellement faire plaisir aux gens qui l’entourent (ou du moins ne pas les déranger) qu’il en vient à se mettre en danger, physiquement et même légalement. Un autre élément très efficace du film est la présence vocale de Margita Gosheva dans le rôle de la petite amie enceinte de Pavel, qui pourrait donner à l’audience des envies de confitures de coing.

CINEUROPA https://cineuropa.org/fr/newsdetail/374528/

 


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KARLOVY VARY 2019 Compétition

ENTRETIEN AVEC Kristina Grozeva, Petar Valchanov

"Nous étions fascinés par la facilité avec laquelle une personne autrement tout à fait rationnelle peut se laisser prendre par le surnaturel"

par   - le 03/07/2019

- Les réalisateurs bulgares Kristina Grozeva et Petar Valchanov nous parlent de leur conte absurde The Father, qui a eu sa première mondiale en compétition à Karlovy Vary
 

Kristina Grozeva, Petar Valchanov  • Co-réalisateurs de The Father

Après The Lesson et Glory, deux films dont le message social et politique leur a valu des dizaines de prix, le duo de réalisateurs Kristina Grozeva-Petar Valchanov propose un changement de rythme avec leur troisième long-métrage, The Father. Voici ce qu’ils ont dit de cette nouvelle entreprise créative.

Cineuropa : Quand nous avons parlé du film pour la première fois sur Cineuropa, alors qu'il était à l'état de projet, vous avez dit que l’histoire était très personnelle. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce point ?
Kristina Grozeva :
L’incident qui a donné lieu à ce film vient de faits qui sont survenus le jour de l’enterrement de la mère de Petar. Sa voisine s’est mise à recevoir des messages sur son téléphone et quand elle les a vus, elle s'est exclamée, abasourdie, et les a montrés à tous ceux qui étaient à la cérémonie : l’appel venait du numéro de la mère de Petar, ce qui était évidemment impossible. Et pourtant, pendant une seconde ou deux, nous avons tous frémi : nous voulions tous ce que ce soit vrai. Nous avons été fascinés par la facilité avec laquelle une personne autrement tout à fait rationnelle peut se laisser prendre par le surnaturel, s'il offre une sorte d’espoir ou de guérison à sa douleur. C’est ainsi que la graine de l’idée a été semée, mais ce n’est que quatre ans après que nous avons décidé de revisiter ce thème, et envisagé activement d'en faire un film.

Vous avez intitulé votre film The Father alors que toute l’histoire est racontée du point de vue du fils, joué par Ivan Barnev. Pourquoi ?
Petar Valchanov :
Comme la plupart des gens, nous vivons tous les deux dans un conflit perpétuel et impossible à résoudre entre enfants et parents, tous les jours, or nous le connaissons mieux à partir de notre perspective, qui est celle d’une fille et d’un fils. À l’école de cinéma, on vous apprend très vite à raconter des histoires sur ce qu’on connaît, parce que c’est la seule manière d’être complètement honnête. Nous avons juste suivi cette règle de base.

Dans votre scénario, il y a des commentaires sur les "communistes" qui sont toujours au pouvoir et sur le système de santé. Pensez-vous que c’est le devoir du cinéma que de changer la société en explorant ses problèmes ?
K.G. :
Ce choix vient plutôt de notre besoin personnel d’évoquer différents sujets et problèmes qui affectent notre société. À travers nos films, nous essayons de fournir un tableau de la vie réelle, de peindre une image de l'individu contemporain qui vit dans ce petit territoire, à l'est de la péninsule des Balkans. Et cet individu, nous le voyons comme très troublé. Notre société est déchirée par des extrêmes, qui vont de la haine profonde à la dévotion douloureuse, et les gens n’ont pas confiance dans les institutions (police, système de santé...). C’est pour ça qu’ils préfèrent souvent se fier au premier magicien ou guérisseur qui passe.

The Father est le troisième que vous faites ensemble. Comment a évolué votre manière de partager vos fonctions en tant que co-réalisateurs ? Est-ce que vous jouez à gentil flic/méchant flic sur le plateau ?
P.V. :
Nous n’avons pas de recette ou de formule arrêtée ; nous suivons tout simplement nos instincts créatifs. Parfois, oui, on joue à gentil flic/méchant flic, c'est-à-dire que nous nous servons de l’autre comme d’une excuse, par exemple si l’un de nous a une dispute épuisante avec un membre de l’équipe et qu’il demande pourquoi nous voulons ceci ou cela, la réponse est : "Parce que l’autre l'a dit". Une autre chose a changé : avant, nous disions "Couper" en même temps et maintenant, il arrive souvent que nous ne disions rien, ce qui est un cauchemar pour les acteurs.

Cinq ans ont passé depuis votre premier long-métrage. Avez-vous vu des améliorations dans la manière dont l’industrie du film bulgare fonctionne ?
K.G. :
Grâce aux efforts d’un groupe de réalisateurs, il y a quelques années, le Centre de la cinématographie de Bulgarie a enfin mis en place un concours pour les productions à petit budget. L’idée est de donner des bourses plus petites à davantage de projets. Comme prévu, ceci a donné beaucoup d'élan aux réalisateurs bulgares, et permis la création de films primés comme 3/4 d'Ilian Metev et Taxi Sofia de Stephan Komandarev. Notre deuxième film, Glory, a également été financé grâce à ce concours. On parle actuellement d'opérer des changements dans la Loi sur l’industrie du film : nous espérons que cela va mener à des améliorations.

Cineuropa : Quel a été le plus gros challenge de votre passage du court au long métrage ?
Kristina Grozeva: Le plus dur a probablement été de préserver cette flamme qui vous place dès le départ dans un élan créatif constant, dans une dynamique de recherche. C'est cette flamme qui fait qu'on ne devient jamais nonchalant, indifférent à ses erreurs, et que le cerveau et les sens restent toujours en éveil. La routine est le pire ennemi de tout processus de création. Il est vital de rester fidèle à l'élan initial vous ayant poussé à vouloir raconter une histoire en particulier, de préserver ce grain de vérité qui a donné vie au désir de l'exprimer.

Quels sont les avantages et les inconvénients quand on tourne en Bulgarie ?
Petar Valchanov: Le plus gros avantage, c'est que nous avons des acteurs merveilleux et des équipes formidables. Tous sont d'excellents professionnels qui adorent leur métier et le cinéma, et qui se dédient pleinement à leur travail, corps et âmes, même quand ils savent qu'ils ne recevront pas d'argent à la fin. Parfois, ils refusent un autre travail bien payé pour un projet auquel ils croient.

K. G.: Le pire inconvénient, c'est que nous sommes entourés de politiciens et de bureaucrates qui ne voient pas l'intérêt d'encourager le cinéma bulgare. L'esprit créatif est sans cesse étranglé par l'étroitesse d'esprit de ce monde d'intrigues et de pressions. Pendant des décennies, les sphères politiques sont restés complètement sourdes aux demandes de création d'un fonds d'aide au cinéma. Hélas, l'idée que le cinéma est un commerce et une industrie, et qu'il ne peut être considéré comme un art, se répand de plus en plus.

Que pensez-vous de la récente controverse par rapport à la décision discutable du Conseil national du cinéma, qui a choisi d'envoyer aux Oscars un petit film, Rhapsody, plutôt que Viktoria de Maya Vitkova ou Alienation de Milko Lazarov ?
P. V.: Ce n'est pas la première fois que ce genre de chose se produit en Bulgarie. Il est probablement temps que les règles changent et que l'Académie du cinéma de Bulgarie choisisse le candidat national à la place du Conseil national du cinéma. Ce sera très différent, quand mille professionnels désigneront l'oeuvre la plus méritante et que la décision ne sera pas laissée à huit ou neuf personnes ayant souvent des intérêts dans les films concernés. Il semble plus logique d'envoyer à l'Academy un film qui a eu du succès en Bulgarie et à l'étranger qu'un film qui n'est pas encore sorti.

Quels sont vos projets ? Allez-vous continuer à travailler en duo ?
K. G.: The Lesson est le premier volet d'une trilogie dont nous espérons tourner le second chapitre en 2015 ou 2016. Et cette fois, nous espérons être en mesure de payer l'équipe et les acteurs. Jump et The Lesson ont tous les deux été réalisés grâce à l'aide d'amis formidables, sans aucun financement public. En même temps, ils représentent la Bulgarie dans le monde et c'est pourquoi nous espérons que l'État, représenté par le Centre national de la cinématographie, ne nous ignorera plus et acceptera enfin de nous épauler. Nous allons continuer à travailler ensemble parce que nous aimons cela et que c'est beaucoup plus agréable. Nous nous sentons plus libres, moins de responsabilités pèsent sur nous. Nous n'avons pas à penser : "Oh, mon dieu, tout dépend de moi ! Et si je faisais une erreur ?". Nous savons tous deux que si l'un de nous va trop loin, l'autre sera là pour redresser la barre. Nous savons que si l'un de nous hésite, l'autre lui redonnera confiance, que s'il se noie, l'autre le sortira de l'eau. À deux, quand on a une belle idée, l'autre est toujours là pour vous aider à la développer. Si elle est mauvaise, il la rejette.

Si vous aviez 5 millions d'euros à dépenser pour un seul film, de quoi parlerait-il ?
P. V.: Nous nous intéressons à la vie d'un Bulgare nommé Assen Jordanov, né en 1896. Avant l'âge de 15 ans, il a inventé une machine volante qui a marqué le début de l'Histoire de l'aviation bulgare. Après cela, il est allé aux États-Unis et il est devenu une figure importante du développement de l'aviation dans le monde. Ce film coûterait sans doute au moins 5 millions d'euros, à cause de l'époque à laquelle il se situe et parce que la plus grande partie du film se passerait dans les airs.

CINEUROPA - https://cineuropa.org/fr/interview/374530/