Train de nuit

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Ecrit & réalisé par Diao Yi Nan - Producteurs executifs  Shu Yao, Yinghua Lu, Sean Chen Produit par Vivian Qu, Steve Chow - Co-producteurs  Julien Favre , Luca Matrundola, Pascal Vaguelsy - Directeur de la Photographie Dong Jinsong - Directeurs Artistiques  Lam Ching, Liu Qiang - Chef Opérateur Son Zhang Yang - Musiques  Wen Zi - Montage Kong Jinlei - Une production  Ho-Hi Pictures - Avec le soutien de Fonds Sud Cinema (France) Ministère de la Culture et de la Communication (France) - Ministère des Affaires Etrangères (France) - Visions Sud Est (Suisse) - L’agence Suisse pour le développement et la coopération (Suisse) - The Global Film Initiative (Etats-Unis)
 

Diao Yi Nan

Le premier long métrage de Diao Yinan en 2003, UNIFORME, a remporté un succès critique ainsi que le prix Dragons et Tigres du Festival de films de Vancouver et le prix Amnesty DOEN du festival international de Rotterdam.
Diao Yinan est diplômé de l’université des Arts Dramatique de Pékin (1992). Ecrivain prolifique pour la scène, la télévision et le cinéma, il est l’auteur de plusieurs scénarios dont celui du célèbre film chinois SHOWER (XIZAO, Zhang Yang, 2000) mais aussi de SPICY LOVE SOUP (AIQING MALA TANG, Zhang Yang, 1997) et ALL THE WAY (ZOU DAO DI, Shi Runjiu, 2001).

•    2007   TRAIN DE NUIT (YE CHE)
•    2003   UNIFORME (ZHIFU)

Réalisateur

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2011 FILM
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Train de nuit

Diao Yi Nan
Distribution :: 
Date de sortie :: 
23/01/2008
Chine - Hong-Kong - USA - France - 2007 - 1h34 - 35 mm - (tourné en HD) - couleur - Dolby 5.1 SRD
Wu Hongyan est huissier de justice dans un tribunal de l’Ouest de la Chine. Elle s’occupe de femmes attendant leur exécution, le plus souvent condamnées pour crime passionnel.  Chaque week-end, cette femme d’une trentaine d’années fait un long trajet en train pour se rendre en ville, à une soirée dansante pour célibataires.  Ses rencontres amoureuses sont décevantes, jusqu’au jour où elle est attirée par le mystérieux Li Jun. Mais elle découvre que l’épouse de ce dernier est une de ses détenues…
Entretien avec Diao Yi Nan

Comment est né le film ?
Pendant longtemps, j'ai fait le même rêve : j'étais condamné à mort par un tribunal et je me réveillais en sursaut, trempé de sueur et terriblement angoissé. Je me suis alors attaqué à ce projet pour surmonter ma peur : le film est donc né de considérations personnelles, davantage que sociales.

Comment pourriez-vous décrire Hongyan, la protagoniste ?
Hongyan est au départ une femme qui a perdu sa dignité et qui a le sentiment d'avoir échoué dans sa vie professionnelle et sentimentale. Elle s'est peu à peu renfermée sur elle-même et cherche désormais à fuir son quotidien oppressant. C'est une femme angoissée et vulnérable, et je dois dire que je me suis totalement identifié à elle. Pourtant, vers la fin du film, elle remporte une douloureuse bataille avec elle-même.

A sa manière, elle est une insoumise qui fait preuve de compassion.
C'est sa nature profonde et c'est d'ailleurs ce qui lui permettra de réagir par la suite. Je connais pas mal de gens comme elle qui s'émeuvent de la condition des gens les plus faibles de notre société. Leur comportement peut sembler irrationnel comme, par exemple, lorsque Hongyan refuse de dénoncer sa voisine ou d'enlever la cagoule d'une prisonnière… Mais ce sont là des réflexes humains.

Le film prend nettement position contre la peine de mort…
Je pense qu'on n'a rien à gagner à répondre à la violence par la violence : la peine de mort ne résout rien, même lorsqu'elle vise un assassin. Mais dans une société en constante évolution comme la nôtre, les repères moraux sont de plus en plus mis à mal. C'est pourquoi les gens qui se laissent dominer par leurs émotions sont en faveur de la peine de mort. Plus fondamentalement, je voudrais que ce film ne soit pas qu'un plaidoyer contre la peine capitale, mais qu'il encourage le spectateur à savoir pardonner et à oser regarder le mal en face.

Dans le film, l'argent s'est insinué partout, y compris dans les relations amoureuses.
Dans la Chine d'aujourd'hui, l'argent a considérablement corrompu les rapports humains sous l'effet d'une frénésie de consommation. D'un côté, une partie de la population a pu accéder à de meilleures conditions de vie : les gens travaillent 24 heures sur 24 car quelques yuans de plus peuvent améliorer leur quotidien. Mais le revers de la médaille, c'est que certaines personnes sont prêtes à vendre leur corps ou leurs organes pour un peu d'argent. C'est extrêmement triste d'en arriver à sacrifier sa vie pour de l'argent.

Il se dégage du film une grande solitude.
J'ai choisi de m'attacher à une protagoniste féminine car j'avais le sentiment que l'on percevrait davantage sa solitude que chez un homme. Hongyan est une femme désespérément en quête d'amour, mais qui évolue dans un univers déshumanisant. Et plus elle se fragilise, plus son environnement lui semble hostile. Du coup, dès lors qu'elle trouve – ou croit trouver – un peu de réconfort auprès de quelqu'un, elle se donne corps et âme sans se préoccuper des conséquences.

Pourtant, la brutalité est manifeste y compris dans les moments d'intimité entre les êtres.
C'est la dureté de l'environnement qui pèse sur le comportement des personnages : la tendresse ne fait pas partie de ce monde-là. Je crois que cela traduit mon profond pessimisme vis-à-vis de l'espèce humaine.

Le décor industriel du film ferme l'horizon et crée même une atmosphère claustrophobique.
Lorsque je suis en présence de tels sites industriels, j'ai le sentiment profond que la proximité entre l'homme et la machine offre un éclairage saisissant sur le sens de notre vie et sur notre terrible solitude. Dans cet environnement, les personnages ont perdu leurs repères et ne parviennent plus à communiquer, même lorsqu'ils habitent ensemble. J'aime beaucoup Kafka et quand je suis parti en repérages, plusieurs de ces sites industriels m'ont fait penser à ses livres.
Par ailleurs, les personnages semblent tellement minuscules dans cet environnement écrasant qu'on ne peut qu'éprouver de la compassion pour eux. C'est aussi cela qui m'a convaincu de choisir un tel décor.

Comment avez-vous travaillé la lumière et les cadrages ?
Nous avons privilégié les couleurs froides pour essayer de rendre la palette de gris et de noirs la plus uniforme possible. Mais nous avons aussi choisi le décor où se déroule le film parce qu'il nous donnait la possibilité de rester naturellement dans des tonalités sombres. En ce qui concerne les cadrages, je privilégie les plans fixes que j'alterne ponctuellement avec des gros plans pour donner du rythme à l'ensemble. Béla Tarr, cinéaste que j'aime beaucoup, est à cet égard une vraie source d'inspiration.

Pouvez-vous me parler du choix des comédiens ?
Je m'intéresse moins au jeu des comédiens qu'à leur nature profonde d'êtres humains. J'ai besoin de savoir si la personnalité d'un acteur – aussi bon soit-il – correspond au personnage avant de lui confier un rôle. Par la suite, tout au long du tournage, je demande à mes comédiens de rester dans la sobriété et la retenue et de ne jamais se mettre en avant. En la matière, je m'inspire beaucoup de la direction d'acteur de Robert Bresson.

Avez-vous eu recours à l'improvisation ?
Oui, mais nous avons finalement conservé peu de scènes improvisées au montage. C'est surtout au niveau de la composition des plans et des angles de prise de vue que nous avons improvisé. D'ailleurs, je n'ai pas fait de découpage technique.

Quelles étaient vos intentions concernant la musique ?
Je voulais deux thèmes principaux : une musique atonale qui évite le registre sentimental pour le protagoniste masculin et, à l'inverse, une partition mélancolique jouant légèrement sur l'émotion pour Hongyan. Mais je tenais surtout à ce que la musique soit la plus sobre possible, sauf au moment du générique de fin.

Vous abordez plusieurs sujets "sensibles" comme la peine de mort ou les défaillances du système judiciaire. Avez-vous subi des pressions de la part des pouvoirs publics ?
Nous n'avons pas rencontré de problèmes majeurs pendant le tournage, et nous avons même eu l'autorisation de filmer dans d'authentiques tribunaux et de travailler avec les personnels de l'administration judiciaire. Car aujourd'hui il suffit de payer les bonnes personnes pour pouvoir tourner dans tel ou tel lieu, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années. En revanche, si le film est distribué en Chine, certaines scènes risquent d'être coupées.

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Train de nuit antonioniesque
Si l'on veut se rendre compte de la situation objective du cinéma chinois contemporain (et de sa survie avec et sans la Chine), Train de nuit livre sa poignée d'informations fiables. Voici un film coproduit avec l'aide étrangère (présentant même une configuration inédite : Hongkong, Etats-Unis, France) et dont on soupçonne, au détour de quelques plans tout en sensualité, que parmi les mille et une démarches obligatoires à toute production sino-cinématographique, une a été oubliée par étourdissement, sans doute : la présentation à la commission de censure. Train de nuit observe les limites entre le politique (entendre : le domaine de la répression) et l'intime (la liberté des yeux pour pleurer) : ici même, la surveillance permanente qui menace les couples adultères.
Aventures. Wu Hongyan, l'héroïne du film, est une trentenaire aux traits réguliers mais à l'expression sévère, fermée. Sans doute parce que, à travailler toute la semaine comme huissier de justice dans un tribunal chinois, elle voit beaucoup de femmes de sa génération envoyées à la mort (par exécution) pour crimes passionnels. De son côté, Wu n'a pas une vie sage. Elle collectionne les aventures, sinon les déceptions. L'universalité de la lâcheté masculine ajoutée à une certaine forme de machisme en vogue en Chine n'aide pas à bâtir une relation qui soit autre que de brèves et sèches rencontres.
Dans la famille «il n'y a pas de rapport sexuel», Wu en connaît un rayon, jusqu'au jour où surgit dans sa vie un homme plus attirant que les autres, sans doute en raison d'un magnétisme plus sauvage, plus noir. L'homme, sauf erreur, est marié. Mais sa femme est en prison : elle a voulu l'assassiner. Wu était justement chargée, dans le cadre de son travail, de s'occuper de cette détenue dont elle est aujourd'hui la rivale.
Climats neigeux. Voilà pour le canevas, que le film passe un temps fou à enfouir. On apprend avec surprise que Diao Yi Nan, dont c'est ici la seconde réalisation (après Uniforme, en 2004, film un peu passé à côté en France, mais qui a connu un certain retentissement à New York ou au festival de Rotterdam), travaille surtout en qualité de scénariste pour la télévision et le cinéma (un de ses grands coups était Shower, en 2000). Quand Train de nuit fait précisément dans l'antithèse du film de scénariste : le récit s'abandonne sous des climats neigeux, les corps se laissent prendre dans des poses mélancoliques, une vieille tristesse les isolant à jamais, les cheminées d'usine laissent échapper une fumée industrielle. La Chine post-Antonioni continue de nous envoyer des films.
Philippe AZOURY, LIBERATION

le ballet des âmes solitaires
Il y a chez certains cinéastes de ce que l'on appelle le nouveau cinéma chinois une incroyable énergie à continuer de raconter des histoires tout autant qu'une formidable capacité à mettre le doigt sur les mutations monstrueuses de la société chinoise contemporaine et les dévastations qu'elles semblent faire subir aux individus.
Train de nuit, le deuxième long métrage du réalisateur Diao Yi Nan, tourné en DV et présenté en Sélection officielle dans la section Un certain regard, est une nouvelle et éclatante preuve de cette acuité. Wu Hongyan, une auxiliaire de justice, veuve et trentenaire, est chargée de s'occuper des femmes condamnées à mort, parfois de procéder à leur exécution. Il lui arrive par ailleurs de prendre un train de nuit pour participer à des bals de célibataires dans l'espoir de faire une rencontre. Li Jun est un ouvrier. Sa femme, reconnue coupable d'un meurtre, a été exécutée et c'est Wu Hongyan qui a été chargée de tirer la balle fatale. Il croise un jour le chemin de celle-ci et se met à la suivre.
Dit comme cela le récit de Train de nuit pourrait être celui d'un polar, un scénario de vengeance. Finalement, c'est un peu cela, mais pas seulement. Car tout en refusant les effets dramaturgiques attendus, en étirant divers moments a priori insignifiants qu'il rend ainsi essentiels, en suivant les déambulations désespérées et hébétées de ces laissés-pour-compte du social ou du sentiment, Diao Yi Nian compose un ballet abstrait construit de filatures, de trajets et d'attentes mutiques au coeur d'un lieu modelé par une architecture industrielle volontiers monumentale. Ce parti pris fait du film, bien au-delà de sa simple intrigue, la peinture d'une addition de solitudes au centre d'un monde qui broie par ailleurs aisément les individualités.  Jean-François Rauger, LE MONDE.