Yema

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Djamila Sahraoui la mère
Samir Yahia le gardien
Ali Zarif le fils

Réalisation et scénario Djamila Sahraoui
Directeur de la photo Raphaël O’Byrne
Décors Mourad Zidi
Montage Catherine Gouze
Son Sébastien de Monchy
Production AARC / Les Films de l’Olivier / Neon Productions

 

Djamila Sahraoui

Après ses études de lettres à Alger, Djamila Sahraoui a obtenu le diplôme de l’IDHEC, section réalisation et montage. Lauréate de la Villa Médicis Hors les Murs, elle a écrit et réalisé plusieurs documentaires primés dans divers festivals.
BARAKAT ! (2006), son premier long métrage de fiction, lui vaut onze récompenses. Trois prix au FESPACO (Festival panafricain de Ouagadougou au Burkina Faso) : prix Oumarou Ganda de la meilleure première oeuvre, prix du meilleur scénario et prix de la meilleure musique. Prix du meilleur film arabe au Festival international du Caire. Prix du meilleur film arabe au Festival de Dubaï. Prix du meilleur film africain au Festival du cinéma d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine de Milan…
Son nouveau film YEMA a été projeté en Sélection Officielle au Festival de Venise 2012. Toujours scénariste et réalisatrice, Djamila Sahraoui est aussi passée cette fois de l’autre côté de la caméra pour interpréter le rôle titre. YEMA a déjà été sélectionné dans de nombreux festivals à travers le monde et a obtenu plusieurs récompenses. Dont le Prix de la Critique (FIPRESCI Award) au Festival de Dubaï, le Prix d’interprétation féminine au Festival International du Film Francophone de Namur, l’Etalon d’argent au Fespaco…

Filmographie
2012 YEMA
2006 BARAKAT !
2003 ET LES ARBRES POUSSENT EN KABYLIE
2001 ALGÉRIE, LA VIE TOUJOURS
1999 ALGÉRIE, LA VIE QUAND MÊME
1996 LA MOITIÉ DU CIEL D’ALLAH
1992 PRÉNOM MARIANNE
1990 AVOIR 2000 ANS DANS LES AURÈS
1980 HOURIA
 

Réalisateur

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2011 FILM
2010 FILM
2009 FILM
2008 FILM
2007 FILM
2002 FILM
2000 FILM
1998 FILM
1996 FILM
Informations complémentaires: 

Compétition Officielle, Festival de Venise 2012 
Meilleure actrice, Festival de Namur 2012 
Prix fipresci, Festival de Dubaï 2012

Yema

Djamila Sahraoui
Distribution :: 
Date de sortie :: 
28/08/2013
Algérie - France / 2012 / 1h30 / 1:85 / Couleur / VOSTF

Une petite maison abandonnée, isolée dans la campagne algérienne. Ouardia y revient, après des années d'absence, pour enterrer son fils Tarik, militaire. Ouardia soupçonne son autre fils, Ali, dirigeant d’un maquis islamiste, de l'avoir tué. Dans cet univers figé par la sécheresse, la vie va peu à peu reprendre ses droits. Grâce au jardin que Ouardia fait refleurir à force de courage, de travail et d’obstination. Grâce au gardien, peu à peu adopté par Ouardia. Grâce surtout à l’arrivée d'un nouveau né. Mais Ouardia n’est pas au bout de ses épreuves. Ali, le fils maudit, revient, grièvement blessé...

ENTRETIEN AVEC DJAMILA SAHRAOUI

L’HISTOIRE
Yema, c’est la Mère en arabe algérien. Ici, la mère biologique et la mère patrie, l’Algérie. Cette mère-là a engendré un fils militaire et un fils islamiste. Deux fils maudits qui se battent pour le pouvoir, pour l’amour de la même mère, pour l’amour dela même femme, une femme qui à son tour engendre un enfant dont on ne saitlequel des deux frères est le père.Mais tous sont les enfants de cette terre arrosée de tant de sang et de tant de larmes, durcie de tant de souffrances accumulées. Violences
J’ai quelques thèmes qui sont autant d’obsessions et que j’aborde dans tous mes films depuis mon tout premier documentaire « La moitié du ciel d’Allah » : la violence de l’Algérie. La violence contre les jeunes, contre les femmes. La questionde savoir comment on fait pour revivre, pour vivre quand même, malgré le malheur, malgré le désespoir…

LE LIEU DE L'HISTOIRE
C’est un pays méditerranéen. L’Algérie. Mais aussi la Grèce, berceau des tragédies antiques que je lis et relis depuis mon enfance. Terres de beauté époustouflantedonnées aux hommes par des dieux magnanimes et généreux. Mais, craignant que les hommes s’ennuient de toute cette beauté, les mêmes dieux leur ont donné les familles. Et c’est parti ! Antigone, Eteocle et Polynice,Médée, les Atrides… Familles qui vont se déchirer et s’entretuer sur plusieurs générations, dans des drames et des conflits qui résonnent depuis l’Antiquité. 

Décor antique
J’ai cherché dans les montagnes algériennes le lieu idéal qui serait le décor de cette tragédie antique. Ce décor est une espèce de paradis, alors que l’histoire est une horreur. Il fallait un lieu isolé, loin de toutes les pollutions de la modernité technique mais néanmoins accessible aux outils et aux accessoires de la modernité cinématographique. Il y fallait des oliviers, symboles torturés du temps qui dure. Il y fallait aussi des collines pour donner du volume à l’image de ce huis clos en plein air. Il y fallait enfin le silence de la nature qui sied à ce film presque muet.

Le paradis se mérite
Quand nous avons enfin trouvé tout ça réuni, il a quand même fallu aménager. En fait, Mourad Zidi, le chef décorateur, a entièrement reconstruit ce décor naturel. Pour des raisons cinématographiques d’abord, proprement techniques. Mais aussi parce que je voulais pour mon histoire une sorte de théâtre où se jouerait la tragédie. Au fur et à mesure que la mère travaille sa terre et la fait revivre, l’équipe du film recréait le décor : plantations de légumes, d’arbres et de fruits aux différentes étapes de leur maturité, réparation du puits et des murs de la maison marqués par le temps, etc. Ainsi en cinq semaines de tournage, plusieurs saisons sont représentées dans le film. Mais c’est le travail de l’équipe, pas de la nature : le paradis n’est pas donné, il se mérite !

LES ACTEURS DE L'HISTOIRE
Le tandem fils-gardien a très vite été évident. J’ai cherché et choisi les deux jeunes hommes qui les campent pour ce qu’ils laissaient voir de leurs personnalités. Ali Zarif joue le fils : immédiatement identifié comme guerrier et macho méditerranéen, mais en réalité très fragile, petit garçon quémandant l’amour de sa mère. Samir Yahia joue le gardien : victime dans la vraie vie d’un accident qui l’a laissé amputé d’une main, visiblement plus jeune, faisant penser, avec ses yeux clairs et son air innocent, à un enfant soldat, ne comprenant pas trop sa place dans cette famille brisée.

Cette femme, c’est moi
Pour la mère, ce fut une autre affaire : j’ai longtemps cherché la comédienne qui serait la mère dont je rêvais, avant de comprendre que cette femme, c’était moi… Comprendre ou admettre ? L’évidence était sans doute là depuis l’écriture du scénario, mais je ne voulais pas la voir. La mère est une femme aride et sèche comme sa terre,
oscillant entre détermination et déraison. Une femme que rien ni personne ne détourne de son but, aussi insensé fut-il. Une femme enfin acceptant son âge, sans maquillage et sans chirurgie esthétique. Ai-je ces qualités et ces défauts ? En tout cas, personne d’autre ne les avait.

L’élégance des paysannes
Au début, la mère est toute de noir vêtue, terne, muette, elle est complètement morte à l’intérieur. Après les quarante jours de deuil, et comme le veut l’usage, elle met des vêtements colorés. Revenant à la vie, elle change de vêtements, de foulards, elle devient colorée comme son jardin. Je me suis inspirée des paysannes que je connaissais, ma mère, mes tantes… Elles sont toujours impeccables, comme si elles ne travaillaient pas dans les champs. Elles ont une sorte d’élégance, une grâce. Comme elles n’ont pas les contraintes des femmes de la ville, avec le voile par exemple, elles ont une espèce de liberté, de dignité. Elles sont là, dans la nature, en harmonie. Je voulais vraiment rendre compte de ça.

Faire l’actrice
Je n’avais jamais fait l’actrice. Je ne pouvais même pas, pendant très longtemps, envisager l’idée que je puisse jouer. J’ai commencé le tournage le ventre noué par l’angoisse. A la fin, j’en suis venue à me dire qu’être comédienne, c’était en fait le métier le plus simple du monde : on se met au milieu et tout le monde travaille autour de vous, pour vous…

LES IMAGES DE L'HISTOIRE
Le film est une histoire de corps, de corps à corps. On se bat toujours avec quelque chose ou avec quelqu’un. On s’affronte les uns les autres. On se confronte à la violence, à la douleur et au désespoir. On lutte avec la nature, la terre, la sécheresse, les éléments.

Corps à corps
Il fallait trouver une manière de filmer ces corps à corps : la mère frêle et sèche piochant la rocaille pour dégager une sépulture pour son fils, ses gestes répétitifs et obstinés pour redonner vie à sa terre ; les affrontements physiques entre la mère et le fils, entre la mère et le gardien, entre le fils et le gardien ; l’échange du bébé et de l’arme avec le gardien, et plus tard du bébé contre la morphine avec le fils…

Le jour et la nuit
Avec le chef opérateur, nous avons choisi de filmer en plans assez larges, pour saisir l’intensité des gestes, mais pas trop, pour ne pas perdre les personnages. Nous avons tourné les scènes de jour tôt le matin et tard l’après-midi pour obtenir une lumière dorée. Les séquences de nuit en intérieur ont été éclairées à la bougie à la fois pour accentuer le caractère tragique de l’histoire et pour marquer la maison comme un refuge face à la dureté et la violence du monde extérieur.

Prendre son temps
Le film prend son temps. C’est le rythme de la vie rurale traditionnelle, où l’on répète les mêmes gestes depuis la nuit des temps et où l’on économise sa parole. Seuls les corps parlent. D’ailleurs, qu’y a-t-il à dire quand vos propres fils s’entretuent ?

Imaginaires
C’est dans la durée que les choses se passent. Cette économie de paroles, ce silence, j’y tenais depuis le début. A l’image et au son, il faut laisser la place et le temps pour la circulation de l’imaginaire du spectateur à mon propre imaginaire. Le spectateur se pose des questions et je ne lui donne pas de réponses. En tout cas, pas toutes et pas tout de suite. Il n’a pas besoin de tout savoir. Ce que je cherche en fait, c’est une proximité sensorielle avec le spectateur.

QUESTION DE TEMPS
Dans cette région de l’Algérie où nous avons tourné, la terre est d’ordinaire déjà brûlée dès le mois de mai, et le soleil écrasant. Je m’étais engagée auprès de l’équipe en choisissant de tourner en mai-juin : « Vous verrez, il fera très beau, je vous le garantis » ! Or, en ce printemps 2011, il a plu, il a fait du vent et il est a fait froid comme jamais de mémoire de paysan. La piste que nous avions ouverte au bulldozer pour accéder au site de tournage s’est avérée souvent impraticable, il fallait alors monter chaque matin le matériel et les provisions à dos d’homme sur un sentier aussi abrupt que glissant. Sur le site lui-même, il nous fallait attendre l’éclaircie et, en attendant, décrotter nos chaussures plombées par des kilos de glaise. Et arracher brin par brin les herbes trop vertes et les fleurs incongrues dans le décor.