Adieu Falkenberg

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Réalisation : Jesper Ganslandt
Production :Anna Anthony
Scénario :Jesper Ganslandt, Fredrik Wenzel
Photo : Fredrik Wenzel
Musique : Erik Enocksson
Montage : Jesper Ganslandt, Michal Leszczylowski, SFK
Supervision de la post-production : Anna Knochenhauer
Prise de son : Peter Rolandsson
Montage son : Magnus Bergentz, Calle Edström, Jonas Jansson, Lucas Nilsson, Matti Karlsson
Mixage : Thomas Huhn
Photographes de plateau : Fredrik Wenzel, Kristian Bengtsson, Tommy Johansson
Producteur exécutif : Lars Jönsson
Co-producteurs : Gunnar Carlsson, Tomas Eskilsson, Peter Aalbæk Jensen
 

Jesper Ganslandt

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Adieu Falkenberg

Jesper Ganslandt
Distribution :: 
Date de sortie :: 
12/05/2010
Suède – 2006 – 1h31– couleurs –1:2.35 – dolby –
Dernier été à Falkenberg. Ils sont cinq, cinq amis d’enfance qui sont devenus de jeunes hommes… David, qui aspire à redevenir un enfant, et Holger, décidé à ne jamais déménager. Deux inséparables, qui se réfugient dans la forêt et auprès de l’océan, pour échapper à l’avenir. Jesper, lui, ne cesse de rentrer au bercail sans que personne ne réalise jamais qu’il s’est absenté. Jörgen finance son entreprise d’hébergement touristique, « Petit-déjeuner au lit », en pillant des maisons. John, enfin, toujours de mauvais poil, continue de s’accrocher à la conviction qu’un peu de bacon suffit à son bonheur. Le futur menace à l’horizon, mais tous ne seront pas là pour le voir.
Adieu Falkenberg — un film sur l’amitié, les souvenirs, et un ultime adieu à la petite bourgade en bord de mer.
LE POINT DE VUE DU REALISATEUR
On prétend qu’il faut toujours regarder de l’avant. Anticiper. Moi je continue de songer au passé. Je garde l’image des enfants que nous étions. À l’intérieur je n’ai pas changé. C’était la dernière chance de capturer cela avant que ça n’ait disparu. Je ne voulais pas attendre qu’on soit vieux pour faire un film. Nous nous sommes dit qu’on pouvait tout aussi bien le  faire maintenant. Avec les authentiques protagonistes, au lieu d’acteurs se faisant passer pour de vrais gens. Ça peut fonctionner très bien, mais pas pour ce film-là. Je veux que Holger soit Holger, pour de vrai et pour de faux. Je veux contempler la vie de tous les jours, pas une version enjolivée par les artifices habituels au cinéma. La vie avant et après un tournant décisif reste généralement la même, pas vrai ? Pour moi, le film parle de deux meilleurs amis. Des mecs ayant choisi de faire passer le lien qui les unit avant toutle reste : les filles,la famille, l’avenir. Les vacances d’été sont comme une bulle où le temps s’est arrêté. Tout reste ouvert mais rien n’apparaît particulièrement attirant. La traversée de la vie comme unetranquille promenade d’été, où jusqu’à la décision la plus fatidique s’impose simplement.Même si c’est la fin. L’été est semblable à un rêve, planant au-dessus de la mer au crépuscule. Nous avons beaucoup parlé de Holger, de John, Jörgen et David (d’autres encore, nombreux, dont je me souviens), sans oublier les parents. J’ai probablement aussi beaucoup parlé de moi. L’idée qu’il fallait en faire un film. Sur nous. Au départ on avait parlé d’écrire un livre, de prendre des photos. Mais ça ne semblait pas approprié. (Enfin, là encore, qu’est-cequi peut l’être ?) Je voulais leur montrer à tous, non pas tant comment ils sont que comment je les vois. Pour moi ils sont des personnages et je suis vraiment heureux qu’ils aient accepté de jouer le jeu. De manipuler/s’amuser avec leur propre personnalité, d’accepter de n’en montrer qu’un aspect, tout en mefaisant confiance. Je ne considère pas ce film comme le mien. Il possède sa vie propre. Il s’est réalisé tout seul (c’est le cas des bons films en général). Né de nos souvenirs communs qui se sont animé devant nos yeux et pour la caméra. Souvenirs d’enfance. Jamais je ne vous oublierai.
Cette histoire dépeint des émotions et, pour l’essentiel, est racontée avec émotion. Ce qui ne veut pas dire qu’elle parle des émotions. Il y a une grosse différence. Je veux voir des films où on me laisse le choix. C’est la meilleure méthode, j’en ai la conviction. Ça sonne bizarrement, dit comme ça. Bon sang, ce que je veux dire c’est qu’il est possible de raconter (filmer) une histoire en se passant de toutes ces astuces dramaturgiques à l’américaine sur fond d’intrigue cousue de fil blanc. Je crois aux histoires qui sont honnêtes. Euh, c’est censé vouloir dire quoi au juste ? Je me relis, là, et je réalise que c’est ce qu’on veut tous, non ? OK, disons ça autrement : je méprise les règles de la dramaturgie et les histoires qui gâchent la vérité qu’elles renferment. Par là j’entends, quand tout le monde a fini par oublier pourquoi vous avez eu, à l’origine, l’envie de raconter cette histoire…
Quand ça devient juste raconter pour raconter. Ou une simple satisfaction égocentrique. L’un ou l’autre. Je crois aux histoires dont le moteur est l’émotion, par opposition à la construction de personnages et à l’intrigue. Le public est intelligent. Il aime (nous aimons) réfléchir. Nous faire notre propre idée de ce qui se passe. Laissez votre narration conserver son honnêteté, lâchez le gouvernail, laissez-là libre et qu’elle dérive, s’élance et prenne son envol. Ne la rivez pas au sol sous le poids de chaînes terrestres puant la jalousie transatlantique. Si jamais quelqu’un devait faire un film sur ma vie, alors pitié, pour l’amour de Dieu, que ce soit incohérent ! Ne renoncez pas !
Adieu, Falkenberg… J’espère en avoir fini avec toi. D’aussi loin que je me rappelle tu m’as toujours accompagné, et cela durera toujours.
Jesper Ganslandt

CONVERSATION AVEC LE REALISATEUR JESPER GANSLANDT
Qu’est-ce que Falkenberg signifie pour toi, Jesper ?
J’ai grandi à Falkenberg, alors c’est de là que proviennent tous mes souvenirs. Et c‘est là ,que nous avons tourné Falkenberg, dans une belle petite ville en bord de mer. Du temps où j’y vivais, je la trouvais laide, mais j’avais quoi comme point de comparaison ? C’est un lieu de villégiature estivale, en été c’est très animé, beau et accueillant. Tout culmine en été… Que va-t-il se passer, y aura-t-il beaucoup de touristes ? Vont-ils prendre possession de nos plages ? Est-ce qu’il y aura un carnaval cette année ? Pendant l’hiver, la ville tombe en hibernation et devient froide, déserte et immobile. Plus rien ne s’y passe.

Rien ?
Enfin, si… Tous les hivers, on érige sur la grand-place un énorme silo peint à l’image d’un gnome de Noël. Eric le Gnome, même qu’il cligne des yeux… Tout le monde le déteste avec un bel ensemble, c’est quelque chose qui unit les générations. On a maintes fois projeté de le faire sauter mais non, chaque année le conseil municipal le remet là. Je n’ai jamais considéré Falkenberg comme un lieu où la culture serait appréciée et encouragée. Une fois, il y a eu une exposition d’oeuvres d’art réparties à travers toute la ville — je crois que ça s’appelait « Sculpture 97 ». Toutes ont été vandalisées, brûlées ou démolies. C’est la petite ville typique, fortement repliée sur elle-même, en particulier parmi les plus de 50 ans. Les plus jeunes n’aspirent qu’à s’en aller et voir le monde. Moi aussi je voulais partir, alors je suis allé au lycée à Halmstadt. Ça ne semble peut-être pas bien loin, mais c’était déjà un grand pas, du moins, c’est ce que je me disais.

Et qu’en est-il sorti ?
Cela a créé un éloignement entre moi et mes amis d’enfance restés à Falkenberg. Ils me manquaient et j’aurais voulu les avoir à mes côtés. C’est alors que j’ai commencé à les percevoir comme des personnages, des personnages que j’aimais, et c’est ce qui a fourni l’impulsion d’où est sorti ce film. Ça, et mes souvenirs — non pas des anecdotes mais de vrais souvenirs.

Comment as-tu vécu ton retour ?
Je ne déteste pas ma ville natale. Je pense que le film en dresse un joli portrait. Ma question serait plutôt : ça fait quoi de rentrer un bercail ? Ceux qui reviennent se figurent souvent que leur retour va constituer un genre d’événement, qu’il va susciter des jalousies, que tout va se passer comme si les gens étaient tous là à l’attendre. Ce qui n’est pas le cas, alors ça fait comme un vide. Beaucoup de gens ne remarquent pas que vous êtes revenu, ni que vous étiez parti. La vie reprend son cours ordinaire : « Salut, tu viens nager avec nous ? » Comme si vous n’étiez jamais parti, comme si le temps s’était figé.

Quelle importance attaches-tu à l’amitié ?
Une énorme importance. Mes parents ont divorcé alors que j’étais adolescent, ce qui m’a fait perdre ma confiance en eux. Du coup j’ai remplacé ma vraie famille par les amis, ils étaient mon soutien moral et dans la vie de tous les jours, ils sont devenus ma vraie famille. On était une bonne petite bande à se soutenir ainsi les uns les autres, mais avoir des amis c’est aussi compliqué qu’avec des gens du même sang, au niveau relations, sentiments… C’est inévitable dès lors qu’on est proche de quelqu’un.

De quelle marge de manoeuvre as-tu disposé pour la création des personnages, étant donné qu’ils s’inspirent de personnes réelles ?
Une grande part de ce travail s’est déroulé en salle de montage, où j’avais tous les éléments en mains. J’ai choisi d’accentuer certains aspects des personnages afin de donner à l’histoire sa cohérence, mais ils jouent leur propre rôle et comme de ce point de vue ce n’est pas l’expérience qui leur manque, je m’en suis servi comme point de départ.

Tu présentes une vision plutôt « romantique » des drogues dans le film.
Je ne le vois pas de cette façon. Le regard porté par la société sur les stupéfiants m’intéresse beaucoup, genre tout le débat alcool contre cannabis, mais le film ne prend pas parti et n’a rien à voir avec mon opinion sur les drogues. Ça fait partie du film, mais ça n’en est pas plus le sujet que le goût de John pour les céréales ou même pour le bacon, puisqu’on en parle. Comment vous voulez le voir, c’est votre propre choix.

Dans le film, il est dit qu’il n’y avait jamais de filles du temps de vos jeux d’enfants, et le film lui-même montre très peu de femmes. Pourquoi cela ?
Il s’agit d’un film sur des garçons. Non d’une histoire sur l’amour entre personnes du sexe opposé, mais sur l’amitié et l’amour qui unit des garçons. La prochaine fois je ferai un film sur les filles, juste histoire de rétablir l’équilibre.

Qu’est-ce que qui t’a donné envie de faire des films ?
J’ai toujours aimé les films, et depuis l’enfance j’ai vécu avec eux. Je faisais semblant d’être malade pour rester à la maison regarder des films. Il y a des centaines de cassettes qu’on avait à la maison que j’ai vues un nombre incalculable de fois, un intéressant échantillonnage de films comme La Mélodie du Bonheur ou Transamerica Express. Un voisin avait un caméscope et on faisait plein de films. Des « slashers » à la Vendredi 13. J’aime les films, ce qui m’apporte beaucoup de bonheur et d’angoisse, il y a pire comme raison de vivre.

Quel est ton rapport à la construction dramatique ?
Il s’agit d’un ensemble de règles qui peuvent s’avérer utiles, à condition de ne pas les laisser vous dominer, ou le film ne prendra jamais vie. Ce qui me déplaît dans la stricte observance des règles, c’est lorsque la narration devient un but en soi, prenant ainsi le pas sur l’histoire qu’elle devrait servir. L’aspect ludique doit demeurer, ce n’est pas parce qu’on fait un film qu’il faut pour autant prendre tout trop au sérieux. Je pense que même Ingmar Bergman serait de cet avis.

Comment penses-tu que Adieu Falkenberg sera reçu à Falkenberg, en Suède ou dans le reste du monde ?
J’espère qu’à Falkenberg on va m’ériger une statue, et ce serait sympa que le film soit apprécié ailleurs.

FREDRIK WENZEL : SCENARIO ET PHOTOGRAPHIE:
D’où connais-tu Jesper ?
Jesper et moi avons grandi ensemble à Falkenberg, et ces dix dernières années nous avons beaucoup travaillé ensemble sur des clips musicaux et des pubs.

Comment vous est venu le besoin de faire un film sur votre ville natale ?
Nous avons fait Adieu Falkenberg parce que nous voulions tourner un film offrant une description honnête d’une petite ville suédoise. C’est notre chez nous, un sujet dont nous nous sentons proches, ce qui nous a donné la capacité d’en faire un portrait aussi juste que possible, sans stéréotypes ni clichés. Quelque chose de plus proche de la réalité que ces chroniques provinciales « typiques » auxquelles nous a habitué le cinéma suédois.

Que représente Falkenberg pour toi ?
Falkenberg est une communauté pleine de vie, une vitalité peu commune, et c’est ce que nous avons voulu montrer à l’écran. C’est un lieu beau et laid à la fois, où prévaut un sens de l’humour très particulier. Je ne pourrais plus vivre là-bas, mais Falkenberg compte beaucoup pour moi.

Quelle a été ton approche de la photographie ?
J’avais une représentation très nette de ce à quoi je voulais que ressemble Adieu Falkenberg sur le plan visuel. Toutes ces images emmagasinées au fil des années comme s’accumulent les souvenirs. Des images dont je désirais me servir pour conter cette histoire. Un extraordinaire trésor où puiser.

Pourquoi avoir choisi un mode de narration si atypique ?
Je crois qu’est arrivé un tournant crucial pour les cinéastes de notre génération. Nous nous dirigeons vers une nouvelle façon de raconter les histoires, et je pense que le public est prêt à faire sa part de chemin… À visionner des histoires qui exigent d’eux une part de réflexion et ne suivent pas servilement les mêmes vieux schémas narratifs qui prévalent depuis si longtemps. Dans le nouveau film sur lequel je suis en train de travailler, nous essayons de mettre l’accent sur les moments de latence entre deux événements dramatiques, plutôt que de partir de ces derniers, cela afin de laisser un peu plus d’autonomie au spectateur.

INTERVIEW DE ERIK ENOCKSSON : MUSIQUE
Parle-moi du tournage. C’est inhabituel pour le compositeur de la B.O. d’être présent sur le plateau avec le reste de l’équipe.
Je vivais dans la maison avec les autres, et l’idée était que je composerais pendant qu’eux joueraient. Ils m’avaient même installé un grand piano, mais je suis souvent un peu lent au démarrage, aussi la seule fois où je m’en suis servi c’était à peu près une heure avant qu’on remballe. J’étais assis là à jouer tandis que les autres se tenaient à attendre de pouvoir emporter le piano, ils étaient vraiment exaspérés. Ça n’avait pas beaucoup d’importance, les moments d’énervement s’effacent comme ils sont venus mais la chanson, elle, était bonne et figure dans le film.

Écrire la B.O. d’un film, tu en rêvais ?
Non, tout au contraire. Je n’ai jamais cru à la musique composée à partir d’images, néanmoins j’ai découvert une bonne méthode pour en faire. Au départ le sujet du film me paraissait constituer un cadre singulièrement étriqué, d’un point de vue musical, mais une fois lancé sa tonalité émotionnelle s’est mise à imprégner tout ce que je faisais, même lorsque je travaillais sur d’autres musiques. Je suis extrêmement satisfait du résultat final.

Quelles relations entretiens-tu avec Jesper ?
Voici environ dix ans, il nous a aidés moi et mon groupe à réaliser notre premier clip. Après quoi nous avons pris un café juste tous les deux, et nous sommes depuis restés amis. Ça a été une relation franchement houleuse, nous avons connu bien des conflits et des débats. Nos rapports sont aujourd’hui un peu plus sereins et il compte parmi mes amis les plus chers.