All Tomorrow's Parties

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Réalisation et Scénario Yu Lik Wai
Image Lay Yiu Fai
Son Ken Wong
Montage Chow Keung
Costumes Fu Jing Ping
Décors Zhao Xiao Yu
Musique originale Yoshishiro Hanno
Producteurs Hengameh Panahi, Li Kit Ming
Producteurs associés Chow Keung, Jia Zhang Ke, Moon Yong Sun, Patrick Siaretta
Production Lumen Films (Paris)
En association avec Hu Tong Communication (Chine), Won & Won Pictures (Corée), Teleimage (Brésil)
Avec le soutien de The Hubert Bals Fund of the international Film Festival, Fondazione Montecinema Verità, Ascona (Suisse), Hong Kong Arts Development Council

 

Yu Lik Wai

Yu Lik Wai est né à Hong Kong en 1966.
Il est diplomé de l'INSAS (Institut National Supérieur des Arts du Spectacle de Belgique). Il participe activement à la vie cinématographique tant à Hong Kong qu'en Chine continentale.

ALL TOMORROW'S PARTIES est le deuxième long métrage de fiction de Yu Lik Wai. Son premier long métrage, LOVE WILL TEAR US APART, présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 1999 fut unanimement salué comme le portrait sombre mais tendre des populations immigrées de Hong Kong.
Yu Lik Wai est aussi un directeur de la photographie très respecté. Il a assuré l'image des trois films de Jia Zhang-Ke : UNKNOWN PLEASURES (2002), PLATFORM (2000) et XIAO WU, ARTISAN PICKPOCKET (1997) ainsi celle du film d'Ann Hui ORDINARY HEROES (1998).

Filmographie
1996    NEON GODDESSES (doc)
1999    LOVE WILL TEAR US APART
2003    ALL TOMORROW'S PARTIES
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Sélection Officielle – Un Certain Regard, Festival de Cannes 2003

All Tomorrow's Parties

Yu Lik Wai
Distribution :: 
Date de sortie :: 
28/04/2004
Chine – 2003 – 1h36 – 35 mm – couleur – 1,85 – Dolby SRD

Dans un XXIe siècle post-apocalyptique, la secte Gui Dao règne en Asie continentale…  Zhuai et son frère cadet, Mian, sont arrêtés, puis déportés vers le Camp Prospérité, afin que leur esprit dissident puisse être rééduqué.
Là, ils découvrent à quel point la vie du camp dépasse la simple propagande, les tracas bureaucratiques et les petits trafics.
Lorsque la secte perd le pouvoir, Zhuai et Mian retrouvent, pour la première fois depuis des années une liberté totale mais chaotique.  Ils redécouvrent les plaisirs étranges et oubliés de la vie quotidienne. Mais ils devront également affronter les sentiments doux-amers de cette liberté de rêver.
Tornade mentale par Olivier Séguret
Une zone inqualifiable, qui balance du champ de ruines post-industriel à la campagne infiniment polluée, puis de la ville fantôme au stalag dévasté. Une époque qu'on nous dit être celle du milieu du XXIe siècle, futur proche et pessimiste puisqu'il succède à une guerre au terme de laquelle une secte, appelée Gui Dao, règnerait sur l'Asie. Un groupe d'ados-adultes désarticulés, tantôt frères, tantôt couples, tantôt parents avec enfants, qui s'aimantent et se répulsent dans des comportements aux confins de la perturbation psychiatrique...

On sent bien, en voyant All Tomorrrow's Parties, combien ce film gracile mais gracieux, charrie aussi de lourds nuages directement formés au-dessus du chaudron politique chinois contemporain... Mais on n'en possède que très rarement les clefs exactes, la nature poétique de l'auteur comme la nature politique du régime qui  l'administre ne permettant sans doute pas de plus fines précisions.

Post-humanité. On doit alors se raccrocher à ce que le seul cinéma exprime, et qui n'est pas mince dans le cas de ce metteur en scène auquel on doit déjà un Love Will Tear Us Apart de remarquable mémoire. Dans ce grand vide où Yu Lik Wai a choisi de placer, et de déplacer, sa caméra, on éprouve presque physiquement la tornade mentale dans laquelle l'histoire, l'espace, le temps et les êtres semblent avoir été aspirés puis éparpillés.

Tout le patient, souverain, et souvent tarkovskien travail du cinéaste consistera justement à disposer progressivement dans ce désastre ses lumignons rédempteurs, ses émouvantes lanternes, bien entendu chinoises, qui portent dans les déserts obscurs de cette post-humanité les éclats fulgurants, inattendus, joyeux d'une communauté en train de s'inventer un nouvel avenir. Ces scènes sont les plus fulgurantes d'un film déjà généreux en pures visions.

Langueur sensuelle. L'une, notamment, où un groupe de jeunes filles en furie hurle de rire en déshabillant un garçon consentant, et une autre, où il sera question de troquer une fille contre un plein  d'essence, laissent aussi entrevoir une dimension sino-gothique tout à fait inédite : c'est une sorte de post-Mad Max d'outre-Muraille qui perce alors sous la langueur sensuelle et stylée de All Tomorrow's Parties. Définitivement étrange, l'honorable Yu Lik Wai.
Libération, 17 mai 2003.


Propos de Yu Lik Wai
Ni robots, ni Hi-Tech
Je ne sais pas dans quelle mesure il convient d'appliquer le terme de science fiction à All Tomorrow’s Parties. Pour moi, anticiper l'avenir n'implique pas forcément d'entrer dans la science fiction. All Tomorrow’s Parties ne montre ni robots ni hyper-technologie. D'ailleurs, du point de vue technologique, ma vision de l'Asie post-apocalyptique est plutôt historique. Après tout, hormis l'acquisition de certains gadgets, l'humanité n'a pas  beaucoup changé depuis 50 ans. Pourquoi est-ce que la vie serait si différente dans 50 ans ? Pour tout dire, je ne pense pas que nous évoluions autant que nous l'imaginons.

Récit d’anticipation
All Tomorrow’s Parties est un récit d'anticipation : il raconte une Asie post-apocalyptique qui peut exister demain, en 2075 ou en 3000, qui sait… ? La question de la chronologie n'est pas centrale. La seule chose qui compte c'est le fait d'anticiper. Et encore… Cette histoire pourrait tout à fait se situer de nos jours, par exemple dans l'après-guerre. Je la situe dans le futur, pour la simple raison que cela me permet de mieux critiquer les absurdités, les fragilités humaines.
Inspiration post-apocalyptique
Le film a été inspiré par les divers terrorismes, sectes et cultes qui sévissent dans le monde. L'irrationnel et l'absurde jettent une ombre sur notre existence présente. Pour autant, je ne me livre pas à un simple exercice de pessimisme, type "No Future". Mon intention est de poser la problématique de notre fragilité. Pour quelle raison est-ce que nous nous laissons aller à ces guerres moyenâgeuses ? Si nous pouvions accepter le fait de ne plus vivre comme autrefois, nous aurions le courage d'affronter les choix que nous réserve l'avenir.

Confortable anesthésie
Mon récit se situe en Asie, continent qui subit une évolution rapide. J'ai une théorie un peu simpliste sur cette question : au cours du siècle dernier, un bon nombre de nations d'Asie a réussi à émerger du ghetto du Tiers Monde pour se voir attribuer l'étiquette de pays en voie de développement. Nous payons cette évolution au prix fort. Nous avons abandonné nos valeurs et nos croyances les plus précieuses, et surtout nos « non-croyances ». Alors mon hypothèse serait que ce continent va très rapidement se transformer en un Deuxième Monde, dans lequel nous vivrons matériellement satisfaits, mais avec un vide intérieur absolu. Une anesthésie confortable.

Répondre aux exigences du peuple
Cette fiction de la secte Gui Dao que présente All Tomorrow’s Parties correspond naturellement à un avatar du régime des Talibans : une trinité politico-militaro-religieuse capable de répondre aux exigences du peuple en temps de crise. Dans un grand nombre de pays asiatiques, ces sectes se multiplient, certaines d'entre elles exerçant un véritable pouvoir de fascination sur les populations.

Décors naturels
All Tomorrow’s Parties a été tourné dans diverses régions d'Asie : la Mongolie, la Chine et la Corée. Mais le point de départ fut mon premier séjour à Datong, ville chinoise sur-industrialisée, aux confins de la Mongolie intérieure. Je me souviens de mon arrivée dans cette ville, un soir de neige. Les flocons semblaient flotter dans ce ciel pollué, tristes et beaux. Je me suis dit que cet endroit ferait un décor magnifique pour une science fiction low-tech. Aucun besoin d'en rajouter. Tout y était. Dix-huit moins plus tard, je tournais ce film.

Survie des sentiments
L'humour survit à toutes les catastrophes. L'une des premières qualités de l'humour est d'être réfractaire. Et parce qu'il est terrien et pragmatique, l'humour est notre dernier recours contre l'angoisse et la souffrance. L'humour est un antidote contre le fatalisme. D'ailleurs, les sentiments survivent à toutes les catastrophes. Ils survivront tant que l'humanité survivra. Je ne sais pas si l'humanité triomphera toujours. Cette idée correspond plutôt à un point de vue occidental. Je conçois la vie comme une série de quêtes. Peu importe le résultat. Si l'humanité venait à disparaître, elle poursuivrait sans doute son voyage infini sous une autre forme.

Haute définition
Ce film est entièrement tourné en HD parce que je voulais avoir une flexibilité qui me permette de manipuler les images. Environ 20% du film est composé d'effets spéciaux. La plupart du temps, le traitement de l'image est destiné à accentuer l'ambiance post-apocalyptique des décors.

Velvet Underground et Joy Division
J'ai intitulé mon film All Tomorrow’s Parties en hommage au groupe Velvet Underground et à leur chanson éponyme légendaire. Le sujet n'a aucun rapport direct avec la chanson. Il y a une autre référence musicale, qui est celle de Joy Division, mon groupe post-punk préféré depuis l'adolescence. J'ai mis "Insight", un de leurs premiers titres des années 80 dans le film parce que j'aime beaucoup les paroles de Ian Curtis : “I keep my eyes on the door, I'm not afraid anymore” – « Mes yeux fixent la porte, je n'ai plus peur. » Très sombre, mais optimiste quand même.