Ames en stock

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Réalisation  SOPHIE BARTHES


Scénario SOPHIE BARTHES


Producteurs ANDRIJ PAREKH, DAN CAREY,  ELIZABETH GIAMATTI, PAUL MEZEY & JEREMY KIPP WALKER


Photographie ANDRIJ PAREKH


Décors ELIZABETH MICKLE


Costumes ERIN BENACH


Montage ANDREW MONDSHEIN


Musique DICKON HINCHLIFFE


Une production JOURNEYMAN PICTURES, TOUCHY FEELY FILMS

En coproduction avec MEMENTO FILMS & ARTE FRANCE CINEMA









 



 



 



 



 



 



 



 



 



 

Sophie Barthes

Née en France, Sophie Barthes a vécu une enfance nomade en suivant ses parents au Moyen-Orient puis en Amérique du Sud. A 11 ans, elle découvre, émerveillée, La rose pourpre du Caire, et dévore, lors de ses vacances d’été en France, les comédies des années 50, 60 et 70. Sa passion pour l’image la conduit en 1999 à déménager pour New York, où elle compte suivre la voie documentaire.

Inscrite à l’université de Columbia, Sophie Barthes y suit un programme spécifique qui combine politique internationale, dans la section School of International and Public Affairs, et réalisation de documentaires. Son éducation cinéphile la pousse à suivre en parallèle les classes d’une école privée de cinéma (Film School), où elle apprend tout de Bergman et de La Nouvelle Vague. Tout en continuant l’apprentissage du documentaire, elle multiplie les cours de théorie et d’écriture sur le 7e Art.

Après son diplôme, elle se lance dans le court-métrage et rencontre Andrij Parekh, qui devient son compagnon et son partenaire artistique. Ils partent ensemble au Yémen réaliser un documentaire pour l’UNICEF sur les programmes d’éducation et de santé dont bénéficient les femmes. Ensuite, ils signent leur premier court, Zimove Vesilya, un drame qu’ils tournent en Ukraine, puis un second baptisé Happiness qui se déroule à New York.
Dans ce dernier, il y est question d’une boîte énigmatique (déjà !) renfermant le secret du bonheur qu’une ouvrière espère découvrir. Présenté à Sundance en 2007, Happiness fait avec succès le tour de soixante-dix festivals, lauréat entre autres du Showtime Tony Cox Award du Meilleur Scénario à Nantucket et du Prix du Meilleur Court-Métrage de Fiction au Palm Springs ShortFest.
 
Ames en stock est son premier long métrage et Sophie Barthes fait d’ores et déjà partie des vingt-cinq nouveaux talents du cinéma indépendant cités par « Filmmaker Magazine ».
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

en Compétition au Festival de Sundance, 209
En Compétition au Festival de Deauville, 2009

Ames en stock

Sophie Barthes
Date de sortie :: 
05/05/2010
USA - 2009 - 1h41 - 35 mm 1,85 -dolby SRD

 Paul Giamatti, célèbre acteur américain, est en pleine crise existentielle. Il se cherche, peinant même à trouver le ton juste lors des répétitions de sa prochaine pièce, « Oncle Vania » de Tchekhov.

 

Il entend alors parler de la « Banque des Ames », laboratoire privé proposant un service des plus intrigants : soulager les patients de leur âme. Leur retirer leur âme, tout simplement, et pourquoi pas la remplacer par une de celles disponibles dans leur catalogue !

 

Séduit, il décide donc de procéder à l’ablation de son âme. S’en suivent des réactions en chaîne dont il n’imaginait pas l’ampleur...

 ENTRETIEN AVEC SOPHIE BARTHES (scénariste, réalisatrice)

 

D’où vous est venue l’idée extravagante d’un trafic d’âmes dont est victime un acteur ?
Tout est parti d’un rêve étrange que j’ai fait il y a trois ans, après avoir achevé la lecture de « L’homme à la découverte de son âme » de Carl Jung. Il parle de l’erreur qu’il y a chez ses contemporains à négliger l’importance de leur âme en se croyant libres de leurs actes.

Dans ce rêve, je me retrouvais dans la salle d’attente futuriste d’un médecin, une boîte à la main comme tous les autres patients. On nous expliquait que celle-ci contenait l’âme que l’on venait de se faire extraire. Juste devant moi dans la file, il y avait Woody Allen. Lorsque son tour venait, il ouvrait sa boîte et en sortait un pois chiche. Il était furieux : son âme ne pouvait ressembler à ÇA. Heureusement pour moi, je me suis réveillée avant de voir à quoi ressemblait la mienne (rires). J’en ai parlé à mon compagnon et collaborateur photo, Andrij Parekh et l’histoire a continué à m’obséder jusqu’à ce que j’y voie les prémices d’un film.

Comment passe-t-on alors du rêve à la réalité ?
Au départ, je pensais transformer l’idée en un scénario pour Woody Allen, mais cela n’était pas réaliste, justement ! Peu de temps après, j’ai vu American Splendor et je suis tombée sous le charme de Paul Giamatti. J’ai écrit le film pour lui, sans savoir si le projet pouvait l’intéresser. C’est le hasard qui nous a réunis en 2006 lors du Festival du Film de Nantucket : Paul était là-bas pour remettre un prix à Alexander Payne et quand je lui ai parlé du sujet, il m’a immédiatement donné son accord. A l’époque, il partait sur le tournage de « John Adams », et nous avons dû l’attendre près d’un an.

 Une année que vous avez passée à douter, à ronger votre frein ?
Ni l’un ni l’autre : j’ai été acceptée début 2007 au « Sundance Institute » qui prend chaque année six cinéastes sous son aile. J’y ai suivi un atelier d’écriture puis de réalisation, où j’ai eu accès à tout l’équipement technique puis à des comédiens. Pendant un mois, j’ai pu tourner sept scènes de mon film, en faire un montage et le montrer à des professionnels. C’était une chance incroyable, presque miraculeuse : par exemple, Andrew Mondshein qui a monté Sixième Sens, était l’un de mes conseillers. Il est tombé amoureux du projet et m’a proposé de travailler sur Ames en stock lorsque la production serait lancée.

Quelle est la part de fantasme et d’imaginaire dans le Paul Giamatti que vous mettez en scène ?
Je l’ai imaginé à partir de ce que Paul exprimait dans American Splendor et Sideways mais tout cela n’est qu’un jeu, un clin d’œil aux spectateurs qui l’aiment. Lorsque l’on passe deux heures dans une salle obscure à regarder des acteurs, on finit par croire qu’on les connaît et qu’ils nous appartiennent. Aux Etats-Unis, l’obsession pour les célébrités est telle que tout le monde veut se les approprier.

Dans la fiction que j’ai élaborée, Paul Giamatti est dans la veine des héros de Woody Allen : l’archétype de l’acteur new-yorkais névrosé, peu sûr de lui et qui porte le poids du monde sur ses épaules. Tout le contraire de Paul Giamatti, le vrai, beaucoup plus cool, tout sauf narcissique, qui a un humour fin et beaucoup de distance. Je trouve que c’est un comédien qui n’est pas assez reconnu ; il dégage beaucoup d’humanité certainement parce que l’on sent qu’il doute. J’aime aussi le parallèle entre l’âme et l’ego artistique. Le personnage de Paul et celui d’Oncle Vania ont ceci de commun : l’angoisse de la chute et de l’échec.

 Non seulement vous offrez à Paul Giamatti LE rôle Allenien par excellence, mais vous vous amusez à le faire jouer comme un pied, lorsqu’il répète « Oncle Vania », privé de son âme !
C’était le moment le plus délirant du tournage et ce sont les seules scènes que nous avons répétées en amont. Comme Paul est très modeste, il pensait n’avoir aucun souci à jouer comme une patate mais craignait de ne pas incarner correctement « Oncle Vania » dans les passages où il est censé être bon comédien. Moi, j’étais anxieuse du contraire mais lors des répétitions, ça a été magique, toute l’équipe pleurait de rires. En fait, lorsque Paul joue Vania de manière outrée, je pense qu’il a inconsciemment imité William Shatner, même s’il m’a juré le contraire (rires).

 Le véritable couple du film n’est pas celui de Paul avec son épouse, mais le touchant tandem qu’il forme avec Nina…
L’une de mes obsessions était de ne pas sombrer dans la comédie romantique. Si Paul et Nina étaient tombés amoureux, les producteurs auraient sauté de joie mais pas moi (rires). Leur relation se situe à un autre niveau, plus spirituel : ils partagent des fragments d’âmes. J’ai un faible pour le personnage de Nina parce qu’elle me rappelle mon enfance nomadique. J’ai beaucoup voyagé avec mes parents et le sentiment d’être en transit, d’accumuler des parcelles de lieux et de gens m’a beaucoup influencée au moment de l’écriture.
J’en reviens aussi à Jung parce que Nina représente pour moi la partie féminine que Paul a toujours réprimée en lui. C’est aussi pour cette raison qu’elle a une place prédominante comparée à Claire. Son couple avec Paul est fissuré avant même que les ennuis ne commencent : si leurs liens avaient été plus forts, Paul ne se serait pas débarrassé de son âme sans la prévenir et Claire ne le laisserait pas s’envoler seul pour Saint-Pétersbourg.

Est-ce que Ames en stock aurait été envisageable avec une star en tête d’affiche ?
Le problème se pose davantage vis-à-vis d’acteurs qui se prennent trop au sérieux. Paul est dépourvu d’ego et de vanité : il était prêt à tout faire pour que son personnage soit drôle, voire pathétique. De toute façon, si Paul n’avait pas accepté le rôle, mon scénario se serait effondré. J’y avais forcément songé, en me disant que je traduirais l’histoire en français pour approcher Mathieu Amalric !

Lorsque Paul a donné son accord, beaucoup d’obstacles sont tombés. Sa présence a agi comme un aimant auprès d’autres acteurs comme David Strathairn et Emily Watson qui le respectent infiniment. La seule inquiétude de Paul était que le personnage soit trop proche de sa vie, ce qui était parfois le cas puisque je m’étais inspirée notamment de ses interviews. Mais la réécriture du scénario sur ce point a été minime.

 Lorsque l’on évoque la notion d’âme, on songe spontanément à son interprétation religieuse, ce qui n’est pas du tout votre angle d’attaque…
Pourtant, le film n’évacue pas la question de la spiritualité. Il y a quelques semaines, j’ai participé à un débat suivant la projection et le Président des rabbins de Long Island m’a dit : « J’adore ! C’est un film très religieux et je vais l’utiliser pour mes sermons ». Chacun est libre de son interprétation, même si, personnellement, je l’inscris dans la psychanalyse. Ames en stock porte l’empreinte de Jung : c’était un homme très croyant mais qui ne mélangeait pas la foi et la science. Pour le traitement de ses patients, il se plongeait dans la complexité de l’âme humaine. Il a montré que dans certaines sociétés primitives, des tribus croyaient à la perte de l’âme : elle pouvait alors se réfugier dans un arbre ou un animal, à charge pour le chaman de l’obliger à réintégrer le corps de son propriétaire.
La métaphore du film, c’est d’imaginer l’âme comme un tissu étrange d’émotions, de souvenirs oubliés et de rêves : soit on essaye de l’enrichir, soit on l’abandonne au risque qu’elle s’atrophie. L’homme tend à négliger son âme mais celle-ci revient toujours à la charge, parfois brutalement sous la forme de névrose, de dépression.

 Au-delà de son versant humoristique, Ames en stock soulève des questions existentielles. Pourquoi avez-vous préféré n’en résoudre aucune ?
C’était très important pour moi que le film ne soit pas dogmatique. Je n’ai pas non plus cherché à définir ce qu’est l’âme, tout simplement parce que je ne le sais pas. Les philosophes n’ont pas cessé de s’y intéresser mais personne n’a réussi à percer son mystère. Je préfère laisser aux spectateurs le soin de s’interroger. Aux Etats-Unis, ça les rend un peu dingues parce qu’ils estiment qu’à dix dollars la place, ils ont le droit à des réponses (rires).

 Il y a cependant cette scène où Paul cède à la curiosité d’explorer son âme…
Sauf que la représentation de son âme à l’écran est purement onirique. Dans la démarche psychanalytique, plonger au cœur de l’âme commence par l’analyse des rêves. J’ai d’ailleurs convoqué mes propres rêves d’enfance pour nourrir cette séquence. L’idée initiale était qu’en auscultant son âme, Paul y redécouvre sa partie féminine.

Pourquoi avoir choisi d’intégrer si naturellement au quotidien des éléments de pure science-fiction, comme le cabinet d’extraction des âmes ?
J’aime énormément la tradition surréaliste, le théâtre de Beckett et de Ionesco. Tous jouent de cette science-fiction du quotidien, parce que notre ordinaire est déjà absurde en soi. Le film peut être perçu comme un rêve : tout au long du récit, Paul se réveille plusieurs fois et lorsqu’il se confesse à sa femme, il se plaint de vivre un cauchemar. Lorsque vous vivez aux Etats-Unis, vous nagez chaque jour en pleine science-fiction : si l’extraction d’âme était possible, les gens se précipiteraient ; il y a une telle obsession du bien-être que cela serait juste une étape logique après la phase « Prozac » (rires).

Depuis quelques années, les responsables du marketing n’arrêtent pas d’accommoder le mot « âme » à n’importe quelle sauce publicitaire. D’ailleurs, lorsque j’ai commencé à écrire le scénario en 2003, le langage était maltraité, notamment par l’administration Bush et sa rhétorique autour de la liberté. J’avais vraiment le sentiment que mon âme était en train de rétrécir ! D’une certaine façon, le désir d’écrire une satire de la société américaine a été influencé par ce contexte.

 Vous n’épargnez pas non plus la société russe, avec son lot de mafieux et sa bimbo de soap-opéra !
J’ai toujours adoré la littérature russe, Tchekhov donc et son « Oncle Vania » que j’ai dû lire une vingtaine de fois, mais c’est vrai que j’avais également envie de flirter avec les clichés : l’idée de l’âme russe tourmentée en est un qui s’accordait au ton satirique du film. Après avoir inventé le trafic d’âmes, comme il en existe pour les organes ou la drogue avec les mules, j’ai trouvé que la Russie s’y prêtait parfaitement et l’idée qu’il y ait là-bas un surplus d’âmes convoité par des Américains me séduisait.
Ensuite, Andrij Pareh, le directeur de la photographie, est d’origine ukrainienne et nous avions déjà réalisé ensemble un court-métrage à Kiev. J’ai toujours été attiré esthétiquement par Saint-Pétersbourg qui est la ville des grands poètes russes. J’ai voulu imprimer à cette seconde partie du film un rythme plus contemplatif et mélancolique. Je ne voyais pas comment parler de l’âme sans cela.

Sveta, l’épouse du mafieux, croit s’être implantée l’âme d’Al Pacino parce que c’est le meilleur acteur au monde. Est-ce un appel du pied pour tourner avec lui ? Je n’y avais même pas songé ! En fait, c’est un clin d’œil au public russe parce que là-bas ils sont fous d’Al Pacino, ils ont des posters de Scarface et des dvd pirates de ses films partout. C’est un acteur exceptionnel… et puis, je trouve qu’il y a quelque chose qui sonne bien dans son nom (rires).

 Un grand nombre de critiques américains ont comparé Ames en stock à l’univers de Charlie Kaufman : est-ce flatteur, agaçant ou erroné ?
Chaque fois que l’on sort un film aux Etats-Unis, on se retrouve compartimenté ou étiqueté de références. Les gens ont du mal à envisager un film pour ce qu’il est. J’ai tout entendu, y compris qu’il s’agissait d’un croisement entre Dans la peau de John Malkovich et Vanilla sky (rires).
Je crois aussi que le surréalisme déstabilise les Américains, parce que ce mouvement a davantage pris racine en France et en Amérique Latine. Les seuls réalisateurs qui explorent cet univers sont Spike Jonze, Charlie Kaufman et Michel Gondry : lorsque vous arrivez après eux, vous subissez invariablement la comparaison. Par contre, ils ont ouvert la voie à un genre absurde et hors norme, en prouvant que leur singularité n’était pas incompatible avec le succès. Personnellement, je suis davantage influencée par Woody Allen, notamment La rose pourpre du Caire, et par le cinéma surréaliste, Buñuel évidemment…

Quelle a été votre plus grande frayeur sur ce premier film ?
Je ne l’ai connue que rétrospectivement, parce que j’avais été apaisée par cette expérience au « Sundance Institute ». Nous n’avions que trente-cinq jours de tournage, je n’avais pas le droit à l’erreur donc il fallait que tout soit pensé. Avec Andrij, nous avons élaboré en amont le traitement visuel et défini une palette de couleurs pastel, notamment à partir des travaux de Francis Bacon et des photos de Deborah Tuberville.
J’ai eu la chance d’avoir une équipe de production parfaitement organisée, sécurisante. C’est important, surtout lorsque vous réalisez au premier jour de tournage que vous avez bel et bien Paul Giamatti dans le cadre (rires). C’est après-coup que je me suis rendue compte de l’ampleur du défi pour un premier film : tourner en 35 mm, dans deux pays, avec autant d’acteurs connus… j’étais vraiment folle.

 Si le rêve ou plutôt le cauchemar devenait un jour réalité, de quelle personnalité désireriez-vous louer l’âme ?
Je sais que Paul voudrait tester l’âme de Winston Churchill, ne serait-ce que parce qu’il adorerait l’incarner à l’écran. Du coup, je me sens moins seule ou bizarre lorsque je pense spontanément à un autre politicien : Henry Kissinger !

 

 

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NOTES DE PRODUCTION
LE SONGE D’UN FILM RÊVÉ

Si tout commence par un rêve délirant, le chemin qui mène Sophie Barthes à la réalité de son premier long métrage passe par une étape décisive : le Festival du Film de Nantucket 2006. Elle y gagne le concours de scénario et la confiance de Paul Giamatti, pour lequel Ames en stock avait été écrit sur mesure. « J’ai adoré l’humour discret et le ton pince-sans-rire avec lesquels Sophie a développé le point de départ délirant de son scénario », explique l’acteur, tout juste auréolé du succès de Sideways. « Le sujet est à la fois ancré dans le monde réel et lui échappe complètement. Il y a comme un vent de folie douce qui souffle sur cette histoire ». Une opinion en parfaite symbiose avec la source d’inspiration de la réalisatrice : le théâtre de l’absurde où se mêlent sans complexe comédie, satire, ironie, mélancolie et tragédie.

L’engagement de Paul Giamatti est artistique et financier. Via « Touchy Feely Films », la maison de production qu’il a créée avec son épouse Elizabeth et Dan Carey, Ames en stock prend un envol inespéré. Avec le partenaire de ses débuts, le directeur de la photographie Andrij Parekh, Sophie Barthes s’attelle à la conception visuelle qu’elle sait ambitieuse pour un premier film. « Lorsque nous nous sommes retrouvées à New York, Sophie avait collecté un nombre impressionnant de photographies et de peintures illustrant l’ambiance de son scénario. Tout cela nous a donné une vision très claire et brillante de la façon dont elle envisageait son film », se souvient Elizabeth Giamatti. Une vision qui séduit Paul Mezey et Jeremy Kipp Walker, à la tête de « Journeyman Pictures », au point de s’associer avec « Touchy Feeely Films » pour la production.

Paul Giamatti indisponible pendant un an, pour cause de tournage, l’aventure Ames en stock ne s’arrête pas pour autant : le projet de Sophie Barthes séduit le « Sundance Institute » qui la sélectionne en janvier 2007 pour son atelier d’écriture puis en juin pour l’atelier de réalisation. Une double opportunité en or pour la jeune cinéaste : peaufiner son scénario puis en filmer plusieurs scènes et parfaire son carnet d’adresses. C’est ainsi qu’elle et Andrij sympathisent avec quelques uns… de leurs futurs collaborateurs sur le film : Andrew Mondshein, monteur attitré de Sidney Lumet, Eric Lahey qui dessinera la pièce d’extraction des âmes et Tracy McKnight qui leur présente Dickon Hinchliffe, fondateur du groupe « Tindersticks », qui signera la musique.

Pour Sophie Barthes et Andrij Parekh, c’est l’aboutissement d’une nouvelle étape dans leur collaboration, après deux courts-métrages et un documentaire pour l’UNICEF. « Depuis quelques années, nous partageons la même sensibilité qu’il s’agisse de cinéma, de peinture ou de photographie », explique Andrij. « Nous avons trouvé le juste équilibre entre divergences et connivence. En dépit de rôles très distincts sur le tournage, Ames en stock est notre film ».

 

 PAUL ET SES ÂMES SŒURS
A l’hiver 2007 – 2008, le scénario est parachevé et le financement bouclé par une coproduction française qui réunit Memento Films et Arte France Cinéma. L’heure est venue de trouver les âmes entourant Paul Giamatti et c’est Daniel Swee, directeur de casting théâtre et cinéma (The hours) qui se lance. « Le ton si particulier du film devait être la pierre angulaire d’une distribution à la fois cohérente et inspirée », raconte ce dernier. « Notre objectif était de privilégier l’authenticité : nous avons cherché de véritables artistes russes et non pas des acteurs américains « interprétant » des Russes. Ce casting nous a conduits dans certaines communautés de New York, Los Angeles aussi bien qu’à l’étranger ».

C’est ainsi que l’on retrouve aux côtés de Paul Giamatti une distribution surprenante et hétéroclite : David Strathairn, en médecin farfelu et qui fut déjà le partenaire de Paul sur scène dans une pièce de… Tchekhov ; Dina Korzun, l’une des grandes figures du Théâtre de Moscou qui incarne la « mule » convoyeuse d’âmes ; la canadienne Katheryn Winnick dans la peau d’une bimbo russe ; Lauren Ambrose en secrétaire médicale compréhensive, dont les fans de « Six feet under » gardent un souvenir ému ; enfin l’anglaise Emily Watson, révélée par Breaking the waves, qui joue l’épouse infortunée de Paul Giamatti.

 

UN HIVER A NEW YORK
L’équipe au complet, le tournage prévu pour à peine plus d’un mois peut commencer. Première étape : New York. Mais pas n’importe lequel, celui qui est loin des cartes postales et à l’image du film, à mi-chemin entre réalisme et fantastique. « Sophie et moi avons eu plus d’un an pour préparer ce film et nous avons bénéficié des enseignements du ‘Sundance Institute’ », commente Andrij Parekh. « Comme nous vivons à New York, nous en avons profité pour lister à l’avance tous les endroits où nous souhaitions filmer. Nous avons aussi réuni tous nos documents de travail, tableaux et photos, dans un classeur qui a servi de bible esthétique au film ».

Les anciens baraquements d’Ellis Island accueillant les immigrés, une école élémentaire de Brooklyn laissée à l’abandon, la côte hivernale de Brighton Beach, le tramway aérien de Roosevelt Island surplombant l’East River : autant de décors insolites qu’Andrij Parekh s’ingénie à transfigurer pour créer l’atmosphère de Ames en stock. « J’ai un penchant pour le naturalisme donc je cherche toujours dans l’espace du décor les éléments qui vont permettre au scénario ou au story-board de prendre vie », précise le directeur de la photographie. « Ce que l’on peut faire d’un lieu dépend de la créativité de chacun. Si je prends l’exemple de l’école abandonnée, elle est devenue le lieu du stockage des âmes grâce à l’imagination de Elizabeth Mickle, la chef décoratrice ».

Confirmation enthousiaste de l’intéressée : « Donner vie à un scénario aussi complexe, avec un budget relativement faible, requiert beaucoup d’ingéniosité et de débrouillardise, comme de fabriquer à la main des objets futuristes à partir de pièces de quincaillerie ou de bénéficier des dons de fournisseurs. Avec le concours de chaque département, nous avons abouti tous ensemble à parfaire un style visuel unique. Ames en stock reste pour moi l’exemple parfait de ce qui peut être accompli lorsque l’on unit créativité, passion et collaboration au-delà des considérations budgétaires ». 

L’ÉPOPÉE RUSSE
Après New York, direction Saint-Pétersbourg où se déroule la seconde partie du film. Pour Sophie Barthes, amoureuse de l’Europe de l’Est et fervente lectrice d’Akhmatova et Gogol, la « ville des poètes » se prête admirablement à la quête tragi-comique de Paul. Là encore, elle et Andrij ont défriché le terrain en visitant la ville durant l’été 2005. Mais lorsque l’équipe débarque, on est en plein mois de février et le baromètre tutoie les -12°. « Ce ne sont pas vraiment des conditions de tournage idéales mais nos partenaires sur place ont été prodigieux », renchérit le producteur Jeremy Kipp Walker. « Et puis, Saint-Pétersbourg a une architecture incroyable, entièrement bâtie sur une série de canaux. Cette ville illustrait parfaitement le scénario de Sophie et a conféré au film l’ambiance qu’elle recherchait ».
Après la fin du tournage et l’étape du montage, Dickon Hinchliffe se charge de l’enrobée musicale. Et question atmosphère, le compositeur connaît sa partition, après une longue collaboration avec Claire Denis. « J’écris toujours la musique d’un film à partir du scénario avant de voir les images », explique Dickon. « Les instruments qui sont entrés en compte sont principalement la harpe, le vibraphone, le célesta, les cordes et l’orgue. Au final, c’est une musique qui est à l’image du film : en équilibre entre l’absurdité, l’humour qui émaillent le périple des personnages et le regard plus troublant que Ames en stock porte sur la société moderne ».