Blush

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scénario et réalisation  : Wim Vandekeybus / musique : David Eugene Edwards  / image : Lieven Van Baelen / montage : Dieter Diependaele  / superviseur son : Benjamin Dandoy / création son : Charo Calvo  / mixage : Senjan Janssen /  costumes : Isabelle Lhoas  / production : Emilie Blézat [SCIAPODE],  Bart Van Langendonck [CCCP], ULTIMA VEZ

 

Wim Vandekeybus

D’origine flamande, Wim Vandekeybus est metteur en scène, chorégraphe, vidéaste et photographe.
Après avoir travaillé deux ans aux cotés de Jan Fabre, il crée sa propre compagnie, Ultima Vez, qui regroupe une douzaine de jeunes artistes. Auteur de plus d’une vingtaine de chorégraphies, il est aujourd’hui internationalement reconnu.
Dès 1990, images et films deviennent peu à peu des éléments essentiels de ses spectacles et de son travail scénique, ainsi que des œuvres à part entière.
Tourné en Corse et à Bruxelles en 2004, le film Blush, inspiré du spectacle éponyme, a été sélectionné dans de nombreux festivals internationaux.
Vandekeybus développe actuellement son premier long-métrage de fiction, Little Bear.

Sa dernière création Puur, chorégraphie pour 13 danseurs est à l’affiche en novembre 2005 au Théâtre de la Ville, à Paris, puis en tournée en France.
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Blush

Wim Vandekeybus
Distribution :: 
Date de sortie :: 
07/12/2005
France / Belgique -2005– 55mn - 35mm – couleur – dolby SRD
Fresque contemporaine inspirée du mythe d’Orphée et Eurydice, Blush est une histoire d’amour. Une histoire d’amour à multiples facettes, une histoire tantôt paradisiaque, tantôt infernale. Aux noces, succède le deuil où l’être aimé n’est plus qu’un fantôme, et le paradis devient enfer. Enfer où il faut aller chercher l’être chercher perdu, où seule la confiance a confiance à raison.

BLUSH est une exploration de l’inconscient sauvage, des forêts mythiques, des impulsions contradictoires, de l’imaginaire, où le corps a ses raisons que la raison ignore. Attractions, confrontations, répulsions...

Des histoires se tissent où les frayeurs et les désirs prennent les traits de métamorphoses animalières.

 

Entretien avec Wim VANDEKEYBUS

[extrait] Propos recueillis par Aude Lavigne, septembre 2005

Pourquoi faites-vous du cinéma, à quel désir cela répond-il ?
Je suis avant tout un conteur d’histoires. D’une certaine manière, le médium utilisé importe peu. Je recherche toujours la forme qui figure le mieux ce que je souhaite exprimer. Le cinéma est un moyen d’expression qui m’est très familier. Je dois même confesser que j’ai fait beaucoup de films dans mes spectacles parce que je n’arrivais pas à financer des films seuls. Je prenais l’argent alloué à la scénographie pour financer le film. En réalité, j’ai commencé par la photographie et le cinéma. J’ai réalisé de nombreux courts métrages, j’ai tourné plus de mille bobines en Super 8. J’ai d’abord étudié la psychologie à l’université puis, j’ai passé une audition pour Jan Fabre. Deux ans plus tard, je me suis mis à faire des spectacles de danse. J’ai commencé mon travail chorégraphique par une approche très visuelle, avec l’idée de spectacles qui ne correspondraient pas à une règle de jeu instituée, tout simplement parce que je n’avais aucune base chorégraphique.

Comment s’inscrit Blush dans votre filmographie ?
Il s’oriente plus que mes films précédents vers la fiction, tout en restant un film de danse. Ce n’est pas la version filmée du spectacle Blush, bien qu’il s’en inspire, mais ce n’est pas totalement une fiction non plus. C’est un film de danse qui inclue des éléments qui conduisent vers la fiction, en particulier grâce à son atmosphère générale. J’ai voulu filmer en Super 16, pas en vidéo. Pour moi, ce film est un pas en avant vers la fiction.

Comment se fait ce « pas vers la fiction » ?
Les règles du jeu sont très différentes entre spectacle vivant et cinéma. Sur scène, par exemple, il y a 10 personnages avec le même degré de présence, ce qui est très difficile à réaliser au cinéma. Dans le film, j’ai recentré l’action autour d’une figure principale. Ina est le fil rouge du film. J’ai également renforcé sa relation avec Jozef. Dans le spectacle, tout en étant connectée avec lui, elle l’était tout autant avec les 4 autres hommes. Le spectacle était une histoire d’amour entre 2 personnages, jouée par 10 personnes, 5 femmes et 5 hommes qui figuraient les caractères différents de la même personne et passaient par tous les états amoureux : énergie, douleur, jalousie... Dans un film, ce n’est pas si facile, j’ai donc plus divisé, plus séquencé l’histoire, et recentré sur un personnage principal. Les autres personnages ne reflètent pas une des facettes de son état mais ils sont d’autres personnes. Comme je viens du spectacle vivant, je n’écris pas les histoires comme un scénariste, mon imaginaire, ma fantaisie sont très différents.

Comment avez-vous dirigé les acteurs, que leur avez-vous demandé ?
Il faut préciser que nous avons tourné Blush après avoir dansé la pièce plus de 100 fois, les interprètes pouvaient la danser dans tous les sens. Au début, quand on s’est retrouvés dans la forêt et que je leur ai demandé d’enlever leurs chaussures alors que le sol était recouvert d’épines et de cailloux, ils se sont sentis frustrés parce qu’ils ne pouvaient faire la même chose que sur scène. C’est exactement ce qui m’intéresse. Je mets les acteurs dans des conditions précises pour repousser plus loin encore les limites expressives du corps. Je centre tout sur l’énergie, pas sur les gestes. Ils ont tourné des scènes très difficiles, comme plonger et nager dans l’eau gelée et faire comme s’ils nageaient dans un paradis. Je pense qu’une autre équipe de cinéma aurait trouvé des solutions pour réchauffer l’eau ou d’autres effets mais ici, la solution c’est les acteurs. J’aime qu’on fasse les choses, qu’on filme et qu’on ne puisse pas reculer. Dans le cinéma en général, on fait des choses fantastiques mais c’est truqué, chez moi, le tournage est une aventure. Il ne faut pas avoir peur de faire faire des choses aux gens.

Quelle fonction donnez-vous à la parole ?
Ici, le texte est presque de la poésie, il est au même niveau que les images et que les actions. Nous ne sommes pas dans le quotidien. La forme du texte est aussi étrange que celle de l’image et des mouvements. Blush est un film poétique, un hymne au corps. Je veux montrer tout ce que le corps peut transmettre, et ce film me permet de multiplier les possibilités d’expression du corps.

La narration de votre film repose sur la relation triangulaire entre la présence humaine, la présence animale et la nature. Que signifie cette triangulation ?
Je trouve que l’homme est un animal avec une passion humaine, une passion dangereuse que l’animal n’a pas. L’homme veut ressentir des émotions, veut les contrôler aussi. Il souffre de cette passion humaine. La nature est tout à fait indifférente vis à vis de cette passion. La nature reprend la vie, crée des catastrophes. L’indifférence crée le drame dans notre vie. Pour moi, l’animal est le témoin silencieux de cette relation. Il est à la fois protégé et victime parce qu’il ne parle pas. Mais il accepte sa condition, contrairement à l’homme. On peut le tuer, il ne se révolte pas. C’est exactement comme dans un western, quelqu’un tue quelqu’un et deux autres regardent. Mais, comme le tueur ne veut pas que les autres parlent, il va les tuer aussi. Pour se protéger, il tue tout le monde, mais le cheval, lui, est toujours là. Il le regarde et le laisse vivre car il ne parlera pas, c’est un témoin silencieux. Cette présence animale est très importante pour contrebalancer la parole de l’homme qui veut tout expliquer, qui veut tout comprendre, et qui va même jusqu’à en payer d’autres pour lui expliquer ses propres émotions.

Vous avez d’autres projets de film ?
Oui, plus que jamais. Dans le prochain film, pour l’instant intitulé, « Little Bear », il n’y aura pas de danse. C’est un long métrage de fiction. Un montage parallèle de deux histoires. Le scénario est fini, mais je dois le réécrire car il est trop compliqué. Avec ce long métrage, ma vie va changer...