Cemetery of Splendour

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AVEC
Jenjira  Pongpas Widner : Jenjira • Banlop Lomnoi : Itt • Jarinpattra Rueangram : Keng • Petcharat Chaiburi : L‘infirmière  Tet • Tawatchai Buawat : Le médiateur •
Sujittraporn Wongsrikeaw : La déesse 1 • Bhattaratorn Senkraigul : La déesse 2 • Sakda Kaewbuadee : Tong • Pongsadhorn Lertsukon : Le directeur de la bibliothèque • Sasipim Piwansenee : L‘hôtesse à la crème • Apinya Unphanlam : La femme qui chante • Richard Abramson  : Richard • Kammanit Sansuklerd : Le docteur parasite • Boonyarak  Bodlakorn : Le docteur Prasan • Wacharee Nagvichien : La femme du soldat

LISTE TECHNIQUE
Ecrit, réalisé et produit par Apichatpong  Weerasethakul • Image : Diego Garcia Montage : Lee Chatametikool Son : Akritchalerm Kalayanamitr Décors : Akekarat  Homlaor • Directeur artistique : Pichan Muangdoung • Costumes : Phim U-mari • Producteur exécutif : Suchada Sirithanawuddhi • 1er assistant réalisateur : Sompot  Chidgasornpongse • Une production : Kick the Machine Films (Thaïlande)
et Illuminations Films Past Lives (Royaume-Uni) • En coproduction avec : Anna Sanders Films (France), Match Factory Productions (Allemagne), Geißendörfer Film-und Fernsehproduktion (Allemagne), ZDF/arte (Allemagne) Et : Astro Shaw (Malaisie), Asia Culture Centre-Asian Arts Theatre (Corée du Sud), Detalle  Films (Mexique), Louverture Films (USA), Tordenfilm (Norvège) • Producteurs : Keith Griffiths,  Simon Field, Charles de Meaux, Michael Weber, Hans Geißendörfer • Co-producteurs : Viola Fügen,  Najwa Abu Bakar, Moisés Cosio Espinosa, Eric Vogel, Ingunn Sundelin et Joslyn Barnes, Caroleen  Feeney, Danny Glover • Producteurs associés : Georges Schoucair, Susan Rockefeller, Holger Stern (ZDF/arte) • Avec la participation de : L‘Aide aux Cinéma  du Monde, Centre  National du Cinéma  et de l‘Image  Animée – Ministère  des Affaires Etrangères et du Développement International – Institut Français • Et avec le soutien de : Sørfond, World Cinema  Fund, Hubert  Bals Fund, Hong Kong – Asia Film Financing  Forum

 

 

Apichatpong Weerasethakul

Apichatpong Weerasethakul est né à Bangkok en 1970 et a grandi à Khon Kaen, dans le nord-est  de la Thaïlande.
Il a commencé  à réaliser des courts-métrages en 1994 et a finalisé son premier long-métrage en 2010. Il est aujourd’hui  considéré comme  l’une des voix les plus originales  du  cinéma  contemporain. Ses  six précédents longs-métrages et ses courts-métrages lui ont valu une reconnaissance internationale  et de nombreux prix, dont au festival de Cannes la Palme d’Or en 2010 pour Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, le prix du jury en 2004 pour Tropical Malady et le prix Un Certain Regard en 2002 pour Blissfully yours. Syndromes and a century fut en 2006 le premier film thaïlandais à être sélectionné en compétition à la Mostra de Venise, et a été reconnu par de nombreux classements internationaux comme un des meilleurs films de la décennie. Son premier film, Mysterious object at noon, vient d’être restauré par la fondation Martin Scorsese pour le cinéma mondial. Apichatpong Weerasethakul crée aussi des installations artistiques qui ont participé à de nombreuses expositions à travers le monde depuis 1998, et est également considéré comme  un artiste visuel majeur. A ce titre, il a remporté  le prix de la biennale de Sharjah en 2013 et le prestigieux prix Yanghyun en Corée du Sud en 2014. Lyriques et souvent mystérieusement fascinantes, rarement linéaires, ses œuvres entretiennent un rapport avec la mémoire et évoquent de façon subtile et personnelle des questions sociales et politiques. Ses créations incluent le projet multimédia  PRIMITIVE (2009), acquis par des collections majeures (dont la Tate Modern à Londres et la fondation Louis  Vuitton  à Paris),  une  œuvre  pour  la Documenta  de Kassel  (2012), et les installations vidéo DILBAR (2013) et FIREWORKS (ARCHIVE) (2014), présentées dans des galeries importantes à Oslo, Londres, Mexico et Kyoto.
Travaillant  à  l’écart  de  l’industrie  cinématographique   thaïlandaise,  il  s’implique dans la promotion d’un cinéma indépendant et expérimental via sa société Kick The Machine Films, fondée en 1999 (qui a aussi participé à la production de tous ses longs-métrages).

Filmographie

2015 : Cemetery of Splendour
2012 : Mekong Hotel (moyen métrage)
2010 : Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures
2006 : Syndromes and a Century
2004 : Tropical Malady
2003 : The Adventure of Iron Pussy
2002 : Blissfully Yours
2000 : Mysterious Object at Noon

Installations artistiques
Dilbar, 2013
The Importance of Telepathy, 2012
The Primitive Project, 2009
Unknown Forces, 2007
Emerald / Morakot, 2007
FAITH, 2006

 

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Sélection officielle - Un certain Regard

Cemetery of Splendour

Apichatpong Weerasethakul
Distribution :: 
Date de sortie :: 
02/09/2015
Thaïlande/Royaume-Uni/France/Allemagne/Malaisie - 2015- 2h02 – 1.85 – son 5.1 et 7.1

Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis. Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d’écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l’énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s’étend sous l’école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d’elle-même et du monde qui l’entoure.

INTERVIEW DE APICHATPONG WEERASETHAKUL

Cemetery of Splendour a pour cadre Khon Kaen, votre ville natale. Vous avez écrit que le film était « un portrait personnel de lieux collés à vous comme des parasites ». En quoi ces lieux sont-ils  si personnels à vos yeux ?
Le film est une quête des anciens esprits de mon enfance. Mes parents étaient médecins et nous vivions dans un logement  attenant à l‘hôpital. Mon univers se limitait alors aux salles de soins où travaillait ma mère, à notre maison  en bois, une école et un cinéma. Le film est une combinaison de ces différents espaces. Cela faisait près de vingt ans que je n‘avais pas séjourné dans ma ville natale. La ville a tellement changé ! Quand j‘y suis retourné, je n‘y ai vu que mes vieux souvenirs superposés sur de nouveaux bâtiments. Toutefois, l‘un de mes endroits favoris, le lac de Khon Kaen, est resté inchangé.

Vous parliez de votre enfance dans un environnement hospitalier. Quel impact cela a-t-il pu avoir sur vos films, qui trahissent votre intérêt pour le matériel médical et votre obsession des maladies ?
Pour moi, écouter des battements de cœur avec un stéthoscope ou utiliser une loupe avec éclairage intégré relevait déjà de la magie. En de rares occasions, j‘ai même eu le droit de regarder dans un microscope, je m’en souviens très bien.
Je me souviens aussi de mon excitation quand j‘allais voir des films en 16 mm  à l‘Institut  américain de Khon Kaen. Il y avait plusieurs bases américaines dans le Nord-Est du pays, destinées à faire obstacle au communisme. Je me rappelle très bien King Kong en noir et blanc, entre autres.
Le cinéma et le matériel médical étaient les plus belles inventions de mon enfance.

Comment  est née l‘idée de raconter l‘histoire d‘hommes endormis ? Qu‘est-ce qui vous a fait penser à cette mystérieuse maladie du sommeil ?
Il y a trois ans, on a beaucoup parlé d‘un hôpital dans le nord du pays qui avait dû mettre en quarantaine près de quarante soldats atteints d‘une maladie mystérieuse. J‘ai mélangé l‘image des soldats isolés avec celles de mon hôpital et de mon école à Khon Kaen. J‘étais aussi fasciné par le sommeil, et je notais mes rêves. Je pense que c‘était une façon d‘échapper aux situations terribles que l‘on pouvait voir dans la rue, car pendant ces trois ans, la situation politique en Thaïlande s‘est retrouvée dans une impasse (c‘est toujours le cas aujourd‘hui).

Est-ce que la thérapie à base de lumières colorées s‘inspire d‘un traitement existant ? On dirait aussi une nouvelle illustration de votre intérêt pour la science-fiction.
À une certaine période, j‘ai lu beaucoup  d‘articles sur le cerveau et les sciences cognitives. Un professeur  du Massassuchets Institute  of Technology a manipulé  des neurones pour faire revivre certains souvenirs au moyen de faisceaux lumineux. À l‘en croire, ses découvertes contredisent la théorie de Descartes selon laquelle le corps et l‘esprit sont deux entités distinctes. Cette hypothèse rejoint mon idée que la méditation n‘est rien de plus qu‘un  processus  biologique. On peut toujours  s‘introduire  dans le sommeil  ou la mémoire  de quelqu‘un.  Si j‘étais médecin, je tenterais de guérir les  maladies  du  sommeil  par des interférences  lumineuses  au niveau  cellulaire. Les lumières  dans ce film reflètent  plus ou moins  cette idée. Elles ne sont pas là seulement pour les soldats, mais aussi pour le spectateur.

Jenjira découvre le carnet d‘Itt, couvert de dessins et de plans étranges. Le film se déroule dans des  lieux réels, mais on y explore aussi d‘autres endroits, tout aussi « présents » à l‘écran : l‘espace mythologique du palais et du cimetière.
Quand nous étions petits, on nous a raconté l‘histoire de cet endroit merveilleux où l‘eau regorge de poissons et où la terre est couverte de champs de riz. Les symboles de richesse étaient toujours idylliques et dénués de toute brutalité. Cette Histoire fabriquée est aujourd‘hui  notre fardeau. Elle affecte des générations : quelle image avons-nous de nous-mêmes ? Je pense que le film joue avec ce sentiment  instable d‘appartenance.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le parcours de Jenjira ? Vous avez travaillé avec elle à plusieurs reprises, mais ici son rôle est encore plus central que par le passé...
Notre collaboration est née sur le tournage de Blissfully Yours (2002). Suite à cela, elle s‘est mise à passer du temps dans nos bureaux. J‘adore sa personnalité, ses filles et ses histoires. J‘aimerais avoir un cerveau comme le sien, capable de tout mémoriser. Je suis persuadé qu‘elle se souvient de ce que nous avons mangé au déjeuner tel jour précis sur ce tournage il y a dix ans, par exemple. Nous avons donc travaillé ensemble sur de nombreux projets, y compris un recueil de ses écrits. Elle m‘a donné envie d‘en savoir plus sur l‘histoire de l‘Isan, cette région du nord-est  où je suis né mais que je connaissais mal. Au fil du temps, le film est devenu mon rêve, le sien, et un peu ce que devait être celui de ma mère.

La plupart des acteurs sont originaires de l‘Isan et les dialogues sont en grande partie en dialecte local. L‘Isan possède-t-elle des traditions et des croyances différentes de celles du reste de la Thaïlande ?
La région de l‘Isan se situait autrefois au carrefour de différents empires : le Cambodge, le Lan Chang (Laos)... C‘était avant l‘unification  (ou la « thaïfication »), quand les autorités de Bangkok ont annexé le Nord-Est  du pays. Ma famille a quitté Bangkok pour s‘y installer, quelques années avant ma naissance. C‘est une contrée aride, pas aussi majestueuse  que les grandes plaines centrales (où se trouve Bangkok). Malgré tout, cela reste à mes yeux un territoire haut en couleur, grâce aux traces d‘animisme khmer  qu‘on y trouve encore. Les gens n‘y vivent pas seulement  dans un univers quotidien, mais aussi dans un monde spirituel. Les choses les plus simples peuvent devenir magiques.

Parlez-nous  de la distribution. Vous travaillez régulièrement  avec les mêmes acteurs, comme Jenjira, mais vous faites aussi appel à des non professionnels.
Tout à fait. Puisque nous allions tourner  à Khon Kaen, nous avons fait une séance de casting sur place. J‘ai été heureusement surpris de voir tant de talent. Travailler avec des acteurs débutants m‘a aidé à trouver le bon rythme. J‘ai eu l‘impression de tourner  un premier film. J‘ai essayé de changer mes habitudes de mise en scène, et de me fondre dans l‘énergie de la ville.

Une exception, toutefois, sur le tournage : le directeur de la photographie, Diego Garcia, avec qui vous avez travaillé pour la première fois.
Miguel Gomes m‘a volé mon directeur de la photographie habituel pour l‘emmener au Portugal sur le tournage de son film fleuve, Les mille et une nuits. J‘étais content pour lui, Gomes est l‘un des meilleurs. Mais ça m‘a mis dans l‘embarras. J‘ai donc demandé  conseil  autour  de moi. Carlos Reygadas m‘a  présenté Diego, qui est supposé travailler sur son prochain film. Je suis peut-être le cobaye de Carlos ! Mais bien entendu, j’ai été ravi de cette expérience. Ce que j‘admire le plus chez Diego, c‘est sa personnalité. En plus d‘être très talentueux, il est très calme. Je n‘aime pas quand on crie sur le plateau (moi-même pas plus qu‘un autre). Toute l‘équipe l‘a adoré. Après quelques jours de tournage, j‘avais l‘impression  de travailler avec lui depuis toujours. Cette fois-ci, j‘ai préféré profiter de la lumière naturelle, pour donner une tonalité mélancolique au film. Diego a fait un travail magnifique.

À certains égards, le film se rapproche plus d‘un récit linéaire que vos précédents longs-métrages.
À l‘image de mes autres projets, Cemetery of Splendour a évolué de façon très organique. En repensant à mes rêves, j‘ai réalisé qu‘ils étaient plus narratifs que mes propres films. Je donne autant d‘importance à mon existence onirique qu‘à ma vie réelle. Avec le recul, Cemetery of Splendour peut être perçu autant comme un rêve éveillé que comme une réalité ressemblant à un rêve.

Vous avez décrit le film comme « une méditation sur la Thaïlande, cette nation fébrile » ?
Nous avons connu des cycles interminables  de coups d’État depuis 1932, année où nous sommes passés de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle. Nous alternons  des cycles de rêves et de coups d’État. Au fil des années, la propagande a changé de forme. Des gens ont été jetés en prison. Le cinéma est mon mode de communication de prédilection. Je ne tiens pas à m‘exprimer au moyen d‘images de sang et de fusils. Je partage mes pensées en utilisant l‘humour comme vecteur, même si la peur et la tristesse sont les véritables forces motrices de ce film.