Dans Paris

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Scénario Christophe Honoré
Première assistante Sylvie Peyre
Production Gemini Films
Directeur de production Jean-Christophe Colson
Montage Chantal Hymans
Mixage Thierry Delor
Image  Jean-Louis Vialard
Décors Samuel Deshors
Costume Pierre Canitrot
Son Frédéric de Ravignan
Monteuse son  Valérie Deloof
Musique Alex Beaupain

 

Christophe Honoré

Après des études de Lettres Modernes puis de cinéma en Bretagne, Christophe Honoré arrive à Paris en 1995 et écrit une dizaine de romans pour la jeunesse. A 27 ans, il publie son premier roman "adulte", L'Infamille, suivi, en 1999, de La Douceur, sélectionné pour le Prix Renaudot.
Parrallèlement, Christophe Honoré écrit sur le cinéma dans plusieurs revues telles que Les Cahiers du cinéma ou Première et co-écrit le scénario de Les Filles ne savent pas nager avec Anne-Sophie Birot. En 2002, après le court métrage Nous deux, co-écrit avec Gilles Taurand, il réalise son premier long métrage Dix-sept fois Cécile Cassard, avec Béatrice Dalle en vedette. En 2003, il adapte le sulfureux roman de Georges Bataille avec Ma mère, un drame porté par Isabelle Huppert.

FILMOGRAPHIE
2000 Nous deux 
2001 Dix-sept fois Cécile Cassard
2003 Ma mère
2006 Dans Paris



Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 2006

Dans Paris

Christophe Honoré
Distribution :: 
Date de sortie :: 
04/10/2006
France – 2006 – 1h30 – 35 mm – couleur – 1,85 – Dolby SRD

Dans Paris suit les aventures sentimentales de deux frères et dessine ainsi le portrait d’une famille dont la devise serait :
"Prends la peine d'ignorer la tristesse des tiens"

Note d’intention
Je pourrais affirmer que ce film-ci est né en 2001, au moment où Romain Duris s’est mis à chanter pour moi la chanson de Lola au bord de la Garonne. Je ne mentirais pas non plus, en déclarant que j’ai eu l’idée de Dans Paris tandis qu’aux îles Canaries, je filmais Louis Garrel tout nu sifflotant avec une serviette verte sur l’épaule. Et pourtant… Avant, il y avait eu la lecture de Salinger et celle de Mon mal vient de plus loin de Flannery O’Connor. Il y avait aussi eu les projections de Céline et Julie vont en bateau, Baisers volés, Mes petites amoureuses... Mais à la vérité, n’était-ce pas pour plaire à mes frères que je m’étais lancé dans cette aventure ?
 
Aux raisons profondes, préférons toujours les causes immédiates. J’ai tourné
Dans Paris, parce que Paulo Branco m’a donné la possibilité d’écrire et de fabriquer un film en moins de six mois.  La vitesse et le désir font un bon mariage de cinéma à mes yeux, un mariage aujourd’hui  de plus en plus rare, donc précieux.

Christophe Honoré

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"Très Honoré"
A Cannes, Dans Paris n'est pas en compétition officielle. Honneur à la Quinzaine des réalisateurs de l'avoir sélectionné. Déshonneur de la compétition officielle de ne pas l'avoir ni vu, ni connu, ni entendu. Pourtant, qui voudra avoir une idée de ce qu'est un film français moderne, incarné, aura tout intérêt à s'y ruer. Christophe Honoré, écrivain, de livres pour enfants et de romans, ancien critique (une passion pour Demy ou Truffaut), a déjà réalisé deux films graves ( 17 fois Cécile Cassard et Ma mère ).  Dans Paris a été écrit, produit, réalisé et monté en six mois. Cette célérité lui a visiblement permis de s'affranchir. Pourtant, les références sont là, et non des moindres : la Nouvelle Vague pour l'aspect Bande à part de Godard d'un film tourné en bande, à part, en appart', dans Paris. Mais aussi le patrimoine de ce qu'il était convenu d'appeler, au mitan des années 60, le « jeune cinéma » (Eustache surtout, ou encore Iosselliani). Et Jacques Demy, for ever and ever. Mais ce qui est à l'oeuvre ici est plutôt un art du prélèvement amoureux que de la citation contrite.

Camouflage. Deux frères, Paul (Romain Duris) et Jonathan (Louis Garrel), en campement dans l'appartement de leur père (Guy Marchand), quelques jours avant Noël 2005. Paul ne va pas très bien, c'est son frère qui nous l'apprend par une apostrophe à la caméra. Ce clin d'oeil appuyé pourrait passer pour une ruse de scénariste. Or, pas du tout. Car Jonathan, à moins qu'il ne s'agisse de Louis Garrel en personne, nous prévient que, faute d'être le héros de cette histoire, il en sera le narrateur. Cet avertissement ne saura suivi d'aucun effet. Car, à sa façon, Jonathan est aussi un personnage, un héros. De même pour la répartition des rôles entre le préposé à la déconne (Jonathan) et le chevalier à la triste figure (Paul). Le premier geste du cinéaste est en effet d'inquiéter le cliché du contre-emploi. Si Duris est sombre, même au pire de ses crises, il lui arrive d'éclater de rire. Si Garrel est léger, c'est aussi à la façon d'un camouflage dans cette famille archi-décomposée où rôde le spectre d'une soeur suicidée.

Par ailleurs, si Paul stagne dans la dépression, c'est aussi parce qu'il vient de se séparer d'Anna (Joana Preiss, pour la première fois regardée davantage comme une actrice que comme une icône de la marge). Leur conjugalité, sans domicile fixe, est d'une crudité secouante : on dit ce qu'on a à se dire, sans ménagement, plutôt du côté d'un Marivaux sous acide que dans le registre des cris et braillements habituels. Mais, dans le même mouvement (montage systématique en faux raccords), ce sont les caresses qui pleuvent autant que les coups. Summum de cet amour-désamour, une chanson, un duo au téléphone entre Paul et sa petite amoureuse. Que ceux qui ne pleurent pas à cette scène arrêtent immédiatement de nous lire. Contactée au téléphone en direct de cet article, l'actrice a eu la gentillesse de nous chanter son refrain. A vous Joana : « Avant la haine, avant les coups, de sifflets ou de fouets, avant la peine et le dégoût, brisons là, dis-tu. »

Merci Joana, reprenons. Si ce film est un bel échange, c'est parce que sa fratrie s'étend bien au-delà d'une histoire de frères amoureux. A leur façon, toutes les filles du film sont invitées à disposer de leurs désirs et, de fait, elles en profitent, aussi bien pour exiger le sexe tout de suite que des explications sur les raisons et déraisons de l'amour. Au saut du lit et devant la douche, Anna exprime ainsi trois raisons de se laver de l'amour. La raison « parce que je pue ? » est du genre radicale et laisse penser qu'Honoré a définitivement choisi de filmer les filles comme des garçons, et les garçons comme des filles. L'échange est échangé. Et ce rappel à l'ordre des femmes n'est pas le moindre charme du film.

En robe de chambre. Dans ce rôle, Marie-France Pisier (la mère), à qui il faut exactement deux secondes pour allumer la libido du spectateur, quel que soit son sexe. Là encore, voici une citation vivante, une légende de la Nouvelle Vague, mais surtout une femme et une actrice de premier ordre. Quand à son vieil ex-mari italien, Guy Marchand, dans un rôle en robe de chambre, il est tout simplement parfait. Dans Dans Paris, comme une échappée belle, la traversée de la ville est effectuée du Trocadéro au Bon Marché par un Louis Garrel qui prétend battre un record de vitesse (à la façon de la mémorable visite du Louvre en moins de dix minutes dans Bande à part). Mais sur son chemin, le marcheur pressé va être retardé par trois fois, comme pour trois clips de l'amour fou en Doisnel ressuscité.

Sur le fond, enfin, l'émotion nous guette à chaque coin de plan, mais l'épanchement n'est pas le genre de la maison. Notamment dans une scène crépusculaire sur canapé, où une jeune fille prétendant soulager, sinon guérir, Paul de sa tristesse, s'entend opposer que la tristesse, « c'est comme la couleur des yeux, on l'a à la naissance, on ne peut rien y changer ». A deux reprises, Dans Paris met en scène la Seine où, l'un après l'autre, les frangins se jettent. Ce n'est pas une métaphore mais, tout à la fois, l'économie du film et sa morale. Il faut se foutre à l'eau, se mouiller.

Par Philippe AZOURY et Gérard LEFORT - Libération, 26 mai 2006