Et puis nous danserons

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AVEC : Merab Levan Gelbakhiani  Irakli Bachi Valishvili   Mary Ana Javakishvili 

Réalisateur Levan Akin • Scénariste Levan Akin • Producteurs Mathilde Dedye, Ketie Danelia • Image Lisabi Fridell • Montage Levan Akin, Simon Carlgren • Musique Zviad Mgebry, Ben Wheeler • Décors Teo Baramidze • Son Beso Kacharava • Costumes Nini Jincharadze • Société de production French Quarter Film, Takes Film • Société de Co-production RMV Film AB, Inland Film AB, AMA Productions • En coopération avec Sveriges Television • Avec le soutien pour la production The Swedish Film Institute • Et le soutien de La Région Île-De-France

 

Levan Akin

Levan Akin est né en Suède et a des racines géorgiennes. Il s’intéresse aux classes sociales et aux genres. Il a réalisé « The Circle, chapitre 1 : les élues », inspiré du best-seller éponyme. Il a aussi mis en scène « Certain people », présenté au festival de Tribeca en 2012. Il a réalisé plusieurs séries télévisées, notamment « Real humans ». Il termine une nouvelle série « Dough », qui devrait débuter au printemps 2021.

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Quinzaine des Réalisateurs - Cannes 2019

Et puis nous danserons

Levan Akin
Distribution :: 
Date de sortie :: 
06/11/2019
Suède - 1h50- 2019 - 1.77 - 5.1 - Georgien

Merab s’entraîne depuis son plus jeune âge dans le cadre de l’Ensemble National Géorgien avec sa partenaire de danse, Mary. Son monde est brusquement bouleversé lorsque le charismatique Irakli arrive et devient son plus fort rival et son plus grand désir.

 

 

 

NOTE D'INTENTION

En Géorgie, trois choses sont considérées comme emblématiques de la tradition géorgienne et de l’identité nationale. L’église, le chant polyphonique traditionnel et les danses nationales traditionnelles. L’acteur qui interprète le personnage principal du film s’appelle Levan, comme moi, et c’est un danseur. Étant plus jeune je dansais moi aussi et je m’imaginais en quelque sorte être lui dans une réalité alternative. Il m’a raconté de nombreuses histoires montrant à quel point la danse géorgienne est conservatrice et stricte quand il s’agit du genre. Cela a inspiré l’histoire que raconte le film. La danse géorgienne y incarne le monde ancien, conservateur et l’amour naissant entre deux danseurs représente une nouvelle génération, qui a d’autres aspirations. Avec ce film, j’ai renoué avec mes racines, et j’ai procédé de façon organique, afin que le vrai quotidien de ceux que je filme, et la réalité géorgienne, imprègnent la narration. Tout cela évolue constamment. Je raconte l’histoire de jeunes LGBT et leurs luttes à leur petite échelle, ce qui me permet de montrer l’histoire et la situation de la Géorgie contemporaine à plus grande échelle. Ce film permet de montrer une partie du monde que peu de gens connaissent, mais j’espère qu’il est aussi une façon très sincère de montrer combien il est crucial d’être libre.

Levan Akin


 


 

Entretien avec Levan Akin

Réalisateur, scénariste

Vous êtes d’origine géorgienne mais vous résidez en Suède. Comment ce projet s’est-il concrétisé ?

Lorsque j’ai été témoin en 2013, à Tbilissi, en Géorgie, d’une Gay Pride où des jeunes gens courageux qui tentaient en vain de défiler ont été attaqués par une foule de milliers de personnes, une attaque qui était organisée par l’église orthodoxe. J’ai aussitôt ressenti le besoin d’aborder ce sujet.

Avez-vous rencontré des difficultés, durant le tournage ?

C’était la première fois que je dirigeais des acteurs en géorgien, alors que je ne parlais pas couramment la langue. J’ai choisi de travailler avec beaucoup d’acteurs non professionnels dans des décors existants. Je me suis inspiré d’histoires vraies que j’ai rassemblées et cette matière évoluait constamment. La phase de recherche a été très longue. J’ai vécu avec mes acteurs et je les ai beaucoup filmés avec ma propre caméra. Cela m’a permis de me sentir très proche d’eux, de les connaître intimement. Il n’y avait pas de barrières entre nous, les choses se sont faites naturellement.

Comment avez-vous choisi votre casting ?

J’ai fait beaucoup d’interviews et c’est ainsi que j’ai rencontré quelques-unes des personnes qui sont dans le film. J’ai repéré Levan Gelbakhiani, qui joue Merab, sur Instagram. C’est un danseur, je lui avais demandé d’écrire sur lui-même et à chacune de nos rencontres il devait me lire son texte. Lentement, nous avons construit une relation de confiance et je me suis inspiré de sa vie. J’ai rencontré Bachi Valishvili, qui joue Irakli, lors d’un casting, où je l’ai confronté à Merab et l’alchimie a été immédiate. Là-dessus, on a découvert qu’il avait pratiqué la danse géorgienne pendant 7 ans !

Vous retournez souvent en Géorgie ? Que pensez-vous de la jeune génération ?

Avec ce projet, je suis revenu plusieurs fois en Géorgie. Mes parents font partie de la diaspora géorgienne de Turquie et je suis né en Suède. Nous avions l’habitude de venir à Tbilissi à l’époque de l’URSS, j’ai donc vu la Géorgie sous différentes formes. La jeune génération ressemble à n’importe quelle jeunesse du monde, tout est mondialisé et chaque enfant grandit avec la même culture pop. Cependant, en Géorgie, il existe un grand fossé entre cette génération et l’ancienne, qui a vécu pendant l’URSS.

Avez-vous le sentiment que les gens deviennent plus tolérants aux questions de genre et de sexualité dans le monde ?

Oui et non. À bien des égards, j’ai le sentiment que nous reculons, y compris dans de nombreux pays européens. C’est juste mon analyse, mais il me semble que les opposants, partout dans le monde, deviennent de plus en plus virulents sur ces questions.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la culture, l’importance de la danse traditionnelle dans la culture géorgienne ?

Elle joue un très grand rôle dans cette culture. En Géorgie, tous les enfants vont très tôt aux cours de danse, c’est un peu comme le karaté dans la culture japonaise. L’inclusion de la danse géorgienne dans le film est venue d’une interview que j’ai eue avec une danseuse géorgienne. Et je connais par ma propre famille le rôle que joue la danse dans l’histoire et la culture géorgiennes. Donc j’ai compris que la danse serait le prétexte idéal pour confronter la tradition et la modernité. Au début, naïfs que nous sommes, nous avons demandé au prestigieux Sukhishvili Ensemble de nous aider pour le film, le choix des danseurs, etc. Il nous a aussitôt été répondu que l’homosexualité n’existait pas dans la danse géorgienne et on nous a demandé de partir. Le responsable du corps de ballet a ensuite appelé tous les autres corps de Géorgie pour les avertir. Ceci a saboté une partie de notre travail et a rendu la tâche encore plus difficile. Nous avons dû travailler dans le secret et sous pression. Il y avait même des gardes du corps sur le plateau.

Comment était-ce de tourner en Géorgie vu vos liens avec le pays alors que vos précédentes expériences étaient des productions suédoises ?

J’ai réalisé à quel point je suis suédois avant tout. Un soir, nous tournions très tard, mon côté Scandinave cool a craqué et l’équipe était ravie de découvrir le Géorgien qui sommeillait en moi ! En Suède, il existe une culture du consensus, mais en Géorgie, la norme est la divergence des opinions et la colère.

Le film décrit une histoire d’amour universelle, et pourtant différente…

La situation dans laquelle se trouve la Géorgie et d’autres pays de l’ex-URSS est très délicate. Tous ces pays sont uniques en leur genre. En Géorgie, les valeurs traditionnelles sont encore très puissantes. En outre, les valeurs occidentales sont considérées comme une menace pour les vieilles valeurs géorgiennes. Pour un pays qui a été conquis à plusieurs reprises au cours des siècles, l’identité culturelle est une question de survie. La langue géorgienne, l’ancien alphabet, la culture viticole et culinaire, tout cela est d’une extrême importance pour eux. Avec ce film, j’essaie de montrer que, même quand vous tentez d’évoluer dans une direction différente, vous pouvez tout de même conserver vos traditions.


 

Amnesty International soutient ce film

« Ouvrir les yeux, c’est déjà agir ! », telle est notre conviction, à Amnesty International. 

Notre mission de défense et de promotion des droits humains partout dans le monde nous amène à mettre un coup de projecteur sur leurs violations et à en interpeller les auteurs en nous appuyant sur l’opinion publique. Nul doute que la création artistique ajoute une autre corde à l’arc de notre action, d’autant plus indispensable qu’elle excelle à faire vibrer. 

Ainsi, nous sommes heureux de soutenir le film de Levan Akin, « Et puis nous danserons » car il questionne le regard porté sur l’homosexualité, les normes de genre et éveille les consciences sur les ravages de l’homophobie dans des sociétés prisonnières de leurs traditions. Tout en découvrant l’univers singulier de la danse traditionnelle en Géorgie et une histoire d’amour et de désir interdits entre les deux jeunes danseurs Merab et Irakli, le spectateur est transporté vers un questionnement plus universel sur le droit d’être ce que l’on est où que l’on soit né.

Amnesty International défend partout dans le monde les droits des personnes LGBTI et nous sommes convaincus que des oeuvres comme celle-ci contribuent à cette cause : ouvrir les yeux et l’esprit du plus grand nombre sur la douleur de ne pouvoir vivre dans la dignité une identité et des désirs qui sont les nôtres. Nous espérons que vous viendrez nombreux aux projections-débats que nous organiserons autour de ce très beau film.