Jours d'août

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Réalisation et scénario Marc Recha
Directrice de la photographie Hélène Louvart
Montage Sergi Dies
Son direct  Dani Fontrodona
Montage du son  Marisol Nievas
Mixage du son Ricard Casals
Production exécutive Xavier Atance
Production déléguée  Núria Botellé, IDEC-UPF, Jordi Balló
Direction de production  Victoria Borràs
Musique originale Pau Recha, Fina La Ina, Borja de Miguel
Chansons Françoiz Breut, Clara Andres       
Une production   Benecé Produccions
Une initiative du  Master en documentaire de création de l’Université Pompeu Fabra
Production associée  Televisión de Catalunya, SA
Avec la participation de Televisión Española, TV3, IRUSOIN
Avec la collaboration de  ICAA, ICIC, Catalan Films and TV
Avec le soutien du  GNCR et du CNC

 

Marc Recha

Loin de la Movida madrilène, Marc Recha grandit à l'Hospitalet de Llobregat, banlieue ouvrière de Barcelone. Enfant, on lui offre une caméra super 8 avec laquelle il commence à réaliser des films. Plus tard, il découvre Bresson et le cinéma asiatique à la Cinémathèque de Barcelone. Titulaire d'une bourse du gouvernement catalan, Recha part à Paris où il travaille auprès du cinéaste avant-gardiste Marcel Hanoun. En autodidacte, il écrit, réalise et produit plusieurs courts-métrages.
A 21 ans, il tourne en trois jours son premier long-métrage, Le Ciel monte, d'après un roman écrit en 1916 par son compatriote Eugenio Ors. Mais la critique internationale découvre le cinéaste catalan avec son deuxième film, L' Arbre aux cerises, prix de la Fipresci au Festival de Locarno. " Le cinéma, c'est le regard ; et le regard, c'est attendre les choses, attendre qu'elles se révèlent." Telle est la philosophie de ce cinéaste qui, dans ce deuxième opus, filme la vie quotidienne d'un village espagnol, en portant une grande attention à la nature.



La notoriété de Marc Recha s'accroit avec son film suivant, Pau et son frère, présenté en compétition au Festival de Cannes. Foncièrement indépendant, le réalisateur affine sa méthode : réunir une équipe dans un lieu isolé, et se nourrir des aléas du tournage pour enrichir un scénario en constante évolution.

Entre deux longs-métrages, Marc Recha multiplie les activités. Il réalise films publicitaires et documentaires, collabore à des revues de cinéma et donne des cours dans des Universités espagnoles. Olivier Gourmet et Eduardo Noriega font partie de la distribution de son quatrième film, Les Mains vides, présenté à Cannes dans la section Un certain Regard, et que le cinéaste espagnol a tourné, pour la première fois, de l'autre côté des Pyrénées. En 2006, il réalise Dies D'Agost, et 2009 C'est ici que je vis

FILMOGRAPHIE
1991 Le Ciel monte
1998 L'Arbre aux cerises
2001 Pau et son frère
2002 Les Mains vides
2009 C’est ici que je vis
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Jours d'août

Marc Recha
Distribution :: 
Date de sortie :: 
03/01/2007
Espagne / 2006 / 93 min / Couleur / 35 mm / 1.85 / Dolby Digital 5.1
Depuis de longs mois, Marc fait des recherches sur une époque évoquée par son ami journaliste Ramon Barnils. Epuisé, il accepte la proposition de son jumeau David de partir au hasard sur les routes.
C’est l’été, un été torride, caniculaire. Marc n’arrive pas à se détendre et ils poussent toujours plus loin vers le Sud, traversant des paysages contrastés, ponctués de champs désolés, de forêts calcinées, de sous-bois luxuriants, de rivières aux rivages hostiles, de fleuves aux eaux clémentes.
Au cours de ce voyage initiatique, ils expérimentent tous deux des sentiments forts et inédits, au gré des rencontres, au gré de l’histoire familiale, comme vers un paradis perdu.
NOTE DU REALISATEUR
J’ai fait la connaissance de Ramon Barnils (1940-2001), journaliste catalan, à Barcelone au début des années 90. Cet homme cultivé, défenseur acharné du journalisme critique, lecteur insatiable, fumeur militant et bavard infatigable à l’ironie décapante, a dirigé le journal de la CNT Solidaritat Obrera. Derrière la plupart des choses qu’il disait, on découvrait souvent les empreintes d’une époque que beaucoup avaient oubliée ou dont certains ne voulaient pas se souvenir. Parler des années de la République, dans un pays où les vestiges du franquisme étaient encore très présents, avait rapidement suscité chez moi une vive curiosité.

Après sa mort, quelques années plus tard, j’ai eu l’opportunité de faire un film à propos de tout cela. Le matériel dont je disposais alors était plein d’incertitudes, de lieux communs déjà trop souvent ressassés, axés sur un genre reportage ou reconstruction historique. Il laissait peu de place à l’apprentissage personnel et aux interrogations. J’ai alors eu l’idée de proposer une série d’entretiens avec toutes les personnes qui, d’une manière ou d’une autre, avaient eu des contacts avec Ramon Barnils et dont on ne garderait que le son. Ce journal sonore serait le point de départ de l’histoire. Ces documents se transformèrent en véritable scénario et en source inestimable d’information et de réflexion. Une méthode de travail. Après plusieurs mois d’entretiens, on arriva à une saturation d’informations sur le personnage. C’était le moment d’arrêter et de prendre une certaine distance.

Je suis allé dans le village natal de la mère de Barnils, un endroit situé à la proximité de barrages, idéal pour se balader, se baigner, bref ne pas faire grand-chose. Et c’est au cours d’un de ces bains solitaires que j’ai envisagé la possibilité d’intégrer dans le film toutes les expériences vécues au cours des entretiens. Pourquoi ne pas parler des péripéties et des hésitations pendant le film ? Faire que le détonateur de l’aventure que j’étais sur le point de commencer surgisse de la réalité.

Le point de départ était précisé : il s’agissait d’un voyage de deux frères jumeaux, dans une camionnette, pour oublier le travail, à l’image d’une espèce de road movie (pendant le tournage on disait “Cat Fish Movie”). Au cours de ce voyage ils allaient rencontrer une série de personnages qui, d’une façon ou d’une autre, établiraient un lien avec leur univers. Des personnages quasiment à la dérive, dans un monde changeant, bouleversé par le pillage et la spoliation systématique du territoire, dans lequel la tendance des humains à la destruction de la vie les transforme inexorablement en ombres incertaines. Il s’agissait de tirer parti de tout ce que nous allions trouver au cours de ce voyage.

Le climat sévère de sécheresse extrême annoncé par les météorologues se révéla essentiel pour préciser le contexte de cette aventure. Le thème de la nature ou celui du rapport complexe des humains à leur milieu devenait tout à coup un protagoniste indiscutable. Les incendies se multipliaient dans tout le pays, l’alerte était au maximum. Pendant que nous préparions le tournage, un incendie très violent dévasta une grande partie de l’endroit par lequel nous devions passer. Au cours du montage, de retour à Barcelone, une partie de la commune de Riba-Roja d’Ebre, là où nous avions tourné les séquences du barrage, fut la proie des flammes.

Afin de préserver la fraîcheur et l’authenticité des personnages, où la beauté du paysage devait imprégner leur dimension humaine, nous avons dû rester ouverts à une part d’inconnu, de spontanéité, à nous passer d’une machinerie lourde et à utiliser des structures de production beaucoup plus légères. Il fallait renoncer à certaines commodités, sans que cela entraîne une perte de qualité, qualité de l’image, du son, de l’équipe humaine.

Décidés à respecter cette volonté d’introduire dans la fiction tout le matériel que nous allions trouver sur notre chemin, nous avons délibérément incorporé l’histoire du vieux poisson-chat, qu’apparemment, en 1974, un Allemand avait introduit en cachette dans le barrage de Riba-Roja par Mequinensa, et qui, depuis lors est très apprécié des Anglais et des Allemands pour la pêche.
Nous avons également utilisé certains fragments du journal de guerre – de la bataille de l’Ebre de la Guerre Civile - écrit par le père de notre mère en 1938. Riba-Roja était également le lieu d’origine de notre grand-père paternel. Nous avons fait passer les deux frères dans tous ces endroits encore marqués dans la mémoire collective de nombreux habitants de la région. Cependant l’idée des deux grands-pères séparés par un fleuve pendant la bataille, a finalement été écartée au cours du montage final.

Le thème du paradis perdu est apparu au cours du montage, reflété à plusieurs reprises dans le paysage, il tisse certains liens entre les histoires dont parlait Barnils à propos de choses qui avaient été oubliées ou dont certains ne voulaient pas se souvenir. Lorsque  villes et villages étaient en pleine transformation, lorsque tout représentait la promesse d’une nouvelle prospérité. Lorsque les gens allaient à l’aventure, à la recherche de nouvelles manières de travailler, de vivre leur vie, tout ce que l’horreur de la guerre civile et la victoire des militaires rebelles fascistes qui s’étaient soulevés contre la légalité Républicaine devaient détruire définitivement.
Le monde perdu de ces années de création, marquées par un esprit pionnier, joyeux et moqueur, bourré d’enthousiasme et de nouveaux défis –un monde irrécupérable dans de nombreux cas- sert de fil conducteur et accompagne les deux frères jusqu’au bout.

Marc Recha