La campagne de cicéron

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Avec : Tonie Marshall (Nathalie), Michel Gautier (Christian), Sabine Haudepin (Françoise), Jacques Bonnaffé (Hippolyte), Judith Magre (Hermance), Carlo Brandt (Simon), Jean Roquel (Charles-Henry), Antoinette Moya (Simone)

 

Jacques Davila

 

Jacques Davila (Oran, 25 décembre 1941 - 1991) est un scénariste et réalisateur français. Il se rapproche d'Éric Rohmer par le marivaudage, mais chez lui celui-ci bascule brutalement dans le tragique. Son héros, jeune homme falot, presque absent, semble n'avoir aucune prise sur le délitement des choses, comme celui de son premier film, Certaines nouvelles : un week-end à la campagne, apparemment tranquille, au moment de la Guerre d'Algérie.

 

Il meurt du sida en 19911.

 

Filmographie

 

Comme réalisateur

 

    1976 : Certaines nouvelles, sorti en 1980

    1982 : Archipel des amours, collectif

    1986 : Qui trop embrasse

    1990 : La Campagne de Cicéron

 

Comme scénariste

 

    1976 : Certaines nouvelles

    1986 : Qui trop embrasse

    1986 : Beau temps mais orageux en fin de journée, réalisé par Gérard Frot-Coutaz

    1990 : La Campagne de Cicéron

 

Comme acteur

 

    1969 : Que ferait donc Faber ? (mini série) réal. par Dolorès Grassian

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

La campagne de cicéron

Jacques Davila
Distribution :: 
Date de sortie :: 
14/03/1990
France - 1990 - 1h50

Christian, comédien au chômage, et en froid avec sa compagne Françoise. Il décide de partir dans les Corbières rejoindre une jeune musicienne, Nathalie. De son côté, Françoise rend visite à Hermance, une organistrice de festivals, et tombe amoureuse de Simon, l'ancien amant de celle-ci.

EXTRAIT

 

 

Alors que Hermance, dont il retape le pavillon de banlieue, lui propose d'être son assistant pour le festival de musique dont elle s'occupe en province, Christian est renvoyé de la pièce qu'il répète pour sa conception trop triste du rôle d'Arlequin. Il rompt avec Françoise à qui il conseille de trouver quelqu'un qui lui convienne mieux.

Il passe quelques jours chez une amie, Nathalie, dans les Corbières. La jeune femme se plaint du manque d'appétit sexuel de son nouvel amant, Hippolyte, directeur de la Musique au ministère.

Christian s'installe à la Campagne de Cicéron, la propriété d'Hermance, que Nathalie qualifie de "mondaine, comploteuse, qui ne connaît rien à la musique". Hermance y travaille avec le critique musical Charles-Henry à la préparation du festival.

Françoise vient en vain relancer Christian. Par obligation, Hippolyte et Nathalie arrivent à leur tour. Bavardages de vacances et de travail alternent, interrompus par les problèmes de WC à déboucher. Un soir, Hermance invite son ex-amant Simon, qui refuse de revenir vivre avec elle. Après avoir annoncé son départ pour Paris, il revient passer la nuit avec Françoise. Nathalie part à son tour, refusant de participer au festival. En découvrant une perle de bouton de manchette appartenant à Simon dans le lit de Françoise, Hermance se précipite chez lui revolver au poing : croyant tirer sur Françoise, elle vide son chargeur sur Christian qui l'avait suivie.

La campagne de Cicéron, mas provençal isolé entouré de vignes, qui donne son nom au film, est une sorte de bulle en plein été où viennent se retrouver sept personnages voulant tous faire bonne figure et pourtant étrangement décalés.

La campagne de Cicéron est un film singulier, tout à la fois discret et sophistiqué mais aussi souvent brusquement très crû où l'on s'extasie devant des merdes d'animaux avant d'être confronté à des toilettes bouchées, à ses problèmes d'excréments ou de pets odorants. C'est un film où l'on parle de France-Culture, d'orgasme, de longueur de prépuce, de bahut qui louche où l'on se fait mordre les fesses, où l'on chante l'opérette.

Dans La campagne de Cicéron se croisent, choucas, chouette, libellule, grenouille et mulot et l'on y parle de vipères, d'espadon de rhinocéros de renard et de sangliers. Ce bestiaire inattendu contribue à ce que les personnages ne rentrent jamais dans un cadre établi au départ, chaque rencontre peut être le lieu d'un coup de foudre ou d'une chute traduisant l'inadéquation du personnage à l'instant présent.

Ce décalage constant des personnages permet une poésie réaliste, jamais proposée directement par le metteur en scène mais toujours amenée par l'attitude d'un personnage : le marcheur sous l'eau, l'habit vert de Nathalie et Christian, la pierre jetée sur le reflet de la lune dans l'eau par Hippolyte, la marche nue dans la nuit de Françoise...

L'intrigue est guidée par le trajet de Christian, personnage en creux, tout le temps là mais le moins visible. Il révèle des situations aux autres personnages. Davila pourrait choisir le ton du drame pour ses personnages dont certains trouveront l'amour et d'autre le meurtre ou la mort mais il préfère largement le ton burlesque pour une mise en scène aussi discrète que terriblement efficace.

Ainsi de cette utilisation du hors champ pour révéler au spectateur une situation après coup. Christian s'étonne d'une tache humide dans la salle de bain. "C'est Martine qui a fait pipi par terre" se plaint Hermance, qui sort alors de la salle de bain et s'en vient parler à Martine, son chien qui lèche une prise. Plus tard, dans la campagne de Cicéron alors qu'Hermance sort de la pièce où elle parlait avec Charles Henry, un curieux son se fait entendre. "Tu m'as parlé" demande-t-elle, "non non" répond Charles Henry qui semble agacé. Le chien entre dans la pièce et est chassé par Charles Henry vexé de savoir qu'Hermance à due être persuadé qu'il était à l'origine du borborygme du chien. Plus tard encore, le même Charles Henry parle de son rêve de la nuit avec Françoise et lui explique que quelqu'un y avait une tête horrible. Entre alors dans le champ, Hermance. Charles Henry marque une hésitation puis finit par lâcher le morceau, ce personnage horrible avait la tête d'Hermance. Ces exemples montrent comment Davila fait surgir du hors champs la chute que l'on pressent et qui tire sa force comique du retard dans sa résolution.

Plus généralement, la mise en scène privilégie le plan large et le cadre fixe pour faire surgir des mouvements signifiants dans le cadre tout autant que des entrées et sorties de champs burlesques.


Des dialogues toujours très écrits, presque littéraires, on pourra retenir les quelques échantillons suivants :

  • Nathalie, artiste, aux professionnels de la culture : "vous êtes comme les favoris des rois et les prêtres de Dieu. Vous préférez être favoris plutôt que roi, prêtre plutôt que Dieu. Car, à cette place, vous pouvez parfois recevoir la grâce. Mais vous ne pourrez jamais la donner".
  • L'intelligence n'est pas le moyen le plus subtil ni, le plus puissant ni le plus approprié pour s'approcher de la vérité (Nathalie).
  • Parler de ce que l'on ignore finit toujours par vous l'apprendre (Françoise).
  • Attention, tu deviens mièvre. Tu commences à tomber dans l'inexistant, la mièvrerie (Nathalie)
  • Je ne suis complice ni de rien ni de personne. Christian, le tolérant, le déguisé, le complice, celui qui s'abrite de lieu en lieu, d'endroits en endroits ; celui qui prétend au bien et commet le mal, la destruction ; celui qui s'avance sous le soleil et qui se repaît du malheur des autres. (Christian)

 

Jean-Luc Lacuve le 24/03/2010

 

Carlotta-Films, Mars 2010.
Film restauré par la cinémathèque de Toulouse.