Le metteur en scène de mariages

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Ecrit & Réalisé par Marco Bellocchio
Directeur de la Photographie Pasquale Mari
Montage Francesca Calvelli
Chef Décorateur Marco Dentici
Costumes Sergio Ballo
Son Gaetano Carito
Musique Riccardo Giagni
Producteurs Filmalbatros, Rai Cinema, Dania Film, Surf Film,
en co-production avec Filmtel (France)
Avec le Soutien de Eurimages
Produit par Marco Bellocchio & Sergio Pelone
Producteur Exécutif Luigi Lagrasta

 

Marco Bellocchio

1965 Les Poings dans les poches
1967 La Chine est proche
1967 Discutiamo, discutiamo (épisode de Evangile 70)
1969 Paola
1969 Viva il primo maggio rosso
1971 Au Nom du père
1972 One Viol en première page
1974 Fous à délier
1976 La Marche triomphale
1977 La Mouette
1980 Vacation in Val Trebbia (docu-fiction)
1980 Le Saut dans le vide
1982 Les Yeux, la bouche
1984 Henry IV, le roi fou
1986 Le Diable au corps
1988 La Sorcière
1990 Autour du désir
1994 Le Rêve du papillon
1996 Il Principe di Homburg
1999 La Nourrice
2002 Le Sourire de ma mère
2004 Buongiorno, notte
2006 Le metteur en scène de mariages
2006 Sorelle
2009 Vincere
2011 Sorelle mai
2013 La belle endormie




 

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Un Certain regard - Festival de Cannes 2006

Le metteur en scène de mariages

Marco Bellocchio
Distribution :: 
Date de sortie :: 
22/08/2007
Italie / 2006 / 1h40 min / Couleur / 1:66 / Doldy DTS
Franco Elica, metteur en scène, est désespéré par le mariage de sa fille avec un fervent catholique. Quand, par ailleurs, on lui demande de réaliser une énième version du film “Les Fiancées” d’Alessandro Manzoni, il s’enfuit en Sicile. Réfugié au fin fond d’un petit village, il fait la connaissance de trois personnages. Un homme qui vit de ses films de cérémonies de mariage, un réalisateur qui se fait passer pour mort afin de bénéficier de la renommée qu’il n’avait pas de son vivant et un Prince cultivé mais ruiné. Le Prince Ferdinando Gravina di Palagonia lui propose de filmer le mariage de sa fille Bona. Franco tombe instantanément amoureux de la sublime princesse et décide de la sauver de ce mariage de raison.
"Pour moi, un film naît d’une image."
Le metteur en scène de mariages est né d’une image prise au hasard, d’un couple de jeunes mariés filmé par un metteur en scène de mariages sur la plage de Scilla en Calabre. Ce qui m’a frappé alors que je les observais depuis mon siège (tout comme le protagoniste du film), c’est l’obéissance dont faisaient preuve les deux jeunes gens. Tout comme des acteurs professionnels, ils faisaient tout ce que le metteur en scène leur demandait. Ces deux jeunes avaient toute la vie devant eux pour faire ce que bon leur semble. Mais, pour eux, la vie semblait déjà écrite d’avance, comme si leur «oui» conjoint signifiait une reddition sans condition, comme s’ils adhéraient par le mariage au monde soumis et rationnel de leurs ancêtres.
Du coup, lorsque je me suis attelé au scénario, j’ai imaginé un personnage – le metteur en scène, Franco Elica – qui, se trouvant dans la situation de •lmer une noce, décide de «saboter» la cérémonie. Il s’agit pour lui d’un geste politique, motivé non pas tant par militantisme que par une passion soudaine pour la future mariée Bona Gravina, princesse de Palagonie.
Cette passion pousse Elica, à l’instar de Thésée dans le labyrinthe, à sauver Bona, et le protège des nombreux pièges mortels tendus devant lui. Mais parce qu’il n’est pas un authentique héros, sa trajectoire est souvent semée d’embûches, comme s’il avait peur de gagner, de conquérir la femme aimée et d’être heureux à ses côtés. Alors qu’il est tout près de remporter la bataille, il prend le risque de tout perdre, comme s’il se créait des problèmes délibérément.
Le film est traversé par des soubresauts d’énergie et de vigueur, ponctuées d’absences et d’instants de lâcheté et de renoncement – au moment où Elica est sur le point de gagner. C’est un va-et-vient constant entre un bonheur total et son contraire, entre un sentiment d’extase absolue et d’angoisse tétanisante. Cela fait écho à l’acte sexuel même qui tend naturellement vers l’orgasme et, conjointement, vers une perte de conscience. Mais, dans le même temps, ce bonheur est menacé en permanence par la peur bien connue de perdre le contrôle de soi et sa conscience même.
C’est peut-être là le véritable point de départ du film. En s’achevant sur la conquête ultime d’une femme – première vraie conquête pour Franco Elica –, le film se clôt sur une lueur d’optimisme.
La conquête d’Elica se déroule dans une Sicile imaginaire, sans doute choisie pour le bleu inoubliable de la mer ou pour son atmosphère mythologique et ancestrale. Cependant, même si le film est parcouru d’images tournées en extérieurs, de nuit ou sous le soleil, et de paysages sans limite, j’ai le sentiment que la mise en scène part de l’intérieur et que l’atmosphère du film est d’une étrangeté onirique traversée de lumière naturelle, et donc d’espoir.

MARCO BELLOCCHIO