Le temps des adieux

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Réalisation / scénario / image / son: Mehdi Sahebi
Montage: Aya Domenig & Mehdi Sahebi
Musique: Daniel Hobi
Montage son & mixage: Guido Keller
Réglages lumière: Patrick Lindenmaier
Rédaction: Paul Riniker (SF)
Producteurs: Filippo Bonacci & Pascal Trächslin
Production: cineworx filmproduktion gmbh
en coproduction avec: Schweizer Fernsehen

 

Medhi Sahedi

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Le temps des adieux

Medhi Sahedi
Distribution :: 
Date de sortie :: 
31/10/2007
SUISSE. 2006. 1h03. video, digi-beta. Couleur.
A 44 ans, Giuseppe Tommasi vit à l’hospice Zürcher Lighthouse. Face à la mort, ce sidéen atteint d’un cancer interroge sa dépendance, son entourage, son identité propre.
Les images touchantes de Mehdi Sahebi montrent la confrontation sans complaisance d’un homme avec sa vie, tandis qu’il profite de ses derniers mois pour trouver la paix avec lui-même et son entourage.
Giuseppe Tommasi s’est éteint. Ainsi commence Le Temps des Adieux, un documentaire du réalisateur iranien établi en Suisse Mehdi Sahebi sur les derniers mois de l’existence de Giusi - ou Sepp – comme il sera appelé à différents instants de sa vie. On le découvre d’abord pensionnaire du Zürcher Lighthouse, sensiblement diminué, mais néanmoins encore bien enraciné dans l’ici et maintenant. Giuseppe lit les dispositions du patient auxquels il a souscrit, qui  expriment son voeu de ne pas être laissé dans un état végétatif inhumain s’il devait un jour perdre conscience. Il fume, parle, raconte son enfance difficile de fils d’immigrés italiens. Ses parents durent le placer en adoption sur ordre de la police, et c’est ainsi qu’il grandit dans une famille suisse alémanique sous le nom de Seppli Caduff. Sa mère adoptive, qui avait déjà deux enfants adultes, le traitait en étranger et passait ses nerfs sur lui. Plus tard, lorsqu’il entra à l’école primaire, il dut retourner chez ses propres parents. La puberté s’avéra une phase critique dans la vie du jeune Giusi, qui accepta d’abord mal son nom italien d’origine. Il entama une formation d’employé de banque et, en 1981, il épousa Claudia, qu’il connaissait depuis son enfance. Mais leur union ne dura pas longtemps; en 1988, ils divorcèrent. Ses deux enfants, Vanessa et Valentino, restèrent avec leur mère, tandis que Giusi chercha refuge dans la drogue.
Malgré une grave maladie – le virus d’immunodéficience humaine (VIH) et le cancer -, Giuseppe analyse sa vie avec précision, sans aucun apitoiement. Il comprend que, sa vie durant, il a vécu en victime, et que c’est sans doute pourquoi il n’a pas réussi à arrêter la drogue. Il reconnaît alors qu’il a commis beaucoup d’erreurs. Cette prise de conscience amène Giuseppe à faire la paix avec luimême. Il renoue le contact avec ses enfants, s’explique avec eux et trouve la force de leur faire ses adieux. Il souhaite mourir en père, pas en junkie, dit-il une fois. Sa vision de la vie a changé: "La vie est belle – aussi merdique puisse-t-elle encore être – je te le dis malgré tout: la vie est belle!“ Que Giuseppe prononce une telle phrase en toute sérénité devant la caméra au crépuscule de sa vie donne à réfléchir.
Alors que Giuseppe Tommasi s’est éteint, son visage méditerrannéen fait penser au Christ d’un film de Pasolini. Après sa mort, les infirmières du Zürcher Lighthouse le pleure – et nous, spectateurs, avec elles. Ses cendres sont répandues dans l’eau – l’élément dans lequel il nous était apparu la première fois au début du film, tandis qu’il était encore en vie. Ainsi se referme le cercle de la vie et de la mort.
Avec Le Temps des Adieux, Mehdi Sahebi nous livre un portrait intime, où le protagoniste peint pour une grande part sa propre image de lui-même. Avec sa caméra, Mehdi Sahebi a su capter la personnalité de Giuseppe Tommasi avec sensibilité et justesse. La passion de Giuseppe nous montre l’histoire d’un homme qui a saisi sa dernière chance de finir sa vie dans la paix et la dignité.

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Propos du réalisateur
J’ai connu Giuseppe Tommasi, le protagoniste du film, au milieu des années 1980 dans mon voisinage d’alors à Dübendorf. J’avais été frappé par son intelligence et sa bonté. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je l’accompagnerais dans son cheminement vers la mort. En décembre 2002, j’appris par hasard que, suite à la consommation massive de drogues et sans domicile fixe depuis des années, Giuseppe séjournait à l’hospice zurichois Lighthouse, infecté par le virus du sida et atteint d’un cancer. Quand je lui rendis visite en janvier 2003, il se souvint de moi, bien que nous ne nous soyons pas vu depuis des années. A cette époque, la forme psychologique de Giuseppe était encore bonne, et tandis que nous parlions, j’en oubliais souvent qu’il était en fait irrémédiablement condamné. Giuseppe ressentait un profond besoin de réfléchir à sa vie et à sa mort prochaine, et j’étais fasciné par la distance critique et l’absence de complaisance qu’il y employait. Un jour, je lui demandai si je pouvais capter les derniers moments de sa vie avec ma caméra. Giuseppe fut enthousiasmé par cette idée, et c’est ainsi que commença le travail de tournage, qui dura neuf mois au cours desquels je suivis Giuseppe dans diverses situations et conduisis avec lui d’intensifs entretiens.

Dramaturgie/trame
Le film se concentre sur les réflexions du mourant et moins sur la façon dont son entourage vit l’approche de sa mort. La dramaturgie du film suit le processus de métamorphose par lequel est passé Giuseppe durant les neuf mois qui ont précédé sa mort. Après un prologue introductif qui montre le cadavre au crématoire, le film commence avec des séquences du protagoniste plus anciennes, alors qu’il se portait encore relativement bien physiquement. A partir de ce moment, le film suit rigoureusement la chronologie, afin de permettre au spectateur de se rendre compte pas à pas du processus de transformation intérieure et extérieure du protagoniste.

Données formelles et techniques J’ai tourné le film sans équipe, parce qu’il m’importait vraiment d’être aussi proche du protagoniste que possible. Je voulais créer des moments authentiques, sans perturbations extérieures. Cela signifie que je dirigeais la caméra et que je réglais le microphone externe moi-même pendant les entretiens. La totalité du film a été tournée au moyen d’une caméra de poing (Sony VX1000) sans éclairage additionnel.

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Biographie de Giuseppe Tommasi
Septième enfant d’une famille d’immigrés italiens, Giuseppe Tommasi a été placé en adoption à l’âge de quelques mois et accueilli par une famille suisse alémanique qui lui donne le nom de Joseph Caduff. Lorsqu’à sept ans, il entre à l’école primaire, il est renvoyé chez ses propres parents et s’appelle dès lors de nouveau Giuseppe Tommasi. Pendant longtemps, il ne parvient pas à accepter son nom d’origine, parce qu’il ne s’identifie pas à ses parents de sang. A treize ans, Giuseppe tente une action d’éclat en fuguant de la maison familiale pour la France. Toutefois, sa tentative échoue et ses parents le renvoient dans sa famille adoptive. Là, les choses se gâtent. Son comportement envers ses parents adoptifs se dégrade considérablement, parce que sa crise de puberté n’est pas comprise. A seize ans, il est ainsi obligé de retourner chez ses propres parents. Ces allers et retours entre les deux familles l’affectent beaucoup et ses résultats scolaires s’en ressentent – jusqu’à ce qu’il soit finalement renvoyé de l’école secondaire. Plus tard, il parvient à rattraper son retard et trouve une place d’apprentissage à la Banque Julius Bär. A vingt et un ans, il termine avec succès son apprentissage et commence à travailler dans cette même banque. La même année, il épouse sa compagne, qui, à dix-sept ans, est enceinte de lui. Ils emménagent ensemble dans un appartement à Dübendorf. Leur couple traverse toutefois rapidement une crise et la naissance de leur second enfant, trois ans plus tard, n’arrangera rien. Giuseppe s’évade toujours davantage dans la drogue. Une année après la naissance de leur second enfant, les Tommasi divorcent à la demande de sa femme. Le monde de Giuseppe s’effondre. Il abandonne son poste à la banque et se réfugie dans la drogue. Au milieu des années 1990, après plusieurs tentatives de sevrage infructueuses, il découvre qu’il est HIV positif. Suite à ce diagnostic, il perd toute motivation d’entamer une cure de désintoxication. Sans domicile fixe, il passe les années qui suivent dans la rue, dans des refuges ou en prison, jusqu’à ce qu’il soit hospitalisé au Zürcher Lighthouse en août 2002, des suites d’une grave maladie pulmonaire. Il décède une année plus tard d’un cancer.