Old Joy

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réalisation KELLY REICHARDT
scénario JONATHAN RAYMOND, KELLY REICHARDT
montage KELLY REICHARDT
image PETER SILLEN
montage son ERIC OFFIN
musique YO LA TENGO ET SMOKEY HORMEL
production FILM SCIENCE
VAN HOY / KNUDSEN PRODUCTIONS
WASHINGTON SQUARE FILMS

 

Kelly Reichardt

Cinéaste indépendante, plutôt à contre-courant, Kelly Reichardt est la fille d'un officier de police et d'une mère employée de l’Agence fédérale de lutte anti-drogue. Elle s'est tout d'abord passionnée pour la photographie, découvrant celle-ci à travers l'objectif que son père utilisait pour photographier les scènes de crime. En 1988, elle s'installe à New York. Ses débuts au cinéma datent de 1989 : elle est directrice artistique pour le film L'Incroyable Vérité (The Unbelievable Truth) de Hal Hartley. Puis elle collabore, en 1991, à la réalisation du film de Todd Haynes : Poison. Elle tourne en 1995 son premier long métrage, River of Grass, et obtient trois nominations aux Independent Spirit Awards ainsi que le Prix du grand jury au festival de Sundance. C'est avec Old Joy (2006), son deuxième film, que Kelly Reichardt acquiert en Europe un début de reconnaissance. Wendy et Lucy (2008), sélectionné dans la sélection Un certain regard au Festival de Cannes 2008, et le western très atypique La Dernière Piste (Meek’s Cutoff, 2010) confirment la prédilection de Kelly Reichardt pour un cinéma pastoral minimaliste.

Filmographie

Courts et moyens métrages
1999 : Ode (moyen métrage) et scénariste
2001 : Then a Year (moyen métrage)
2004 : Travis (moyen métrage)

Longs métrages
1994 : River of Grass,
2006 : Old Joy,
2008 : Wendy et Lucy (Wendy and Lucy)
2010 : La Dernière Piste (Meek's Cutoff)
2014 : Night Moves
2016 : Certaines femmes (Certain Women)
 
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Selection Officielle, Sundance 2006
Festival "Entrevues" Belfort 2006
Prix Cinéma, Les Rencontres, Prix de la presse 2006
Tiger Award, Rotterdam 2006

Old Joy

Kelly Reichardt
Distribution :: 
Date de sortie :: 
25/07/2007
USA – 2006 – 73 min – 35 mm – couleur
Deux amis de longue date partent camper le temps d’un week-end. Les deux hommes se retrouvent rapidement confrontés aux différences qui les opposent : l’un est ancré dans la vie adulte, l’autre ne parvient pas à se défaire de l’insouciance sa jeunesse.

Produit par Todd Haynes, ce film est un road movie sensuel et initiatique, au coeur de l’immensité de la nature américaine.
LA CRÉATION
OLD JOY est le fruit du travail de trois artistes : la photographe Justine Kurland, l’écrivain Jonathan Raymond et la cinéaste Kelly Reichardt.
Au départ, la nouvelle est née de la collaboration entre Jonathan Raymond et Justine Kurland pour Artspace Books (forum d’échange entre artistes et écrivains).
Les précédents livres Artspace ont inclus des auteurs tels que Joyce Carol Oates, Dennis Cooper et Rick Moody, ainsi que des artistes comme Nan Goldin, Gregory Crewdson et Matthew Ritchie.
A la lecture du roman THE HALF-LIFE de Jonathan Raymond, Justine Kurland a été séduite par sa façon lyrique de dépeindre les paysages américains et d’analyser l’héritage des communautés utopistes des années 60. Ces deux thèmes qu’elle connaît bien l’ont incitée à inviter Jonathan Raymond à participer à l’élaboration d’une oeuvre commune.
Jonathan Raymond a donc écrit une histoire inspirée par les corpus d’images les plus récents de Justine Kurland, montrant des forêts calcinées, des hommes et des femmes nus dans des tableaux naturels.
« La chose la plus frappante dans son travail, dit Raymond, c’est cette spiritualité américaine très particulière, vaguement empreinte de représentations bibliques mélangées à un animisme profond. Ses paysages pourraient être un Jardin d’Eden ou une étendue déserte et romantique de l’âme. Ses personnages nus pourraient être des héros de l’Ancien Testament, des transcendentalistes ou encore des hippies... Je me suis dit qu’un bon accompagnement textuel devrait intégrer ce type de résonances. J’ai fini par écrire une sorte d’histoire contemporaine d’Abel et Caïn : deux frères devenus étrangers l’un à l’autre revenant à un jardin originel pour se retrouver ».
Kelly Reichardt, autre artiste intéressée par les descriptions de paysages américains et les histoires de « road trip », lit la nouvelle à l’été 2004 et y voit la base d’un projet cinématographique méditatif et naturaliste. Par ailleurs, elle y trouvera un excellent rôle pour sa chienne Lucy.
Kelly Reichardt et Jonathan Raymond adapteront l’histoire, ajoutant un personnage et quelques scènes à l’histoire d’origine.


ENTRETIEN AVEC KELLY REICHARDT
Dix ans séparent vos deux long-métrages, qu’avez-vous réalisé pendant ce temps ?
J’ai réalisé un long-métrage en Super-8 intitulé ODE ainsi que les films expérimentaux THEN A YEAR et TRAVIS, j’ai enseigné le cinéma et je me suis baladée en voiture avec ma chienne.

Le film est tiré d’une nouvelle de Jonathan Raymond. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter cette nouvelle ?
J’avais lu le roman de Jonathan THE HALF-LIFE et je lui ai demandé s’il avait écrit des nouvelles minimalistes qui se déroulaient en extérieur. Il m’a envoyé OLD JOY, l’histoire d’une amitié qui reflétait le sentiment de perte et d’aliénation contre lequel tout le monde autour de moi semblait lutter.
Durant l’été 2004, la campagne présidentielle battait son plein. La guerre en Irak paraissait toujours être une bonne idée pour au moins la moitié des Américains. Malgré les tentatives du gouvernement des États-Unis pour étouffer la critique, il y eut des incidents comme l’arrestation d’un résident albanais qui avait refusé d’enlever son tee-shirt « Paix sur la terre » alors qu’il faisait ses courses dans un centre commercial. Je roulais à travers le pays avec ma chienne Lucy, en écoutant une radio chrétienne et en chronométrant la fréquence à laquelle apparaissaient
les panneaux anti-avortement « Ma maman a choisi la vie ». La relation entre Mark et Kurt était, entre autres choses, une belle métaphore de l’inefficacité de la gauche.

Le film est produit par Todd Haynes, comment se sont passées votre rencontre et votre collaboration ?
J’ai rencontré Todd sur son film POISON. Je travaillais sur la direction artistique de ce film. Nous sommes devenus très bons amis et nous le sommes toujours près de vingt ans après. Todd m’a présentée à Jonathan Raymond. Il a lu plusieurs versions du scénario et quand il passait à New-York, il venait me voir dans la salle de montage et me donnait ses impressions. C’est grâce à Todd qui y est installé depuis huit ans que j’ai connu Portland où je tourne actuellement mon troisième film.

Le film a été tourné dans les montagnes du nord-ouest américain, comment avez- vous choisi ce décor ?
Le film a été tourné dans la Forêt de Moot dans l’Oregon. Jonathan Raymond est du coin et il a situé l’histoire dans un lieu très particulier, les sources d’eaux chaudes de Bagby. Ces forêts de grands arbres anciens sont magnifiques et très denses et aucune autre source d’eau chaude que j’ai pu trouver dans le reste du pays n’avait cette atmosphère aussi incroyable. La lumière y est unique car il pleut très souvent.

À propos des comédiens, vous travaillez sur ce film avec Daniel London et Will Oldham qui sont des acteurs aux parcours et univers opposés. Comment vous est venue cette idée de les réunir ?
Je connaissais Will, il avait travaillé sur la musique de mon film ODE. Un jour, je suis allée écouter Jonathan faire une lecture d’OLD JOY. Au fil de la lecture, je n’arrêtais pas de visualiser Will Oldham dans les scènes. J’ai envoyé le livre à Will et nous avons passé les quelques mois qui ont suivi à décider quel personnage il devait jouer – c’est difficile à imaginer maintenant mais il était attiré par les deux rôles de manière égale. Will a essayé de me présenter quelques-uns de ses amis qui ressemblaient à Kurt, pour jouer ce rôle mais soit ils vivaient dans un van, soit ils n’avaient pas le téléphone. Finalement, ils ressemblaient trop à Kurt pour qu’on envisage de les contacter.
J’ai rencontré Daniel par l’intermédiaire de la réalisatrice Emily Hubley. Nous nous sommes vus à New-York au moment où je partais à Portland pour préparer le tournage du film. Nous nous connaissions à peine, donc l’un et l’autre nous avons un peu sauté dans l’inconnu en croisant les doigts, et je pense au final que ça s’est bien passé pour nous deux. Daniel et Will se sont rencontrés la veille du premier jour de tournage. Ils sont vraiment partis faire une virée en voiture ensemble. Ils ont passé beaucoup de temps dans cette vieille Volvo sur le côté de la route, à attendre sous la pluie en écoutant la radio et en apprenant à se connaître.

Will Oldham a été comédien dans son adolescence, puis musicien. Comment l’avez-vous rencontré ? Comment l’avez-vous dirigé ?
J’ai rencontré Will après avoir réalisé mon film RIVER OF GRASS. Lui et le guitariste Alan Licht organisaient des soirées-projections dans un bar de New-York, Le Tonic. Ils ont inclus RIVER OF GRASS dans leur programmation. J’ai ainsi fait la connaissance de Will. Le film avait été tourné à Miami et, à ce moment-là, il avait un intérêt particulier pour cette ville… Plus tard, il a composé la musique de mon film ODE.
Will fait tout à fond. En tant qu’acteur, il veut qu’on lui dise exactement ce qu’on veut. En même temps, c’était vraiment un travail de collaboration et il y avait la place pour que Will et Daniel apportent des choses plus personnelles. Avec un script de cinquante pages, il y avait de la marge pour des expériences et même si le texte les touchait, ils étaient libres d’improviser. L’histoire que Kurt raconte dans le bain vient en grande partie d’une anecdote qu’il nous avait racontée à Daniel et moi alors qu’on répétait un soir. L’histoire de Will s’est transformée jusqu’à inclure des éléments de la nouvelle de Jonathan. On en avait parlé mais ça n’avait jamais été écrit et ça continuait tout doucement à se construire dans l’esprit de Will. Pendant le tournage, il pleuvait des cordes et ces types étaient dans l’eau depuis des heures, nous étions frigorifiés et tout l’équipement de Pete Sillen (le chef opérateur) était trempé. C’était vraiment difficile. On a fait la scène en une ou deux prises et, pour la première fois, l’histoire est devenue parfaitement cohérente alors même qu’elle était racontée spontanément par Will.

Quel attachement avez-vous à l’univers musical de YO LA TENGO qui compose la bande originale (ainsi que celle de votre court-métrage ODE) ?
Ira et Georgia sont de bonnes amies et ont composé la musique de mon premier long-métrage et de plusieurs de mes courts. Pour ODE, je leur avais demandé si elles pouvaient donner à la chanson de Sun Ra, Dreaming, une ambiance « country », et elles ont composé cette magnifique ballade chantée par Georgia.