Où est la maison de mon ami ?

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Titre original Khaneh-Ye Doust Kojast ?
Production Institute for the Intellectual Development of Childrens and Young Adults (Téhéran)
Scénario Abbas Kiarostami
Réalisation Abbas Kiarostami
Dir. Photo Farhad Saba
Montage Abbas Kiarostami
Musique Hossein Allah Hassin Madjid

Interprétation
Mohamad / Babak Ahmadpoor
Ahmad / Ahmad Ahmapoor
Professeur (Mouhalem) / Khadabarech Difâhou
Mader1 / Iran Irtâri
Mader 2 / Aiat Insaari Hadr
Berzan Amsoui / Saadit Tahouidi
Ali (Bessar Amsoui) / Bilân Mouafi
Doustre Baderzikr / Ali Jamali
Khaouaj (cafetier) / Aziz Babâmi
Rali Khardad (forgeron) / Nadr Khallami

 

Abbas Kiarostami

Abbas Kiarostami est né le 22 juin 1940 à Téhéran en Iran. Très tôt intéressé par le dessin, il participe à dix-huit ans à un concours d'art graphique et le réussit. Il  suit des études aux Beaux- Arts tout en monnayant ses talents de graphiste, affichiste et réalisateur de spots publicitaires.
En 1969, il crée le département cinéma de l'Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes. C'est dans ce cadre qu'il dirige ses premiers courts métrages.
Dès son premier film, LE PAIN ET LA RUE (1970), Abbas Kiarostami témoigne de sa réflexion sur le poids des images et le rapport du réalisme avec la fiction. Son sujet de prédilection, le monde de l'enfance, est décliné au fil d'une longue série de courts, moyens et longs métrages, durant lesquels il parvient à trouver un équilibre subtil entre la narration et l'approche documentaire. DEVOIRS DU SOIR (1989), son ultime regard sur l'enfance, est un bon exemple d'un cinéma chaleureux et poétique qui dénonce discrètement les pesanteurs de la société iranienne.
Avec CLOSE-UP (1990), une page semble tournée. En moins d'une semaine, le cinéaste réagit à un authentique fait divers et, avec la participation des protagonistes, en fait un prétexte de réflexion sur la mise en scène du réel. ET LA VIE CONTINUE (1992) et AU TRAVERS DES OLIVIERS (1994) achèvent une trilogie commencée avec OÙ EST LA MAISON DE MON AMI ? (1990), où les effets dévastateurs d'un tremblement de terre dans le nord de l'Iran servent de nouveau à rendre compte du mensonge du cinéma. LE GOÛT DE LA CERISE (1997) est l'oeuvre de la maturité et de la consécration. Le film, qui raconte l'obsession du suicide chez un homme de cinquante ans, est une ode à la liberté individuelle louée par la critique et dénoncée par les autorités religieuses iraniennes.
Le rythme lent et contemplatif, l'intrigue limitée, les références à la poésie persane tout comme à la philosophie occidentale font la marque de cet auteur profondément original. Son sens de l'improvisation s'appuie sur des scénarios très peu écrits, des comédiens amateurs, un montage qu'il assure lui-même. On en trouve un nouvel exemple avec LE VENT NOUS EMPORTERA (1999), histoire d'un groupe de citadins venus trouver – quelque chose dans un village reculé.
Depuis 2001, Kiarostami vit une histoire d’amour avec une petite caméra et ne travaille plus qu’en digital. Amené à prendre de plus en plus de liberté à l’aide de cette caméra-stylo, il a réalisé depuis plusieurs films de nature et de durée très différentes : ABC AFRICA (2001), TEN (2002),  FIVE (2003), 10 ON TEN (2004), ROADS OF  KIAROSTAMI (2005)…

Où est la maison de mon ami ?

Abbas Kiarostami
Date de sortie :: 
28/03/1990
Iran - 1990 - 1h25 - 1/1,66

De retour chez lui à Koker après l’école, Ahmad se rend compte qu’il a emporté le cahier de son ami Mohamad. Craignant que cela ne provoque le renvoi de ce dernier, il décide alors d’aller à pied, jusqu’à Pochté, la ville voisine où habite Mohamad. La route est longue, mais il est déterminé. Hélas, malgré ses efforts, il ne trouvera pas la maison de son ami. Le lendemain l’instituteur vérifie les cahiers des élèves. Le petit Mohamad s’aperçoit qu’il n’a pas le sien dans son cartable. En retard, essoufflé, Ahmad fait irruption dans la salle de classe juste au moment où l’instituteur est sur le point de demander son cahier à Mohamad. Discrètement, il donne le cahier à son camarade qui ne sera pas renvoyé.

Le cinéma néoréaliste

À sa sortie, Où est la maison de mon ami ? a contribué à ramener au premier plan le cinéma iranien, jusqu’alors peu connu. C’est grâce à des festivals internationaux, comme celui des Trois Continents à Nantes, que la critique occidentale a pu découvrir ainsi Kiarostami.

La démarche du cinéaste s’inscrit dans un courant inauguré après-guerre par les néo-réalistes italiens avec des films comme Païsa ou Allemagne, année zéro. On peut aussi la rapprocher d’œuvres plus récentes, comme celles de Luigi Comencini par exemple.
Mais raccourcir le film et l’œuvre de Kiarostami à un simple héritage direct du néo-réalisme italien est somme toute réducteur.
Comme il l’a prouvé dans son Close-up, le cinéma de Kiarostami va plus loin qu’une simple reproduction impressionniste du réel. Là où un Rossellini construit un échafaudage fait de tensions émotionnelles, Kiarostami préfère construire très précisément la dramaturgie de ses récits pour aussi diriger de façon plus orientée sa mise en scène.
Dans Où est la maison de mon ami ?, la structure du film repose sur la recherche d’un personnage par un autre dans un environnement qui, à défaut d’être hostile, entrave néanmoins cette recherche. On pourrait certes comparer cette structure à celle de l’épisode florentin de Païsa, où une infirmière anglaise part à la recherche de son mari sous les coups de feu des partisans et des alliés. Mais, dans Où est la Maison de mon ami ?, le trajet du petit Ahmad a aussi quelque chose de l’enquête policière, avec à la clef, un authentique suspense : Ahmad retrouvera-t-il Mohamad à temps ? Chez Rossellini, le but final est la rencontre (Païsa). Chez Kiarostami, cette rencontre est doublée d’un « compte à rebours » : la classe du lendemain matin qui risque de se conclure avec l’exclusion et le renvoi de Mohamad. Kiarostami a réussi l’impossible : la rencontre entre une forme réaliste et impressionniste et un scénario  » à suspense « .