Oublier Cheyenne

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Scénario : Valérie MINETTO et Cécile VARGAFTIG
Image : Stephan MASSIS
Son : Eric BOISTEAU, Nathalie VIDAL
Montage : Tina BAZ-LE-GAL
Musique : Christophe CHEVALIER
Production : Dominique Crèvecœur - BANDONEON

 

Valérie Minetto

Valérie Minetto est née en 1965 à Forcalquier. Elle est diplômée de l’École des Arts Décoratifs de Nice (Villa Arson) et de la Femis. Elle a réalisé deux documentaires sur de jeunes danseuses contemporaines à Moscou, Beau Geste à Moscou (1997, Diffusé sur planète et Télé Monte Carlo) et Moscou entre ciel et terre (2003, Festival du Réel de Paris, Etats généraux du Documentaire de Lussas, les inattendus de Lyon), un court métrage, Tête d’ange (1994, Festivals de Clermont-Ferrand, Belfort, Londres) et un moyen métrage, Adolescents (1998, Clermont-Ferrand, Pantin, Belfort, Rome, Shanghai, lutin du meilleur montage, projeté dans le cadre d’un été au ciné et diffusé sur France 2, Arte Cable, et TV5).
Oublier Cheyenne est son premier long métrage.
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

SÉLECTION ACID, Festival de Cannes 2005

Oublier Cheyenne

Valérie Minetto
Distribution :: 
Date de sortie :: 
22/03/2006
France – 2004 – 1h30 – 35mm - 1.85 – Son DTS
Cheyenne, jeune journaliste en fin de droits, décide de quitter Paris pour mener une vie marginale à la campagne. Elle laisse derrière elle la femme qu'elle aime, Sonia, qui fait tout ce qu'elle peut pour l'oublier... Mais ça n'est pas si facile. Comment concilier ce qu'on veut et ce qu'on peut ? Ce qu'on pense et ce qu'on fait ? Oublier Cheyenne est une fable contemporaine sur la nouvelle précarité, le besoin de changer les choses, et la puissance de l'amour...

entretien avec Valérie Minetto


Pourquoi ce titre ?
J’ai des origines sardes, mais on me demande souvent si j’ai des ancêtres indiens ou apaches, en particulier quand je suis aux États-Unis. A un certain moment de ma vie, on m’a même surnommée Cheyenne ! Et il peut m’arriver d’avoir envie de fuir la société actuelle pour aller vivre en pleine nature... C’est ce paradoxe qui nous a inspiré, ma co-scénariste Cécile Vargaftig et moi : si je veux faire du cinéma, je dois oublier la Cheyenne qui est en moi, j’ai besoin d’électricité, de monter dans des voitures…

Quels étaient les points de départ de l’écriture ?
Nous voulions faire une comédie, tout en parlant des problèmes de décroissance, de ces gens qui vivent en marge de la société. Certaines scènes étaient écrites depuis longtemps comme par exemple celle de Pierre (Malik Zidi) chez les voisins. Nous avons trouvé dans un premier temps les personnages de Cheyenne et de Pierre, qui représentent deux manières très différentes de refuser la société actuelle. Puis, en contrepoint, nous avons inventé le personnage de Sonia, la prof, qui, elle, refuse la marginalité. Sont venus ensuite ceux d’Edith et de Béatrice, comme les deux extrêmes d’une même ligne. Tous les personnages se positionnent par rapport aux problématiques de la consommation et de l’engagement, qu’il soit amoureux ou politique. Nous voulions également raconter une belle histoire d’amour, et montrer que ce qui peut mettre en danger les relations aujourd’hui, c’est justement la cruauté économique et sociale actuelle. L’écriture a duré un an. J’aime les films « chorale », les films avec une multitude de personnages. C’était déjà le cas dans mon moyen-métrage Adolescents.

Au début du film, la forme narrative est assez singulière. Les personnages s’invitent chez qui ils veulent, et s’adressent au spectateur.
Comme si l’inconscient des personnages s’incarnait... C’est aussi une façon plus légère d’intéresser le spectateur à l’histoire. Le sujet est assez grave. Ce n’est pas une raison pour rebuter le public. Nous voulions essayer quelque chose d’un peu délirant. Sur un ton de comédie. Faire des films, c’est aussi expérimenter ce que permet le langage cinématographique.

Pourtant,on a l’impression que vous renoncez rapidement à ce principe, pour revenir à une structure narrative plus classique.
Je n’y renonce pas, mais je varie les effets. Au milieu du film, il y a ce cours de physique ou Sonia entend Cheyenne lui parler, et à la fin, elle la voit en rêve sur le toit de la maison d’en face. Mais c’est moins surprenant qu’au début, parce qu’on est pris par l’histoire. La gageure de ce scénario était de raconter une histoire d’amour entre deux personnes qui, pendant les 40 premières minutes du film, ne sont pas ensemble. Comment faire croire à leur passion alors qu’elles n’apparaissent pas dans le même plan ? Les rêves et la télépathie permettent ça. Mais une fois Cheyenne et Sonia réunies, ce genre de procédé narratif n’a plus lieu d’être.

Pourquoi Cheyenne est-elle journaliste et Sonia professeur de chimie ?
Nous voulions que les personnages soient vraiment reliés au monde. Nous voulions qu’à un moment ou à un autre de leur vie, ils aient fait preuve d’un certain engagement, comme c’est souvent le cas pour les journalistes. Le fait de se retirer relève alors d’une longue démarche personnelle. Par ailleurs, Cécile Vargaftig est fille d’enseignants et a elle-même, de nombreuses fois, fait passer le bac cinéma. Quant à moi, je travaille actuellement à Quimper avec des apprentis dans le bâtiment que j’initie au cinéma. L’éducation est quelque chose qui nous importe. Nous sommes convaincues que la transmission est essentielle à l’avenir de notre société, et scandalisées par la place qui est donnée aux profs aujourd’hui. L’importance et la valeur de leur mission n’est pas reconnue.

Vous dites que votre film est une comédie. Il ne répond pourtant pas vraiment aux codes du genre.
Non. A vrai dire, c’est plutôt une fable.

« Le rat des villes et le rat des champs » ?
Exactement. Cette opposition est une composante essentielle du couple mais c’est aussi ce qui les sépare. Nous ne tenions pas spécialement à raconter une histoire d’amour homosexuelle. Mais très vite, nous nous sommes rendues compte que la même histoire avec un homme et une femme obligeait à décider qui, de l’homme ou de la femme, était proche de la nature, de la terre... Le film risquait de sombrer dans le psychologisme et de se résumer à une « guerre des sexes » superficielle. La difficulté pour Cheyenne et Sonia à vivre leur histoire d’amour n’est pas liée à l’homosexualité. C’est pourquoi tout le monde peut partager ce qui leur arrive. Par ailleurs, je suis heureuse de pouvoir montrer  l’homosexualité comme quelque chose de simple, sans culpabilité ni revendication particulière.

Considérez-vous que Oublier Cheyenne soit un film militant ?
Non, je ne suis pas militante. Mais j’imagine mal faire du cinéma sans
parler du monde qui m’entoure, du monde dans lequel je vis. On peut toujours essayer de changer les choses. Je suis fatiguée de la propagande qui formate nos esprits. Je constate qu’il est de plus en plus difficile d’y échapper. Pour autant, le film n’est pas univoque idéologiquement. Il y a beaucoup de points de vue différents, et c’est même cela l’enjeu du film. Chaque personnage est engagé, idéologiquement et affectivement, à sa manière. Comment vivre ensemble dans un monde de plus en plus cruel ? Se moquer de tout, comme Béatrice ? Essayer de se battre à son petit niveau ? Ou aller même jusqu’à refuser toute relation sociale ou affective, comme Edith ? En vérité, chacun fait comme il peut. Ce qui m’intéresse, au-delà du débat très contemporain autour de l’idée de décroissance, c’est de dire que l’engagement politique n’est pas indissociable de l’engagement humain. Les deux demandent la même forme de courage.

Il y a dans Oublier Cheyenne des hommages particuliers à certains cinéastes.
Oui. Le plan de Sonia (Aurélia Petit) parlant avec Béatrice (Guilaine Londez) en reflet dans la porte de la salle de bain, est un clin d’œil à celui de Mankiewicz dans L’affaire Cicéron : Danielle Darrieux communique, par le biais d’un miroir, avec James Mason dans une pièce adjacente. Il y a également une référence au Kid de Charlie Chaplin, au moment où Cheyenne met sa couverture comme un poncho.

Entre le titre et le morceau de guitare sèche, Oublier Cheyenne prend des airs de western…
C’est voulu, oui. En écrivant, j’ai beaucoup pensé à Johnny Guitar de Nicholas Ray. J’adore le genre, j’adore les films de John Ford… Bien sûr, mon film n’est pas un western à proprement parler, mais il a quelque chose de cet esprit là. Enfant, je faisais énormément de vélo : c’était mon cheval. Et dans le film, il y a un vrai cheval, un magnifique symbole de liberté!

Vous teniez à un “happy end”? Ensemble, Sonia et Cheyenne appréhenderont- elles mieux la misère qui les entoure ?
Oui, nous voulions que l’amour triomphe. Cheyenne a envie de vivre. Elle choisit l’amour. Est-ce que leur couple durera ? Je n’en sais rien. Mais l’amour permet d’être plus fort, d’être dans le monde d’une façon plus épanouie, et donc souvent plus généreuse.

Le discours, sévère et réaliste, que tient Sonia aux étudiants, dans son appartement, est-il le vôtre ?
Certains jours ! Mais le plus intéressant, dans cette scène, c’est la réaction des jeunes, qui lui disent qu’elle est fatiguée, qu’elle voit tout en noir… Le discours de Sonia ne les affecte pas. Finalement, ils gardent leurs espoirs, et c’est tant mieux !
 [extraits du dossier de presse]