Punishment Park

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Scénario Peter Watkins, en collaboration avec les acteurs
Réalisation Peter Watkins
Image Joan Churchill
Montage Peter Watkins, Terry Hodel
Décors David Hancock
Musique Paul Motian
Production Françoise Films

 

Peter Watkins

Il est né en 1935 à Norbiton, dans le sud de l’Angleterre.
Grâce aux récompenses obtenues pour ses films amateurs, Peter Watkins est recruté par la BBC, pour laquelle il réalise Culloden.
En 1966 son long-métrage La Bombe obtiendra l’Oscar du meilleur documentaire. Le film,  qui décrit les effets dévastateurs d'une attaque nucléaire sur la Grande-Bretagne, sera interdit d’antenne pendant plus de 20 ans par la BBC. Sous la pression politique et médiatique, il choisit de quitter définitivement le sol anglais en 1968. À partir de cette date, et en dépit des difficultés, il réussira à construire une œuvre originale et engagée, à contre-courant de tous les canons officiels, en tournant un peu partout dans le monde.

Filmographie
1956    The Web (amateur)
1958    Field of Red (amateur)
1959    Journal d’un Soldat Inconnu (amateur)
1961    Les Visages Oubliés (amateur)
1962    Dust Fever (amateur, inachevé)
1964     La Bataille de Culloden
1966     La Bombe
1967    Privilege
1969    Les Gladiateurs
1971    Punishment Park
1973    Edvard Munch
1975    The Seventies People
             The Trap
1977    Force de Frappe
1987    Le Voyage
1991    The Media Project
1994    Le Libre Penseur
2000    La Commune (Paris, 1871)
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Punishment Park

Peter Watkins
Distribution :: 
Date de sortie :: 
04/07/2007
Etats-Unis - 1971 -1h28 - 35mm- couleur
1970. Le conflit au Vietnam s'aggrave. Face à la vague de protestation d'une partie de la jeunesse américaine, le Président décrète l'état d'urgence et met en application "le McCarran Act". Une loi de 1950 qui autorise le gouvernement fédéral à placer en détention toute personne "susceptible de mettre en péril la sécurité intérieure".
Dans une zone désertique du sud de la Californie, non loin des tentes où siège le tribunal civil chargé d'instruire le procès du groupe 638, les membres du groupe 637 découvrent sur le terrain les règles du "jeu". Contre la promesse de leur libération, ils auront 3 jours, sans vivres et sans eau, pour atteindre un drapeau américain planté dans les montagnes à 80 km de là.
Peter Watkins  - Commentaires   (Rencontres à Manosque - 1997)
Le film a été réalisé aux Etats-Unis à la suite du procès des Sept de Chicago (Abby Hoffman, Jerry Rubin, Bobby Seale, etc.) de l’assassinat de l’activiste noir Fred Hampton par la police de Chicago et de la mort de quatre étudiants blancs sur le campus de l’Université de Kent State tués par la Garde Nationale de l’Ohio.

Le gouvernement de Richard Nixon, de plus en plus paranoïaque, constituait une liste noire de citoyens américains opposés à sa politique nationale et internationale (qui prévoyait secrètement un bombardement du Cambodge).

Les comédiens amateurs que j’ai trouvés à Los Angeles il y a 26 ans étaient typiques de la jeunesse militante américaine de l’époque – un certain nombre d’entre eux avait déjà été emprisonnés, plusieurs avaient été confrontés au harcèlement raciste et violent de la police de Los Angeles. Les membres du Tribunal étaient également amateurs, certains exprimant leur propre conservatisme, d’autres se faisant les « avocats du diable ».

Punishment Park est-il un film démodé ? Oui… Et décidemment non ! La différence majeure entre l’Amérique des années 70 et celle des années 90, c’est qu’un grand nombre de jeunes américains étaient fortement politisés, alors que ce n’est plus vrai aujourd’hui. Toutefois, on retrouve le même contexte social répressif. Sous des apparences trompeuses, la situation est encore pire actuellement – surtout pour les afro-américains et les américains d’origine indienne – et il est certain que comparé à la violence de l’Amérique contemporaine, Punishment Park ressemble à un pique-nique champêtre.
Le film fut interdit de projection aux USA dès sa sortie (je me souviens encore d’une réunion avec les dirigeants de la chaîne PBS, presque hystériques de colère contre le film) et jusqu’à présent n’a toujours pas été diffusé à la télévision américaine. Le critique le plus renommé du New York Times attaqua violemment  le film en dénonçant une vision totalement fausse et paranoïaque des Etats-Unis, et il fut retiré de l’affiche quatre jours après sa sortie à New York – vraisemblablement sous la pression des autorités fédérales.

Le refus des Américains d’assumer leur histoire n’est que l’une des étonnantes réactions provoquées par le film, l’une des rares fictions ouvertement politiques jamais réalisée dans ce pays. La censure de Punishment Park aux Etats-Unis, et, par la suite de l’ensemble de mon œuvre dans la plupart des pays occidentaux, traduit la peur qu’a la télévision d’un public s’exprimant clairement et avec force, surtout lorsque cela concerne l’hégémonie du système économique, militaire et médiatique qui contrôle le monde aujourd’hui.

Le déni de la parole publique dans les médias est une des tragédies politique et culturelle de ce siècle. Ce n’est pas un hasard si un des thèmes majeurs de Punishment Park est l’ambivalence des médias qui tentent de couvrir les événements du Park avec leur coutumière « objectivité ».

Punishment Park n’est pas seulement un constat portant sur une période spécifique de l’histoire américaine. Ce n’est pas seulement une opportunité pour de jeunes américains de s’exprimer sans censure. C’est également une métaphore de l’évolution d’une société, régie par l’exploitation et la loi du marché, transformant la planète entière en un Punishment Park généralisé. Un monde où les sans voix, les pauvres, les exclus d’Internet, et tout ce qui n’est pas blanc, est totalement marginalisé. Punishment Park se voulait à l’époque un constat de l’état psychique de notre société. Rien ne prouve que la situation ait changé – si ce n’est dans un sens négatif. La polarisation et le conflit décrits par le film se sont constamment vérifiés depuis 1970, sous forme locales et/ou internationales, qu’il s’agisse de l’augmentation de la violence urbaine, des massacres en Algérie en Bosnie et du Rwanda, de la violente répression médiatique de toute pensée critique, de l’assassinat du Nigérian Ken Saro-Wiwa sous le regard complice de la société pétrolière Royal Dutch Shell, des hordes de sans-abri abandonnés sur les trottoirs de Londres et de Paris, des victimes de la malnutrition et des maladies en Afrique sub-saharienne.

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Repères chronologiques

Le 4 juillet 1776, déclaration de l’indépendance des Etats-Unis.

En mars 1969, le  Président américain Richard Nixon décide secrètement le bombardement du Cambodge. Aux Etats-Unis et partout dans le monde, la protestation est unanime.
En 1970, Richard Nixon décrète l’état d’urgence et – c’est le présupposé de Punishment Park – met en application une loi de 1950, le "McCarran Act", qui autorise le gouvernement fédéral, sans nécessité d’en référer au Congrès, à placer en détention toute personne "susceptible de mettre en péril la sécurité intérieure".
Le 5 mars, entrée en vigueur du Traité sur la non-prolifération.
Le 4 mai aux Etats-Unis, au cours d’une manifestation pacifiste contre la guerre du Vietnam, quatre étudiants trouvent la mort lors d’affrontements très violents avec la garde nationale à l’université de Kent (Ohio).

Le 11 septembre 2001, New York subit une attaque terroriste.
Le 26 octobre suivant, Georges W. Bush signe le PATRIOT Act (qui signifie : Unir et renforcer l'Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme) après que le Congrès l’ait adopté à 257 voix contre 171. Cette loi autorise l'arrestation, la déportation et la mise à l'isolement de suspects. Elle supprime toute délégation judiciaire pour procéder à des perquisitions, à des écoutes téléphoniques ou contrôler le courrier et les communications par Internet.
En mars 2003, les Etats-Unis soutenus pas les forces de la coalition (Grande-Bretagne, Italie, Israël, Espagne, Canada, Australie…) envahissent l’Irak.

L'administration Bush envoie à Guantánamo (prison militaire située sur la base militaire navale américaine à Cuba) tous les « combattant illégaux » : les membres d'Al-Qaïda et les talibans ne sont pas comme des combattants réguliers respectant les lois de la guerre. Par décret présidentiel, leur détention peut être sans limite et sans chef d’accusation.
Le 6 février 2006, dénonçant des actes de torture et des violations des droits à la santé et à la dignité humaine, cinq experts indépendants de l’ONU ont appelé les Etats-Unis à fermer immédiatement ce centre de détention et à traduire tous les détenus devant un tribunal compétent indépendant ou à les libérer.
En juillet 2006, le secrétaire adjoint à la Défense américaine a annoncé que tous les détenus des prisons militaires américaines devaient bénéficier de la protection des conventions de Genève. L'article 3 de ces conventions stipule que les prisonniers capturés sur le front doivent être traités de façon humaine et doivent être jugés au cours d'un procès équitable devant « une cour régulièrement constituée offrant toutes les garanties judiciaires ».