Quelle folie

Text Resize

-A +A

Acteur Aurélien Deschamps
Production Les Films Hatari
Coproduction Studio Orlando
Réalisateur et scénariste Diego Gov ernatori
Producteur délégué Michel Klein
Coproducteurs Matthieu Deniau, Philippe Grivel
Image Diego Governatori
Son Pierre Bariaud, Emmanuel Bonnat, Diego Governatori, Matthieu Deniau
Montage Diego Governatori et Julie Duclaux

 

Diego Governatori

Né dans le Sud de la France en 1981, Diego s’installe à Paris pour y suivre des études de cinéma. Après quatre ans passés à l’Université de Saint-Denis-Paris 8, il rentre à la Fémis en section montage. Diplômé en 2007, il est ensuite reçu comme pensionnaire à l’Académie de France à Rome, Villa Médicis. Ayant collaboré pendant 10 ans avec son frère Luca, avec qui il réalise plusieurs courts et moyens-métrages, il entame seul un projet de film documentaire : Quelle folie. Ce premier long-métrage a été sélectionné dans de nombreux festivals.

2019 Quelle folie
- Rencontres Cinéma de Gindou
- Les Comptoirs du documentaire à Rennes
- Fipadoc Biarrritz, Grand Prix de La Compétition Nationale et Prix Mitrani
2018 - One World Roumanie
- Doc Lisboa
- Les États généraux du film documentaire de Lussas
- Le Cinemed Montpellier
- Corsica Doc, Prix du jury et Prix du jury jeune
- Les écrans documentaires d’Arcueil
- Le Printemps du documentaire dans la Drôme

2016 Monsieur Kerrigan (co-réalisé par Clary Demangeon) 
- Festival Côté Court – Compétition fiction
- Festival International de Clermont-Ferrand

2010 Bagni 66 (co-réalisé par Luca Governatori)
2012 - Festival Côté Court – Mention spéciale du jury
- Prix à la qualité, CNC
- Rencontres du moyen-métrage Brive

2007 Vita di Giacomo (co-réalisé par Luca Governatori)
2008 - Grand Prix du jury, Rencontres du moyen-métrage de Brive
2007 - Sélection officielle Cinéfondation Cannes
- Premier Prix, San Sebastian - Escuelas de cine

2006 Les yeux cloués (co-réalisé par Luca Governatori)
2007  - Festival de Grasse
- Rencontres du cinéma français Pau

2005 Le chant des oiseaux (co-réalisé par Luca Governatori)
2005 - Entrevues Belfort
2006 - Images en région Vendôme

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Les États Généraux du Film Documentaire de Lussas (2018)
Le Cinemed Montpellier (2018)
Corsica Doc, Prix du jury et Prix du jury jeune (2018)
Les Écrans Documentaires d’Arcueil (2018)
Le Printemps du Documentaire dans la Drôme (2018)
Les Comptoirs du Documentaire à Rennes (2019)
Fipadoc Biarrritz – Grand Prix de La Compétition Nationale, Prix Mitrani (2019)

Quelle folie

Diego Governatori
Distribution :: 
Date de sortie :: 
09/10/2019
FRANCE I 1h27 I 1.85 I 5.1

Aurélien est charmant, mais il est tourmenté. Aurélien est volubile, mais il est solitaire. Aurélien se sent inadapté, mais il a tout compris. Aurélien est autisteFilmé, il a délié sa parole, libérant un chant d’une intensité prodigieuse, un miroir tendu vers nous.

 

 

 

 

Dans notre relation, il est la bouche et moi l’oreille ; nous avons trouvé notre équilibre dans ce déséquilibre-là. Aurélien m’a rempli de sa vie, de ses désordres, de ses angoisses, et nourri de ses fulgurances. A un moment, cependant, je n’ai plus pu rester passif, et le confident s’est mué en réalisateur.

DIEGO GOVERNATORI

 



AURÉLIEN DESCHAMPS

Après des études de philosophie et une formation de comédien à Toulouse,
il s’installe à Paris où il pratique le théâtre comme comédien et metteur en scène. Sa rencontre avec les frères Governatori l’amène à s’intéresser au cinéma : il réalise deux court métrages, dont l’un est librement inspiré de L’Education Sentimentale de Flaubert et où il interprète le rôle principal. Il travaille ensuite comme scénariste pour le cinéma et la télévision. Actuellement il poursuit son travail autour de la mise en scène de la parole.

 

Rencontre(s) avec Diego Governatori

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR


Comment décririez-vous le lien qui vous unit avec Aurélien, et à quel moment a germé l’idée de « Quelle folie » ?
Le lien qui m’attache à Aurélien est avant tout un lien d’amitié, et l’idée de faire un film sur, ou plutôt avec lui, est venue principalement de l’intensité de notre amitié, marquée par quinze années à échanger sur l’état du monde ou sur ce qui agitait nos vies. J’ai très vite été marqué par sa volubilité, ses fulgurances, ses visions, mais aussi par ses angoisses et ses dérives. Le voyant progressivement pris dans un schéma répétitif de l’échec, j’ai senti que son inadaptabilité creusait un fossé inéluctable entre la société des hommes et sa personne. Un jour il me dit même ceci : « tu sais Diego, je n’existe pas. » Cet aveu, si promptement confié, était-il à prendre au sérieux ? Était-ce un aveu de faiblesse ? D’insatisfaction ? De résignation ? Était-ce une façon pour lui de conjurer le sort qui était le sien ? Ce qui est sûr, c’est que je ne pouvais pas continuer à le voir sans m’emparer de ces questions, et pour espérer l’aider il fallait que je devienne comme un médiateur entre lui et le monde. Évidemment cela a pris du temps. « Quelle Folie » est un projet auquel je me suis attelé pendant cinq ans, une longue période durant laquelle je me suis confronté tout autant à l’intensité de sa genèse qu’aux difficultés de sa fabrication. Car au-delà du sujet abordé qui met clairement en jeu l’intimité profonde d’aurélien, bien des questions se sont posées quant à l’approche technique et cinématographique que j’ai dû mener afin de rendre compte de la fragile intériorité de mon ami. Comment délier sa parole que lui-même croit viciée, alors qu’elle comporte un réel pouvoir introspectif ? Comment inviter le cinéma au cœur d’une relation d’amitié ? Comment réussir à faire résonner au dehors cette voix du dedans ?

Au-delà, ou en deçà de l’autisme, Quelle folie est surtout un film sur Aurélien, pourquoi ?
Il est important de rappeler que lorsqu’il a été diagnostiqué autiste par un psychiatre, Aurélien a entamé un travail d’analyse de soi, une intense spéléologie introspective qui lui a permis d’inspecter les gouffres et les fêlures de son être. Désireux qu’il était de comprendre en quoi son être était vicié, en quoi ses modalités d’adresse dysfonctionnaient et le coupaient ainsi de l’autre, il a cherché à transcrire par écrit ses sensations autour de la problématique autistique. Cependant il s’est très vite heurté à la difficulté de l’entreprise, et c’est pourquoi nous avons décidé que ce serait ensemble, via un film documentaire, que nous traquerions des éléments de réponse. mais je savais aussi qu’audelà de ce que l’autisme allait pouvoir expliquer, l’enjeu principal allait être de saisir la façon très spécifique qu’Aurélien a de se penser: comment se voyait-il, se vivait-il ? C’est pourquoi j’ai eu envie de le filmer lui et seulement lui, au travers de son propre regard, de son ultra lucidité.

Au vu de la place que prend la parole, peut-on se demander si, finalnement, ce n’est pas le langage qui structure le film ?
La parole d’Aurélien est en effet le point d’ancrage du projet, et très vite il m’a semblé décisif de comprendre l’usage qu’il en faisait. Prise dans son ensemble, elle me renvoyait à quelque chose de constitutif de l’être humain, à une vibration, à une vitalité qui, chez lui, n’aurait pas été canalisée. son déchainement verbal charriait une énergie de bâtisseur qui, lorsqu’il opérait, donnait la sensation qu’il pouvait déplacer des montagnes, ce qui parfois, je le concède, faisait un peu peur. Si le langage demeurait comme pour tout le monde son principal moyen pour rejoindre l’Autre, la façon dont il l’avait assimilé le soumettait à d’incessantes tempêtes, à un tangage permanent. En donnant la parole à Aurélien, en laissant éclore l’objet de son discours enfoui, c’est une part de son trouble autistique qui nous est révélée : sa discontinuité d’être, la question sourde de se sentir différent, l’inaptitude à comprendre intuitivement les systèmes symboliques. Mais peut-être qu’en miroir, il nous appartient d’interroger notre soi-disant normalité, de renverser nos postulats, nos habitudes, nos évidences.

Pourquoi avoir choisi de tourner particulièrement durant les ferias de Pampelune ?
Je désirais sortir Aurélien de chez lui et trouver un lieu spécifique pour notre expédition, mon choix s’est porté sur cette immense manifestation populaire que sont les ferias de la San Fermin à Pampelune, et ce pour plusieurs raisons. Troisième plus grande fête populaire du monde, le centre-ville devient chaque année un carrefour bouillonnant où plus d’un million et demi de personnes se croisent, toutes unies par le traditionnel habit blanc et le foulard rouge noué autour du cou. Avec ses ruelles étroites, circulaires, faussement semblables, Pampelune est un labyrinthe moderne que la foule compacte envahit, dressée comme un seul corps. Il me semblait significatif d’aller chercher un lieu aux confins du réel, afin que les énergies collectives qui s’y déploient  puissent faire directement écho à ce qui se joue dans la vie d’Aurélien : le filmer seul au milieu des autres dans cet espace qui n’est autre que l’envers de son petit théâtre, solitaire et quotidien, un espace où le réel et l’allégorie ne font plus qu’un, et observer comment sa pensée se fraye un chemin, pareille à ces taureaux qu’on lâche dans les rues et qui bousculent tout sur leur passage.

Quelles sont les places respectives du scénario, du tournage et du montage dans la réalisation du film ? Est-ce qu’une étape a pris une place beaucoup plus importante qu’une autre ?
Comme dans tout documentaire, l’écriture du film s’est beaucoup appuyée sur les éléments concrets dont je disposais, en l’occurrence des enregistrements sonores où Aurélien me parlait d’un milliard de choses très saisissantes pour moi. Je suis resté plusieurs mois assis face à lui, avec un enregistreur à la main ou une caméra témoin, à mesurer l’envergure des chemins que nous allions pouvoir explorer, puisqu’au-delà de sa volubilité, Aurélien a un réel talent pour stimuler l’imaginaire. Il m’a fallu ensuite trouver la forme pour inviter cette parole à se délier « en situation », et j’ai alors consacré beaucoup de temps à l’écriture du film, imaginant quel pourrait être notre trajet, quels lieux arpenter, quels dispositifs déployer pour que notre expérience puisse rendre compte des sensations que nous allions traverser. Le tournage proprement dit a finalement été assez court, une quinzaine de jours à peine. C’est ensuite que tout a (re)commencé. Je disposais d’une matière telle que lorsque je suis rentré en montage, je n’en suis ressorti que deux ans plus tard ! Ce fut une période très joyeuse pour moi, je n’avais pas l’impression d’aller travailler, mais au contraire d’être travaillé par les images et les paroles d’Aurélien. Cette excitation m’a évidemment permis de rester concentré, et surtout de rester ouvert sur ce que le montage allait pouvoir révéler. Et de fait, ce n’est qu’en montant dans la durée que la structure du film s’est imposée, m’invitant aussi à retourner des plans pour parfaire des séquences. Je dirais donc que le montage fut l’endroit où tout a fusionné, depuis la pensée d’Aurélien jusqu’au sens des images que j’avais tourné.