Shara

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Réalisation & Scénario Naomi Kawase
Image Yutaka Yamazaki
Son Eiji Mori
Montage Shotaro Anraku, Tomoo Sanjo
Lumière Yuzuru Sato
Musique UA
Costumes Miwako Kobayashi
Producteur Yoshi Nagasawa
Production Nikkatsu, Yomiuri Television, Visual Arts, Real Products

 

Naomi Kawase

Naomi Kawase est née à Nara. Diplômée de l’Ecole de Photographie d’Osaka (aujourd’hui “Université des Arts Visuels d’Osaka”). En 1989, elle commence à réaliser des films en 16mm et 8mm pendant ses études. Son travail attire rapidement l’attention à l’échelle nationale et internationale.
En 1992, elle tourne DANS SES BRAS, où elle porte à l’écran la recherche de son père, qui l’a abandonnée dans sa jeunesse. Au Festival International du Documentaire à Yamagata en 1995, elle remporte le Prix d’Excellence de la section les Nouveaux Courants Asiatiques pour le portrait de sa grand-mère qui l’a élevée. En 1997, Kawase obtient la Caméra d’Or pour son film SUZAKU et devient la plus jeune lauréate de l’histoire du Festival de Cannes. En 2000, elle remporte les Prix FIPRESCI et CICAE au Festival International du Film à Locarno pour son film HOTARU. Dès lors, le travail de Kawase attire l’attention des cercles des cinéastes. Des rétrospectives de son travail sont organisées dans toute l’Europe. Son travail documentaire est également plébiscité, tels DANS LE SILENCE DU MONDE, une coproduction avec la chaîne Arte, et NAISSANCE ET MATERNITE, un documentaire sur son enfance, récompensé aux festivals internationaux de Locarno, Taiwan, Copenhague et Yamagata. En 2007, Kawase remporte le Grand Prix  du Festival de Cannes pour LA FORET MOGARI. Son dernier documentaire GENPIN a remporté le Prix FIPRESCI au Festival International du Film de San Sebastian en 2010. En 2009, Kawase reçoit le Carrosse d’Or de la Quinzaine des Réalisateurs. En 2010, elle préside le premier Festival International du Film de Nara.

 

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Sélection Officielle - En Compétition - Festival de Cannes 2003
 

Shara

Naomi Kawase
Distribution :: 
Date de sortie :: 
31/03/2004
Japon – 2003 – 1h39 – 35 mm – couleur – 1,85 – DTS Stéréo

Les Aso habitent avec leurs fils jumeaux, Kei et Shu, le vieux quartier de la ville historique de Nara, ancienne capitale du Japon. La famille Aso perpétue depuis des générations la tradition de la fabrication artisanale de l’encre de Chine.
Le jour de la fête du Dieu Jizo, alors que les deux enfants se poursuivent,
Kei disparaît soudainement au coin d’une ruelle… Comme enlevé par les dieux…
Ce jour-là, le temps s’est arrêté pour la famille Aso.

INTRODUCTION
Le Dieu Jizo est le protecteur des enfants,
des femmes en attente d’enfant et des voyageurs.
Il symbolise la bienveillance, la déterminationet l’optimisme.

Jizo-san est généralement représenté comme un enfant-moine, portant une canne de pèlerin, avec six anneaux pour avertir les animaux de son approche. Il porte également le Joyau de la Vérité dont la lumièreélimine toutes les peurs.


À propos de SHARA par Naomi Kawase

Tournage A Nara
Mon équipe et moi avons passé l’été 2002 à Nara pour réaliser : Shara. J’y suis née et j’y ai grandi. Nara a plus de 1000 ans d’histoire, puisqu’elle était la capitale du Japon au 8ème siècle. Même si la ville s’est matériellement transformée avec le temps, son cœur n’a jamais cessé de battre. Sa richesse, faite de tant de vies qui s’y sont succédées au cœur de l’histoire, est intacte. On dit que le monde du cinéma est factice : je ne le pense pas. Tout ce que j’ai vu à Nara est resté imprimé en moi.

Avec les acteurs
Je ne me résoud jamais à considérer les acteurs comme de simples personnages de fiction. Pour moi, mes acteurs et leur personnage ne font qu’un, ils sont réels. Je leur ai demandé de s’installer à Nara bien avant de commencer le tournage, ils ont appris à connaître la ville, à la vivre quotidiennement pour mieux s’imprégner de leur rôle, afin d’exprimer le plus naturellement possible les sentiments que je leur demandais d’exprimer. Et pour être au plus près de la réalité de l’histoire, j’ai tourné les scènes dans l’ordre chronologique.

La Photographie
Yamazaki, mon chef opérateur, a fait beaucoup de films documentaires pour la télévision, surtout des reportages sur la vie des enfants dans les pays en guerre.
Dans ses films, Yamazaki ne se contente jamais de décrire de manière platement objective les conditions tragiques dans lesquelles vivent ces enfants. Son regard va au plus profond des choses. Il est humain, chaleureux, sincère.

L’accouchement
Au cours des préparatifs du tournage, nous avons assisté à la naissance d’un enfant dans le quartier. La scène de l’accouchement est très importante dans Shara. Quand j’ai demandé, pour les besoins de mon film, des explications sur la manière dont cela se déroulait, Kazumi Shibata, qui joue le rôle de la sage-femme, m’a répondu que ces choses là ne pouvaient s’expliquer, qu’il fallait y assister soi-même. C’est donc ce que j’ai fait. Je ne saurais exprimer avec des mots l’émotion dont je fus envahie en assistant à cette naissance, en voyant le bonheur qui rayonnait sur tous les visages de la famille réunie autour de la mère.

La Musique
J’ai montré une version provisoire du montage du film au musicien UA pour qu’il imagine une partition. On y a travaillé ensemble. Il a proposé que les voix des acteurs soient mêlées avec des sons et des bruits extérieurs, cela nous a servi de fil conducteur. J’ai donc fait venir UA à Nara. Le jour de sa venue, la brume recouvrait la plaine. La visibilité ne dépassait pas quelques mètres. Etrangement, quand UA s’est mis à fredonner les quelques notes qu’il avait en tête, le brouillard a commencé à se dissiper et la ville à réapparaître. C’est la première fois que je voyais Nara sous cet angle : celui de la ville s’élevant au-dessus de la brume. Au même moment, un cri aigu répondait dans le lointain au fredonnement de UA : c’était celui d’un cerf. Il était doux, mélancolique et pur à la fois comme si ce cerf chantait amoureusement la naissance de mon film.

Les mots-clés pour comprendre SHARA
La fête de Basara  (Basara matsuri)
La fête de Basara, qui est devenue en cinq ans une des grandes fêtes estivales de la région Nara-Kyoto, est un élément essentiel à la compréhension de Shara. Son origine remonte aux époques lointaines de Kamakura (1185-1333) et de Muromachi (1338-1573). Ce fut d’abord une forme de danse improvisée qui ne suivait pas le rythme de la musique. C’est à partir du XIVe siècle que  “Basara” devint un mot connu, à la faveur des troubles politiques provoqués par le schisme impérial entre les dynasties du Sud et du Nord. Les danseurs portaient des costumes aux couleurs criardes et leur chorégraphie était volontairement outrancière afin d’étonner les spectateurs, comme pour mieux signifier les mœurs de cette période violente du Japon. Les mouvements de la danse Basara influeront même plus tard celle du Kabuki et du Nô. Aujourd’hui, la fête de Basara bat son plein chaque année autour de la gare de Nara. Elle est organisée par les  commerçants des galeries marchandes et les habitants du quartier qui cherchent à redonner à la ville l’énergie et la force qui l’animaient jadis. Tous les habitants de la ville peuvent y participer. La procession des danseurs est constituée d’un certain nombre de groupes. Chaque groupe est libre de s’habiller, de se maquiller et de danser comme il le veut. La prochaine fête de Basara aura lieu les 30 et 31 août 2003.

Les singes porte-bonheur  (Migawari saru)
Dans Shara, le petit objet que remet la jeune Yu à son ami Shun est un porte-bonheur en forme de tête de singe (Migawari saru) qu’elle a confectionné elle-même. Toutes les maisons du vieux quartier de Nara arborent ces têtes de singe qui sont accrochées sur l’avant-toit. Elles protègent les demeures des mauvais esprits. Cette coutume qui vient du taoïsme est arrivée au Japon à la fin de l’époque de Nara (710-784). Certains ont émis l’hypothèse qu’elle se serait substituée aux coutumes locales qui avaient cours alors à Nara. On la retrouve en tout cas très largement répandue dans la population japonaise à l’époque d’Edo (1600-1868). Tous les soixante jours, c’est la nuit du singe. Cette nuit-là, Sanshi, le minuscule petit ver que chaque homme porte dans son ventre, monte au ciel pour aller rapporter à l’empereur céleste les mauvaises actions perpétrées par son hôte au cours des cinquante-neuf derniers jours. Après avoir écouté le petit ver, l’empereur envoie sur terre un esprit chargé de punir l’homme pour ses méfaits. Pour éviter d’être harcelé par cet esprit, les hommes passent donc la soixantième nuit à prier pour l’âme de leurs ancêtres et à faire acte de repentance pour empêcher le ver de sortir de leur ventre. Aujourd’hui, les hommes ne passent plus la nuit à prier. A la place, ils accrochent les têtes de singe, le seul animal capable de faire fuir l’esprit envoyé par l’empereur céleste.

L’encre de Chine de Nara  (Nara no sumi)
Taku Aso, le père de Shun, est artisan. Il est fabriquant d’encre de Chine selon des méthodes traditionnelles. 95% de la production d’encre de Chine traditionnelle au Japon proviennent des ateliers de la région de Nara. L’encre de Chine a été introduite au Japon depuis la Chine et la Corée. Le développement de l’écriture simultané à l’essor du bouddhisme au Japon avait créé des besoins de plus en plus importants en bâtons d’encre de Chine. La production était concentrée à Nara, capitale du Japon au VIIIe siècle. L’encre était fabriquée à partir de charbon de pin. Mais elle était de qualité médiocre. C’est à la fin de l’époque de Nara que le charbon de pin fut remplacé par du charbon de résine et d’huiles végétales. Cependant la substance chimique qui confère à l’encre ses propriétés d’adhérence est une protéine animale à base de gélatine qui contient du collagène. Laissée à l’air ambiant, cette substance peut favoriser la prolifération des bactéries. La fabrication traditionnelle de l’encre de Chine ne peut donc se faire qu’à basse température et dans un air sec pour éviter cette prolifération. C’est pour cette raison que la production est arrêtée pendant les mois chauds et humides de l’été. Si Taku, le père de Shun, montre autant de ferveur pour la fête de Basara, c’est parce que celle-ci représente pour lui un exutoire à la mélancolie des longs mois d’inactivité que lui impose la saison chaude.